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	<title>Influxus</title>
	<link>http://www.influxus.eu/</link>
	<description>La revue influxus est une publication scientifique qui regroupe les travaux de chercheurs &#224; la crois&#233;e des chemins entre sciences humaines et sociales, math&#233;matiques, informatique et sciences de la nature.
Influxus est multilingue, sa vocation est internationale, tous les articles sont publi&#233;s dans leur langue d'origine et le support est d&#233;velopp&#233; en France.
Les travaux s&#233;lectionn&#233;s par le comit&#233; de publication d'influxus ont pour point commun d'&#233;laborer de nouveaux cadres conceptuels, d'&#233;tablir des ponts entre les diff&#233;rentes traditions scientifiques, et de d&#233;velopper des approches innovantes.</description>
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		<title>L'insertion des publics pr&#233;caires : du dispositif aux parcours</title>
		<link>https://influxus.eu/article645.html</link>
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		<dc:date>2013-10-15T09:37:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samuel Tron&#231;on</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Apparu dans les ann&#233;es 1970, le secteur de l'Insertion par l'Activit&#233; &#201;conomique (IAE) est devenu avec le temps un outil essentiel de la lutte contre l'exclusion. Il a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; au code du travail par une s&#233;rie d'articles qui en d&#233;finissent les contours, m&#234;me s'il reste encore, dans son application sur le terrain, une forme particuli&#232;re entrepreneuriat social o&#249; coexistent la plupart du temps dynamisme &#233;conomique, humanisme social et militantisme raisonn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e partag&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique18.html" rel="directory"&gt;Divers&lt;/a&gt;


		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article est issu d'une conf&#233;rence donn&#233;e dans le cadre du cycle &#034;Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh_2A&#034;&gt;*&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apparu dans les ann&#233;es 1970, le secteur de l'Insertion par l'Activit&#233; &#201;conomique (IAE) est devenu avec le temps un outil essentiel de la lutte contre l'exclusion. Il a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; au code du travail par une s&#233;rie d'articles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment l'article L5132-1 : L'insertion par l'activit&#233; &#233;conomique a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui en d&#233;finissent les contours, m&#234;me s'il reste encore, dans son application sur le terrain, une forme particuli&#232;re entrepreneuriat social o&#249; coexistent la plupart du temps dynamisme &#233;conomique, humanisme social et militantisme raisonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e partag&#233;e par tous les acteurs de l'IAE est de favoriser la r&#233;insertion sociale par le retour &#224; une activit&#233; &#233;conomique, en mettant &#224; profit la dynamique vertueuse qu'elle procure pour travailler sur le projet professionnel. On con&#231;oit couramment que ce type de structure assure au moins cinq fonctions, en mixant des aspects issus de l'entreprise classique et d'autres venant du champ de l'intervention sociale : employeur, production, formation, accompagnement socioprofessionnel et d&#233;veloppement local. C'est l&#224; que r&#233;side justement toute la complexit&#233; du dispositif d'insertion, qui doit, par exemple, assurer sa fonction d'employeur tout en aidant la personne &#224; d&#233;velopper son projet professionnel et ses aptitudes. Cela a notamment pour cons&#233;quence que l'employeur d'insertion sait non seulement que l'employ&#233; partira pour un autre emploi, g&#233;n&#233;ralement avec des conditions salariales plus int&#233;ressantes, mais c'est surtout son objectif essentiel, au m&#233;pris de l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat de la structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;fendons dans cet article l'id&#233;e selon laquelle la structure IAE est un territoire dans lequel s'exp&#233;rimentent de nouvelles formes d'organisation sociale, o&#249; la participation des acteurs est convoqu&#233;e &#224; tous les niveaux, et o&#249; l'activit&#233; se con&#231;oit &#224; la fois comme activit&#233; de production d'objets et de services &#224; vocation &#233;conomique, et comme activit&#233; de production de soi, c'est &#224; dire d'&#233;laboration et de transformation du parcours (professionnel, personnel).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 L'exp&#233;rimentation permanente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re approximation, on peut entendre la notion d'espace d'exp&#233;rimentation comme le lieu dans lequel les solutions toute faites perdent leur importance au profit d'une &#233;valuation permanente de l'impact des choix organisationnels et des normes sur les parcours. Cette &#233;valuation ne s'entend donc pas uniquement comme mesure de ce qui est accompli au sens du produit marchand, ou comme quantification de l'acc&#232;s &#224; l'emploi, mais aussi en tant qu'elle cherche &#224; qualifier l'impact sur les parcours individuels, &#224; identifier l'ouverture et la fermeture de certaines possibilit&#233;s pour mieux savoir ce qu'elle peut apporter et &#224; quel type de public, et &#224; mesurer la qualit&#233; de l'interaction qui se joue entre les salari&#233;s et l'organisation. Et cette &#233;valuation n'a de sens que si elle int&#232;gre des &#233;l&#233;ments de concertation.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que la structure d'insertion soit un espace d'exp&#233;rimentation ne signifie pas qu'elle est un lieu d'exp&#233;riences sans orientations, fonctionnant en roue libre, et dans laquelle les personnes et les parcours seraient des cobayes. Dans l'exp&#233;rimentation, c'est la structure elle-m&#234;me qui est convoqu&#233;e en tant que mati&#232;re sujette &#224; transformations. Et c'est le salari&#233;, qu'il soit en insertion ou membre de l'&#233;quipe, qui est acteur de ces op&#233;rations. Le travail d'insertion proprement dit, celui qui m&#232;ne &#224; l'emploi durable, est partiellement pouss&#233; sur les marges, comme s'il se r&#233;alisait de mani&#232;re infra-consciente, par une succession de prises de consciences et de micro-ajustements quotidiens, dans l'activit&#233; m&#234;me, plut&#244;t qu'au travers d'une v&#233;ritable prise en charge de la probl&#233;matique par des plans d'action pr&#233;&#233;tablis.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette id&#233;e simple est contre-intuitive pour plusieurs raisons. D'abord parce que notre intuition premi&#232;re du dispositif d'insertion c'est celle d'un organisme sp&#233;cialis&#233;, qui prend en charge les difficult&#233;s sociales des b&#233;n&#233;ficiaires, et qui ex&#233;cute des actions pour ins&#233;rer les personnes qu'il accueille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui est en partie vrai.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ensuite, parce que cela va aussi contre l'id&#233;e m&#234;me que l'on se fait du besoin que peut ressentir une personne en situation d'exclusion : &#224; savoir celui d'&#234;tre &#233;cout&#233;, aid&#233;, soutenu, plut&#244;t que d'&#234;tre sollicit&#233; pour am&#233;liorer le dispositif lui-m&#234;me. Enfin, parce que cela va contre notre habitude qui consiste &#224; s&#233;parer l'expert et le n&#233;ophyte, le soignant et le patient, la victime et son sauveur.&lt;br class='manualbr' /&gt;On est en droit de se demander ce qu'il resterait d'insertion dans un dispositif qui se fonderait sur de tels principes. L'objectif de cet article sera justement de montrer que de nombreuses id&#233;es re&#231;ues sur l'insertion m&#233;ritent d'&#234;tre questionn&#233;es. Et que ce questionnement, en ce qu'il fait appara&#238;tre des lignes de forces &#224; respecter, et des pi&#232;ges &#224; &#233;viter, valide partiellement au moins cette id&#233;e selon laquelle le b&#233;n&#233;ficiaire ne doit pas &#234;tre la mati&#232;re du changement sur laquelle le dispositif op&#232;re, mais doit &#234;tre int&#233;gr&#233; comme un collaborateur pour la r&#233;alisation d'un objectif partag&#233;. Cela ne revient &#233;videmment pas &#224; nier l'impact r&#233;el, mais &#224; le replacer dans le contexte qui est le sien : l'impact r&#233;el n'est ni contr&#244;l&#233;, ni contr&#244;lable, et encore moins pr&#233;dictible. Il n'est que constatable. Et ce qui fonctionne dans un lieu, avec des personnes, n'est pas transf&#233;rable tel quel dans un autre contexte. Cette attention accrue au contexte doit guider toute l'activit&#233; d'insertion, et c'est bien en ce sens l&#224; qu'il faut entendre l'id&#233;e d'exp&#233;rimentation permanente : le processus d'insertion est sensible au contexte, il n&#233;cessite donc un ajustement permanent et une intelligence du terrain dont seuls les acteurs r&#233;els (b&#233;n&#233;ficiaires, accompagnateurs) dans ce contexte particulier sont les d&#233;positaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre aussi que la structure IAE cr&#233;e un espace prot&#233;g&#233; &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du syst&#232;me socio-&#233;conomique, d'o&#249; cette notion de territoire apr&#232;s celle d'exp&#233;rimentation. Il ne s'agit pas de d&#233;velopper des zones de non-droit ou des utopies radicales, qui ne favoriseraient pas l'insertion des personnes dans le syst&#232;me &#233;conomique dit &#034;r&#233;el&#034;. Car une partie de la mission, qu'on le veuille ou non, consiste bien en l'adaptation des publics &#224; une certaine forme d'attente sociale et/ou politique. Il faudrait plut&#244;t parler de lieu de transition progressive, ou de d&#233;phasage (au sens des transitions de phase en physique), tant la structure IAE est &#224; la fois une structure &#233;conomique int&#233;gr&#233;e dans un r&#233;seau de relations classiques avec des fournisseurs, des clients, et des tutelles administratives, mais aussi un lieu atypique dans lequel on se trouve &#224; l'abri d'une certaine forme de violence sociale, o&#249; le temps est ramen&#233; &#224; la dimension de l'activit&#233; et du progr&#232;s de chacun, et o&#249; les fonctions s'am&#233;nagent dans un dialogue constant entre les besoins de la structure et les possibilit&#233;s des personnes. Bien souvent cette dimension protectrice de l'IAE a &#233;t&#233; critiqu&#233;e, et on ne peut douter que pour certains elle paraissent d&#233;cal&#233;e avec les besoins d'adaptation que l'on identifie sur le march&#233; de l'emploi, notamment dans le secteur marchand. Mais la professionnalisation croissante des acteurs de l'IAE, leur prise en compte de plus en plus importante des facteurs &#233;conomiques et des objectifs de rentabilit&#233;, ne fait qu'augmenter l'importance de cette dimension. Alors que jusqu'ici elle &#233;tait adoss&#233;e &#224; l'histoire m&#234;me du secteur, c'est &#224; dire &#224; ses racines qui puisent p&#234;le-m&#234;le dans l'&#233;ducation populaire, les oeuvres caritatives et l'action sociale, elle devient aujourd'hui un param&#232;tre important de l'organisation, figurant sur le tableau de bord des dirigeants au m&#234;me titre que celui de la rentabilit&#233;. Et sur ce point, les structures IAE constituent bien une sorte d'avant-garde. Il suffit, pour s'en convaincre, de se fier aux mutations actuelles dans le secteur marchand, qui invitent, enfin, &#224; se poser la question du bien-&#234;tre au travail, des risques psychologiques d&#251;s &#224; la pr&#233;carit&#233;, &#224; la duret&#233; du milieu, aux relations pathog&#232;nes en entreprise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion d'avant-garde constitue justement la troisi&#232;me dimension de l'id&#233;e de territoire d'exp&#233;rimentation permanente. Car la structure IAE doit g&#233;rer des probl&#233;matiques et des questionnements qui se trouvent &#224; la pointe de la r&#233;flexion actuelle dans le champ du management, celui de la gestion des ressources humaines, voire dans une r&#233;flexion plus g&#233;n&#233;rale sur l'organisation de nos soci&#233;t&#233;s. D'abord parce que les structures IAE travaillent sur le terrain avec des publics fortement h&#233;t&#233;rog&#232;nes, dont le seul point commun r&#233;side dans la situation sociale, et les freins d'acc&#232;s &#224; l'emploi. On retrouve sur une m&#234;me action d'insertion des personnes d'&#226;ge diff&#233;rents, de niveaux scolaires variables, dont l'exp&#233;rience professionnelle varie de l'ignorance totale du monde de l'entreprise &#224; des carri&#232;res quasi compl&#232;tes, parfois sur des postes &#224; responsabilit&#233;. Dans ce contexte, les travailleurs de l'IAE sont soumis &#224; la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre inventifs, pour adapter la t&#226;che, pour g&#233;rer la diversit&#233; des repr&#233;sentations du travail, pour s'exprimer dans diff&#233;rents langages (celui du jeune n'ayant jamais travaill&#233;, celui du quinquag&#233;naire ancien g&#233;rant d'entreprise) et pour assurer la coh&#233;rence de l'action collective.&lt;br class='manualbr' /&gt;De grandes entreprises se d&#233;battent avec les questions d'interculturalit&#233; et investissent des budgets faramineux pour former leurs cadres &#224; la communication interprofessionnelle, &#224; l'appr&#233;hension de la diversit&#233;. Les structures d'insertion g&#232;rent cette diversit&#233; au jour le jour dans toutes les activit&#233;s quotidiennes et sur toutes les fonctions de l'entreprise. On peut &#234;tre frapp&#233; du d&#233;calage, quand d'un c&#244;t&#233; la diversit&#233; devient un nouveau param&#232;tre &#224; prendre en compte, alors que de l'autre c'est une condition de possibilit&#233; du travail : l'insertion est par nature confront&#233; &#224; la diversit&#233;, et elle tire une large part de sa r&#233;ussite et de sa richesse de l'approche qu'elle en fait.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cela va plus loin, car par la mission m&#234;me de la structure IAE, il est patent que tout est mis en &#339;uvre pour permettre &#224; chacun d'apprendre et d'&#233;voluer. Mais la personne qui entre sur une action d'insertion ne va pas seulement obtenir un travail et une formation, la structure va aussi adapter son organisation, en s'accommodant par exemple d'une non-op&#233;rationnalit&#233; du salari&#233; sur le poste, ou en faisant en sorte d'adapter la t&#226;che aux besoins de formation de la personne, l&#224; o&#249; l'entreprise classique se contenterait d'expliciter ses proc&#233;dures et sa fiche de poste. Il faut ici prendre des exemples. Dans le cas de l'illettrisme par exemple, on choisira de d&#233;velopper au maximum les comp&#233;tences linguistiques en ajoutant des t&#226;ches de lecture et d'&#233;criture (la retranscription de textes par exemple, ou la r&#233;daction de bilans). Pour d&#233;velopper les capacit&#233;s &#224; communiquer, on int&#232;grera une part de relations publiques sur un poste d'agent administratif. Pour travailler les comp&#233;tences en calcul, on demandera au ma&#231;on de participer &#224; des r&#233;unions de chantier o&#249; seront pr&#233;par&#233;es les commandes. Chacun de ces t&#226;ches, qui ne font pas obligatoirement partie de la d&#233;finition du poste seront ajust&#233;es en permanence, au fur et &#224; mesure o&#249; seront d&#233;tect&#233;s des besoins, et seront accompagn&#233;es, toujours, par des encadrants techniques, mais aussi par les autres b&#233;n&#233;ficiaires, plus avanc&#233;s dans leur parcours, ou plus exp&#233;riment&#233;s. Ces m&#233;thodes sont simples, elles ne sont pas nouvelles et on ne doute pas qu'elles fassent partie du lot commun de tous les formateurs, et de la plupart des situations d'apprentissage. &#192; la diff&#233;rence pr&#232;s qu'elles sont ici int&#233;gr&#233;es totalement &#224; l'activit&#233;, et que la r&#233;flexion p&#233;dagogique qui les sous-tend n'est pas d&#233;velopp&#233;e dans un lieu &#224; part, mais dans le cours m&#234;me de l'action et du parcours individuel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 L'objectif et l'ind&#233;termin&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour analyser les id&#233;es re&#231;ues de la pratique de l'insertion, il faut commencer par se poser la question des objectifs. On identifie en tout premier lieu l'objectif qui ressort de la mission donn&#233;e au dispositif et aux agents. Principalement, celle d'impacter positivement les parcours individuels pour accro&#238;tre l'employabilit&#233;, ou r&#233;soudre des freins &#224; l'emploi, ou encore, pour d&#233;velopper les savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre en compte cet objectif, le praticien a besoin de croire &#224; la mission qui lui est donn&#233;e, mais par dessus tout, il adh&#232;re &#224; l'id&#233;e m&#234;me selon laquelle le dispositif peut impacter les parcours dans un sens d&#233;termin&#233; et attendu. C'est l&#224; que r&#233;side un des probl&#232;mes essentiels de la pratique des m&#233;tiers de l'insertion. Car, si cette croyance est capitale pour continuer &#224; agir, elle est pratiquement d&#233;nu&#233;e de fondement lorsqu'on consid&#232;re ce qui se trame : aucun dispositif n'est en soi porteur de son propre usage, et c'est seulement dans la mati&#232;re de ce qui est fait que r&#233;side sa valeur. Autrement dit il est n&#233;cessaire de comprendre que l'intervenant-observateur ne saurait &#234;tre s&#233;par&#233; v&#233;ritablement de son objet d'attention : il est un &#233;l&#233;ment impactant certes, mais il est aussi impact&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; trop consid&#233;rer la demande initiale comme un moteur objectif et d&#233;finitif de l'action, on en viendrait &#224; ne voir dans le dispositif qu'une machine, ce qui ne ferait que reproduire les conditions sociales ext&#233;rieures, celles m&#234;mes qui g&#233;n&#232;rent des parcours d'exclusion et de marginalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite l'objectif dont le b&#233;n&#233;ficiaire, conscient ou non, est porteur. Cet objectif l&#224;, cet usage que la personne souhaite faire, croit faire, ou fera du dispositif n'est pas ma&#238;trisable, n'est pas d&#233;finissable, n'est pas &#233;valuable directement. Il peut tout au plus &#234;tre interpr&#233;t&#233; &#224; partir des actes pos&#233;s par la personne, en situation, par les observateurs et n&#233;cessairement donc &#224; posteriori. Il peut aussi &#234;tre entendu dans la narration que fait la personne de son parcours et de ses attentes. Mais, l&#224; comme ailleurs, il ne faut pas croire que l'acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233; de l'objectif soit directe ou m&#234;me possible. D'abord parce qu'il n'y a de v&#233;rit&#233; que dans l'intime des personnes, inaccessible parfois m&#234;me au sujet qui s'introspecte. Ensuite, parce que nous ne savons et n'avons acc&#232;s qu'&#224; ce que la personne veut bien d&#233;livrer de sa v&#233;rit&#233; : autant dire que cela n'est que local, relatif et &#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y enfin l'objectif dont rend compte le parcours, &#224; posteriori lui aussi, mais au sens o&#249; il se d&#233;gage comme la signification m&#234;me du dialogue personne/dispositif tel qu'il s'est r&#233;alis&#233;. Parcours qui doit &#234;tre compris non seulement comme l'historique de ce qui a &#233;t&#233; fait, pos&#233;, pens&#233; par les diff&#233;rents acteurs du dispositif, mais aussi comme ce qui a &#233;t&#233; transform&#233; dans la mati&#232;re m&#234;me du dispositif, de l'outil de travail, et du corps de normes &#224; l'issue du parcours. Il y a l&#224; quelque chose de bien plus tangible que dans les deux premi&#232;res instances de l'objectif. D'une part en ce que cela ne suppose pas d'interpr&#233;tations radicales et de filtres ou de d&#233;tournements. Au contraire, si interpr&#233;tation il y a, elle se trouve dans la relation m&#234;me de la personne au dispositif plut&#244;t que dans un examen intrusif des fins et des moyens du sujet. L'objet est ici le dispositif lui-m&#234;me, dans son &#233;volution et ses transformations. Il est porteur de la signification allou&#233;e par les personnes qui y ont contribu&#233;, et le processus qui figure sa transformation est aussi porteur d'un sens. On reconna&#238;tra l'avantage qu'il y a &#224; ne se baser ni sur l'introspection individuelle, ni sur l'&#233;vocation d'une norme pr&#233;&#233;tablie dont on aurait &#224; traduire en actes la finalit&#233;. En sorte que, d'une certaine mani&#232;re, le dispositif en mouvement, est le seul lieu o&#249; peut se mesurer v&#233;ritablement l'objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en vient ainsi &#224; se poser la question de l'&#233;valuation, donc de la mesure, de la r&#233;ussite d'un dispositif. Il est bien clair que les structure IAE doivent, rendre compte de leur efficacit&#233;, et qu'un moyen de le faire, le plus facile &#224; mettre en oeuvre, mais pas n&#233;cessairement le plus efficace, consiste bien en une mesure effective de l'atteinte ou non des objectifs pr&#233;&#233;tablis : acc&#232;s &#224; l'emploi durable, acc&#232;s &#224; une formation, acc&#232;s aux savoirs et aux droits, dynamisation...La critique ne porte donc pas sur la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;valuation, mais sur la place donn&#233;e aux crit&#232;res, tant quantitatifs (combien de CDI ?) que subjectifs, c'est &#224; dire bas&#233;s sur l'observation du personnel accompagnant. Dans les balbutiements de l'IAE, des ann&#233;es 1970 &#224; 1990, une m&#233;thode &#233;tait couramment utilis&#233;e qui rendait un profil assez int&#233;ressant de la r&#233;ussite ou de l'&#233;chec des dispositifs. Il s'agissait notamment de d&#233;crire les parcours, notamment le parcours de vie, mais surtout d'expliciter ce qui avait &#233;t&#233; engag&#233; et transform&#233; sur l'activit&#233;. Le d&#233;faut de la m&#233;thode &#233;tait qu'elle &#233;tait enti&#232;rement soumise &#224; la subjectivit&#233; de l'observateur, et qu'elle pouvait servir des fins exog&#232;nes (assurer une perception positive du dispositif par ses financeurs), parfois m&#234;me avec la meilleure volont&#233; d'objectivit&#233; (comment ne pas laisser place au pathos lorsque les parcours sont chaotiques et tourment&#233;s). De nombreux dispositifs se sont d&#233;tourn&#233;s de cette m&#233;thode, qui avait par ailleurs deux inconv&#233;nients fondamentaux. D'abord cela rendait publique une histoire dont le b&#233;n&#233;ficiaire, se confiant dans le cadre intime du bureau de l'accompagnateur, n'avait pas pr&#233;vu qu'elle serait d&#233;voil&#233;e &#224; des personnes ext&#233;rieures (les contr&#244;leurs de l'action). Ensuite, parce que cela encourageait de mani&#232;re totalement incontr&#244;l&#233;e &#224; appuyer sur les d&#233;faites plut&#244;t que sur les r&#233;ussites, sur les freins plut&#244;t que sur les potentialit&#233;s ou le capital-humain. Derri&#232;re la fa&#231;ade humaniste qui motivait l'usage de cette m&#233;thode, se cachaient donc des risques de d&#233;viation peu commodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1990, les m&#233;thodes issues de la psychologie sociale et de la psychom&#233;trie ont peu &#224; peu pris leur place dans cet environnement. Le confort d'utilisation procur&#233; par les tests et les protocoles d'&#233;valuation ou d'accompagnement facilitant grandement le travail de l'accompagnateur, et m&#233;nageant ses valeurs de respect de la vie priv&#233;e, d'&#233;galit&#233; de traitement et d'objectivit&#233;. Cette m&#233;thode n'a pourtant pas r&#233;pondu strictement &#224; la question de l'&#233;valuation du parcours parce qu'elle produisait des limites qui se sont r&#233;v&#233;l&#233;es tout autant incontournables. On oublie notamment, dans cet usage des m&#233;thodes psychologiques, que les deux participants (b&#233;n&#233;ficiaire et accompagnateur) ne sont qu'apr&#232;s tout deux coll&#232;gues de travail d'un m&#234;me organisme. Et que l'accompagnateur, lorsqu'il reste sur son quant &#224; soi de psychologue intervenant sur le projet professionnel, n&#233;glige ce qui fait tout l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;marche IAE, &#224; savoir la connexion profonde qui est faite entre l'activit&#233; de production et l'activit&#233; de r&#233;alisation de soi dans le travail. Bien souvent le bureau de l'accompagnateur a ignor&#233; ce qui se tramait dans le travail de l'atelier. Et bien souvent le travail en atelier n'a pas eu d'&#233;gard pour ce qui se jouait dans le bureau du psychologue. Nous aborderons plus loin ces questions, mais il est clair que l&#224; encore s'interposent des filtres et des barri&#232;res, qui emp&#234;chent la communication entre ces deux composantes du travail d'IAE, et m&#233;ritent d'&#234;tre th&#233;matis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Participant &#224; la formation de jeunes psychologues ou conseillers professionnels lors de leurs premi&#232;re exp&#233;riences sur le terrain, j'ai souvent identifi&#233; les m&#234;mes contresens conceptuels qui fabriquent les m&#234;mes erreurs pratiques. Chaque accompagnant connait une limite, sur certains profils ou certaines probl&#233;matiques, et c'est de la connaissance de cette limite qu'il peut mieux percevoir ses capacit&#233;s et ses forces dans l'accompagnement. Il est donc normal qu'un d&#233;butant ne soit pas suffisamment conscient de ses limites. Mais, certains contresens sont li&#233;s &#224; des certitudes qui ressortent en grande partie de nos concepts et de nos m&#233;thodes. Le conseiller peut par exemple &#234;tre persuad&#233; que son r&#244;le est de mettre au jour &lt;i&gt;ce que la personne veut vraiment&lt;/i&gt;. Il tire de ses m&#233;thodes cette croyance qu'il existe des choses cach&#233;es que nous voudrions et que seul le psychologue pourrait rendre &#224; la conscience. &lt;i&gt;Soyez ce que vous &#234;tes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;soyez spontan&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;soyez volontaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;d&#233;couvrez votre vraie nature&lt;/i&gt; : autant d'injonctions pleines de bons sentiments, qui peuvent construire des murs d'incompr&#233;hension radicale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, il est assez courant d'entendre des accompagnateurs s'approprier le projet professionnel de l'Autre, et s'offusquer par exemple qu'il puisse &#234;tre modifi&#233;, abandonn&#233;, revisit&#233;, ou mis en &#233;chec. C'est oublier que l'essentiel de la relation &#224; &#233;tablir, le point de d&#233;part de l'accompagnement, est bien de laisser la personne enti&#232;rement libre de ses choix, y compris de ses errances. Et il est totalement contre-productif &#224; long terme de refuser &#224; la personne la ma&#238;trise totale de son projet. Non que cela n'entra&#238;nerait pas une certaine r&#233;ussite &#224; court terme, certains profils exprimant le besoin caract&#233;ris&#233; d'&#234;tre pris en charge, y compris de cette mani&#232;re. Mais surtout du fait que cela ne serait pas p&#233;renne. Sorti de la relation qui a permis ce recadrage, que deviendrait le projet ? Etablir la relation de conseil en insertion rel&#232;ve avant tout de l'acceptation de ce que l'on est dans la relation, et de celui qui est l&#224;, sans instaurer de d&#233;pendance. On devrait toujours s'imposer une discipline de vocabulaire, et de conceptualisation, en se refusant certaines facilit&#233;s de langage. Lorsque par exemple le projet est mis en d&#233;faut, tout d&#233;pend de ce que la relation a instaur&#233; comme cadre de collaboration. Si tant est que les choses aient &#233;t&#233; claires dans le projet commun au b&#233;n&#233;ficiaire et &#224; l'accompagnant, une remise en question est toujours possible si elle met en &#233;chec l'objet et non la relation. L'inverse n'est pas vrai. Ainsi, la d&#233;ception de l'accompagnant peut cacher simplement la mise en &#233;chec de la relation, derri&#232;re l'apparence d'un refus d'agir correctement du b&#233;n&#233;ficiaire. Il faudrait alors ne pas relater que le b&#233;n&#233;ficiaire ne veux pas faire ce qu'on lui conseille de faire, mais reconna&#238;tre que la relation n'est pas de bonne qualit&#233; ou au contraire que le b&#233;n&#233;ficiaire fait ses propres choix. En somme, cela revient &#224; dire que le conseiller doit manifester en permanence la conscience qu'il a du relatif et de la partialit&#233; de son jugement, il ne peut faire autrement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces questions, on pourra notamment se reporter aux ouvrages de : J.-C. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel d'une relation &#233;quilibr&#233;e et dynamique r&#233;side en grande partie dans la clarification, d&#232;s le d&#233;but de l'accompagnement, des tenants et des aboutissants du travail qui s'annonce, et de ce que les interlocuteurs s'engagent &#224; d&#233;velopper ensemble. Ce dialogue ne cesse v&#233;ritablement qu'avec la fin de la relation, m&#234;me lorsque ce n'est pas explicite. Et il est &#233;vident que cette clarification n'est ni ais&#233;e, ni absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait raisonnablement mettre en place l'&#233;valuation sans tabler d&#232;s le d&#233;part sur une construction partag&#233;e, ou &#224; tout le moins sur sa possibilit&#233;. Sur certains dispositifs on a vu appara&#238;tre de nouvelles formes d'&#233;valuation qui empruntent aux diff&#233;rentes m&#233;thodes connues, et qui surtout, tentent de jouer la carte de la concertation et du dialogue sur les fins et les normes : bilans partag&#233;s, bilans libres &#224; chaque &#233;tape de parcours, carnet de bord de l'activit&#233; technique, entretiens d'&#233;tape, questionnaire d'&#233;valuation sur les conditions de travail, &#233;valuation partag&#233;e de la d&#233;marche qualit&#233;, implication dans les processus de d&#233;cision, fonction trace, valorisation de parcours, analyse des pratiques. L'inventivit&#233; est ici d&#233;bordante, la seule difficult&#233; r&#233;sidant plut&#244;t dans la mani&#232;re de rendre compte ensuite de ce qui se trame dans ces moments de dialogue et de r&#233;flexion. La synth&#232;se n'est pas ais&#233;e et les donn&#233;es sont pl&#233;thoriques, mais elles sont parlantes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 Le dispositif comme force passive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e force du travail social c'est l'id&#233;e selon laquelle le dispositif a une influence sur les parcours individuels. Ce fait semble ind&#233;niable lorsqu'il est entendu dans sa forme la plus g&#233;n&#233;rique, c'est &#224; dire celle du constat d'un changement : &#171; &lt;i&gt;Mr X. a acquis de nouvelles comp&#233;tences&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Mme Y. a trouv&#233; un emploi dans sa branche d'activit&#233;&lt;/i&gt; &#187;... La m&#234;me id&#233;e est pourtant beaucoup plus contestable lorsqu'on en d&#233;duit que pour atteindre les bons objectifs, il suffit de d&#233;velopper un bon dispositif. Cette hypoth&#232;se est utilis&#233;e tant par les tenants de l'&#233;ducation sociale, pour qui l'insertion joue un r&#244;le &#233;ducatif et formateur, que par ceux de l'adaptation des individus, pour qui l'insertion a pour fonction essentielle de pr&#233;parer les b&#233;n&#233;ficiaires aux conditions du march&#233; du travail. Le bon dispositif fait l'individu social adapt&#233;. Cette hypoth&#232;se de travail, &#224; l'oeuvre dans tous les champs de l'intervention, est largement surestim&#233;e pour ne pas dire fausse. Il y a plusieurs raisons pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce que cela consiste &#224; sous-consid&#233;rer les conditions plus larges dans lesquelles un dispositif s'ins&#232;re : un autre dispositif plus englobant auquel il contribue d'une mani&#232;re ou d'une autre. Typiquement, l'IAE est bien un des bras arm&#233;s de la politique de l'emploi et de la lutte contre l'exclusion. C'est un fait, m&#234;me si les dispositifs sont, localement, dou&#233;s d'une large autonomie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'on se laissait aller &#224; surinvestir le pouvoir des dispositifs, l'imposture serait totale, et leur efficace r&#233;elle serait ni&#233;e. Car cela reviendrait &#224; admettre que nous d&#233;veloppons des outils permettant l'acc&#232;s &#224; l'emploi l&#224; o&#249; le syst&#232;me socio-&#233;conomique n'est pas &#224; m&#234;me d'offrir suffisamment d'emplois. En allant au bout de cette logique, le r&#244;le de la structure deviendrait bien cynique, et il faudrait la consid&#233;rer au mieux comme un outil pour g&#233;rer la p&#233;nurie de main d'oeuvre, sinon comme un moyen de produire de la s&#233;lection sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rendre employables les personnes exclues du march&#233; de l'emploi, cela (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, donc de l'exclusion. Dans cette logique, le parcours d'insertion n'aurait que la vertu d'op&#233;rer une sorte de rotation des publics pr&#233;caires sur les emplois disponibles. Cette vision cynique n'est &#233;videmment pas celle que les travailleurs de l'insertion partagent, mais elle est bien le corrollaire de l'hypoth&#232;se de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce que cela conduit &#224; n&#233;gliger profond&#233;ment le r&#244;le qu'a l'individu lui m&#234;me dans les transformations qu'il va op&#233;rer sur soi, dans son parcours. On se demande d'ailleurs comment de tels dispositifs pourraient fonctionner et produire un quelconque r&#233;sultat si les individus ne participaient pas, activement ou pas, volontairement ou pas, &#224; la r&#233;alisation m&#234;me de l'objectif. Il faut m&#234;me aller plus loin, et consid&#233;rer qu'il n'y a que ce que produit l'individu, dans son dialogue avec la norme, aussi bien que dans ses interactions sociales, qui est producteur d'objectif. M&#234;me si cela peut para&#238;tre exag&#233;r&#233;, il est clair que sur le terrain, de nombreuses r&#233;ussites d'insertion sont le fait d'un conflit ou d'une tension, que la personne entretient avec le dispositif, et qui l'am&#232;ne &#224; accomplir ce que l'on peut appeller une r&#233;ussite alors m&#234;me que l'apparence du pacours qu'elle r&#233;alise va &#224; contre courant de ce que l'on attendrait. Le travailleur social, croyant volontiers &#224; l'efficacit&#233; du dispositif qu'il croit manoeuvrer, et d&#233;sireux d'aider la personne, peut ne pas comprendre ce qui se joue dans la tension. Et notre aptitude naturelle &#224; vouloir &#233;viter le conflit, lieu du n&#233;gatif, peut nous entra&#238;ner parfois sur de mauvaises pistes lorsque ce conflit est aussi le lieu d'une interrogation sur les fins, sur la norme et sur les moyens. On souhaiterait n'avoir &#224; faire qu'avec des personnes raisonnables et participantes, grave erreur ! Car le travail d'insertion n'est ni plus efficace, ni plus ais&#233; avec des publics dociles et r&#233;sign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte, nous en reparlerons plus bas, que le travail social doit &#224; tout le moins int&#233;grer cette dimension du conflit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Evidemment, on ne parle pas l&#224; de conflits dangereux, li&#233;s &#224; une oppression (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme une des formes possibles de la relation, simplement parce qu'elle est parfois voulue par le protagoniste, ou rendue in&#233;vitable par les conditions dans lesquels s'exerce le travail d'insertion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un contexte de grande brutalit&#233; &#233;conomique et sociale, comment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance en la toute-puissance du dispositif est aussi une erreur en tant qu'elle nous invite &#224; ignorer le r&#244;le que l'individu va jouer sur la transformation du dispositif lui-m&#234;me. O&#249; l'on voit d'ailleurs r&#233;appara&#238;tre ce th&#232;me du conflit. Car derri&#232;re le conflit apparent, qui porte le plus souvent sur la valeur des normes, leur utilit&#233; ou leur &#233;quit&#233;, il y a presque toujours une mise-en-perspective de leur fonction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par la volont&#233; d'abord d'en conna&#238;tre le r&#244;le dans l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral du dispositif, vu comme ensemble de r&#232;gles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par la n&#233;cessit&#233; ensuite de s'approprier la norme pour ne pas simplement la subir, la comprendre pour ne pas se sentir l'objet d'un arbitraire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par le besoin enfin d'&#234;tre son &#233;gal, de la regarder en face et de contribuer &#224; son am&#233;lioration et/ou &#224; son application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; l'on voit aussi r&#233;appara&#238;tre cette importance de ne pas craindre le conflit et le d&#233;bat qu'il sous-tend. Car sans acceptation de la possibilit&#233; du conflit, on n'envisage pas la possibilit&#233; m&#234;me du dialogue qui r&#233;soudra la tension. Ne pas craindre le conflit c'est accepter, intelligemment, la possibilit&#233; que la norme soit source de tension, et donc qu'elle puisse m&#233;riter une r&#233;vision. Ou &#224; tout le moins, c'est donner de la valeur &#224; l'intelligence de chacun, en reconnaissant que partout il peut y avoir mati&#232;re &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; construire du sens ensemble, ou &#224; transmettre les valeurs collectives h&#233;rit&#233;es des moments de tension du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces remarques nous conduisent &#224; envisager le dispositif comme un espace de tensions entre quatre p&#244;les (la structure, la personne, les normes et les effets), situ&#233;s sur deux axes qui opposent le vif &#224; l'inerte. La gestion d'un dispositif suppose une r&#233;gulation permanente de la mani&#232;re dont s'&#233;tablissent les rapports entre ces quatre p&#244;les. Il faut non seulement &#234;tre attentif &#224; l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral de leurs participation, c'est &#224; dire &#224; leur g&#233;om&#233;trie, mais aussi &#224; la mani&#232;re dont s'&#233;tablissent, se transmettent et se r&#233;solvent les tensions. Si en apparence la gestion ou l'animation d'un dispositif ressort uniquement de la d&#233;finition des fins et des moyens, des normes pr&#233;existantes &#224; l'activit&#233;, et du contr&#244;le auquel on peut les soumettre, on se rend compte sur le terrain, dans le cadre d'un structure telle que nous la d&#233;crivons depuis le d&#233;but de cet article, &#224; quel point l'accent doit &#234;tre port&#233; sur la r&#233;gulation des &#233;quilibres et l'ajustement permanent et mutuel de l'inerte et du vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette r&#233;gulation, l'ing&#233;nierie n'est pas simplement l'acte r&#233;alis&#233; par le chef de projet ou le manager, il est le r&#233;sultat de processus complexes, par lesquels l'information est propos&#233;e sous forme implicite la plupart du temps, et dont le manager doit &#234;tre aux aguets. Il va de soi que lorsque cette information est n&#233;glig&#233;e, lorsqu'elle ne remonte pas jusqu'au tableau de bord, c'est soit que l'ing&#233;nierie spontan&#233;e, collective, ne peut plus transformer cette information implicite en information strat&#233;gique (&lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; apte &#224; &#234;tre qualifi&#233;e et identifi&#233;e comme telle), soit que l'ing&#233;nierie manag&#233;riale n'a pas la disponibilit&#233; suffisante pour y &#234;tre attentive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ateliers et chantiers d'insertion auxquels j'ai eu l'occasion d'intervenir &#224; cette &#233;chelle, nous avons concentr&#233; une large partie de nos efforts sur ces aspects de circulation des informations strat&#233;giques. De nombreux types de gestion des &#233;quilibres ont &#233;t&#233; test&#233;s. Mais les meilleurs r&#233;sultats ont &#233;t&#233; obtenus lorsque ont &#233;t&#233; encourag&#233;s les processus suivants : &lt;br /&gt;&#8212; la r&#233;gulation concert&#233;e de l'activit&#233;, de ses contraintes et de ses orientations
&lt;br /&gt;&#8212; la distribution des sources d'informations ascendante et descendante
&lt;br /&gt;&#8212; l'analyse des pratiques dans des comit&#233;s qualit&#233;
&lt;br /&gt;&#8212; l'analyse des tensions li&#233;es &#224; la production, aux relations hi&#233;rarchiques, et aux collaborations &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour qualifier cette notion de &#034;bons r&#233;sultats&#034;, nous en reviendrons &#224; la notion d'&#233;quilibre, ou plut&#244;t de stabilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est clair que dans notre conception, il est fait usage de la tension comme d'une information, qui sert de guide pour &#233;laborer/optimiser les protocoles/codes/repr&#233;sentations. Dans le m&#234;me temps, un syst&#232;me qui g&#233;n&#233;rerait trop de tension perdrait en efficacit&#233;. Un syst&#232;me qui n'en produirait pas rendrait aveugle l'ing&#233;ni&#233;rie collective. L'&#233;quilibre &#224; trouver c'est celui d'une alternance entre des phases de stabilit&#233;, dans lesquelles les tensions se r&#233;sorbent, et des phases de tension dans lesquelles une analyse est produite pour am&#233;liorer le dispositif. La phase de tension est un moment d&#233;licat dans lequel il est capital d'ouvrir tous les capteurs possibles pour discerner une tension endog&#232;ne d'une tension sans influence sur la qualit&#233; du dispositif et des relations. Ou encore, la tension peut nous focaliser sur un &#233;l&#233;ment symbolique tr&#232;s indirectement li&#233; au v&#233;ritable probl&#232;me. Et il s'agit de bien analyser la situation si l'on souhaite agir au bon endroit. La phase de stabilit&#233; est par contre source d'opacit&#233;, dans la mesure o&#249; disparaissent les reliefs du dispositif, et o&#249; l'on peut n&#233;gliger des aspects importants de la situation qui sont sources de conflits latents, et qui prennent corps parfois dans les am&#233;nagements inconscients que les personnes adoptent pour &#233;viter la tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner corps &#224; ces remarques, nous avons r&#233;alis&#233; en 2008 une analyse des situations de conflit &#224; partir d'entretiens aupr&#232;s de salari&#233;s. Nous avons questionn&#233; des personnes ayant v&#233;cu r&#233;cemment un conflit en entreprise, qu'il soit mineur et sans cons&#233;quence, ou qu'il ait entra&#238;n&#233; une proc&#233;dure administrative. Le corpus collect&#233; &#233;tait constitu&#233; par tous les &#233;l&#233;ments que les protagonistes voulaient bien mettre &#224; disposition (&#233;change de courriers, sms, mails, &#233;v&#233;nements, t&#233;moignages &#233;crits...), et des t&#233;moignages r&#233;colt&#233;s en narration subjective. Nous avons ensuite r&#233;alis&#233; une s&#233;rie d'entretiens dirig&#233;s, afin d'analyser ensemble les phases et les issues de ces conflits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre analyse, nous nous sommes attach&#233;s notamment &#224; comparer les histoires racont&#233;es par les protagonistes d'un m&#234;me conflit. Et nous avons cherch&#233; &#224; identifier dans chaque conflit le contexte, l'acte &#224; l'origine du conflit, les intentions et les attributions d'intention, la phase de r&#233;solution, et les pr&#233;conisations &#224; posteriori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tir&#233; de cette &#233;tude de nombreuses remarques concernant notamment le r&#244;le de la norme et des repr&#233;sentations dans la g&#233;n&#232;se du conflit. Au premier chef, nous avons constat&#233; sans grand &#233;tonnement que lorsqu'appara&#238;t le conflit, les protagonistes ont en g&#233;n&#233;ral une r&#233;flexion strat&#233;gique. Ils pr&#233;voient leurs &#034;coups&#034; sur la base de ce qu'ils interpr&#232;tent des intentions de l'autre, alors m&#234;mes qu'ils n'ont aucun acc&#232;s aux intentions d'autrui, mais simplement &#224; leur inscription dans la r&#233;alit&#233;. Par ailleurs, la norme joue un r&#244;le essentiel dans la caract&#233;risation de ces intentions, qu'elle soit priv&#233;e ou sociale, en ce qu'elle donne un guide (&#224; tort ou &#224; raison) pour interpr&#233;ter ce qui peut &#234;tre voulu, obtenu, anticip&#233; lorsque l'interlocuteur r&#233;alise une certaine action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait bien des choses &#224; dire sur la mani&#232;re dont la communication s'&#233;tablit et sur ce que les interlocuteurs retiennent de ces conflits et de leur r&#233;solution, tant sur eux-m&#234;mes, que sur les autres. Mais le plus frappant vient de la mani&#232;re dont les protagonistes caract&#233;risent la diff&#233;rence entre ce qui se joue en situation de conflit et ce qui se joue, &#224; l'inverse en situation non-conflictuelle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;p class=&#034;spip&#034; style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/9b462acf4ea55edb3fdbde8f63053707.png?1772854749' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034; \begin{array}{l|cc} &amp;\text{conflictuel} &amp; \text{non-conflictuel}\\ \hline \text{&#233;tat} &amp; \text{incompr&#233;hension} &amp; \text{compr&#233;hension} \\ \text{attitude} &amp; \text{n&#233;gativit&#233;} &amp; \text{positivit&#233;} \\ \text{strat&#233;gie} &amp; \text{gagnant-perdant} &amp; \text{gagnant-gagnant} \\ \text{norme} &amp; \text{externe} &amp; \text{interne} \end{array} &#034; title=&#034; \begin{array}{l|cc} &amp;\text{conflictuel} &amp; \text{non-conflictuel}\\ \hline \text{&#233;tat} &amp; \text{incompr&#233;hension} &amp; \text{compr&#233;hension} \\ \text{attitude} &amp; \text{n&#233;gativit&#233;} &amp; \text{positivit&#233;} \\ \text{strat&#233;gie} &amp; \text{gagnant-perdant} &amp; \text{gagnant-gagnant} \\ \text{norme} &amp; \text{externe} &amp; \text{interne} \end{array} &#034; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;br class='manualbr' /&gt;De l'&#233;tat non-conflictuel, les personnes se souviennent simplement du fait qu'elles se comprenaient, qu'il n'y avait pas d'ambigu&#239;t&#233; dans leur relation, et que chacun trouvait son compte dans un &#233;change positif. Le conflit venant tout interrompre, la situation passerait radicalement &#224; un &#233;tat d'incompr&#233;hension radicale, le langage de l'autre devenant brusquement dialectal, sans espoir de se comprendre. Dans certains cas, les personnes admettront s'&#234;tre leurr&#233; sur cette bonne entente du pass&#233;, les germes de la discorde &#233;tant peut &#234;tre pr&#233;sents depuis le d&#233;but de la relation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'oppos&#233;, lorsqu'on analyse les r&#233;cits propos&#233;s, et que l'on compare les structures de leurs interpr&#233;tations, on est plut&#244;t face au tableau suivant :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;p class=&#034;spip&#034; style=&#034;text-align: center;&#034;&gt;&lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/ef4c5fb5f1f4be4a7205a32342ac5370.png?1772854749' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034; \begin{array}{l|cc} &amp;\text{conflictuel} &amp; \text{anti-conflictuel}\\ \hline \text{&#233;tat} &amp; \text{incompr&#233;hension} &amp; \text{compr&#233;hension} \\ \text{attitude} &amp; \text{intransigeance} &amp; \text{complaisance} \\ \text{interpr&#233;tation} &amp; \text{rigidit&#233;} &amp; \text{charit&#233;} \\ \end{array} &#034; title=&#034; \begin{array}{l|cc} &amp;\text{conflictuel} &amp; \text{anti-conflictuel}\\ \hline \text{&#233;tat} &amp; \text{incompr&#233;hension} &amp; \text{compr&#233;hension} \\ \text{attitude} &amp; \text{intransigeance} &amp; \text{complaisance} \\ \text{interpr&#233;tation} &amp; \text{rigidit&#233;} &amp; \text{charit&#233;} \\ \end{array} &#034; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces remarques nous semblent capitales pour mesurer l'importance de l'analyse des tensions dans la gestion d'un dispositif. Parce qu'elles mettent en &#233;vidence le gommage des reliefs auquel peut concourir la situation apais&#233;e, et au contraire, l'attention accrue &#224; certaines charges symboliques dont fait &#233;tat le conflit. Il nous semble bien que c'est dans la gestion raisonn&#233;e de ces phases que se concentre une bonne partie des enjeux de l'ing&#233;ni&#233;rie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, pour terminer, se poser la question du sujet, de cette personne que l'on identifie comme &#233;tant &#034;en insertion&#034;, et que le dispositif serait vou&#233; &#224; transformer. Car il s'agit maintenant de fermer la boucle ouverte au d&#233;but de cet article, en revenant sur ce qui motive ici la r&#233;vision du mod&#232;le traditionnel de dispositif au profit d'une compr&#233;hension philosophique de ce que sont l'accompagnement, le management et les objectifs d'insertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sujet, nous l'avons tour &#224; tour d&#233;nomm&#233; salari&#233; en insertion, b&#233;n&#233;ficiaire, personne en situation d'exclusion, autant de concepts malais&#233;s qui traduisent l'inconfort g&#233;n&#233;ral dans lequel nous place la notion m&#234;me d'insertion. Nous l'avons r&#233;p&#233;t&#233; plusieurs fois, il n'y a pas vraiment de dispositif &#224; l'oeuvre comme suite d'actions programmable pour obtenir un r&#233;sultat pr&#233;dictible. Il n'y a pas non plus de v&#233;ritable &#233;valuation de l'action tant qu'elle reste centr&#233;e sur un simple constat d'ad&#233;quation entre les sorties r&#233;alis&#233;es et les objectifs politiques qui pr&#233;d&#233;terminent la mission&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je le r&#233;p&#232;te encore, un dispositif serait-il ad&#233;quat s'il r&#233;ussissait ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De personne en insertion, nous n'en rencontrons r&#233;ellement jamais, sauf &#224; consid&#233;rer son statut au regard de la politique de l'emploi et de la lutte contre les exclusions. Nous n'avons &#224; faire qu'&#224; des salari&#233;s, travailleurs priv&#233;s d'emploi, dont la pr&#233;carit&#233; exige de la part des travailleurs de l'insertion une attention particuli&#232;re pour encourager l'&#233;laboration d'un projet, d'une strat&#233;gie adaptative, de moyens de se former, pour s'impr&#233;gner d'une culture de l'activit&#233; et se positionner face aux normes en d&#233;veloppant des usages. Curieusement d'ailleurs, lorsque tous ces &#233;l&#233;ments sont bien l&#224;, il n'est plus besoin de discuter le d&#233;calage permanent entre &#233;valuation quantitative et qualitative, objective et subjective, car les r&#233;sultats sont en g&#233;n&#233;ral parlants d'eux m&#234;mes, et se soumettent ais&#233;ment au calcul. La r&#233;duction du sujet &#224; son statut de personne en insertion, donc d&#233;pendant, donc socialement exog&#232;ne si ce n'est pathog&#232;ne, est probablement la pire des d&#233;viances qui guette le professionnel de l'insertion, mais aussi l'observateur ext&#233;rieur. Et c'est d'ailleurs autour de cette question que tourne notre r&#233;flexion depuis le d&#233;but : maintenir l'IAE dans la conformit&#233; &#224; sa mission sociale, cela revient justement &#224; privil&#233;gier la dimension de l'activit&#233; sur celle de l'insertion, pleine de contresens et de faux-semblants. Activit&#233; de production certes, mais aussi activit&#233; de production de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de nombreuses actions d'insertion, une des tendances louables de ces derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; justement de se lib&#233;rer du vocabulaire dramatique de l'insertion, pour se recentrer sur celui de l'activit&#233;. Pr&#233;figurant le m&#234;me mouvement cette fois non plus sur le langage mais aussi sur les faits, tels que nous venons de le d&#233;crire dans cette troisi&#232;me partie. Cela a consist&#233; notamment &#224; n'utiliser les termes &#171; &lt;i&gt;b&#233;n&#233;ficiaire, dispositif, parcours d'insertion, freins, diagnostique, savoir-&#234;tre&lt;/i&gt; &#187; ... avec mod&#233;ration et uniquement dans les situations de concertation avec les organismes de contr&#244;le et de prescription. Mais dans la relation aux personnes, ont &#233;t&#233; impos&#233;s au prix d'une gymnastique permanente au d&#233;but, les termes de &lt;i&gt;collaborateur, entreprise, parcours en entreprise, exp&#233;rience, bilan, comp&#233;tences&lt;/i&gt;... Cela peut para&#238;tre minime, mais c'est avec ce type de modifications qu'ont pu se d&#233;velopper progressivement de v&#233;ritables espaces d'exp&#233;rimentation permanente concert&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste &#224; justifier la raison pour laquelle on peut consid&#233;rer que le sujet est seul acteur des transformations, et en quoi le dispositif joue un r&#244;le important dans leur &#233;mergence ou non. Car il faut bien malgr&#233; la d&#233;construction propos&#233;e, justifier le r&#244;le passif que nous avons attribu&#233; au dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons tous que le sujet est le produit de ses interactions. C'est un point fondamental des sciences humaines que d'attirer notre attention sur cette extr&#234;me sensibilit&#233; au contexte en fonction de l'historique de l'individu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est d'ailleurs l&#224; que l'on voit la diff&#233;rence avec les machines qui ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par laquelle deux individus dans un m&#234;me milieu ne r&#233;agissent pas de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, cette affirmation peut sembler paradoxale. Car l'intuition imm&#233;diate du sujet ne nous donne pas acc&#232;s &#224; un semble d'interactions mais bien &#224; un individu, dot&#233; de normes et de repr&#233;sentations, apte &#224; impacter les choses, cherchant &#224; imposer sa volont&#233; sur la mati&#232;re. Nous percevons les sujets comme des &#234;tres bien discernables, autonomes, dou&#233;s de volont&#233;. Mais aussi parce que cette proposition semble inutile et triviale tant je per&#231;ois dans le temps la permanence des sujets &#224; travers l'exp&#233;rience que j'ai d'eux, leur histoire, mes usages d'eux et leurs usages de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe n'est qu'apparent, c'est simplement que le sujet est double. En tant qu'&#234;tre, je le con&#231;ois en synchronie, comme une configuration psychique, le r&#233;sultat d'une histoire, l'objet d'un jugement. En tant qu'existant, parce que je le per&#231;ois en diachronie, comme un processus &#233;volutif, un v&#233;cu en train de se r&#233;aliser. Voil&#224; les deux moyens dont je dispose pour acc&#233;der au sujet et le comprendre, mais voil&#224; aussi les deux moyens par lesquels il me fuit et refuse de se soumettre &#224; mon analyse. Je ne peux saisir le sujet comme objet, l'arr&#234;ter dans sa course, et tout ce que je peux saisir de lui n'est qu'une inscription dans le temps et l'espace, comme sujet d'une activit&#233; qu'elle soit langagi&#232;re, cognitive, productive...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un notion d'origine math&#233;matique (la biorthogonalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J-Y Girard. Locus Solum. Mathematical Structures in Computer Science, 2001.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) peut nous aider &#224; conceptualiser cette opposition, et &#224; envisager une caract&#233;risation possible : &lt;br /&gt;&#8212; l'&#234;tre c'est ce qui est invariant par transformations, il reste identique dans l'histoire (c'est une cat&#233;gorie)
&lt;br /&gt;&#8212; l'existant c'est ce qui s'inscrit dans une r&#233;alit&#233;, il varie dans le r&#233;el et a son identit&#233; dans le langage (c'est une r&#233;alisation)&lt;br class='manualbr' /&gt;De l&#224;, on peut alors d&#233;finir le sujet comme un espace de comportements clos par biorthogonalit&#233;. Cela signifie notamment que les inscriptions du sujet dans la r&#233;alit&#233; se cod&#233;terminent par les interactions possibles avec son milieu. Et qu'&#224; l'inverse, le comportement du milieu (l'orthogonal) se cod&#233;termine par les interactions que le sujet peut manifester. &lt;br class='autobr' /&gt;
Envisager le sujet dans son &#233;paisseur, c'est le d&#233;finir comme son biorthogonal dans la relation au milieu : le sujet n'est, qu'en tant qu'il se reconna&#238;t, qu'il s'identifie &#224; lui m&#234;me dans la relation au milieu. &lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve bien l&#224; le sens de ce que nous introduisions au d&#233;but par un appel &#224; consid&#233;rer la personne dans son statut d'op&#233;rateur de transformations, le renvoyant &#224; sa propre identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut entendre le mot insertion en deux sens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Soit qu'il s'agisse d'une action ordonn&#233;e, par laquelle une personne va s'int&#233;grer dans un ensemble, trouver une place, prendre sa place. La structure n'est alors qu'une porte d'entr&#233;e sur le monde &#233;conomique r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soit qu'il s'agisse d'un processus patent, au terme duquel quelqu'un parvient &#224; se reconna&#238;tre dans le dialogue qu'il &#233;tablit avec le milieu, le monde du travail, la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le premier cas, nous retombons dans les exc&#233;s d'une vision structurale, qui consiste &#224; surinvestir la puissance du proc&#233;d&#233; au d&#233;triment de ce qui se vit, et de ce qui se joue dans l'insertion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette position conduit &#224; toute une s&#233;rie de contresens dont chacun doit se m&#233;fier d&#232;s lors qu'il est amen&#233; &#224; travailler dans l'insertion, qu'il soit intervenant ou b&#233;n&#233;ficiaire.&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le second cas, l'insertion peut se concevoir comme un processus de r&#233;appropriation de soi, de ses fins, et de ses normes, cela gr&#226;ce au support d'exp&#233;rimentation que constitue le dispositif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la structure, cela consiste principalement en un r&#244;le passif. Celui de mettre &#224; disposition l'outil de travail, les moyens d'apprendre, un environnement propice &#224; la mise en perspective des m&#233;thodes et des pratiques, du temps d'introspection, de l'activit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le b&#233;n&#233;ficiaire, cela n&#233;cessite d'utiliser au maximum les possibilit&#233;s qu'offre la structure pour explorer des voies, &#233;prouver ses attentes et ses repr&#233;sentations, confronter son exp&#233;rience propre &#224; l'actuel et au local de cette activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dispositif IAE constitue donc un territoire privil&#233;gi&#233; dans lequel s'exp&#233;rimentent les nouvelles pratiques dont nous avons fait &#233;tat dans cet article. Il n'est probablement pas le seul, mais il est int&#233;ressant de noter &#224; quel point la r&#233;flexion n&#233;cessit&#233;e par les besoins m&#234;mes de l'activit&#233; d'insertion, pour assumer ses fins, rejoint tout un ensemble de questions plus g&#233;n&#233;rales sur l'activit&#233;, qui se posent tant au niveau de l'entreprise, qu'&#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/math&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb_2A&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes _2A&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;*&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet article est issu d'une conf&#233;rence donn&#233;e dans le cadre du cycle &#034;Les sciences humaines en question&#034; organis&#233; avec l'Universit&#233; de Provence (centre de Digne les Bains) par l'association &#034;R&#233;surgences&#034;. Cet article a &#233;t&#233; propos&#233; pour le premier num&#233;ro de la revue Influxus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment l'article L5132-1 : &lt;i&gt;L'insertion par l'activit&#233; &#233;conomique a pour objet de permettre &#224; des personnes sans emploi, rencontrant des difficult&#233;s sociales et professionnelles particuli&#232;res, de b&#233;n&#233;ficier de contrats de travail en vue de faciliter leur insertion professionnelle. Elle met en &#339;uvre des modalit&#233;s sp&#233;cifiques d'accueil et d'accompagnement. L'insertion par l'activit&#233; &#233;conomique, notamment par la cr&#233;ation d'activit&#233;s &#233;conomiques, contribue &#233;galement au d&#233;veloppement des territoires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui est en partie vrai.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces questions, on pourra notamment se reporter aux ouvrages de :&lt;br class='manualbr' /&gt;J.-C. Abric (&#233;d). &lt;i&gt;Exclusion sociale insertion et pr&#233;vention&lt;/i&gt;. Eres, 1996.&lt;br class='manualbr' /&gt;M. Autes. &lt;i&gt;Les paradoxes du travail social&lt;/i&gt;. Dunod, 2004.&lt;br class='manualbr' /&gt;D. Castra. &lt;i&gt;L'insertion professionnelle des publics pr&#233;caires&lt;/i&gt;. PUF, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rendre employables les personnes exclues du march&#233; de l'emploi, cela implique bien que d'autres personnes devront conna&#238;tre le ch&#244;mage pour permettre l'accession des premi&#232;res &#224; une activit&#233;, toute choses &#233;gales par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Evidemment, on ne parle pas l&#224; de conflits dangereux, li&#233;s &#224; une oppression ou &#224; une quelconque volont&#233; de nuire, mais bien d'opposition raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un contexte de grande brutalit&#233; &#233;conomique et sociale, comment s'&#233;tonner de la d&#233;compensation dont font preuve certains b&#233;n&#233;ficiaires &#224; leur arriv&#233;e sur un chantier d'insertion. Ici encore, int&#233;grer la dimension du conflit ne veut pas dire accepter la violence comme un droit, mais comme un fait dont on peut tirer parti. Si violence il y a, c'est qu'il y a mati&#232;re &#224; d&#233;battre, et donc opportunit&#233; de se frayer une issue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je le r&#233;p&#232;te encore, un dispositif serait-il ad&#233;quat s'il r&#233;ussissait ses r&#233;sultats d'acc&#232;s &#224; l'emploi, en pratiquant une forme de brutalit&#233; sociale sur les int&#233;ress&#233;s, ou en ne mettant aucun contenu normatif et culturel &#224; disposition des personnes pour leur apprentissage et leur enrichissement personnel ? A l'inverse, consid&#233;rerait-on qu'un dispositif est inad&#233;quat s'il permettait d'armer fortement les b&#233;n&#233;ficiaires &#224; affronter les conditions sociales du dehors, ou &#224; contourner leurs freins en d&#233;veloppant des projets de vie adapt&#233;s &#224; leur situation propre, m&#234;me en l'absence d'emploi p&#233;renne &#224; l'issue de leur passage en insertion ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est d'ailleurs l&#224; que l'on voit la diff&#233;rence avec les machines qui ne sont sensibles qu'aux conditions initiales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J-Y Girard. &lt;i&gt;Locus Solum&lt;/i&gt;. Mathematical Structures in Computer Science, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je suis fou, et vous ?</title>
		<link>https://influxus.eu/article1019.html</link>
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		<dc:date>2015-11-10T11:03:37Z</dc:date>
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		<dc:creator>Claude Deutsch</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Introduction : Cet article est la pr&#233;sentation r&#233;sum&#233;e d'une th&#232;se de Doctorat de Philosophie que nous avons soutenu en octobre 2014 &#224; l'Universit&#233; de Paris Ouest Nanterre la D&#233;fense et qui portait justement ce titre et ce sous-titre. Le but avou&#233; de ce travail universitaire est de faire reconna&#238;tre la parole de ceux qui se d&#233;signent sous le nom collectif d'usagers en sant&#233; mentale en contribuant, par un travail th&#233;orique exigeant et rigoureux, &#224; faire entendre la validit&#233; de leur propos. De (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique18.html" rel="directory"&gt;Divers&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot1104.html" rel="tag"&gt;Creative Commons&lt;/a&gt;, 
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		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article est la pr&#233;sentation r&#233;sum&#233;e d'une th&#232;se de Doctorat de Philosophie que nous avons soutenu en octobre 2014 &#224; l'Universit&#233; de Paris Ouest Nanterre la D&#233;fense et qui portait justement ce titre et ce sous-titre. Le but avou&#233; de ce travail universitaire est de faire reconna&#238;tre la parole de ceux qui se d&#233;signent sous le nom collectif d'usagers en sant&#233; mentale en contribuant, par un travail th&#233;orique exigeant et rigoureux, &#224; faire entendre la validit&#233; de leur propos.&lt;br class='autobr' /&gt;
De mani&#232;re pol&#233;mique, nous avons, dans le pass&#233;, tenu deux propos compl&#233;mentaires : Le premier &#233;tait de dire que : &lt;strong&gt;&#171; Aussi vrai que la folie existe, &#8220;le-fou&#8221; n'existe pas &#187;.&lt;/strong&gt; L'autre de pr&#233;tendre que :&lt;strong&gt;&#171; Le jour o&#249; des personnes peu habitu&#233;es &#224; parler seront entendues par des personnes peu habitu&#233;es &#224; &#233;couter, de grandes choses pourront arriver. &#187;&lt;/strong&gt; Aujourd'hui, l'heure est venue pour nous d'&#233;tayer ces propos. La d&#233;marche que nous avons entreprise est de d&#233;passer la p&#233;tition de principe, aussi moralement justifi&#233;e nous paraisse-t-elle par la g&#233;n&#233;rosit&#233; qui la sous-tend, pour interroger les fondements de notre prise de position. Cela nous a paru d'autant plus n&#233;cessaire que nous avions souvent l'impression de tenir des propos subversifs, des discours &#224; contre-courant de la pens&#233;e la plus couramment admise sur la question, quand bien m&#234;me nous avions le sentiment de dire des &#233;vidences.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Nous avons voulu comprendre le ph&#233;nom&#232;ne, comprendre comment y rem&#233;dier, car la seule p&#233;tition de principe, justifi&#233;e par le refus, ne nous paraissait pas suffisante, quand bien m&#234;me le sentiment de r&#233;volte que cela inspire nous semble l&#233;gitime.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pos&#233; comme &#233;nigme de recherche, le probl&#232;me se formulait ainsi : peut-on consid&#233;rer les personnes en souffrance psychique comme des personnes &#224; part enti&#232;re et non comme des personnes &#224; part ? Comment pouvoir passer de la disqualification au respect des int&#233;ress&#233;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;nigme pos&#233;e est celle de savoir si l'on peut consid&#233;rer les fous comme des humains &#224; part enti&#232;re. En effet reconna&#238;tre la condition humaine, c'est reconna&#238;tre les droits de l'homme. Peut-on aujourd'hui reconna&#238;tre les droits de l'homme en dehors du monde, c'est-&#224;-dire sans reconna&#238;tre en m&#234;me temps les droits du citoyen, les droits de l'homme &#224; &#234;tre un citoyen ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel est l'enjeu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Antonin Artaud le dit &#224; son &#233;diteur : &#171; Je suis un homme qui a beaucoup souffert de l'esprit, et &#224; ce titre, j'ai le droit de parler. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ailleurs : &#171; Il ne s'agit pour moi de rien moins que de savoir si j'ai ou non le droit de continuer &#224; penser, en vers ou en prose. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit ici que pour l'int&#233;ress&#233;, l'enjeu est essentiel, et pourtant Jacques Rivi&#232;re va lui r&#233;pondre &#171; avec un peu de patience, vous arriverez &#224; &#233;crire des po&#232;mes parfaitement coh&#233;rents et harmonieux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors Artaud va insister : &#171; Un quelque chose de furtif qui m'enl&#232;ve les mots que j'ai trouv&#233;s, qui diminue ma tension mentale, qui d&#233;truit au fur et &#224; mesure dans sa substance la masse de ma pens&#233;e, j'en voudrais dire seulement assez pour &#234;tre enfin compris et cru de vous. Et donc faites-moi cr&#233;dit. Admettez, je vous prie, la r&#233;alit&#233; de ces ph&#233;nom&#232;nes, admettez leur furtivit&#233;, leur r&#233;p&#233;tition &#233;ternelle... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Artaud parle-t-il dans le d&#233;sert ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte fait &#233;cho &#224; un autre texte, celui d'Arto Paasalina : &#171; Le Meunier Hurlant. &#187; Dans ce tr&#232;s beau conte/r&#233;cit, l'auteur nous d&#233;crit un homme simple qui monte sur le toit de son moulin pour hurler la nuit. Il indispose le village qui l'enverra &#224; l'h&#244;pital psychiatrique pour ne plus l'entendre, mais la gentille posti&#232;re saura partager sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici on entrevoit qu'il y a une possibilit&#233;, que le malentendu n'est pas total. S'il existe une possibilit&#233;, c'est que cela est possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute, pour entendre faut-il &#233;couter au lieu de parler &#224; la place de. C'est ce que Sarah nous enseigne dans &#171; Les Enfants du Silence. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sarah parle en langue des signes que son ami David traduit : &#171; Les gens m'ont toujours dit qui j'&#233;tais et je les ai laiss&#233;s faire. Elle veut ceci, elle pense &#231;&#224;. Et la plupart du temps, ils se trompaient. Ils n'avaient aucune id&#233;e de ce que je disais, voulais, pensais et ils n'en auront aucune. Ce signe [elle fait le signe de deux anneaux encha&#238;n&#233;s avec le pouce et l'index de chaque main, enserr&#233;s] &#8220;unir&#8221;, il est simple mais &lt;i&gt;il signifie &#234;tre uni &#224; quelqu'un tout en restant soi-m&#234;me&lt;/i&gt; c'est ce que je veux, mais tu penses pour moi, tu penses pour Sarah comme s'il n'y avait pas de Sarah&#8230; Jusqu'&#224; ce que tu me laisses &#234;tre moi, comme toi tu es toi, tu ne pourras jamais entrer dans mon silence ou me conna&#238;tre, et je m'interdirai, moi, de te conna&#238;tre. Jusqu'&#224; ce que &#231;a n'arrive, jamais nous ne pourrons &#234;tre comme ceci [elle refait le signe] unis. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que Sarah soit une personne sourde muette et non une personne en souffrance psychique (en th&#233;orie) ne nous &#233;gare pas mais au contraire &#233;claire notre propos, car il permet de restituer le probl&#232;me au sein du probl&#232;me plus large des personnes handicap&#233;es. C'est l'une des r&#233;volutions de notre &#233;poque que le changement de paradigme qui voit les passages d'un mod&#232;le paternaliste &#224; un mod&#232;le de participation citoyenne des personnes handicap&#233;es en g&#233;n&#233;ral. Sarah, diront certains, a la langue bien pendue, et pourtant elle a besoin d'un traducteur pour s'exprimer au sein des normaux qui ne connaissent pas la langue des signes. Le probl&#232;me est diff&#233;rent pour les insens&#233;s qui vont utiliser la langue sans que leur parole ne prenne sens pour l'interlocuteur. A y regarder de pr&#232;s, est-ce que la question est si diff&#233;rente ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Il ne s'agit pas de nier une diff&#233;rence mais d'inverser les postulats et, au lieu de se poser la question de l'insertion de la personne dans la soci&#233;t&#233; par la r&#233;duction de sa folie, de se poser celle de l'inclusion sociale de la personne en souffrance psychique par l'accessibilit&#233; sociale mise en &#339;uvre.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes souvent t&#233;moins de constats tels que la variation des capacit&#233;s d'une personne et la non-utilisation par une personne de ses capacit&#233;s potentielles. Nous sommes &#233;galement souvent t&#233;moins de la mani&#232;re dont un malentendu peut d&#233;g&#233;n&#233;rer. C'est souvent parce qu'&#224; l'occasion d'un premier malentendu la violence augmente entre les protagonistes. Inversement, si la violence et si le proc&#232;s d'intention cessent, les personnes arrivent &#224; s'entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute sommes-nous trop pr&#233;occup&#233;s par le d&#233;sir de r&#233;sultat, par l'effectivit&#233;, par le besoin de preuve concr&#232;te pour ne pas saisir l'importance de ce qui est non pas effectif mais potentiel. Pour se r&#233;aliser, l'homme &#224; besoin de cet &#171; espace potentiel &#187; tel que d&#233;fini par Winnicott. Assigner &#224; l'homme que je ne comprends pas une place &#224; part c'est nier cette potentialit&#233;. C'est s'interdire &#224; tout jamais toute rencontre possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, me direz vous, si je le qualifie d'insens&#233; c'est parce que je ne le comprends pas. Qu'est- ce que comprendre ? Est-ce partager le sens, ou n'est ce pas plut&#244;t com-prendre, prendre avec, partager ? A c&#244;t&#233; du registre de la logique n'existe-t-il pas un registre possible pour l'&#233;change des &#233;motions, le trans-passible de Maldiney ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci nous met une fois de plus face &#224; la question du regard que nous portons sur la personne et sur la soci&#233;t&#233;. Parler de ce regard, c'est parler de nos attentes &#224; l'&#233;gard de l'une et de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un homme n'est pas une machine. Les capacit&#233;s d'un homme sont &#233;minemment variables selon le contexte dans lequel celui-ci va &#233;voluer. Le regard positif de l'autre nous permet de prendre confiance, et, cette foi en nous-m&#234;mes, ce regard positif sur nous-m&#234;mes, nous permet d'investir positivement nos buts. A l'inverse, l'individu priv&#233; de ses droits sur son destin ne va-t-il pas risquer de perdre toute humanit&#233;&#8230; m&#234;me &#171; Si c'est un homme &#187; ? (Primo Levi). Ce qui nous permet de concevoir la dimension humaine de la parole de l'insens&#233;, c'est non seulement parce qu'il n'est pas fou 24h/24 et que parfois il tient un langage sens&#233;, mais parce que son langage insens&#233; est aussi une mani&#232;re de dire quelque chose. Ce quelque chose, je ne comprends pas ce qu'il veut dire. Est-ce pour autant qu'il ne veut rien dire, qu'il aurait la volont&#233; de ne rien dire ou, au contraire, n'est-ce pas plut&#244;t qu'il cherche &#224; dire quelque chose que je ne comprends pas ? Le langage, c'est l'utilisation de la parole dans l'&#233;change, c'est-&#224;-dire dans le cadre de l'utilisation de codes communs, d'objets symboliques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce mouvement, que faire de ceux qui ne reconnaissent pas la valeur du signe commun partag&#233; ? Le mouvement historique fut certainement de les reconna&#238;tre, mais pour les exclure, les d&#233;truire soit physiquement, soit par la conversion ou la gu&#233;rison. A l'heure o&#249; l'int&#233;grisme religieux montre tous ses dangers pour l'humanit&#233;, o&#249; la diversit&#233; raciale ne repose plus sur une hi&#233;rarchie, o&#249; la diversit&#233; sexuelle n'est plus d&#233;sign&#233;e comme un vice moral, comment appr&#233;hender cette diff&#233;rence qui porte sur la compr&#233;hension et le sens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces personnes nous pr&#233;tendons qu'elles sont en capacit&#233; de prendre la parole, qu'elles ont quelque chose &#224; dire et qu'il convient de les &#233;couter. Cela ressemble &#224; une gageure puisque ce qui est fou, par d&#233;finition, c'est ce qui &#233;chappe &#224; l'entendement humain. Aussi devons-nous nous expliquer. La th&#232;se que nous d&#233;fendrons est que la prise de parole est un acte qui se situe en dehors de la dialectique de la raison et de la d&#233;raison. La prise de parole est une revendication d'existence qui pose le probl&#232;me de l'identit&#233; et de la reconnaissance. La prise de parole est une adresse. La prise de parole est un geste de n&#233;gociation avec le langage en tant que celui-ci est le v&#233;hicule du symbolique &#224; travers le discours, dans lequel l'inconscient occupe la place qui est la sienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous montrerons comment l'appropriation du pouvoir est un geste d'&#233;mancipation. Est-ce possible de parler de geste d'&#233;mancipation en sant&#233; mentale ? Celui-ci se situe-t-il &#224; l'int&#233;rieur d'un nouveau paradigme de la psychiatrie, ou convient-il d'y voir &#171; autre chose &#187; ? Il est &#224; saisir dans un mouvement de pens&#233;e alternatif, non pas &#171; anti &#187; mais &#171; alter &#187; &#224; une pens&#233;e psychiatrique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous inversons les propositions et que nous disons :&#171; Ce n'est pas l'insens&#233; qui est incompr&#233;hensible, c'est nous qui ne comprenons pas l'insens&#233; &#187;, nous ouvrons la voie &#224; une d&#233;marche sociale o&#249; la souffrance psychique est vue &#224; la lumi&#232;re de la d&#233;finition sociale du handicap, et mise en position de processus et non consid&#233;r&#233;e comme un &#233;tat de sant&#233;. Il convient de &lt;i&gt;per-mettre&lt;/i&gt; que la parole de la personne puisse &#234;tre entendue, et non de parler &#224; sa place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mouvement d'&#233;mancipation s'inscrivant au sein du mouvement des personnes handicap&#233;es, l'empowerment est une revendication d'&#233;galit&#233; de traitement : en cela, il se rapproche du mouvement f&#233;ministe. Il est aussi une revendication de respect et de dignit&#233;, et en cela il se rapproche du mouvement gay et lesbien. Mais, aussi bien dans un cas comme dans l'autre, c'est la prise en consid&#233;ration de la place sociale qui est revendiqu&#233;e, en m&#234;me temps que l'acceptation de la diff&#233;rence. Avec l'empowerment en sant&#233; mentale, c'est la fonction symbolique qui est en question. Comment consid&#233;rer la parole folle si celle-ci se situe &#171; en-dehors &#187; de la communication, &#171; en dehors &#187; de l'&#233;change, en dehors du langage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; ce prix que nous pourrons penser l'empowerment en sant&#233; mentale, dans le champ des connaissances ouvert par les &lt;i&gt;&#171; disability studies &#187;&lt;/i&gt;, au carrefour des grandes ouvertures faites par C. L&#233;vi-Strauss et J. Lacan, non comme un probl&#232;me sp&#233;cifique mais comme une question qui concerne tous les humains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre cela, il nous faut voir la similitude avec les exp&#233;riences &#233;motionnelles extr&#234;mes, qui nous montreront qu'il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; le symbolique et d'un autre c&#244;t&#233; des gens &#171; en dehors du symbolique &#187;, mais un mouvement qui fait que, dans des conditions donn&#233;es, le monde (le monde ext&#233;rieur, le monde des autres) fait sens ou qu'au contraire, le sens se perd. Il faut, pour qu'il puisse y avoir p&#233;rennit&#233; de sentiment d'exister, de soi, des autres, que &#171; quelque chose advienne &#187; dans le v&#233;cu qui fait sens, que l'&#233;v&#233;nement advienne. C'est dans le geste d'appropriation du pouvoir, tant au niveau individuel dans une revendication de vie autonome, qu'au niveau collectif dans une revendication de pleine citoyennet&#233; que les usagers en sant&#233; mentale affirment leur existence, r&#233;clament la reconnaissance de leur sp&#233;cificit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour faire entendre la validit&#233; de ces propos, il faut montrer quelle est la d&#233;marche qui conduit de la disqualification des personnes en souffrance psychiques &#224; leur prise de parole. Tout d'abord, il convient de d&#233;finir ce qu'est la disqualification des &#171; fous &#187;, s'assurer de sa constance, comprendre sur quoi elle repose et quels sont les enjeux qu'elle recouvre. Dans un deuxi&#232;me temps, il faut se demander si la m&#233;dicalisation n'est pas la r&#233;ponse &#224; cette disqualification et, si c'est le cas, si les alternatives de XXe si&#232;cle (antipsychiatries et autres) ne seraient pas plut&#244;t la juste r&#233;ponse. Si nous faisons le constat de leur insuffisance, il faut alors consid&#233;rer la parole des int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes comme la r&#233;ponse r&#233;ellement alternative. Mais cela doit &#234;tre justifi&#233;. Aussi convient-il de pr&#233;ciser les concepts : la souffrance psychique, la notion d'usager en sant&#233; mentale, la situation de handicap, l'empowerment, la notion de personne. Reconna&#238;tre la personne en souffrance psychique comme citoyen &#224; part enti&#232;re, ce n'est pas nier la sp&#233;cificit&#233; de sa situation. C'est comme acteur social qu'elle demande &#224; &#234;tre entendue et c'est dans ce geste-m&#234;me qu'elle se r&#233;approprie, dans l'action partag&#233;e, le sentiment d'exister. Acteur social, &#231;a signifie une prise de position active et non une passivit&#233; dans le cadre de la &#171; lutte pour la reconnaissance &#187; au sens de Axel Honneth, et plus pr&#233;cis&#233;ment de la reconnaissance juridique, car les imputations d'&lt;strong&gt;ir&lt;/strong&gt;responsabilit&#233;, de &lt;strong&gt;d&#233;&lt;/strong&gt;raison, de &lt;strong&gt;d&#233;&lt;/strong&gt;sordre, d'inefficience sont au c&#339;ur de la disqualification des &#171; fous &#187;, que nous pouvons maintenant qualifier de &#171; personnes &#187; en souffrance psychique. Il s'agit alors de faire valoir que l'&#171; empowerment &#187;, cette appropriation de pouvoir est une capacit&#233; d'agir. Ces personnes ne sont pas des incapables, mais des personnes en capacit&#233; d'agir, ce qui peut n&#233;cessiter la prise en compte et des &#171; capabilit&#233;s &#187; des personnes, telles que d&#233;finies par la sociologue f&#233;ministe Martha Nussbaum et des am&#233;nagements raisonnables au sens qu'en donne la Convention de Nation Unies des Droits des Personnes Handicap&#233;es. Au titre des am&#233;nagements raisonnables relevant de l'initiative publique on pourrait envisager le revenu d'existence pour tous, l'organisation des services dans une pens&#233;e de sant&#233; communautaire, l'acc&#232;s au choix pour les int&#233;ress&#233;s, la remise en question de la tutelle et de la curatelle et la cr&#233;ation de mesures d'accompagnement &#224; la prise de d&#233;cision, des mesures d'accompagnement &#224; la vie sociale. Mais c'est surtout par le soutien par les pairs, par la &#171; pair-&#233;mulation &#187; que s'exprime l'empowerment : c'est par la capacit&#233; d'expertise des usagers, leur action possible dans la r&#233;alisation de guides de m&#233;dicaments, dans l'accompagnement au sevrage, dans le r&#233;seau des entendeurs de voix, dans les free-clinics, dans les groupes d'entraide mutuelle, dans la d&#233;fense des droits, par des t&#233;moignages et r&#233;cits de vie, par des actions collectives comme la Mad Pride, par des recherches en sciences sociales men&#233;es par des usagers-chercheurs que s'expriment les &lt;i&gt;disability studies&lt;/i&gt; en sant&#233; mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;veloppement :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pos&#233; comme &#233;nigme de recherche, le probl&#232;me se formulait ainsi : peut-on consid&#233;rer les personnes en souffrance psychique comme des personnes &#224; part enti&#232;re et non comme des personnes &#224; part ? Comment pouvoir passer de la disqualification au respect des int&#233;ress&#233;s ? Il est possible de lire notre travail comme un cheminement en 4 parties ou comme un plaidoyer opposant la position des personnes &#224; part enti&#232;re &#224; la position des personnes mises &#224; part. C'est ici la premi&#232;re hypoth&#232;se que nous suivrons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;1. La disqualification&lt;/strong&gt; posait un certain nombre de questions. A la discrimination qui peut &#234;tre d&#233;finie comme la mise &#224; l'&#233;cart d'une cat&#233;gorie sp&#233;cifique d'individus, nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; utiliser le terme de disqualification qui l'inclut, certes, mais peut &#234;tre d&#233;finie comme la somme de la discrimination et de la d&#233;valorisation. Nous avons choisi alors d'utiliser le terme g&#233;n&#233;rique de &#171; fous &#187; r&#233;servant &#224; plus tard l'analyse de ce que cela pouvait recouvrir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devions nous assurer que &lt;strong&gt;la disqualification des fous &#233;tait une constante dans l'histoire de l'humanit&#233;&lt;/strong&gt;, et qu'il n'y eu jamais d'&#226;ge d'or de la folie. Pour cela, nous avons choisi &lt;strong&gt;le Moyen-&#226;ge et le XXe si&#232;cle&lt;/strong&gt;. Au Moyen-&#226;ge, les Fous de Cour, les F&#234;tes des Fous et les Fous de Dieu, loin d'&#234;tre des instances de glorification de la folie permettant de reconna&#238;tre les personnes en souffrance psychique, &#233;taient au contraire des moments et des personnages o&#249; la folie &#233;tait prise comme embl&#232;me de l'illicite et du licencieux pour les uns, de l'illimit&#233; pour les autres. Au XXe si&#232;cle, la tentative d'&#233;limination des malades mentaux dans l'Allemagne nazie par le programme T4 ne fut pas un acte isol&#233;. Elle fut articul&#233;e, &#224; travers les th&#233;ories eug&#233;nistes, non seulement avec les st&#233;rilisations forc&#233;es qui perdurent mais aussi avec les th&#233;ories du psychiatre Emile Kraepelin qui sont &#224; la base du DSM, guide statistique fort valoris&#233; de nos jours.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Si la disqualification est une constante, n'est-elle pas alors naturelle ?&lt;/strong&gt; Nous avons montr&#233; qu'il n'en &#233;tait rien, et que la disqualification &#233;tait un ph&#233;nom&#232;ne social &#224; haute valeur symbolique. Nous avons cherch&#233; &#224; comprendre le ph&#233;nom&#232;ne dans une analyse utilisant successivement trois r&#233;f&#233;rences th&#233;oriques : l'existentialisme de Sartre, la th&#233;orie critique d'Horkheimer et Adorno, la psychanalyse avec Freud. Ce qui fait l'unit&#233; de cette analyse, c'est l'articulation de la disqualification avec la peur du fou. Nous sommes confront&#233;s aux d&#233;fenses contre notre propre angoisse de mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
La disqualification repose sur le principe de la hi&#233;rarchisation des valeurs. Les enjeux de cette hi&#233;rarchisation ne sont pas minces. Elle est en &#339;uvre dans ce qui, dans notre soci&#233;t&#233;, fonde la possibilit&#233; du vivre ensemble : la raison, l'ordre, l'efficience et la responsabilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La raison :&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Interpell&#233;s par Socrate, nous avons interrog&#233; le Tim&#233;e de Platon qui nous a paru son texte le plus id&#233;ologique. Avec Horkheimer et Adorno, nous avons pu voir que la raison, comme id&#233;ologie, c'est la radicalisation de la terreur mythique, c'est au nom de cette terreur, l'identification de l'anim&#233; &#224; l'inanim&#233;, la dilution du sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'ordre &lt;/strong&gt; :&lt;/i&gt; La loi du 30 juin 1838 a r&#233;pondu &#224; la peur du fou par une mesure d'ordre, en excluant les fous du droit commun, en cr&#233;ant pour eux un statut de mineurs, en instituant une relation de tutelle. Est-ce pour autant que l'on peut affirmer le prima de la Conscience sur l'Inconscient ? Si la conscience ordonne et met en ordre, l'Inconscient admet l'ambivalence, concilie les contraires et ne conna&#238;t ni doute ni certitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;L'inefficience&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; et, pire, l'apragmatisme sont jug&#233;s intol&#233;rables. C'est la volont&#233; de r&#233;demption par le travail, au XVe si&#232;cle, avec l'essor des villes, face au vice que constituerait la paresse, qui est &#224; l'origine du Grand Renfermement. Evidemment, la d&#233;sinstitutionnalisation n'a pas r&#233;pondu &#224; cette question, comme en t&#233;moignent la souffrance psychique des SDF et les personnes incarc&#233;r&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Etre responsable&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, c'est &#234;tre appel&#233; &#224; r&#233;pondre, r&#233;pondre de ses actes. Les fous sont tr&#232;s souvent d&#233;clar&#233;s irresponsables et certains le r&#233;clament, pour &#233;chapper &#224; la sanction. Il y a trois formes d'irresponsabilit&#233;. L'irresponsabilit&#233; civique et l'irresponsabilit&#233; p&#233;nale sont toutes les deux issues de l'irresponsabilit&#233; civile. Celle-ci, fille du droit romain, la propri&#233;t&#233;, est justifi&#233;e, depuis Rousseau, par l'id&#233;e que la soci&#233;t&#233; repose sur un Contrat Social, et que les fous seraient incapables de contractualiser. Ceci reste &#224; d&#233;montrer, et au demeurant, la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire le fait social repose-t-elle sur un principe contractuel ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;2. La m&#233;dicalisation &lt;/strong&gt; est-elle une r&#233;ponse &#224; la disqualification des fous ? Traiter cette question fut pour nous un point pivot de notre recherche. C'est, qu'en effet, &#224; l'heure actuelle, on ne parle plus de fous mais de malades mentaux et la souffrance psychique est consid&#233;r&#233;e comme une maladie. Or pour nous, il &#233;tait &#233;vident que nous ne pouvions assimiler ces deux concepts comme &#233;quivalents s&#233;mantiques. Consid&#233;rer la folie comme une maladie ne date pas d'aujourd'hui, ni m&#234;me de Pinel, quoiqu'en disent les admirateurs de Foucault. Pourtant, elle est pos&#233;e comme certitude. C'est un dogme. Par ailleurs, il semble st&#233;rile de chercher &#224; d&#233;montrer que la cause de la souffrance psychique n'&#233;tait pas une maladie, que la folie n'est pas une maladie mentale. Notre approche a &#233;t&#233; tout autre et a consist&#233; &#224; chercher &#224; comprendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comprendre, d'abord, pourquoi on avait assimil&#233; la folie &#224; une maladie. Pour cela, nous devions d'abord interroger la fonction sociale de la m&#233;dicalisation, &#224; travers ses origines, ses acteurs, ses buts. La r&#233;volution hippocratique correspond &#224; ce moment o&#249; les hommes ont consid&#233;r&#233; que les malheurs du corps n'&#233;taient ni spontan&#233;s ni dus au hasard. Ils ont alors b&#226;ti une m&#233;thode o&#249; la recherche de la cause n'&#233;tait plus seulement l'engendrement chronologique. C'est l&#224; qu'il faut voir la revendication scientifique de la m&#233;decine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons acquis la conviction que la m&#233;dicalisation de la folie avait b&#233;n&#233;fici&#233; de la fusion de deux id&#233;es diff&#233;rentes : d'une part, l'id&#233;e de l'interaction du corps et de l'esprit incontestable et, d'autre part, l'id&#233;e analogique de la folie, comme &#171; maladie de l'&#226;me &#187;, avec la maladie du corps. C'est la (con)fusion des deux id&#233;es qui assure la supr&#233;matie de la m&#233;dicalisation comme discours dominant sur la folie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me r&#233;volution est la r&#233;volution pin&#233;lienne. Pinel est discut&#233; entre Foucault (il serait le p&#232;re de l'ali&#233;nisme) et Swain (il serait p&#233;tri des id&#233;aux de la r&#233;volution fran&#231;aise, reconnaissant l'identit&#233; de la condition humaine, un passage permanent du normal et du pathologique). Les deux d&#233;marches sont possiblement compl&#233;mentaires, unies dans le personnage du m&#233;decin, philanthrope et scientifique, tel que le d&#233;finit son &#233;poque, qui est bien aise de lui d&#233;l&#233;guer ce pouvoir, qu'il accepte volontiers, parce que cela l'honore.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Puisque la soci&#233;t&#233; a d&#233;l&#233;gu&#233; au m&#233;decin la gestion de la folie, nous avons cherch&#233; &#224; d&#233;finir les caract&#233;ristiques de la psychiatrie postmoderne regroup&#233;es dans ce que nous avons appel&#233; le &#171; 4&#232;me paradigme. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le secteur psychiatrique&lt;/i&gt;, d&#233;voy&#233; des intentions de ses promoteurs. Le &lt;i&gt;DSM &lt;/i&gt; pr&#233;tend &#224; une valeur scientifique du fait de sa fiabilit&#233; (accord sur les diagnostics) alors qu'on ne sait rien de sa validit&#233; (savoir ce qu'il mesure), sa base th&#233;orique kraepelinienne n'&#233;tant jamais interrog&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le consentement &#233;clair&#233;&lt;/i&gt; du patient est maintenant retenu comme base &#233;thique de la pratique m&#233;dicale, on peut d&#233;plorer que ce principe soit ignor&#233; en psychiatrie. L'injonction &#224; parler ou &#224; l'inverse le d&#233;versement d'observations m&#233;dicales rel&#232;vent de l'obsc&#233;nit&#233; et de pratiques intrusives sans rapport avec le respect d&#251; aux personnes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela s'inscrit, dans le cadre d'une &#171; &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; psychiatris&#233;e&lt;/i&gt; &#187; o&#249; les personnes humaines sont de plus en plus consid&#233;r&#233;es comme des objets &#224; manipuler et o&#249; la question du sujet est &#171; hors sujet &#187;. Force est donc de constater que si la m&#233;dicalisation est une r&#233;ponse sociale qui veut &#234;tre une r&#233;ponse &#224; la souffrance, elle ne peut &#234;tre une r&#233;ponse alternative &#224; la disqualification. Ce que l'on a appel&#233; le mouvement, la volont&#233; alternative du XXe si&#232;cle exprime-t-elle un nouveau paradigme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;3. Les &#171; alternatives &#187;&lt;/strong&gt;, au XXe si&#232;cle elles sont riches et vari&#233;es. Elles ont tent&#233; un d&#233;passement de la psychiatrie moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les antipsychiatres&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, qu'ils soient anglais ou italiens ont cela de commun qu'ils combattent le vocabulaire de d&#233;nigrement de la nosographie psychiatrique traditionnelle au nom d'une attitude de compr&#233;hension de la position existentielle du patient qui introduit un espace relationnel possible. Il ne s'agit plus de consid&#233;rer le sympt&#244;me de la personne, mais de consid&#233;rer la relation qui s'instaure. Ce qui int&#233;resse Laing, c'est le rapport de l'&#234;tre au monde. Ce qui int&#233;resse Basaglia, c'est la r&#233;alit&#233; sociale dans laquelle il vit. Mais Laing, comme Basaglia r&#233;cusent l'&#233;tiquetage psychiatrique au nom de la reconnaissance de l'&#234;tre et c'est tr&#232;s important.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce, finalement, si diff&#233;rent, quand Oury dit &#171; Le deux n'existe pas en soi. &#199;a ne peut exister que s'il y a trois. &#187; (En effet, pour qu'il y en ait un, il en faut deux au pr&#233;alable). Finalement, et sur ce plan-l&#224;, l'&#233;cart n'est pas si grand entre l'antipsychiatrie et la psychoth&#233;rapie institutionnelle. Pourquoi faut-il que Oury et les tenants de la psychoth&#233;rapie institutionnelle s'en prennent &#224; l'antipsychiatrie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Guattari, faisant &#233;quipe avec Gilles Deleuze, l'homme ne na&#238;t pas sujet, il le devient. Mais pour Deleuze et Guattari, dire cela n'a de sens que dans la distinction entre groupes assujettis et groupes sujets. La transversalit&#233; - en ouvrant une perspective &#224; la communication - ouvre la voie tant &#224; la prise de parole qu'&#224; l'appropriation du pouvoir. Le groupe sujet, parce qu'il n'est pas &#171; clos &#187; par rapport &#224; son devenir, permet au sujet d'advenir comme sujet-parlant, et d'advenir socialement. Mais, c'est l&#224; qu'il faut voir les limites de la prise de parole limit&#233;e &#224; un champ institutionnel vou&#233; &#224; la th&#233;rapeutique. C'est l&#224; qu'il faut voir la diff&#233;rence entre les &#171; &lt;i&gt;clubs&lt;/i&gt; &#187;, les associations de malades et une association d'usagers, une association &#171; majeure &#187;, comme nous l'avons qualifi&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Influenc&#233;s par le Freudo-Marxisme et par le discours pol&#233;miste de Roger Gentis, des psychiatres trotskistes aident, dans l'apr&#232;s Mai 68, des usagers &#224; fonder le Groupe Information Asile (GIA).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail de Gentis, c'est l'&#233;coute de la parole des fous, mais dans la Cit&#233;. La revendication de Bonnaf&#233;, c'est la citoyennet&#233; pour les fous. Aussi, il ne faut pas s'&#233;tonner de le voir tr&#232;s impliqu&#233; dans le lancement du mouvement des structures interm&#233;diaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Influenc&#233; par tous ces mouvements, le Foyer L&#233;one-Richet d&#233;fend la valeur structurante de l'&#233;v&#232;nement dans l'appropriation du pouvoir en institution : &#171; C'est en &#233;laborant l'Institution que le pensionnaire s'&#233;labore lui-m&#234;me &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, force est de constater que ces courants de pens&#233;e ne constituent pas un paradigme alternatif mais se situent comme alternative au sein du paradigme psychiatrique. Seul Foucault &#233;chappe &#224; cette remarque. Foucault ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme rentrant dans le paradigme psychiatrique. Il est totalement alternatif parce qu'il dit s'int&#233;resser &#224; la parole du fou. Son dessein est &#233;pist&#233;mologique ET politique. Mais ce qui int&#233;resse Foucault, c'est moins ce que les personnes disent que les rapports de pouvoir. La question de la libert&#233; ne se pose pas parce que le sujet est r&#233;duit &#224; la fonction-sujet. Ce ne sont pas les personnes, ce n'est pas le v&#233;cu social des personnes qui int&#233;ressent M. Foucault, mais la folie d&#233;finie comme &#171; quelque chose en soi &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
, la folie d&#233;finie comme &#171; l'envers de la raison. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pouvons opposer &#224; la prise en otage de l'humain l'approche des troubles mentaux dans le cadre d'une vision holistique de l'homme qui prenne en compte la dimension symbolique dans le prolongement des travaux de Jacques Lacan et Claude L&#233;vi-Strauss. Nous consid&#233;rons alors les personnes en souffrance psychique comme des personnes faisant partie de la communaut&#233; humaine avec des conduites au symbolisme diff&#233;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pouvons voir dans le &#171; paradigme du tablier &#187;, (nous d&#233;nommons ainsi le savoir faire et le savoir &#234;tre sp&#233;cifique du personnel d'assistance non m&#233;dical : c'est un authentique savoir) une relation d'aide qui &#233;chappe &#224; la toute-puissance du discours m&#233;dical. Il s'agit l&#224; d'un savoir faire et d'un savoir &#234;tre (peut-&#234;tre celui de Pussin, le cadre infirmier de Pinel) qui n'est pas m&#233;dical, mais qui n'est pas non plus une pratique aveugle. Il s'agit d'un authentique savoir alliant le paradigme de l'indice (au sens de Carlo Guinzbourg) et l'&#233;thique du sujet (au sens de Jean Clavreul).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;4. La prise de parole&lt;/strong&gt; des int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes semble d&#232;s lors &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la seule v&#233;ritable alternative &#224; la disqualification de ceux-ci. Mais que sert de le proclamer si cette parole n'est pas recevable ? N'est-ce pas justement parce que cette parole n'est pas fiable, parce que l'on est jamais s&#251;r qu'elle exprime la v&#233;rit&#233;, qu'elle s'inscrive dans la r&#233;alit&#233; que ces personnes sont consid&#233;r&#233;es comme folles ? Revendiquer la prise de parole des int&#233;ress&#233;s n&#233;cessitait, alors, de d&#233;fendre la valeur de cette parole du double point de vue de concept politique et d'int&#233;r&#234;t &#233;pist&#233;mologique. L'entreprise n'&#233;tait pas ais&#233;e sit&#244;t que l'on quitte le champ, bien balis&#233;, de la revendication au savoir scientifique, objectif. La n&#233;cessit&#233; s'imposait, pour ne pas tomber dans une opposition entre &#171; doxas &#187;, de clarifier les concepts utilis&#233;s. Ces concepts font l'objet, &#224; l'heure actuelle, de d&#233;bats tr&#232;s intenses en raison de leur utilisation polys&#233;mique. Ces d&#233;bats sont-ils &#233;vitables ? Nous ne le pensons pas car ils sont li&#233;s &#224; la jeunesse de ce nouveau paradigme que chacun va tenter de se s'approprier &#224; sa mani&#232;re.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;f&#233;rer &#224; la &lt;strong&gt;souffrance psychique&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire au ressenti des personnes, c'est bien autre chose que de r&#233;f&#233;rer &#224; la maladie mentale, concept objectif. Mais justement, le caract&#232;re subjectif ne retire-t-il pas toute valeur conceptuelle &#224; cette notion ? Non, si l'on pense qu'il est possible, apr&#232;s Freud, de parler de la vie affective, d'&#233;nergie libidinale. Parler de souffrance psychique, c'est reconna&#238;tre &#224; la personne une capacit&#233; de repr&#233;sentation. Le concept n'est-il pas trop g&#233;n&#233;ral ? Nous soutenons l'int&#233;r&#234;t qu'il y a &#224; consid&#233;rer cette notion, avec une certaine identit&#233;, dans d'autres champs sociaux, en r&#233;f&#233;rence au paradigme de la sant&#233; revendiqu&#233; par l'OMS. Il convient de pr&#233;server une sp&#233;cificit&#233; en distinguant souffrance &#171; normale &#187; et souffrance &#171; anormale &#187;. Pour autant, il ne faudrait pas assimiler sant&#233; mentale et psychiatrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;- Le concept d'usager&lt;/strong&gt; est issu du droit social. Mais la sant&#233; mentale n'est pas un dispositif. Le concept d'usager en sant&#233; mentale est consubstantiel de la critique de l'asile et des pratiques de d&#233;sinstitutionnalisation. Peut-on faire &#224; la notion de sant&#233; mentale le proc&#232;s de collusion avec l'eug&#233;nisme et le biopouvoir ? C'est ignorer comment le mouvement qui porte ce concept, p&#233;tri de valeurs humanistes et transculturelles, a aid&#233; &#224; l'&#233;mergence des associations d'usagers et survivants de la psychiatrie.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'essor &lt;strong&gt;des associations d'usagers et survivants de la psychiatrie est li&#233; au mouvement des personnes handicap&#233;es&lt;/strong&gt; en g&#233;n&#233;ral pour une vie autonome, dans les ann&#233;es soixante, en synergie avec la revendication des droits civiques des noirs am&#233;ricains et les mouvements f&#233;ministes. Dans la lutte politique autour de la classification des handicaps se noue l'expression princeps d'un nouveau paradigme : Le mod&#232;le social du handicap s'est substitu&#233; au mod&#232;le m&#233;dical. Les associations imposent que dor&#233;navant on parle, parce que c'est ainsi qu'il faut concevoir les choses, de &#171; personnes en situation de handicap &#187;. Les personnes handicap&#233;es, par les &lt;i&gt;disability studies,&lt;/i&gt; revendiquent que leur exp&#233;rience participe au savoir.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le concept d'&lt;strong&gt;empowerment&lt;/strong&gt; refl&#232;te, dans sa polys&#233;mie actuelle, les luttes politico-sociales qui sont au c&#339;ur d'un changement de paradigme. Chacun choisira alors l'interpr&#233;tation du mot qui lui conviendra le mieux en fonction de ses options (radical, social-lib&#233;ral, n&#233;olib&#233;ral) et cherchera &#224; l'instrumentaliser. Il convient donc d'affirmer sans ambig&#252;it&#233; l'acception radicale qui d&#233;finit l'empowerment, le fait de reprendre du pouvoir sur sa propre vie, comme reposant sur les trois piliers : choisir, participer, comprendre. Sans compromis avec le respect des droits, l'empowerment ne peut &#234;tre confondu avec le r&#233;tablissement ou tout autre dispositif m&#233;dico-p&#233;dagogique. L'empowerment est un mouvement d'&#233;mancipation.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#171; Choisir, participer, comprendre &#187;&lt;/strong&gt;, n'est-ce pas comme cela que l'on d&#233;finit la raison ? n'est-ce pas ce qui d&#233;finit la conscience ? N'est-on pas alors dans une antinomie insurmontable avec la notion de &#171; personne handicap&#233;e psychique &#187; ? C'est certain si l'on s'en tient &#224; une limitation de la personne &#224; la conscience, &#224; une substantisation, en quelque sorte, d'une conscience p&#233;renne dans la personne. Ce ne l'est plus si on consid&#232;re que penser n'est pas raison. La conscience d'&#234;tre au monde, d'&#234;tre du monde s'acquiert dans un mouvement de saisissement &#233;motionnel, dans un moment, un &#171; kairos &#187; dans une temporalit&#233; v&#233;cue, quand l'&#233;v&#232;nement advient.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Par le &lt;strong&gt;passage &#224; la position d'acteur&lt;/strong&gt;, le sujet de l'empowerment &lt;strong&gt;transforme la relation dissym&#233;trique en relation de r&#233;ciprocit&#233;&lt;/strong&gt;. Par la revendication d'appartenance au genre humain, les personnes en souffrance psychique &#171; prennent position &#187;. Cette position, c'est la fiert&#233; d'&#234;tre soi (du point de vue personnel), c'est la reconnaissance (du point du social). L'empowerment, en sant&#233; mentale, est &#224; la fois une lutte pour la reconnaissance de la diff&#233;rence et une lutte pour la reconnaissance de l'appartenance au genre humain.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La &lt;strong&gt;lutte pour la reconnaissance&lt;/strong&gt; repose d'abord sur la &lt;strong&gt;reconnaissance de la responsabilit&#233;&lt;/strong&gt;, y compris juridique. Ce que revendique l'empowerment, c'est tout le contraire de la suppression du droit. S'il demande qu'il n'y ait pas de droit sp&#233;cifique pour les personnes en souffrance psychique, c'est pour que le m&#234;me droit s'applique &#224; tout le monde. Quand il revendique la reconnaissance de sujet de droit pour tous, il d&#233;nonce une discrimination. La mise hors-champ juridique n'est pas prononc&#233;e au nom de la situation jug&#233;e, elle est prononc&#233;e au nom de l'opinion que l'on a sur l'&#233;tat d'une personne.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La lutte pour la reconnaissance, c'est ensuite la &lt;strong&gt;reconnaissance de la capacit&#233;&lt;/strong&gt; : capacit&#233; potentielle, d'abord, mais aussi capacit&#233; effective, &#224; condition de r&#233;unir les conditions de r&#233;alisation des capacit&#233;s, des capabilit&#233;s. Une personne en souffrance psychique, ce n'est pas une personne incapable, c'est une personne capable qui rencontre des obstacles dans la r&#233;alisation de ses projets. Les capabilit&#233;s, inh&#233;rentes aux droits fondamentaux, sont les conditions d'accession &#224; leur r&#233;alisation.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deux sortes de capabilit&#233;s peuvent &#234;tre mises en &#339;uvre : &lt;strong&gt;les am&#233;nagements raisonnables mis en place par la soci&#233;t&#233; et les capabilit&#233;s r&#233;alis&#233;es par l'entraide des personnes concern&#233;es.&lt;/strong&gt; Dans les premiers, il faut citer la &lt;strong&gt;question du revenu&lt;/strong&gt;, l'acc&#232;s aux services de soin et l'accompagnement &#224; la vie sociale &#171; ordinaire &#187;. Ce qui devrait y dominer, c'est &lt;strong&gt;le respect du choix des personnes.&lt;/strong&gt; Les secondes montrent toutes les capacit&#233;s d'initiative des personnes elles-m&#234;mes. Experts de leurs besoins dont ils sont non les savants mais les &#171; sachants &#187;, ils peuvent contribuer &#224; des guides de m&#233;dicaments ou soutenir les personnes en sevrage pharmacologique ou entendeurs de voix. Les groupes d'entraide mutuelle favorisent la &#171; pair-&#233;mulation &#187;, le d&#233;veloppement du savoir-faire, quand la &#171; pairadvocacy &#187; est une entraide au niveau de la d&#233;fense des droits. Les t&#233;moignages de vie jouent un r&#244;le essentiel dans les &lt;i&gt;&#171; disability studies &#187;&lt;/i&gt; en sant&#233; mentale. Dans les actions collectives, telles que la Mad-Pride ou la recherche-Action o&#249; l'usager est lui-m&#234;me un chercheur, la personne s'approprie son pouvoir d'&#234;tre, vit son sentiment d'exister en m&#234;me temps qu'il assume sa situation en devenant acteur et non plus en subissant la situation. Il la modifie et se sent exister. Ce serait commettre un contresens fondamental que de consid&#233;rer que la reconnaissance dont il est question passe par la n&#233;gation de la souffrance psychique, du fait de folie, et de la sp&#233;cificit&#233; du type de reconnaissance que cela entra&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion :&lt;/strong&gt; C'est vrai que la folie existe comme ph&#233;nom&#232;ne, comme ph&#233;nom&#232;ne invalidant. Avant m&#234;me le diagnostic m&#233;dical, c'est parce qu'elle est insupportable, incompr&#233;hensible, que la personne se trouve disqualifi&#233;e par l'entourage et qualifi&#233;e de folle. Mais faut-il lui imputer, et &#224; elle seule, le fait d'&#234;tre insupportable et incompr&#233;hensible ? Ne peut-on consid&#233;rer que ce qui nous est insupportable, c'est son angoisse, parce qu'elle nous renvoie &#224; notre propre angoisse ? Ne peut-on se demander si cette incompr&#233;hension n'est pas le fait d'une c&#233;cit&#233; de notre part, d'une incapacit&#233; &#224; recevoir l'autre ? Dans ce contexte la m&#233;dicalisation, qui entend secourir l'autre, ne risque-t-elle pas de majorer l'exclusion en cherchant l'objet plut&#244;t qu'en prenant en compte le sujet ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu n'est donc pas de reconna&#238;tre la personne en souffrance psychique comme folle mais de la reconna&#238;tre comme personne. L'enjeu est de r&#233;cuser la substantialisation de la folie, l'enjeu est de reconna&#238;tre que la folie fait partie de la condition humaine. Ce qui est disqualifiant, ce n'est pas de reconna&#238;tre la folie mais d'enfermer la personne &#171; folle &#187; dans un statut. C'est de nier le processus et ne penser que la chronicit&#233;. C'est pourquoi nous soutenons qu' &#171; aussi vrai que la folie existe, &#8220;le-fou&#8221; n'existe pas. &#187; Substantialiser la folie, c'est rendre la personne invisible.&lt;br class='autobr' /&gt;
La reconnaissance sociale n'est pas une donn&#233;e d'embl&#233;e. Pour que la reconnaissance soit possible, il faut un locuteur et un r&#233;cepteur. Pour que la reconnaissance soit possible, il faut des reconnaissants pr&#234;ts &#224; le faire, il faut une disposition d'accueil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prendre &#224; t&#233;moin la &#171; parole de l'usager &#187;, pire encore vouloir la sacraliser pour mieux l'instrumentaliser ne veut strictement rien dire. Les organisations repr&#233;sentatives sont n&#233;cessaires au jeu d&#233;mocratique mais elles n'ont de sens que si elles d&#233;fendent une cause. La fonction de repr&#233;sentation ne veut rien dire si elle n'est pas port&#233;e par un combat, par &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;lutte&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;pour la reconnaissance&lt;/i&gt;. Ce n'est pas parce que Golda Meir et Indira Gandhi &#233;taient des femmes qu'elles ont fait des politiques f&#233;ministes. Ce n'est pas parce que Barak Obama est noir qu'il est plus progressiste que Bill Clinton. Ceci ne retire rien &#224; la valeur du mouvement f&#233;ministe ou celui des noirs am&#233;ricains qui ont &lt;i&gt; &lt;strong&gt;pris&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;la parole&lt;/i&gt; pour faire valoir l'&#233;galit&#233; des droits sociaux. C'est cette notion de &lt;i&gt; &lt;strong&gt;prise&lt;/strong&gt; de parole &lt;/i&gt; qui est essentielle. C'est parce qu'elle repose sur &lt;i&gt;la revendication des &lt;strong&gt;droits&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; d'un groupe minoritaire qu'elle est porteuse de valeurs. C'est sur cette revendication &#224; l'acc&#232;s aux droits reconnus, &#224; priori pour tous, mais jusque l&#224; excluant certaines cat&#233;gories de personnes, que se pose la question de la dignit&#233; et du respect, la question d'&#234;tre fier. Il ne s'agit &#233;videmment pas du droit d'&#234;tre fou, ni de la fiert&#233; d'&#234;tre fou, ce qui ne voudrait strictement rien dire, mais du droit et de la fiert&#233; d'&#234;tre reconnu comme une personne &#224; part enti&#232;re, un homme ET un citoyen. C'est pourquoi l'empowerment en sant&#233; mentale est fondamentalement adoss&#233; aux principes des Droits de l'Homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La prise de parole est essentielle pour les personnes en souffrance psychique. Elle l'est pour tous et c'est pourquoi nous pouvons affirmer que le jour o&#249; des personnes peu habitu&#233;es &#224; parler seront entendues par des personnes peu habitu&#233;es &#224; &#233;couter, de grandes choses pourront arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Adorno, T., Horkheimer, M., &#171; El&#233;ments de l'antis&#233;mitisme. Limites de la raison &#187; , in &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt; (1944), Paris, Gallimard, coll. Tel, 1974.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Adorno, T., Horkheimer, M., &#171; Le concept d'Aufkl&#228;rung &#187;, in &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt;, (1944), Paris, Gallimard, coll. Tel, 1974.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Artaud. A., &#171; Lettre &#224; J. Rivi&#232;re &#187; , in&lt;i&gt; L'ombilic des limbes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, (1968), 1974.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Basaglia, F. (dir.), &#171; Les institutions de la violence &#187; , in &lt;i&gt;l'Institution en n&#233;gation, rapport sur l'h&#244;pital psychiatrique de Gorizia&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, coll. Combats, 1970, p. 27
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bonnaf&#233;, L., &lt;i&gt;D&#233;sali&#233;ner ? Folie(s) et soci&#233;t&#233;(s)&lt;/i&gt;, Toulouse, PUM, 1991.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Clavreul, J., &lt;i&gt;L'ordre m&#233;dical&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1978.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deleuze, G., Guattari, F., &lt;i&gt;Anti Oedipe, capitalisme et schizophr&#233;nie&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1972.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deutsch, C., &lt;i&gt;L'Institution outil d'action th&#233;rapeutique. Un mod&#232;le de traitement de la psychose par l'institution, le foyer de Cluny de Bellengreville. &lt;/i&gt; Th&#232;se de Doctorat de Psychologie. Paris V Descartes, 1985.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deutsch, C., &#171; Contrepoint &#224; l'id&#233;ologie gestionnaire : le paradigme du tablier &#187; , &lt;i&gt;Convergences-Traces, Num&#233;ro sp&#233;cial&lt;/i&gt;, 1989.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deutsch, C., &#171; Basaglia &#187; , in Drieu, D. (dir), &lt;i&gt;46 commentaires de textes de clinique institutionnelle&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 2013.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Foucault, M., &lt;i&gt;Histoire de la folie &#224; l'&#226;ge classique&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1972.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Freud, S., &#171; L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, &#187; in &lt;i&gt;L'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; et autres essais (1919)&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1985, pp. 221-222.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gentis, R., &lt;i&gt;Les murs de l'asile&lt;/i&gt;, Paris, Maspero, 1970.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Geremek, B., &lt;i&gt;La potence ou la piti&#233;. L'Europe et les pauvres du Moyen-&#226;ge &#224; nos jours&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1987.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ginzburg, C.,&#171; Signes, traces, pistes. Racines d'un paradigme de l'indice, &#187; in &lt;i&gt;Le d&#233;bat&lt;/i&gt;, 11, 1980, pp. 3-44.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Haines, R. (1986). &lt;i&gt;Les enfants du silence&lt;/i&gt;, film avec Marlee Matlin et William Hunt adapt&#233; de la pi&#232;ce de Mark Medoff, (1980) traduite et adapt&#233;e en fran&#231;ais par J. Dalric et J. Collard.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Honneth A.,&lt;i&gt; La lutte pour la reconnaissance&lt;/i&gt;, Editions du Cerf, Paris, 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lacan, J., &#171; L'agressivit&#233; en psychanalyse &#187; , in &lt;i&gt;Ecrits&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1966, pp. 101-124.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Laharie, M.,&lt;i&gt; La folie au Moyen-&#226;ge. XI&#232;-XIII&#232; si&#232;cles&lt;/i&gt;, Paris, Le L&#233;opard d'Or, 1991.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Laing, R., &lt;i&gt;Le moi divis&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Stock plus, 1979.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L&#233;vi, P., &lt;i&gt;Si c'est un homme&lt;/i&gt;, Paris, Julliard, 1987.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Levi-Strauss, C., &#171; Introduction &#224; l'&#338;uvre de Marcel Mauss &#187; , in Mauss, M. (dir.), &lt;i&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/i&gt;, Paris, PUF, coll. Quadrige, 2003, pp. 9-20.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Maldiney, H., &#171; De la transpassibilit&#233; &#187; , in &lt;i&gt;Penser l'homme et la folie&lt;/i&gt;, Grenoble, Million, 2004.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ouellet, J. N., &#171; L'appropriation du pouvoir : un concept au bout de ses promesses ? &#187; , in &lt;i&gt;Association des groupes d'intervention en d&#233;fense des droits en sant&#233; mentale du Qu&#233;bec (AGIDD-SMQ). Actes de la journ&#233;e de r&#233;flexion et d'&#233;change : L'appropriation du pouvoir : ensemble, on y gagne !, AGIDD-SMQ, Montr&#233;al, 2010&lt;/i&gt;, 2010.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oury, J., &lt;i&gt;Lois d'agencement d'un collectif psychiatrique articulant : symbolique et imaginaire&lt;/i&gt;, CREAI de B-N, 19.03.1985.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Paasilinna, A., &lt;i&gt;Le Meunier Hurlant&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 1991.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Platon, &lt;i&gt;Tim&#233;e &lt;/i&gt; (Traduction L. Brisson, 2001), Paris, GF Flammarion, 2001.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pigeaud, J., &lt;i&gt;La maladie de l'&#226;me&lt;/i&gt;, Paris, Les Belles Lettres, 2006.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Postel, J., Qu&#233;tel, C., &#171; La d&#233;mence pr&#233;coce et la psychose maniaco-d&#233;pressive-Kraepelin &#187; , &lt;i&gt;Nouvelle Histoire de la psychiatrie&lt;/i&gt;, Toulouse, Privat, 1983, p. 334.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ricciardi von Paten, A., &lt;i&gt;L'extermination des malades mentaux dans l'Allemagne nazie&lt;/i&gt;, Toulouse, Er&#232;s, 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ric&#339;ur, P., &lt;i&gt;Soi-m&#234;me comme un autre&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1990.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Robatel, N. (dir.), &lt;i&gt;Le citoyen fou&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1991.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sartre, J. P., &lt;i&gt;R&#233;flexions sur la question juive&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard 1954, coll. Folio essai, 2009.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Swain, G., &lt;i&gt;Dialogue avec l'insens&#233;. Essais d'histoire de la psychiatrie&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1994.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Von Bueltzingsloewen, I., &lt;i&gt;L'H&#233;catombe des fous. La famine dans les h&#244;pitaux psychiatriques fran&#231;ais sous l'occupation&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, coll. Champ histoire, 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dynamique du langage et ontologie</title>
		<link>https://influxus.eu/article635.html</link>
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		<dc:date>2013-10-07T09:06:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Pascal, Samuel Tron&#231;on</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;flexion propos&#233;e ici a pour objectif de tester les possibilit&#233;s offertes par une th&#233;orie de la signification qui n'aurait pas recours &#224; la notion de contenu, et dans laquelle l'intention serait enti&#232;rement opaque. &lt;br class='autobr' /&gt;
On consid&#232;re deux agents qui ne peuvent communiquer qu'en &#233;changeant des cartes sans signification a priori : ils ne connaissent pas les figures, aucune inscription n'est pr&#233;sente, aucun manuel n'est fourni. La seule r&#232;gle du jeu ne suppose rien concernant la signification (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique18.html" rel="directory"&gt;Divers&lt;/a&gt;


		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;flexion propos&#233;e ici a pour objectif de tester les possibilit&#233;s offertes par une th&#233;orie de la signification qui n'aurait pas recours &#224; la notion de contenu, et dans laquelle l'intention serait enti&#232;rement opaque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette base, le mod&#232;le &#034;double blind&#034; que nous pr&#233;sentons, d&#233;velopp&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On consid&#232;re deux agents qui ne peuvent communiquer&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'en &#233;changeant des cartes sans signification &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; : ils&lt;br class='autobr' /&gt;
ne connaissent pas les figures, aucune inscription&lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pr&#233;sente, aucun manuel n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
fourni. La seule r&#232;gle du jeu ne suppose rien concernant la signification des figures&lt;br class='autobr' /&gt;
repr&#233;sent&#233;es : &lt;i&gt;les joueurs&lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent &#233;changer des cartes en les posant &#224; tour de&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#244;le&lt;/i&gt;. Les joueurs ne partagent donc d'explicite que l'historique de l'&#233;change, priv&#233; de toute d&#233;finition. Nous conjecturons n&#233;anmoins l'&#233;mergence progressive de valeurs symboliques gr&#226;ce aux nombreuses interactions qui permettent aux joueurs de stabiliser leurs propres routines sur la base des r&#233;actions de l'interlocuteur. Ainsi, chaque joueur aura tendance &#224; supposer que les comportements r&#233;pondant &#224; ses actions sont le fait de routines de son opposant. En informatique th&#233;orique, cette id&#233;e est rendue par la notion de bi-orthogonalit&#233;, par laquelle on d&#233;finit un type logique &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/7fc56270e7a70fa81a5935b72eacbe29.png?1772848892' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034;A&#034; title=&#034;A&#034; /&gt; comme l'ensemble des preuves &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/4f08e3dba63dc6d40b22952c7a9dac6d.png?1772850493' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034;\pi&#034; title=&#034;\pi&#034; /&gt; de &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/7fc56270e7a70fa81a5935b72eacbe29.png?1772848892' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034;A&#034; title=&#034;A&#034; /&gt; qui r&#233;pondent aux preuves &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/15dc32d0a9254ca622119c6f2bd926be.png?1772850493' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034;\pi'&#034; title=&#034;\pi'&#034; /&gt; de l'orthogonal &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/91f4f5fde06448561332b0f36c5a0973.png?1772850493' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034;\neg A&#034; title=&#034;\neg A&#034; /&gt; (voir notamment [6] et [3]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e premi&#232;re de l'ontologie telle qu'elle est appliqu&#233;e &#224; la m&#233;thodologie de la cr&#233;ation d'un syst&#232;me formel est de rendre explicite un domaine qui ne l'est g&#233;n&#233;ralement pas. Dans ce mod&#232;le, il s'agit de montrer par un syst&#232;me r&#233;duit comment non seulement rendre compte mais encore traduire, avec la rigueur d'un syst&#232;me formel, un certain nombre de ph&#233;nom&#232;nes linguistiques pour lesquels la plupart des th&#233;ories se trouvent prises au&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la valeur descriptive d'un tel mod&#232;le nous para&#238;t av&#233;r&#233;e, ce n'est pas sans poser certains probl&#232;mes ontologiques. Il faut notamment s'assurer que la proc&#233;dure d'interpr&#233;tation repose sur des constituants explicites. Il s'agit aussi d'&#233;lucider la relation que peut entretenir le mod&#232;le avec son domaine d'application ext&#233;rieur, et donc avec tout un ensemble de contraintes qui ne peuvent &#234;tre que faiblement sp&#233;cifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 Mod&#232;le &lt;i&gt;double blind&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la signification, qu'elle soit plut&#244;t port&#233;e sur la s&#233;mantique ou sur la pragmatique, se confronte sans cesse &#224; la question du contenu et de l'intentionnalit&#233;. Cette omnipr&#233;sence cache n&#233;anmoins de r&#233;els probl&#232;mes conceptuels que l'on peut esp&#233;rer contourner en adjoignant &#224; la th&#233;orie classique de nouvelles hypoth&#232;ses permettant d'enrichir ce que l'on entend traditionnellement par &#171; signification &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intuition qui pr&#233;side au mod&#232;le qui suit permet d'explorer certaines possibilit&#233;s offertes par l'abandon &#034;relatif&#034; de la notion de contenu, et par la &#171; privatisation &#187; de l'intention locutoire. En rejetant l'intention, notre ambition n'est pas tant de l'&#233;vacuer que de la mettre de c&#244;t&#233; provisoirement, et d'&#233;viter ainsi toute incidence r&#233;troactive sur l'objectivit&#233; de l'&#233;change comme on peut la conna&#238;tre dans le mod&#232;le cybern&#233;tique. Nous verrons que cela a pour cons&#233;quence notamment de recentrer l'analyse sur les processus de l'&#233;change et sur les notions de compr&#233;hension et de connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Principe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; double blind &#187; met en sc&#232;ne deux agents qui ne peuvent communiquer qu'en &#233;changeant des cartes sans signification : ils ne connaissent pas les figures, aucune inscription n'est pr&#233;sente, aucun manuel n'est donn&#233;. La seule r&#232;gle du jeu ne suppose rien concernant les figures repr&#233;sent&#233;es : les joueurs peuvent &#233;changer des cartes en les posant &#224; tour de r&#244;le. Chaque joueur est caract&#233;ris&#233; par une certaine capacit&#233; m&#233;morielle et un ensemble de proc&#233;dures d'analyse sur les &#233;changes pass&#233;s qui lui permettent de d&#233;cider de quelles cartes il va user dans l'&#233;change. Au fur et &#224; mesure de l'&#233;change, un joueur peut enrichir et modifier une liste de routines auxquelles il accorde une certaine pertinence pour r&#233;guler ses &#233;changes. Nous mod&#233;lisons cet agent au moyen d'une base de donn&#233;es relationnelle comportant la m&#233;moire des coups, de modules d'analyse inductive, et de routines de la forme &#171; &lt;i&gt;en &#233;change d'une carte &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/9dd4e461268c8034f5c8564e155c67a6.png?1772849772' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034;x&#034; title=&#034;x&#034; /&gt;, je peux donner la carte &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/415290769594460e2e485922904f345d.png?1772850493' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034;y&#034; title=&#034;y&#034; /&gt;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de noter qu'en l'absence d'explications suppl&#233;mentaires, un joueur ne peut savoir si son opposant conna&#238;t les m&#234;mes r&#232;gles que lui. La consigne de jeu peut d'ailleurs &#234;tre d&#233;finie, pourquoi pas, comme suit : &#171; Serez-vous en mesure de nous dire, &#224; l'issue de &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/local/cache-TeX/9dd4e461268c8034f5c8564e155c67a6.png?1772849772' style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px' alt=&#034;x&#034; title=&#034;x&#034; /&gt; &#233;changes, quelles sont les r&#232;gles appliqu&#233;es par votre interlocuteur ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, il s'ensuit qu'un joueur est libre d'interpr&#233;ter l'absence de carte pos&#233;e en r&#233;ponse &#224; sa proposition soit comme absence de r&#233;ponse de son partenaire (auquel cas il va donc rejouer), soit comme pause (auquel cas il attendra ind&#233;finiment). Cette libert&#233; vient du fait que les joueurs ne peuvent signifier explicitement leur volont&#233; d'abandonner ou de prendre un temps de r&#233;flexion. L'interpr&#233;tation de l'attente comme pause ou comme arr&#234;t rel&#232;ve de la r&#232;gle priv&#233;e. Et on peut facilement imaginer qu'apparaisse ensuite une valeur temporelle arbitraire, subrogeant la r&#232;gle priv&#233;e, pour devenir publique. Cela est notamment possible du fait que, m&#234;me si les joueurs ne peuvent partager de signe explicite d'abandon, ils peuvent se baser sur leurs r&#233;actions mutuelles en situation d'attente pour se d&#233;finir une conduite. Nul doute que cette interpr&#233;tation crois&#233;e stabilisera des routines priv&#233;es tellement proches qu'elles joueront la m&#234;me fonction qu'une routine publique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fonctionnement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On conjecture ais&#233;ment que les premiers &#233;changes se font de mani&#232;re totalement al&#233;atoire. Chaque fois qu'une carte est pos&#233;e, une autre vient en r&#233;ponse. Chaque joueur fait par ailleurs les associations qu'il souhaite entre les cartes, et entre les figures qu'elles repr&#233;sentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au bout d'un certain nombre d'it&#233;rations, les joueurs commencent &#224; faire des constats et &#224; prendre des d&#233;cisions : &#171; &lt;i&gt;pour cette carte, je donne cette carte&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;il ne joue pas, c'est qu'il n'a pas la carte n&#233;cessaire&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;je n'ai pas la carte que je souhaite, j'en place une autre quelconque&lt;/i&gt; &#187; ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont ensuite des inductions qui apparaissent : &#171; &lt;i&gt;cette carte l'am&#232;ne (toujours) (souvent) (plus tard) &#224; une impasse&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cette carte permet (toujours) (souvent) (plus tard) d'obtenir telle carte&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cette carte ne m'inspire jamais&lt;/i&gt; &#187; ? Puis des routines : &#171; &lt;i&gt;pour cette carte on peut avoir cette carte&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;pour cette carte on doit rendre cette carte&lt;/i&gt; &#187;... Et enfin des strat&#233;gies : &#171; &lt;i&gt;il devait rendre cette carte, il ne l'a pas fait, pourquoi ? Je le relance sur une autre routine pour voir s'il la respectera&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;il respecte la routine, je peux donc attendre telle carte dans trois tours&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;il ne respecte aucune routine, il me prend pour une bille ? Je fais pareil ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;ressant, c'est que les joueurs ne partagent d'explicite que l'histoire de leurs &#233;changes. Ils ont en propre la connaissance de ce qui a &#171; motiv&#233; &#187; leurs d&#233;cisions, mais ne peuvent savoir si la r&#233;action de l'interlocuteur est arbitraire ou li&#233;e &#224; l'application d'une routine. Vu d'un joueur, les intentions de l'autre ne sont donc qu'hypoth&#233;tiques et prennent la forme de re-constructions venant justifier pr&#233;cis&#233;ment leurs propres actions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce manque d'assurance concernant le jeu de l'interlocuteur ne doit pas masquer n&#233;anmoins l'&#233;mergence d'une forme d'intersubjectivit&#233; qui ne tient pas qu'&#224; la m&#233;moire des &#233;changes. On peut invoquer pour cela plusieurs raisons. La premi&#232;re est purement statistique puisque chaque locuteur va puiser ses interpr&#233;tations concernant d'&#233;ventuelles routines de son interlocuteur dans l'historique des sch&#233;mas les plus r&#233;p&#233;titifs, il a donc une forte probabilit&#233; de tomber sur de v&#233;ritables routines stabilis&#233;es comme telles. La seconde raison tient au fonctionnement m&#234;me du syst&#232;me : du fait qu'il stabilise ses propres routines sur la base des r&#233;actions de son interlocuteur, il a donc de fortes chances que les comportements r&#233;pondant &#224; ses routines soient eux-m&#234;mes le fait de routines de son interlocuteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au del&#224; de l'univers priv&#233; de routines, qui semble mod&#233;liser une partie de la connaissance propre &#224; un locuteur, c'est &#224; travers les routines qui lui r&#233;pondent qu'il peux stabiliser son propre univers et r&#233;v&#233;ler une partie publique dans l'univers de son interlocuteur. Par l'&#233;change, les deux locuteurs s'explorent et se construisent mutuellement, et cette exploration est r&#233;v&#233;l&#233;e, en creux, dans leur propre activit&#233;. L'exploration, sorte de connaissance constructive rendue uniquement par le jeu de l'&#233;change, est ainsi, dans sa forme, totalement ind&#233;pendante des conduites que d&#233;veloppent en propre chaque locuteur. Celles-ci, attentes, intentions, comportements, ruses, &#233;thiques et trahisons, servent n&#233;anmoins la connaissance qui s'en d&#233;gage puisqu'elles orientent l'exploration, et lui fournissent une r&#233;gularit&#233; en m&#234;me temps qu'une motivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, les joueurs &#233;tablissent des cat&#233;gories de comportement, gr&#226;ce auxquelles ils identifient les actions et attribuent des intentions &#224; leurs interlocuteurs. &#192; force d'&#233;changes certains de ces types deviennent communs, totalement ou partiellement, du fait que les inf&#233;rences concernant les routines de l'interlocuteur portent sur un m&#234;me domaine (la chronologie) suffisamment riche pour que les locuteurs aient &#224; cat&#233;goriser des sch&#233;mas d'action r&#233;currents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence avec un syst&#232;me naturel consiste essentiellement dans les contraintes sociales qui s'imposent : grands nombres d'interactions, interactions multiples en parall&#232;le, introduction du contexte. La prise en compte de ces contraintes sociales n&#233;cessite un passage &#224; la complexit&#233;. Il suffit n&#233;anmoins pour cela de jouer le m&#234;me jeu avec plusieurs locuteurs, ou en consid&#233;rant des interactions entre contextes plut&#244;t qu'entre locuteurs, mais il ne s'agit l&#224; que d'une r&#233;p&#233;tition du m&#234;me sch&#233;ma qui ne pose que des probl&#232;mes technologiques sans influence d&#233;terminante sur la partie conceptuelle : puissance de calcul et programmation concurrente. On consid&#232;rera qu'une mod&#233;lisation de ce jeu pourrait constituer une bonne approximation d'une notion d'intersubjectivit&#233; qui ne soit fond&#233;e ni sur l'intentionnalit&#233;, ni sur la notion de contenu conceptuel. Rappelons que ce mod&#232;le n'a pas pour vocation de remplacer les th&#233;ories actuelles, mais d'ajouter des dimensions insuffisamment prises en compte dans la th&#233;orie de la signification alors m&#234;me qu'elles pourraient aider &#224; r&#233;soudre certaines difficult&#233;s fondationnelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Impl&#233;mentation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous simulons cette conjecture gr&#226;ce &#224; un mod&#232;le informatique qui comprend un base de donn&#233;es relationnelle, des routines et un module de visualisation des donn&#233;es. La chronologie du jeu est stock&#233;e dans une base libre d'acc&#232;s, elle est unique. Seuls diff&#232;rent les modes d'acc&#232;s des joueurs &#224; la chronologie, qui sont d&#233;pendants des caract&#233;ristiques des joueurs (m&#233;moire, proc&#233;dures inductives utilis&#233;es, profondeur de champ des proc&#233;dures). Chaque coup de l'&#233;change est enregistr&#233; comme un quadruplet qui comprend l'identit&#233; des joueurs, l'action ayant induit cet &#233;change, et l'action jou&#233;e par le joueur actif &#224; cette &#233;tape. L'&#233;change est &#233;videmment index&#233; par un entier correspondant &#224; son num&#233;ro d'ordre dans la chronologie. Un &#233;change binaire comprend donc une action &#224; destination d'un joueur, et la r&#233;action de ce joueur. Un &#233;change complexe, pourra comprendre plusieurs actions d'origine (ayant motiv&#233; une r&#233;action), et/ou plusieurs actions-r&#233;ponse. La particularit&#233; des &#233;changes tels que d&#233;finis ici est de valoir &#224; la fois comme unit&#233; stricte (question-r&#233;ponse, intervention-r&#233;partie, ...) et comme unit&#233; composable (en tant qu'elle r&#233;sulte d'une action pr&#233;c&#233;dente, et engage une action future). L'&#233;change est donc une unit&#233; strictement locale, qui se r&#233;sout dans l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque joueur poss&#232;de en outre une base priv&#233;e, contenant la liste des actions qu'il a retenues comme pertinentes, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; comme actions r&#233;p&#233;tables (on parle alors de renforcement). Cette liste est donc d&#233;pendante des proc&#233;dures inductives qu'un joueur utilise pour renforcer ses actions. Une telle action renforc&#233;e sera nomm&#233;e &lt;i&gt;tactique&lt;/i&gt;. La cr&#233;ation d'une tactique occurre en fonction des proc&#233;dures inductives de l'agent qui lui permettent de mesure la pertinence de cette cr&#233;ation. Une tactique sera d&#233;finie &#224; l'aide de l'action de l'interlocuteur, et de la r&#233;action du locuteur. Il y a &#233;videmment plusieurs tactiques opposables pour un coup de l'interlocuteur, et plusieurs tactiques pour atteindre un coup du locuteur. Les tactiques sont plus particuli&#232;rement diff&#233;renci&#233;es par leur impact, &#224; un pas, c'est &#224; dire relativement &#224; ce qu'elles permettent d'obtenir imm&#233;diatement, ou &#224; plusieurs pas, ce qui n&#233;cessite de composer des tactiques et donc de calculer leur impact &#034;compos&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#232;s lors concevoir des strat&#233;gies, organisation arborescente de tactiques, qui permettent de r&#233;pondre &#224; diff&#233;rentes actions possibles de l'interlocuteur en fonction des coups pr&#233;vus par l'agent. Une strat&#233;gie n'est donc possible que si le joueur poss&#232;de un ensemble de tactiques non-trivial. Il faut notamment que ses tactiques soient connexes (qu'elles puissent se composer), ce qui suppose l'existence, chez l'autre joueur, de r&#233;actions potentielles permettant cette composition. Une strat&#233;gie est donc un arbre, potentiellement infini, comportant une base constitu&#233;e par l'intervention actuelle, avec une alternance de coups joueur/opposant : l'intervention du joueur, les interventions possibles pour ses interlocuteurs, ses propres ouvertures &#224; la suite de l'intervention de la partie adverse, etc... Certaines branches sont closes, lorsque le joueur est capable d'anticiper un abandon dans cette &#034;partie&#034; possible. En somme, une strat&#233;gie est un ensemble de parties. Comme suite d'&#233;changes ayant men&#233; &#224; l'abandon, la dispute joue un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans la cr&#233;ation des tactiques et a cr&#233;ation de strat&#233;gies. Ce r&#244;le n'est pas tant li&#233; &#224; l'abandon lui-m&#234;me, qui n'a pas r&#233;ellement de valeur dans ce jeu sans gain, mais &#224; la possibilit&#233; qu'il introduit de d&#233;limiter un contexte, c'est &#224; dire une partie. Par l&#224;-m&#234;me, les joueurs sont aptes &#224; discriminer les usages possibles, et &#224; les rapporter &#224; l'impact qu'ils ont dans le cours du jeu et leur propre repr&#233;sentation de l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, le mod&#232;le comprend des proc&#233;dures d'induction, par lesquelles les joueurs peuvent d&#233;cider de leurs coups. Les caract&#233;ristiques d'un joueur sont d&#233;finies en fonction des proc&#233;dures appliqu&#233;es et du param&#233;trage de leur utilisation. La principale m&#233;thode de d&#233;cision porte par induction sur les coups similaires pr&#233;c&#233;demment jou&#233;s par l'un des joueurs. Ainsi, &#224; l'occurrence d'une action, le joueur va activer sa m&#233;moire des coups pass&#233;s dans un contexte similaire. Il analyse alors les r&#233;actions possibles et l'impact qu'elles entra&#238;nent relativement aux possibles continuations (quels chemins peuvent &#234;tre emprunt&#233;s par la suite), et &#224; l'issue de ces chemins pr&#233;visibles (notamment relativement &#224; l'abandon). Cette analyse est donc d&#233;pendante de plusieurs facteurs : la profondeur d'analyse de l'impact (&#224; combien de tours), la profondeur de m&#233;moire de l'agent et le fait de se baser uniquement sur ses propres coups similaires, ou sur ceux des interlocuteurs. L'ensemble de ces param&#232;tres, pour toutes les proc&#233;dures inductives d&#233;finies, constitue la caract&#233;ristique du joueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un joueur pourra avoir comme caract&#233;ristique le fait de chercher &#224; explorer des voies abandonn&#233;es, ou au contraire le fait de ne pas retenter un chemin sur lequel son interlocuteur a pr&#233;c&#233;demment abandonn&#233;. Autre caract&#233;ristique importante, cette recherche de chemins se faira par exemple &#224; une distance de trois niveaux (les coups possibles apr&#232;s deux interventions et deux r&#233;parties), ou bien uniquement dans l'imm&#233;diatet&#233; (&#224; une intervention).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 Un point de vue critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux points seront ici abord&#233;s afin de proposer un certain jalonnement de la proposition formelle. Le premier point critique concerne l'ontologie et ici justement la relation entre le mod&#232;le et sa relation au r&#233;el. Le second point critique portera sur la vraisemblance du mod&#232;le concernant la nature des agents r&#233;els sur le plan cognitif. La combinaison des r&#233;ponses qui seront ainsi amorc&#233;es &#224; ces deux points critiques mettra en avant la mani&#232;re dont pourra &#234;tre nouvellement envisag&#233;e quelques constituants fondamentaux de la comp&#233;tence linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2.1 Le fondement symbolique et sa part opaque : les deux niveaux de l'ontologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'ontologie s'applique &#224; deux disciplines th&#233;oriques tr&#232;s distinctes. Il s'agit dans la tradition philosophique d'une enqu&#234;te visant &#224; rendre explicite les constituants ultimes de la r&#233;alit&#233; (ce que Russell a ensuite appel&#233; le &#8220;mobilier du monde&#8221;) de fa&#231;on plus fondamentale que le niveau de l'enqu&#234;te physique ne le permet. Selon une acception plus contemporaine, l'ontologie est inh&#233;rente &#224; la constitution d'un mod&#232;le formel, soit en quelque sorte son axiomatique, ce mod&#232;le formel s'appliquant &#224; l'ing&#233;nierie d'une proc&#233;dure d'acquisition de connaissance, de d&#233;veloppement, ou &#224; la meilleure compr&#233;hension d'un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;el, cas qui nous int&#233;resse plus particuli&#232;rement pr&#233;sentement. Ces deux acceptions g&#233;n&#233;riques sont par cons&#233;quent tr&#232;s distinctes, mais l'attachement au m&#234;me terme n'est certainement pas abitraire. Ceci est d'autant plus vrai que l'ontologie au sens classique a bien souvent &#233;t&#233; synonyme de l'&#233;laboration d'un mod&#232;le formel. Consid&#233;rant l'interaction linguistique comme un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;el, il s'agit bien ici de proposer un mod&#232;le qui permette de mieux le comprendre ou au moins de cerner certains de ses d&#233;terminants essentiels &#224; son fonctionnement ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie de notre contribution est clairement &#224; placer sous le terme d'ontologie suivant la seconde acception. Le mod&#232;le de l'interaction qui est propos&#233; est n&#233;cessairement abstrait. Il peut &#234;tre accept&#233; que l'interaction est effective &#224; partir du moment o&#249; l'occurrence d'un certain signe entra&#238;ne une r&#233;ponse &#224; l'inverse de l'indiff&#233;rence. Cette r&#233;ponse g&#233;n&#233;rera un nouvel effet singulier dans la proc&#233;dure d'interaction pr&#233;sente et pourra encore g&#233;n&#233;rer des cons&#233;quences sur la suite, point qui n'est pas strictement mesurable. Le portrait sommaire de l'interaction linguistique qui est ainsi propos&#233; nous fait observer combien l'interaction g&#233;n&#232;re de fa&#231;on intrins&#232;que des effets de sens. C'est le s&#233;quencement des actions r&#233;ciproques qui permet d'observer une hi&#233;rarchisation par l'&#233;tablissement de routines et &#224; partir de ces simili-stabilit&#233;s des situations d'enrichissement ou de ruptures qui vont elles-m&#234;mes &#234;tre plus ou moins stabilis&#233;es.Il s'agit de montrer combien l'examen attentif de proc&#233;dures d'interaction entre deux agents peut nous dire sur ce qui est g&#233;n&#233;ralement compris comme relevant de la &#034;magie&#034; du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces effets de contexte se distinguent pr&#233;cis&#233;ment en tant que les signes s'av&#232;rent porteur d'une certaine valeur (d'un certain 'contenu') au moins dans le contexte de l'&#233;change. Cette valeur peut amener &#224; se stabiliser en tant que l'&#233;mission de tel signe, une invariance s&#233;quencielle relative peut s'av&#233;rer d&#233;clencheuse d'une certain effet observable. Cependant cette valeur ne ne peut ici qu'&#234;tre relative qu'&#224; l'&#233;change lui-m&#234;me. Cette limite est donn&#233;e par l'espace du mod&#232;le, il s'agit de la limite ontologique de ce mod&#232;le. Cette limite fait observer l'&#233;conomie d'un syst&#232;me d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut encore dire un mot sur cette apparence d'&#233;change. Ce contenu n'est stabilis&#233; que par le fonctionnement de l'attribution r&#233;ciproque des deux agents. L'attribution est montr&#233;e comme une condition de l'interpr&#233;tation, de l'anticipation qui est le fait d'un agent vis-&#224;-vis des actions probables d'un autre. Un point important est alors celui de l'auto-organisation de cet &#233;change. L'&#233;change, c'est &#224; dire les propri&#233;t&#233;s s&#233;quentielles de l'&#233;change met en jeu &#224; lui seul plusieurs niveaux hi&#233;rarchiques qui sont sa condition. Les hi&#233;rarchies sont simplement rendues explicites par l'organisation des s&#233;quences, c'est-&#224;-dire l'&#233;mergence d'une organisation. Mais &#224; proprement parler aucun &#233;change n'est op&#233;r&#233; &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; si ce n'est un relatif &#233;talonnage par un ajustement dynamique des r&#233;actions d'un agent par rapport &#224; celles de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est de consid&#233;rer quelle est la port&#233;e d'un tel mod&#232;le pour la description de l'interaction linguistique dans le monde r&#233;el. L'interaction qu'il nous a &#233;t&#233; permis d'observer fonctionne sur un le jeu de l'attribution r&#233;ciproque, elle s'&#233;tablit comme un vecteur de l'anticipation &#224; partir de la m&#233;morisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons que le domaine de l'interaction de chacun des agents est &#233;largi &#224; l'&#233;chelle de son comportement ; la dynamique de sa subsistance dans un domaine d'opportunit&#233;s et de contraintes. En ce cas le domaine des attributions et anticipations possible de chacun des agents s'&#233;largit d'autant &#224; mesure des imp&#233;ratifs de son comportement propre vis-&#224;-vis de son environnement. &#192; partir du moment o&#249; un domaine de contrainte et d'opportunit&#233; pour l'action est relativement partag&#233; par les acteurs, il est permis d'attendre que d'autres convergences vont pouvoir &#234;tre &#233;tablies quant &#224; ce dont les signes peuvent &#234;tre porteurs pour la position r&#233;ciproque des interpr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction des deux ordres de la discipline th&#233;orique de l'ontologie para&#238;t &#233;trangement s'appliquer de fa&#231;on analogue au sujet de l'enqu&#234;te. Ainsi, l'interaction linguistique est le lieu de la construction d'un certain mod&#232;le interpr&#233;tatif de la situation d'interaction elle-m&#234;me et de l'environnement dans lequel cette situation d'interaction se produit. En effet la valeur d'indication qui est conf&#233;r&#233;e &#224; un signe ou plus exactement &#224; l'occurrence d'un signe est relative &#224; l'interpr&#233;tation qui en est donn&#233;e par son r&#233;cepteur et plus exactement &#224; la valeur pr&#233;dictive dont l'occurrence de ce signe peut &#234;tre porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent le domaine de la dynamique de l'interaction qui &#233;tait l'objet dont le syst&#232;me formel &#233;tait charg&#233; de proposer une description est &#233;largi au point de l'ontologie au sens classique. Au del&#224; de l'&#233;conomie de l'interaction en propre, si&#232;ge ce que nous pouvons nommer en termes plus contemporains le domaine de l'&#233;cologie de l'agent et des agents. Les proc&#233;dures d'&#233;change qui sont mises en route, si elles permettent de modeler le domaine des actions r&#233;ciproques vis-&#224;-vis de l'environnement, permettraient seulement la mise en place d'un mod&#232;le largement opaque de l'environnement en question. Qu'un signe soit pourvu d'un contenu d'indication ne permettrait pas de d&#233;gager enti&#232;rement celui-ci de la proc&#233;dure de son &#233;change. L'&#233;mission de ce signe et son interpr&#233;tation resteraient donc toujours pris dans cette ambigu&#239;t&#233; de principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons &#224; ce niveau les consid&#233;rations de Lewis (1969) pour qui la question essentielle du langage pouvait &#234;tre abord&#233;e par celle d'un syst&#232;me de signalisation. Notre mod&#232;le ferait observer que la pertinence &#233;ventuelle d'un tel syst&#232;me de signalisation n'est pas directement en rapport &#224; l'objectivit&#233; des informations pertinentes qui seraient &#233;videmment partag&#233;es. Qu'une interaction de type linguistique prenne place pr&#233;supposerait par cons&#233;quent fort peu de la coordination des agents vis-&#224;-vis de l'environnement partag&#233; puisque la coordination n'est pas pour nous une condition pr&#233;liminaire &#224; la communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne para&#238;t pas selon nous y avoir de raison suffisante pour penser cette &#233;vidence des opportunit&#233;s &#233;cologiques partag&#233;es pour qu'un syst&#232;me de communication remplisse son office pour anticiper la bonne conformation des ressources pr&#233;sentes au regard des strat&#233;gies que le locuteur/r&#233;cepteur serait susceptible de d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2.2 La dynamique du langage, &lt;br class='manualbr' /&gt;une dynamique des agents&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous allons nous employer &#224; montrer bri&#232;vement que les capacit&#233;s des agents qui sont pr&#233;suppos&#233;es par notre mod&#232;le ne sont pas absurdes au regard du monde r&#233;el. Nous consid&#232;rerons le plan des conditions de l'expression et de la m&#233;moire et celui pour finir sur quelques positions plus g&#233;n&#233;rales concernant la nature du langage et de l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'application &#224; un cas concret du mod&#232;le d'&#233;change de signes dont il est question suppose la capacit&#233; pour chacun des agents d'&#233;mettre un signe quelconque qui soit susceptible d'&#234;tre identifi&#233; par l'autre en tant que signe, c'est &#224; dire sans que ce signe soit encore l'expression de quoi que ce soit d'autre. Il suppose la diff&#233;renciation d'un certain nombre de signes par l'instance du r&#233;cepteur. Par cons&#233;quent c'est la cons&#233;cution de la r&#233;ception d'un certain nombre de signes qui permettra d'anticiper ce que ce signe signifie, c'est &#224; dire ce que la r&#233;ception de ce signe permettra &#224; un agent d'anticiper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de la m&#233;moire il est habituellement permis de distinguer, dans la famille des m&#233;moires &#224; long terme, entre m&#233;moire d&#233;clarative et m&#233;moire proc&#233;durale. La premi&#232;re suppose une repr&#233;sentation consciente de l'agent puisqu'il s'agit de l'articulation d'une certaine description par les moyens du lexique ou d'un syst&#232;me symbolique externe &#224; l'agent lui-m&#234;me. La m&#233;moire proc&#233;durale, au contraire est d&#233;finie par l'ensemble des changements que l'organisme int&#232;gre d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; l'&#233;chelle de son comportement : il s'agit d'une m&#233;moire des habilet&#233;s motrices, une m&#233;moire du savoir-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que la m&#233;moire, base du mod&#232;le de l'interaction en question, n'est pas consid&#233;r&#233;e comme une m&#233;moire d&#233;clarative, mais comme une m&#233;moire proc&#233;durale, il s'agit simplement de parier sur la non indiff&#233;rence d'une cha&#238;ne d'&#233;v&#233;nements pass&#233;e sur le comportement r&#233;ciproque des agents dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant d&#232;s qu'il est parl&#233; de d&#233;cision, il semble que justement la proc&#233;dure de l'interaction suppose justement des comportements r&#233;ciproques qui d&#233;passent ceux de l'application d'une routine. Certes, la routine est &#233;tablie sur des stabilisations de comportements r&#233;ciproques qui peuvent en rester au niveau de l'accident c'est &#224; dire la r&#233;activit&#233; imm&#233;diate de chacun des agents &#224; partir de la r&#233;ception d'un nouvel item prenant place dans une certaine suite (ce qui joue ici le r&#244;le du contexte). Cependant, le cas de la rupture de la routine, comme certaines proc&#233;dures de son enrichissement paraissent bien engendrer une interaction o&#249; l'anticipation dynamique est de mise et non seulement une conjonction al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consid&#233;ration de la m&#233;moire ouvre directement sur la question de l'apprentissage. En effet la m&#233;moire &#224; long terme qu'elle soit proc&#233;durale ou d&#233;clarative est une condition majeure de l'apprentissage. Il va de soi que ces deux concepts de m&#233;moire : m&#233;moire d&#233;clarative et m&#233;moire proc&#233;durale ouvrent sur deux compr&#233;hensions distinctes de l'apprentissage. La premi&#232;re interpr&#232;te l'apprentissage en terme de possession de contenus : elle est en effet associ&#233;e &#224; la m&#233;moire dite s&#233;mantique. La seconde fait comprendre l'apprentissage en termes d'habilet&#233;s motrices, et donc d'int&#233;gration dynamique de processus. Or il semble bien que ce qui est montr&#233; par ce ph&#233;nom&#232;ne de l'interaction par le mod&#232;le que nous proposons est une r&#233;flexion sur la source de la concomitance de ces deux types de m&#233;moire et ces deux ressorts de l'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche que nous proposons de la dynamique de l'interaction pourrait &#234;tre dite ne pas porter sur la sp&#233;cificit&#233; du langage mais s'appliquer tout autant &#224; n'importe quel syst&#232;me de communication, quel que soit le r&#233;pertoire de signes qui est mobilis&#233;. Nous reconnaissons cette proximit&#233; avec une approche &#233;thologique comme celle qui &#233;tait d&#233;velopp&#233;e par Konrad Lorenz. Le principe de cette interaction s'appliquerait en effet tout aussi bien &#224; une communication intersp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport aux contributions qui peuvent &#234;tre rapproch&#233;es de notre tentative, celles de Lewis et celle de Skyrms ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mentionn&#233;es, chacune ayant mis &#224; profit la th&#233;orie des jeux. Les questions de l'un et de l'autre auteur ont port&#233; sur le comportement linguistique et en particulier sur la relation du comportement linguistique &#224; la question g&#233;n&#233;rale de la coordination entre agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet ces deux approches, tout autant que la n&#244;tre, int&#232;grent la comp&#233;tence linguistique au rang a) du comportement et en tant que tel comme un facteur biologique, b) au rang d'une comp&#233;tence qui est acquise et non pr&#233;suppos&#233;e. Il convient par cons&#233;quent de chercher leur avantage ou du moins de montrer celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Skyrms (1996) commence son examen par la question d'une th&#233;orie de la justice et de la r&#233;partition &#233;quitable des b&#233;n&#233;fices d'une action coordonn&#233;e. Selon son approche cette question para&#238;t constituer un pr&#233;liminaire, comme si la n&#233;gociation passait avant la communication. Nous d&#233;fendons que nous pouvons nous passer de l'hypoth&#232;se d'une entente &#233;thique ne qui supposerait le syst&#232;me de signalisation comme le d&#233;fendait Skyrms dans sa critique de Lewis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'application de notre mod&#232;le ne fait non plus aucunement supposer un tel &#233;tat de partage promis du b&#233;n&#233;fice commun, ni ne suppose qu'un tel b&#233;n&#233;fice commun existe. L'&#233;change ou du moins ce qui est situ&#233; sous le principe de l'&#233;change est simplement ici compris comme une ressource, c'est &#224; dire un potentiel qui pourra &#234;tre plus ou moins exploit&#233; par un agent ou un autre pour son profit ou simplement pour pr&#233;venir son d&#233;triment. Mais avant que la r&#233;ception d'un certain signe en provenance d'un autre &#234;tre anim&#233; puisse &#234;tre l'occasion d'un b&#233;n&#233;fice, il semble qu'un pas soit n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier moment de cette partie critique visant &#224; d&#233;gager les int&#233;r&#234;ts du mod&#232;le nous a fait opposer l'univers mod&#233;lis&#233; de l'interaction qui est la limite de la formalisation avec celui du domaine &#233;cologique dans lequel les actions r&#233;ciproques et les actions propres des sujets sont susceptibles de se r&#233;aliser. L'interaction de l'organisme avec son environnement n'est pas un fait myst&#233;rieux puisque la nature profonde d'un organisme est d'&#234;tre anim&#233;. Il peut &#234;tre consid&#233;r&#233; simplement que c'est la r&#233;ponse d'un &#233;l&#233;ment qui constitue le point d'arr&#234;t d&#233;cisif &#224; partir duquel l'application du mod&#232;le prend place. La suite donn&#233;e d&#233;pend par cons&#233;quent des ressources mobilis&#233;es et mobilisable pour chacun des agents en les temps et lieux de leurs interactions effectives et de leurs interaction possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent l'origine des comp&#233;tences linguistiques serait &#224; expliciter pour l'ensemble de ces contributions. Suivant notre perspective peu de myst&#232;re serait &#224; trouver dans l'origine du langage. Ce qui est appel&#233; commun&#233;ment langage est la r&#233;sultante d'une somme de comp&#233;tences mais aussi d'un ancrage plac&#233; dans l'h&#233;ritage d'un ensemble de pratiques, et encore d'une somme d'instances l&#233;gales qui sont les garanties officielles mais partielles des valeurs de l'&#233;change courant et des &#233;changes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une sp&#233;cificit&#233; du langage tel que nous comprenons ce terme dans notre usage ordinaire est remarquable par rapport &#224; ces autres syst&#232;mes de communication, c'est celle de sa souplesse. Cette souplesse est permise par les ressources individuelles des agents, par la r&#233;alisation mat&#233;rielle de l'interaction elle-m&#234;me en tant qu'elle permet l'expression et la saisie d'une grande complexit&#233; &#8212; des instructions complexes dont la port&#233;e potentielle dans l'espace et dans le temps est consid&#233;rable &#8212; en un temps tr&#232;s r&#233;duit, tout ceci &#233;tant rendu effectif par le b&#233;n&#233;fice d'un facteur d'h&#233;ritage culturel absolument central.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons consid&#233;rer qu'un sch&#233;ma d'interaction simple permet d'approcher quelques unes des caract&#233;ristiques du fonctionnement du langage. Le premier point est que la convergence sur la dimension de signification est &#224; comparer &#224; un sch&#233;ma de preuve. Le second point est que cette signification est &#224; comprendre comme une composition &#224; partir de facteurs m&#233;moriels. Ces facteurs m&#233;moriels doivent minimalement &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme proc&#233;duraux. Leur articulation symbolique ne serait &#224; consid&#233;rer que relativement &#224; un suppl&#233;ment de signification, suppl&#233;ment qui ne pr&#233;serve pas n&#233;cessairement l'identit&#233; de ce sur quoi il s'&#233;tablit. Le point prometteur dans cette proposition nous semble &#234;tre dans la vocation &#224; articuler convenablement un domaine s&#233;miotique sur un domaine purement&lt;br class='autobr' /&gt;
physique auquel le premier reste r&#233;ductible en principe. Cependant cette r&#233;duction n'en serait pas une acceptable &#233;tant donn&#233; que nous ne saurions ni&lt;br class='autobr' /&gt;
rendre compte des comportements de nos organismes, ni m&#234;me de circonscrire les unit&#233;s physiques qui permettent de les articuler. Par cons&#233;quent nous ferions ainsi un pas dans l'explicitation objective d'un niveau relationnel. Celle-ci partirait du constat de l'articulation n&#233;cessaire des signes &#233;chang&#233;s sur des propri&#233;t&#233;s r&#233;elles du monde : les propri&#233;t&#233;s r&#233;elles du monde qui conditionnent cette interaction.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] John Barwise and John Perry. &lt;i&gt;Situations and Attitudes&lt;/i&gt;. The MIT Press, 1983.&lt;br class='manualbr' /&gt;[2] Jean-Yves Girard. Locus solum. &lt;i&gt;Mathematical Structures in Computer Science&lt;/i&gt;, 11 :301-506, 2001.&lt;br class='manualbr' /&gt;[3] Jean-Yves Girard. &lt;i&gt;Le point aveugle&lt;/i&gt;. Hermann, 2007. Tomes 1 et 2.&lt;br class='manualbr' /&gt;[4] Fr&#233;d&#233;ric Pascal. Le langage et les deux plans de la cognition situ&#233;e. Pr&#233;publication. Institut des Syst&#232;mes Complexes de Paris, 2008.&lt;br class='manualbr' /&gt;[5] Barry Smith. Ontology and information systems. Disponible en ligne sur&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://ontology.buffalo.edu/ontology(PIC).pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://ontology.buffalo.edu/ontology(PIC).pdf&lt;/a&gt;, 2003.&lt;br class='manualbr' /&gt;[6] Samuel Tron&#231;on. &lt;i&gt;Dynamique des d&#233;monstrations et th&#233;orie de l'interaction&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#232;se de doctorat, Universit&#233; de Provence, 2006. A para&#238;tre en 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/math&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette base, le mod&#232;le &#034;double blind&#034; que nous pr&#233;sentons, d&#233;velopp&#233; &#224; l'origine pour la s&#233;mantique par Tron&#231;on, est largement influenc&#233; par les travaux de Jean-Yves Girard, et plus particuli&#232;rement par la Ludique (voir &#224; ce sujet [2]). Si cette inspiration est clairement pr&#233;sente dans le d&#233;veloppement de notre r&#233;flexion, le mod&#232;le n'en reste pas moins, &#224; cette &#233;tape, un mod&#232;le conceptuel et informatique. La convergence avec une pr&#233;sentation &#034;logique&#034; restant encore &#224; construire. L'originalit&#233; de ce travail r&#233;side plut&#244;t dans sa convergence avec les th&#232;mes d&#233;velopp&#233;s par Fr&#233;d&#233;ric Pascal (voir notamment [4]), dans lesquels on constate l'int&#233;r&#234;t de cette r&#233;flexion d'un point de vue d'ontologie formelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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