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	<title>Influxus</title>
	<link>http://www.influxus.eu/</link>
	<description>La revue influxus est une publication scientifique qui regroupe les travaux de chercheurs &#224; la crois&#233;e des chemins entre sciences humaines et sociales, math&#233;matiques, informatique et sciences de la nature.
Influxus est multilingue, sa vocation est internationale, tous les articles sont publi&#233;s dans leur langue d'origine et le support est d&#233;velopp&#233; en France.
Les travaux s&#233;lectionn&#233;s par le comit&#233; de publication d'influxus ont pour point commun d'&#233;laborer de nouveaux cadres conceptuels, d'&#233;tablir des ponts entre les diff&#233;rentes traditions scientifiques, et de d&#233;velopper des approches innovantes.</description>
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		<title>Street art, graffiti et publicit&#233; : entre connivence et aversion </title>
		<link>https://influxus.eu/article1055.html</link>
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		<dc:date>2016-09-02T11:19:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sophie Valiergue</dc:creator>


		<dc:subject>Public Space</dc:subject>
		<dc:subject>Espace Public</dc:subject>
		<dc:subject>Graffiti</dc:subject>
		<dc:subject>Graffiti</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Street art, graffiti et publicit&#233; : entre connivence et aversion &lt;br class='autobr' /&gt;
Du 10 au 22 mai 2014 dernier, s'est tenu &#224; Paris le Converse Clash of Walls. S'inspirant de la Chuck 70, le mod&#232;le embl&#233;matique de la marque de chaussures, Al&#235;xone et Supakitch ont repeint les murs int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs du Pavillon des Canaux. Ce projet participatif permettait aux internautes d'interagir avec les artistes : gr&#226;ce au hashtagb #clashwall, ils pouvaient soumettre leurs id&#233;es aux deux peintres qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5873.html" rel="tag"&gt;Public Space&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5881.html" rel="tag"&gt;Espace Public&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5971.html" rel="tag"&gt;Graffiti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5979.html" rel="tag"&gt;Street art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5981.html" rel="tag"&gt;Publicit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5983.html" rel="tag"&gt;Anti-pub&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5985.html" rel="tag"&gt;Street marketing&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5987.html" rel="tag"&gt;R&#233;appropriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5989.html" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5991.html" rel="tag"&gt;Street art&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5995.html" rel="tag"&gt;Adbusters&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5997.html" rel="tag"&gt;Street marketing&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5999.html" rel="tag"&gt;Recovery&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6001.html" rel="tag"&gt;Art&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Street art, graffiti et publicit&#233; : entre connivence et aversion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article r&#233;dig&#233; en Octobre 2014&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 10 au 22 mai 2014 dernier, s'est tenu &#224; Paris le Converse Clash of Walls&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'inspirant de la Chuck 70, le mod&#232;le embl&#233;matique de la marque de chaussures, Al&#235;xone et Supakitch ont repeint les murs int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs du Pavillon des Canaux. Ce projet participatif permettait aux internautes d'interagir avec les artistes : gr&#226;ce au hashtagb #clashwall, ils pouvaient soumettre leurs id&#233;es aux deux peintres qui r&#233;interpr&#233;t&#232;rent certaines d'entre elles sur les murs de l'&#233;difice. Converse Clash of Walls fut une formidable tribune pour les artistes qui eurent l'occasion de travailler sur un support exceptionnel. Cette op&#233;ration de communication semblait donc id&#233;ale : le travail des artistes &#233;tait mis en avant, le public pouvait participer et la marque faisait parler d'elle de fa&#231;on originale. Cette initiative nous am&#232;ne &#224; nous demander quelles sont les relations qui existent entre la publicit&#233; et le street art ou graffiti. En effet, la publicit&#233; est une notion qui a &#233;volu&#233; au cours du temps et qui a su s'adapter &#224; son &#233;poque. Parall&#232;lement &#224; son d&#233;veloppement, le street art et le graffiti ont &#233;merg&#233; et sont parvenus &#224; se faire aimer de la bourgeoisie. La publicit&#233; s'est donc empar&#233;e du ph&#233;nom&#232;ne quitte &#224; se r&#233;approprier les codes et l'esth&#233;tique des deux disciplines. Si on assiste &#224; de nombreuses collaborations entre marques et street artistes ou graffeurs, on constate qu'une r&#233;sistance s'est mise en place dans la rue pour que l'espace public redevienne un lieu de libert&#233; d'expression et d'&#233;change. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article qui se veut non exhaustif, apportera certains &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse au travers d'exemples significatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Espace public, publicit&#233; et street art&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, l'espace public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans cet article, l'espace public se d&#233;finit comme l'ensemble des espaces &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; urbain perd de plus en plus cet aspect social et politique qui en faisait un lieu de vie et d'&#233;change. Ce n'est plus qu'une zone de passage qui permet d'aller d'un point &#224; l'autre de la ville. D&#233;poss&#233;d&#233;s de leurs espaces communs, les citadins n'ont plus vraiment de pouvoir et sont soumis &#224; ce que les autorit&#233;s publiques veulent bien leur offrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;De l'espace public &#224; l'espace publicitaire&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, notamment dans les milieux urbains, l'espace public est inond&#233; par la publicit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Initialement, la publicit&#233; d&#233;signait tout ce qui &#233;tait de notori&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que l'on retrouve partout, sur les murs des rues, les panneaux fixes ou d&#233;roulants, les bus, les fa&#231;ades d'immeubles, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le philosophe Jurgen Habermas explique, dans son ouvrage &lt;i&gt;L'espace public : arch&#233;ologie de la publicit&#233; comme dimension constitutive de la soci&#233;t&#233; bourgeoise&lt;/i&gt;, qu'&#224; l'origine, au XVII&#232;me si&#232;cle, la notion de publicit&#233; d&#233;signait la pratique de la discussion, l'usage de l'analyse critique et l'essor de la presse. Elle &#233;tait indissociable du sens critique des individus, capables de remettre en question le pouvoir politique en place. Ces personnes &#233;taient issues de la bourgeoisie, une classe en plein essor et adversaire de l'aristocratie en place au pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
De plus en plus pr&#233;sente dans l'espace public, la publicit&#233; a su &#233;voluer et s'adapter aux technologies et &#224; l'architecture. Du mobilier urbain est sp&#233;cialement con&#231;u pour abriter des affiches ou tout du moins &#233;labor&#233; de fa&#231;on &#224; pouvoir les exposer. Ainsi, l'entreprise JCDecaux imagine en 1964 un nouvel espace de publicit&#233;, l'abris-bus, et propose aux municipalit&#233;s leur mise &#224; disposition et leur entretien gratuits puisque le tout est pay&#233; par les annonceurs qui les utilisent comme support. Aujourd'hui, les municipalit&#233;s c&#232;dent donc la gestion des espaces publicitaires &#224; une entreprise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JCDecaux continue aujourd'hui de cr&#233;er de nouveaux types de mobiliers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste donc &#224; une privatisation de l'espace public. Dans son chapitre VI, Habermas &#171; montre comment l'Etat construit une nouvelle sph&#232;re publique acceptant l'h&#233;g&#233;monie d'une publicit&#233; manipulatrice et non plus principalement informative. Il s'agit de tout soumettre &#224; la logique de la communication, y compris les id&#233;es et les principes. &#187; (Paquot, 2009 :15). Le dialogue, la critique n'ont plus lieu d'&#234;tre. Les passants ne sont plus consid&#233;r&#233;s que comme des consommateurs potentiels et non plus comme des individus, des personnes capables de r&#233;flexion et d'analyse. Les marques imposent leurs go&#251;ts, elles &#171; ont standardis&#233; notre rapport aux couleurs, aux formes, et finalement &#224; tout ce qui va pouvoir faire signe dans l'espace urbain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JIMSE, &#171; Pollution visuelle : enjeux de la communication dans l'espace (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles privent ainsi le passant de sa &#171; libert&#233; li&#233;e au pouvoir de l'imagination qui pr&#233;pare le jugement &#187; (Dufoulon, Lolive, 2014 :20).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une part toujours croissante de l'espace public est confi&#233;e &#224; des particuliers et ce n'est pas pour exprimer une opinion, mais pour inciter les citoyens &#224; la consommation. L'objectif est de cr&#233;er un besoin, une frustration aupr&#232;s de celui-ci qui n'aura d'autres choix que d'acheter le produit pour se sentir mieux et &#234;tre bien vu dans la soci&#233;t&#233;. Ceci est particuli&#232;rement vrai pour les adolescents et les jeunes adultes. R&#233;pondre &#224; l'appel de la publicit&#233; et des marques leur permet de se construire une image pour soi et pour les autres. Consommer devient donc un moyen d'exister et de s'affirmer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les marques ont su voir le potentiel de march&#233; des jeunes ; ce n'est pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Par ailleurs, l'omnipr&#233;sence de la publicit&#233; dans l'espace public fait que l'on finit par ne plus pr&#234;ter attention &#224; tous ces signaux tentateurs. Les publicistes cherchent donc sans cesse de nouvelles pratiques pour se distinguer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La discipline publicitaire s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; un tel niveau, qu'aujourd'hui, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Emergence du graffiti et du street art dans l'espace public&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; la publicit&#233;, les rues occidentales ont vu &#233;merger deux nouvelles formes d'expression : le graffiti et le street art. &lt;br class='autobr' /&gt;
_Le graffiti est une signature, celle du graffeur qui utilise un blaze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le blaze est le nom de sc&#232;ne du graffeur qui g&#233;n&#233;ralement n'utilise pas son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou celle de son crew&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un crew est un groupe de graffeurs et de taggueurs. Signer avec le nom de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il se caract&#233;rise par des lettrages plus ou moins travaill&#233;s, le plus simple &#233;tant le tag consid&#233;r&#233; comme la base du graffiti. On estime g&#233;n&#233;ralement que le graffiti est n&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 70 &#224; New York. Il est apparu dans un contexte social particulier : dans des quartiers pauvres accol&#233;s &#224; des quartiers riches, comme Harlem et Broadway, o&#249; les guerres de gang faisaient rage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En effet, le quartier du South Bronx a connu un terrible incendie dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, le graffiti est devenu une nouvelle arme, qui permit aux jeunes de gangs de s'affronter sans violence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1975, Africa Bambaataa, un des leaders du gang des Black Spades, perd son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce fut &#233;galement un moyen pour eux de livrer une guerre artistique contre les riches et les propri&#233;taires, et d'imposer leur esth&#233;tique dans la ville.&lt;br class='manualbr' /&gt;Malgr&#233; les interdictions et les sanctions, cette pratique a tr&#232;s vite su conqu&#233;rir le monde. Ainsi, le Graffiti arrive en France en m&#234;me temps que la culture Hip Hop au d&#233;but des ann&#233;es 80, pour devenir une des disciplines majeures de la culture urbaine.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'un point de vue stylistique, le Graffiti a beaucoup &#233;volu&#233;, mais au lieu de supprimer les styles pr&#233;c&#233;dents, chaque nouvelle forme d'&#233;criture vient enrichir le vocabulaire graphique existant. La concurrence entre les graffeurs et les crews a suscit&#233; une riche &#233;mulation qui a donn&#233; lieu &#224; diff&#233;rentes esth&#233;tiques. Aujourd'hui, le &lt;i&gt;wild style&lt;/i&gt; (lettres tr&#232;s d&#233;form&#233;es et brouill&#233;es), le &lt;i&gt;bubble style&lt;/i&gt; (lettres en forme de bulle), le &lt;i&gt;block style&lt;/i&gt; (lettre en forme de carr&#233;) et bien d'autres se c&#244;toient. Le but de chaque graffeur &#233;tant d'imposer son propre style.&lt;br class='manualbr' /&gt;Le graffiti est un cri, une mani&#232;re de montrer que l'on existe dans cette soci&#233;t&#233; de plus en plus anonyme. En inscrivant leur nom sur les murs, les graffeurs affirment leur identit&#233;, se montrent et d'une certaine fa&#231;on recherchent la c&#233;l&#233;brit&#233; (tout en conservant leur anonymat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le graffiti est tr&#232;s codifi&#233;. Pour &#233;chapper &#224; ces r&#232;gles et pouvoir cr&#233;er un travail plus personnel et intime, certains graffeurs se sont tourn&#233;s vers le street art. Ce dernier laisse les artistes beaucoup plus libres que ce soit au niveau des m&#233;diums&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les graffeurs se limitent g&#233;n&#233;ralement &#224; l'utilisation de bombes de peinture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'ils emploient, des motifs et des discours. En effet, le street art ou art de rue r&#233;unit une multitude de pratiques et de d&#233;marches tr&#232;s diff&#233;rentes les unes des autres. Il n'y a donc pas d'unit&#233; de technique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Affiche, pochoir, peinture, mosa&#239;que, etc.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ni de th&#232;me, de g&#233;n&#233;ration ou de discours, seulement une unit&#233; de lieu. La rue, le cadre de cr&#233;ation est le ciment de ce mouvement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme de mouvement est apparu pour qualifier le street art avec le recul.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#339;uvres sont bien souvent &#233;ph&#233;m&#232;res, ill&#233;gales et cherchent &#224; provoquer une r&#233;action chez le passant qui devient spectateur. Les influences du street art sont multiples : mai 68, le graffiti, les muralistes mexicains, le pop art, la nouvelle figuration, le land art, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re g&#233;n&#233;ration d'artistes de rue en France appara&#238;t dans les ann&#233;es 70 avec G&#233;rard Zlotykamien et Ernest Pignon Ernest et se d&#233;veloppe dans les ann&#233;es 80 avec notamment l'Ecole de Paris compos&#233;e, entre autres, de pochoiristes comme Miss Tic, Jef Aerosol et Mosko et Associ&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 90, appara&#238;t une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'artistes de rue issue du Graffiti. La plupart d'entre eux ont &#233;galement fr&#233;quent&#233; une &#233;cole de Beaux-Arts. En effet, dans leur jeunesse, ils ont souvent pratiqu&#233; le graffiti et le tag, et plus tard suite &#224; leurs &#233;tudes ils ont voulu approfondir leur d&#233;marche et se diff&#233;rencier un peu plus des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 2000, l'acceptation du street art et du graffiti ne cesse de cro&#238;tre. D'abord rel&#233;gu&#233; au rang de nuisance visuelle, ils se sont hiss&#233;s peu &#224; peu vers la reconnaissance populaire, et depuis quelques ann&#233;es, institutionnelle. Le street art est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme un mouvement artistique &#224; part enti&#232;re ayant su remettre en question les grandes valeurs de l'art et imposer son sens de l'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; cette reconnaissance, le graffiti et le street art restent g&#233;n&#233;ralement interdits par la loi. D&#232;s 1973, la ville de New York a organis&#233; la premi&#232;re campagne de nettoyage et en 1986, les autorit&#233;s ont d&#233;cid&#233; de cl&#244;turer les entrep&#244;ts de trains et de nettoyer les wagons r&#233;guli&#232;rement. Partout dans le monde, les lois contre le graffiti et le street art se sont durcies et les peines sont devenues de plus en plus s&#233;v&#232;res. Cette r&#233;pression a pouss&#233; les artistes &#224; d&#233;velopper de nouvelles formes d'expression. Les street-artistes ont donc utilis&#233; les contraintes impos&#233;es par ces interdits comme tremplin &#224; la cr&#233;ativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la publicit&#233; aime le street art&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Le street art et la publicit&#233; : diff&#233;rences et similitudes&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la publicit&#233;, le graffiti et le street art ne sont g&#233;n&#233;ralement pas autoris&#233;s (hormis lors de certaines occasions bien particuli&#232;res). Cette ill&#233;galit&#233; qui les caract&#233;rise, leur laisse une plus grande libert&#233; d'expression n'&#233;tant pas frein&#233;s dans leur discours par une quelconque autorit&#233;. Ainsi, que l'on appr&#233;cie ou non leur performance, les street artistes et les graffeurs cr&#233;ent le d&#233;bat et r&#233;introduisent une part de sens critique dans l'espace public en laissant les gens les juger, alors que la publicit&#233; impose son point de vue. Toujours subjective, elle cherche &#224; s&#233;duire et &#224; influencer le spectateur pour le pousser &#224; consommer.&lt;br class='manualbr' /&gt;En outre, la publicit&#233; et le street art pr&#233;sentent un certain nombre de similitudes. Tous deux apportent de la couleur aux rues, leurs productions sont &#233;ph&#233;m&#232;res et sont sans cesse renouvel&#233;es. On peut aussi consid&#233;rer que le street art emploie les m&#234;mes strat&#233;gies que la publicit&#233;. En effet, les tags, les logotypes, les signatures, sont r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; l'infini sur les murs par les graffeurs et les street artistes tout comme les marques r&#233;pandent leur logos &#224; travers la ville. Le tag est une forme de logo pour le graffeur, tout comme le logo est la signature de la marque. &lt;br class='manualbr' /&gt;De plus, les deux entit&#233;s recherchent les meilleurs emplacements pour &#234;tre le plus visible possible. Toutefois, bien que leurs objectifs &#224; tous deux soient d'attirer le regard du passant et d'&#234;tre suffisamment s&#233;duisants pour susciter son attention, leurs intentions ne sont pas les m&#234;mes : l'un veut vendre, l'autre provoquer (une r&#233;action, un d&#233;bat, &#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Art et publicit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publicit&#233; est une industrie cr&#233;ative. Quoi de plus naturel pour elle donc, que de faire appel &#224; des artistes ? D&#232;s le d&#233;but de l'utilisation des affiches par la publicit&#233;, &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle, des artistes ont &#233;t&#233; sollicit&#233;s. Ainsi, Toulouse-Lautrec, Mucha et Norman Rockwell au milieu du XX&#232;me si&#232;cle, se sont illustr&#233;s en r&#233;alisant des affiches publicitaires aujourd'hui consid&#233;r&#233;es comme des &#339;uvres d'art &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Le pouvoir marketing des arts urbains&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publicit&#233; &#233;volue avec son temps, elle doit sans cesse se mettre &#224; la page pour adapter le message qu'elle v&#233;hicule en fonction du public qu'elle vise et surtout pour ne pas &#234;tre d&#233;pass&#233;e par ses concurrents. Pour cette raison, elle n'h&#233;site pas &#224; surfer sur les tendances comme celle du street art. Si la publicit&#233;, ainsi que le monde de la mode, s'entichent des cultures urbaines, c'est en partie parce que ces derni&#232;res ann&#233;es, le street art a su se faire une place dans le march&#233; de l'art. En effet, la valeur du street art et du graffiti ne cesse de cro&#238;tre, des ventes aux ench&#232;res sp&#233;cialis&#233;es sont organis&#233;es et les c&#244;tes de certains street artistes n'ont rien &#224; envier aux artistes contemporains plus classiques. &lt;br class='manualbr' /&gt;De plus, le pouvoir visuel du street art et du graffiti est tr&#232;s fort. Les images cr&#233;&#233;es sont souvent percutantes. Elles transmettent une id&#233;e de jeunesse, de dynamisme : urbaine et rebelle. &#171; Nourri de mythologie contestataire et du romantisme de la r&#233;volte, il poss&#232;de ce m&#233;lange de d&#233;sinvolture et de d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du pouvoir qui caract&#233;rise la &lt;i&gt;street attitude.&lt;/i&gt; &#187; (Lemoine &amp; Terral, 2005). &#171; Une sociologie de la distinction pourrait montrer comment le street art r&#233;active la l&#233;gitimit&#233; des valeurs de la bourgeoisie lib&#233;rale &#171; sympa &#187; (&lt;i&gt;cool&lt;/i&gt;) contre la bourgeoisie conservatrice &#171; coinc&#233;e &#187; (&lt;i&gt;square&lt;/i&gt;) &#187;. (G&#233;nin, 2013)&lt;br class='manualbr' /&gt;L'image que se donne une marque et qu'elle transmet &#224; ses produits peut avoir un &#233;norme impact sur les ventes. Deux cat&#233;gories d'enseignes utilisant le street art et le graffiti pour leur publicit&#233; ressortent. D'une part, les marques de luxe qui s'adressent &#224; une client&#232;le exigeante en qu&#234;te d'originalit&#233;. Celles-ci sont toujours &#224; la pointe des tendances, elles cherchent sans cesse &#224; se d&#233;marquer, &#224; prouver leur cr&#233;ativit&#233; et leur ouverture d'esprit. D'autre part, les marques qui visent un public jeune. Leurs produits doivent v&#233;hiculer une image branch&#233;e et impertinente. De cette fa&#231;on, les consommateurs auront l'impression de le devenir en acqu&#233;rant ces produits. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, l'op&#233;ration publicitaire pour Mc Donald's nomm&#233;e &lt;i&gt;Pictogrammes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;alis&#233;e par l'agence TBWA/PARIS avec les illustrations de Mickael Mikiels.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rompt avec la tradition des campagnes pr&#233;c&#233;dentes qui tournaient autour de la famille. Elle met en sc&#232;ne un groupe de jeunes qui d&#233;ambulent dans les rues la nuit, pour coller des affiches et bomber des pochoirs, repr&#233;sentant les six best-sellers de la cha&#238;ne de restauration, dans un style tr&#232;s color&#233; et &#233;pur&#233;. Au petit matin, ils se retrouvent sur le toit d'un immeuble pour d&#233;guster un bon Mc Donald. Ces jeunes branch&#233;s, habill&#233;s &#224; la mode et qui n'oublient pas de faire un selfie devant une affiche, agissent de fa&#231;on organis&#233;e, efficace et rapide comme peuvent le faire les graffeurs lorsqu'ils s'attaquent &#224; un train &#224; quai. Ici, le message qu'ils envoient est &#171; Consommez Mc Donald's et devenez aussi cool que nous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;tournement des modes op&#233;ratoires du street art et du graffiti&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit avec cet exemple de la campagne Mc Donald, les publicistes aiment mettre en sc&#232;ne les graffeurs et les street artistes. Cela plonge le spectateur au c&#339;ur de l'action et de l'interdit. Mais ils ne se contentent pas seulement de reproduire &#224; l'&#233;cran leurs modes op&#233;ratoires, ils les adoptent. Ainsi, depuis quelques ann&#233;es, on assiste au renouveau du street marketing&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le street marketing est une technique de marketing qui utilise la rue pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avec l'apparition de nouveaux proc&#233;d&#233;s directement inspir&#233;s des techniques du street art : r&#233;alisation d'une fresque, pochoirs au sol, autocollants, cleantag&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le clean tag est un pochoir r&#233;alis&#233; au karcher, l'inscription obtenue est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc. Aussi, les entreprises n'ayant pas les moyens de r&#233;aliser une op&#233;ration de street marketing l&#233;gale n'h&#233;sitent plus &#224; avoir recours &#224; la guerilla marketing&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La guerilla marketing regroupe un ensemble de proc&#233;d&#233;s marketing proche du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Id&#233;al pour cibler une client&#232;le urbaine, le street marketing permet de r&#233;aliser une campagne ponctuelle &#224; moindre co&#251;t avec un fort impact local et de cr&#233;er le buzz. &lt;br class='manualbr' /&gt;Par ailleurs, certaines agences comme Rencart&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se sont m&#234;me sp&#233;cialis&#233;es dans la communication par le street art. Elle propose de nombreuses prestations allant de l'atelier participatif &#224; la s&#233;rie limit&#233;e sign&#233;e par un street artiste, en passant par la r&#233;alisation d'un &#233;v&#233;nement avec des performances live. Pour les cr&#233;ateurs de l'agence, leurs services transmettent des valeurs li&#233;es &#224; l'art et agissent contre la saturation publicitaire dans l'espace public tout en communiquant de fa&#231;on originale, cr&#233;ative et personnalis&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Le street art et le graffiti sont donc d&#233;tourn&#233;s pour &#234;tre utilis&#233;s pour communiquer non pas une id&#233;e, un avis ou un sentiment, mais un produit, une marque ou un &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Les collaborations&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabel pour Calvin Klein, Make pour Louboutin, Retna pour Louis Vuitton, etc. les collaborations entre des graffeurs ou des street artistes et des marques sont nombreuses et vari&#233;es. Certains customisent des s&#233;ries limit&#233;es vendues plus ou moins ch&#232;res, d'autres r&#233;alisent une &#339;uvre unique mise en sc&#232;ne lors d'un &#233;v&#232;nement qui fera parler de la marque, d'autre encore con&#231;oivent le d&#233;cor ou jouent dans des vid&#233;os publicitaires. &#171; Les valeurs du &lt;i&gt;street art&lt;/i&gt;, sa tendance libertaire et sa critique des cat&#233;gories sociales &#233;tablies, sont d&#233;sactiv&#233;es par le lib&#233;ralisme m&#234;me qui approuve et reconna&#238;t dans cette libert&#233; la part de d&#233;r&#233;gulation cens&#233;e favoriser l'innovation &#187; (G&#233;nin, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;:5).&lt;br class='manualbr' /&gt;Par ailleurs, si les collaborations entre les marques et les artistes sont g&#233;n&#233;ralement ponctuelles, certains graffeurs n'h&#233;sitent pas &#224; multiplier les contrats. Nasty, par exemple, est un graffeur qui a d&#233;but&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 80 et s'est impos&#233; sur la sc&#232;ne parisienne. Depuis, il est devenu une r&#233;f&#233;rence, coqueluche des salles des ventes et des galeries. Parall&#232;lement &#224; son activit&#233; artistique institutionnelle, il participe r&#233;guli&#232;rement &#224; toutes sortes de campagnes publicitaires. La bi&#232;re 1664, la boisson Burn, Mercedes, BNP Paribas, etc, la liste est longue. Pour lui, c'est un bon moyen de repousser les limites de son art en s'attaquant &#224; de nouveaux supports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;L'association publicit&#233;-street art : les contradictions&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborations entre les graffeurs ou street artistes et les marques sont souvent pleines de contradictions, en voici quelques exemples. &lt;br class='manualbr' /&gt;Certaines entreprises sont connues pour lutter farouchement contre le graffiti et le street art. Ainsi, la RATP poursuit r&#233;guli&#232;rement en justice les graffeurs et les street artistes qui osent s'exprimer sur son territoire. Cela n'a pourtant pas emp&#234;ch&#233; la compagnie de confier les illustrations de sa campagne Imagine R de 2007 &#224; 2009 &#224; plusieurs artistes issus de la sc&#232;ne graffiti comme Grems ou Tvrbo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La RATP avait d'ailleurs d&#233;j&#224; fait travailler des graffeurs, comme Mode 2, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette carte de transport s'adresse &#224; des jeunes &#226;g&#233;s de 12 &#224; 25 ans vivant en Ile-de-France, un public potentiellement sensible &#224; l'esth&#233;tique &#171; urbaine &#187;. La RATP semble donc s&#233;duite par l'esth&#233;tique des arts urbains (surtout si cela lui attire des clients), mais rejette l'esprit de cette culture, celui qui se joue de l'autorit&#233; et n'en fait qu'&#224; sa t&#234;te. Quoi qu'il en soit c'est un beau retournement de situation pour ces anciens graffeurs autrefois traqu&#233;s. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dans un autre registre, Shepard Fairey, un street artiste qui s'est fait conna&#238;tre sous le pseudonyme d'Obey, est un bon exemple de ces artistes qui voyant leur succ&#232;s grandir ont retourn&#233; leur veste. Il d&#233;bute en 1989 avec sa campagne &lt;i&gt;Andr&#233; the Giant has a Posse&lt;/i&gt;, ses stickers, pochoirs et affiches repr&#233;sentaient Andr&#233; Roussimoff alias Andr&#233; the Giant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit d'un catcher d&#233;c&#233;d&#233; qui mesurait 2m20, d'o&#249; son nom : The Giant.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1995, le mot &#171; obey &#187; est associ&#233; au g&#233;ant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;f&#233;rence au film Invasion Los Angeles, voir p. 11&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A travers la mise en sc&#232;ne d'une propagande absurde pour cette figure orwellienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;f&#233;rence &#224; Big Brother, figure m&#233;taphorique du r&#233;gime totalitaire et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Obey d&#233;non&#231;ait le matraquage publicitaire et politique auquel sont soumis les individus au quotidien. Mais l'artiste est tomb&#233; dans la machine qu'il d&#233;non&#231;ait : il a commenc&#233; &#224; vendre des stickers et autres produits d&#233;riv&#233;s &#224; l'effigie du g&#233;ant. Lui qui se moquait des campagnes politiques s'est rang&#233; au c&#244;t&#233; de Barak Obama lors des &#233;lections de 2008 en r&#233;alisant son affiche d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre. Cette repr&#233;sentation qui renvoie l'image d'un candidat jeune et cool, eut beaucoup de succ&#232;s. Elle fut d&#233;clin&#233;e sur tout type de support et d&#233;tourn&#233;e une multitude de fois. &lt;br class='manualbr' /&gt;Dernier exemple, Monoprix a lanc&#233; une collection &lt;i&gt;Street Art&lt;/i&gt; en septembre 2014 qui a beaucoup fait parler. Trois graffeurs, Nasty, Tanc et Pro176 ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; customiser des produits de l'enseigne (v&#234;tements, linge de maison, cahiers, &#8230;). Malgr&#233; les critiques, les produits se sont tr&#232;s bien vendus. Force est de constater que le concept est tout de m&#234;me antinomique : des graffeurs dont l'image est celle d'insoumis customisent des maniques et des torchons, outils indispensables de la bonne m&#233;nag&#232;re. Si l'intention de la marque est claire, vendre un produit estampill&#233; &#171; street art &#187; (car c'est bien le street art qui est mis en avant et non pas le talent des trois artistes), les graffeurs quant &#224; eux ne risquent-ils pas de perdre leur l&#233;gitimit&#233; &#224; participer &#224; des projets si &#233;loign&#233;s de l'esprit d'origine de leur pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sistance : &#224; la reconqu&#234;te de l'espace public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette r&#233;appropriation du street art et du graffiti par la publicit&#233;, des r&#233;fractaires ont d&#233;cid&#233; de r&#233;sister et de manifester leur d&#233;saccord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kidult&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est ce qu'on peut qualifier de pur vandale anti-syst&#232;me. Dans une vid&#233;o&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;alis&#233;e en 2012, il associe les logos de marques &#224; des sc&#232;nes de guerre, de d&#233;sastre et de famine. Il d&#233;nonce la r&#233;appropriation de la culture urbaine par les marques et pr&#233;vient qu'elles souffriront. Il utilisera les m&#234;mes strat&#233;gies de marketing, les m&#234;mes m&#233;thodes que les m&#233;dias et la m&#234;me organisation que les multinationales pour &#224; son tour d&#233;tourner leurs images et les r&#233;cup&#233;rer &#224; ses fins. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ses interventions les plus spectaculaires (et les plus violentes) sont ses tags monumentaux r&#233;alis&#233;s &#224; l'extincteur. Nourri d'une haine du luxe, il s'en prend aux fa&#231;ades de boutiques des plus grandes marques, notamment celles qui font la r&#233;cup&#233;ration du graffiti et des codes du street art comme Castelbajac, Louis Vuitton ou agn&#232;s b.. Cependant, certaines de ces marques surfent sur la tendance des cultures urbaines et d&#233;tournent ces attaques pour faire le buzz. D'une certaine fa&#231;on Kidult participe donc &#224; leur promotion, un comble pour un farouche anti-luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Les dangers de la r&#233;appropriation d'un mouvement culturel&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc que &#171; les marques (&lt;i&gt;branding&lt;/i&gt;) ont r&#233;ussi la normalisation du street art, devenu objet de consommation presque comme un autre, ou qui du moins permet de la relancer en renouvelant le d&#233;sir du consommateur par un imaginaire, en s&#233;duisant les jeunes g&#233;n&#233;rations au regard form&#233; par ces graphismes &#187; (G&#233;nin, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;:5, 179).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'usage du graffiti dans ces circonstances en annihile les r&#233;elles valeurs id&#233;ologiques au profit de la marchandisation, pour finalement faire la promotion d'un produit. Il s'agit d'interpeller les graffeurs et toutes autres personnes sensibles &#224; cette esth&#233;tique, afin de les amener &#224; consommer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JIMSE, &#171; Pollution visuelle : enjeux de la communication dans l'espace (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant, il y a souvent un &#233;norme d&#233;calage entre l'univers du produit, notamment de luxe, et celui du graffiti ou street art. L'article ne s'adresse donc pas au public classique du street art, mais rend plus &#171; cool &#187; l'acheteur. Les marques exploitent donc l'esth&#233;tique de ce courant, mais en extraient la substance m&#234;me, &#224; savoir son contenu, ses messages et sa vocation contestataire. Le risque est donc de d&#233;truire l'&#233;nergie cr&#233;ative d'origine au profit du consum&#233;risme. Et le mouvement essouffl&#233; par cette utilisation aura s&#251;rement du mal &#224; se relever une fois que les publicitaires n'en auront plus besoin car devenu trop &#171; mainstream &#187;, voir &#171; has-been &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Le brandalisme et l'anti-pub&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publicit&#233; est devenue intrusive, elle vient chercher le public au lieu d'attendre qu'il la cherche, en r&#233;sulte une certaine overdose. Si la plupart des gens se contentent de ne pas y faire attention, d'autres ont d&#233;cid&#233; de lutter contre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;brandalisme&lt;/i&gt; est &#171; la prolif&#233;ration des publicit&#233;s, noms et logos de marques dans l'espace public &#187; (Lehu, 2012 :98). Ce terme est compos&#233; des mots &#171; Brand &#187; qui signifie marque et &#171; Vandalism &#187; qui veut dire vandalisme. Il &#171; d&#233;signe une expression critique pointant du doigt l'entrisme coercitif des marques commerciales dans l'espace public (&#233;coles et universit&#233;s, b&#226;timents publics, biblioth&#232;ques, &#8230;). Cette forme de communication camoufl&#233;e ou au contraire tr&#232;s ostentatoire est jug&#233;e invasive le plus souvent &#187; (Lehu, &lt;i&gt;op.cit&lt;/i&gt; :99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;brandalisme&lt;/i&gt; est d&#233;nonc&#233; par de nombreux groupes anti-pub qui sont apparus un peu partout dans le monde d&#232;s les ann&#233;es 70. En France, de nombreuses associations existent et proposent divers types d'actions pour lutter contre l'abondance de la publicit&#233; dans notre soci&#233;t&#233;. Parmi ces groupes d'activistes, les Casseurs de Pub&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;quivalent des Ad Busters&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; canadiens, publient un journal mensuel, une revue annuelle et organisent diverses campagnes pour lutter de fa&#231;on pacifiste contre la publicit&#233; comme la &#171; journ&#233;e sans achat &#187; ou la &#171; semaine sans t&#233;l&#233; &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour exprimer leur ras-le-bol face &#224; l'omnipr&#233;sence de la publicit&#233;, des projets participatifs tels que &lt;i&gt;Skip ad&lt;/i&gt; se sont mis en place. Le concept est inspir&#233; du bandeau qui permet d'&#171; ignorer l'annonce &#187; lorsque l'on visionne une vid&#233;o sur le web. Le site Internet du projet explique : &#171; la publicit&#233; devrait &#234;tre pertinente, apporter des id&#233;es qui pourraient am&#233;liorer nos vies. Si ce n'est pas le cas, nous continuerons de les ignorer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;: &#171; Advertising should be relevant, bring ideas that can change your life (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toute personne qui partage ce point de vue est donc invit&#233;e &#224; imprimer les stickers et &#224; les coller sur les publicit&#233;s qu'ils r&#233;prouvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;De l'activisme &#224; l'art&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brandalism&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est aussi le nom d'un collectif de street-artistes. Leurs actions initi&#233;es durant l'&#233;t&#233; 2012 en Angleterre au moment des jeux olympiques ont &#233;t&#233; reconduites &#224; plusieurs reprises. Ainsi, lors de leur premi&#232;re campagne, quarante artistes ont, durant deux jours, remplac&#233; les affiches des panneaux publicitaires par leurs &#339;uvres : des affiches factices. Leur objectif est de d&#233;noncer l'omnipr&#233;sence de la publicit&#233; et son effet n&#233;faste sur la soci&#233;t&#233;. &#171; Brandalism a d&#233;but&#233; avec la conviction d&#233;mocratique que la rue est un lieu de communication qui appartient aux citoyens et aux communaut&#233;s qui y vivent. C'est une r&#233;bellion contre les attaques visuelles des g&#233;ants des m&#233;dias et les magnats de la publicit&#233; qui ont la mainmise sur les messages et le sens de nos espaces publics, jusqu'&#224; nous gaver d'images et de messages qui nous maintiennent en manque dans un &#233;tat de doute, triste et consum&#233;riste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Brandalism starts from the democratic conviction that the street is a site (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ludo, street artiste parisien et membre de ce collectif, est pass&#233; ma&#238;tre dans le d&#233;tournement d'affiches. Son travail original est &#224; la fois industriel et organique. Sur chacune de ses affiches, il pastiche le logo d'une grande marque en reprenant la forme et la typographie, mais en modifiant le contenu. &#171; Le logo va valider l'image tordue et donc &#231;a devient un objet banal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview dans le web documentaire D&#233;fense d'afficher :&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, selon lui, n'importe quel message sera accept&#233; par le passant s'il croit qu'il s'agit d'une publicit&#233;. L'artiste cherche &#233;galement &#224; d&#233;montrer l'inutilit&#233; de la publicit&#233;, ignor&#233;e de la plupart des gens lass&#233;s de sa pr&#233;sence excessive dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vermibus, un artiste originaire de Majorque et bas&#233; &#224; Berlin, participe &#224; un autre projet, activiste nomm&#233; &lt;i&gt;No add&lt;/i&gt; (pas de publicit&#233;). Il retire les affiches des panneaux et les jette pour qu'il ne reste plus rien, plus de logo ni de marque. Ce projet, qui remet en cause l'espace urbain, est purement contre la publicit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le street artiste a &#233;galement une activit&#233; plus artistique. Ancien photographe, il a notamment travaill&#233; dans la publicit&#233; et a &#233;t&#233; marqu&#233; par la cruaut&#233; de ce milieu. Il emploie de l'acide comme un peintre utilise la peinture, de fa&#231;on &#224; alt&#233;rer les photographies jusqu'&#224; obtenir une d&#233;formation choquante. Il cr&#233;e ainsi une nouvelle image en lui apportant une autre dimension artistique. &#192; travers son travail, Vermibus remet l'id&#233;al de beaut&#233; en question ainsi que le r&#244;le jou&#233; par la publicit&#233; dans l'instauration de ses crit&#232;res. Avec son projet &lt;i&gt;Dissolving Europe&lt;/i&gt;, il est intervenu une centaine de fois, durant dix-huit jours, dans six grandes villes d'Europe. Il r&#233;cup&#233;rait des affiches dans une ville, les travaillait et les mettait en place dans une autre ville, ce qu'il appelle la &#171; d&#233;localisation physique et temporaire, car les affiches une fois retouch&#233;es voyagent dans le temps et l'espace &#187; de sorte que les gens ne les reconnaissent pas. Il diminuait ainsi l'impact de la publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zevs, street artiste fran&#231;ais, a &#233;galement d&#233;tourn&#233; de nombreuses affiches publicitaires. Il a notamment r&#233;alis&#233; des &lt;i&gt;Visual attack&lt;/i&gt; (attaques visuelles) dans les ann&#233;es 2000. A l'aide d'une bombe de peinture rouge, il ex&#233;cutait les mannequins des affiches d'une t&#226;che entre les yeux. En appuyant sur la valve de la bombe suffisamment longtemps, une coulure rouge se formait, comme si la photographie saignait. Zevs tuaient ainsi les images. Il d&#233;truisait leur sens premier, commercial, afin de se r&#233;approprier ces tr&#232;s belles photographies. Mais les annonceurs changeant rapidement les affiches, les victimes n'&#233;taient gu&#232;re expos&#233;es longtemps.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'artiste est ensuite pass&#233; &#224; la &#171; liquidation &#187; de logos de marques, symboles du consum&#233;risme. Cela lui a valu quelques jours de prison &#224; Hong Kong, apr&#232;s avoir peint un logo Chanel d&#233;goulinant sur la fa&#231;ade d'une boutique Giorgio Armani. Il r&#233;alise ses &lt;i&gt;liquidated logos&lt;/i&gt; &#224; la fois sur les fa&#231;ades de boutiques ou de restaurants (Mc Donald), ainsi que sur toile qu'il vend en galerie. Paradoxe, il se sert du syst&#232;me tout en le d&#233;non&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Quand les artistes m&#232;nent le jeu&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zevs est &#233;galement l'auteur du premier &lt;i&gt;Visual Kidnapping&lt;/i&gt; (comprenez kidnapping visuel), une action qui sera ensuite reprise. Le 2 avril 2002, &#224; 5h37, sur la Alexander Platz de Berlin, l'artiste a escalad&#233; la fa&#231;ade d'un h&#244;tel sur lequel se trouvait l'affiche g&#233;ante d'une publicit&#233; pour Lavazza et a d&#233;coup&#233; au scalpel la silhouette de l'effigie. Avant de redescendre, il a &#233;crit &#224; la bombe sur le haut de l'affiche &#171; Visual Kidnapping, pay now &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kidnapping visuelle payez maintenant&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la partie &#233;tait lanc&#233;e. La ran&#231;on fut fix&#233;e &#224; 500 000&#8364;, soit le co&#251;t moyen d'une campagne publicitaire d'une telle envergure. Durant sa s&#233;questration, l'&#233;g&#233;rie Lavazza fut pour ainsi dire tortur&#233;e. Zevs, par exemple, lui coupa un doigt qu'il envoya en Italie au directeur de la firme de caf&#233;. L'image s&#233;journa &#233;galement dans les catacombes parisiennes, enferm&#233;s dans une valise. Finalement, au bout de trois ans, la ran&#231;on fut pay&#233;e et la lib&#233;ration de l'otage eu lieu le 2 avril 2005 au Palais de Tokyo. A travers ses actions, Zevs montre comment le street art peut d&#233;tourner les codes de la publicit&#233; pour les mettre &#224; son service. L'int&#233;r&#234;t fut mutuel, les deux parties ont trouv&#233; leur compte, mais c'est l'artiste qui a fix&#233; les r&#232;gles et non pas l'inverse ce qui est g&#233;n&#233;ralement le cas. Pour autant, Zevs ne tombe pas dans le syst&#232;me commercial et mercantile, il s'en joue plus pouss&#233; par la qu&#234;te d'innovation que par l'app&#226;t du gain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;L'h&#233;ritage d'Invasion Los Angel&#232;s&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Invasion Los Angeles&lt;/i&gt; est un film de science-fiction de John Carpenter, inspir&#233; de la nouvelle &lt;i&gt;Les fascinateurs&lt;/i&gt; de Ray Faraday Nelson. Sorti en 1988, ce film d&#233;crit un monde dirig&#233; par des extra-terrestres &#224; l'apparence humaine. Le personnage principal d&#233;couvre une paire de lunette (image kantienne) qui lui permet de voir le monde tel qu'il est vraiment : les humains sont maintenus dans un &#233;tat apathique gr&#226;ce &#224; une propagande subliminale que l'on retrouve partout, dans les magazines, sur les panneaux d'affichages, les bus, &#8230; Ce film tr&#232;s subversif d&#233;nonce les d&#233;rives du capitalisme. Parmi les messages cach&#233;s, on peut lire : &#171; Ob&#233;issez &#187;, &#171; Conformez-vous &#187;, &#171; Consommez &#187; ou bien encore &#171; Pas d'imaginations &#187;. Ce film qui montre l'endoctrinement de la publicit&#233; et son omnipr&#233;sence dans nos vies reste tr&#232;s actuel. De nombreux artistes se sont inspir&#233;s tant du discours que de la forme : message court &#233;crit en capitales noires sur fond blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobstr, street artiste de Newcastle, est l'un d'entre eux. Ses maximes ironiques et subversives, pleines d'humour et de sarcasme ont fait sourire plus d'un passant britannique. Son travail, inspir&#233; du film, d&#233;nonce la pollution visuelle due &#224; la publicit&#233; et la fa&#231;on dont le public est lobotomis&#233;, format&#233; pour accepter la publicit&#233;. &#171; Quand il s'agit de peinture sur un panneau d'affichage, je tiens &#224; utiliser l'anti-publicit&#233;. J'essaie de les rendre contre-productifs, je les d&#233;tourne de leur fonction. Je pense &#224; la derni&#232;re chose qu'un panneau publicitaire pourrait transmettre comme message. Et puis je le mets dessus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kidnapping visuelle payez maintenant&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il fait &#233;galement la critique de l'&#233;cart qu'il y a entre la r&#233;ception de la publicit&#233; et celle du street art ou graffiti : &#171; On est endoctrin&#233; avec la conviction que le graffiti (maintenant nomm&#233; street art) est une pollution visuelle, mais la majorit&#233; d'entre nous ne questionnent pas son environnement envahi par la publicit&#233; &lt;i&gt;&#8230;&lt;/i&gt; L'affichage publicitaire est l&#233;gal, le graff sur le mur non. Pourquoi ? Le premier est motiv&#233; par l'argent le second par l'esprit cr&#233;atif. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview de Mobstr :&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il appara&#238;t donc que les politiques ont une influence sur le jugement esth&#233;tique des citoyens, ce qui a des r&#233;percussions sur les paysages urbains et la libert&#233; de parole dans l'espace public. Ce sont les m&#233;dias et les pouvoirs publics qui ont forg&#233; l'opinion publique de sorte qu'elle rejette le graffiti et le street art d&#232;s leur d&#233;but. Dans un monde de plus en plus mercantile, le street art s'inscrit comme une alternative, &#171; une forme d'&#171; existentialit&#233; &#187; reposant sur des valeurs intellectuelles et cr&#233;atives &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview de Mobstr :&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; Le d&#233;bat engage la possibilit&#233; de l'espace public &#224; &#234;tre le lieu d'exposition d'un art populaire, aux endroits pr&#233;cis o&#249; il ne prodigue que des valeurs marchandes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JIMSE, op. cit. p.8&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Une autre vision du monde&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce trop-plein de publicit&#233; dans l'espace public, certains avancent des alternatives. C'est le cas d'Etienne Lavie, un artiste fran&#231;ais, dont le projet virtuel : &lt;i&gt;OMG where is my ads ?&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduit par : Oh mon Dieu o&#249; est ma publicit&#233; ?&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a eu beaucoup de succ&#232;s sur la toile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il propose une s&#233;rie de photographies, prises &#224; Paris et &#224; Milan, retouch&#233;es, sur lesquelles les affiches publicitaires sont remplac&#233;es par des reproductions d'&#339;uvres majeures de l'histoire de l'art. Son but est de nous montrer &#224; quoi pourrait ressembler nos villes sans publicit&#233;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce concept a d'ailleurs &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; en Grande-Bretagne, durant l'&#233;t&#233; 2013, avec la campagne &lt;i&gt;Art Everywhere&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Initi&#233;e en 2013, cet &#233;v&#233;nement a &#233;t&#233; reconduit cet &#233;t&#233; 2014 et repris aux USA.&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Financ&#233;e entre autres par la Tate Gallery de Londres, cette exposition &#224; ciel ouvert a tout d'abord invit&#233; les internautes &#224; voter pour leurs &#339;uvres pr&#233;f&#233;r&#233;es issues des collections nationales. La cinquantaine de travaux s&#233;lectionn&#233;e a alors &#233;t&#233; reproduite sous forme d'affiches dispos&#233;es sur des centaines de panneaux publicitaires &#224; travers le pays, mis gracieusement &#224; disposition par les afficheurs. Cette initiative a permis &#224; l'art, dit savant, d'aller &#224; la rencontre d'un public qui n'y &#233;tait pas familier. Cependant, on peut reprocher au projet, &#224; l'instar de Joe Turnbull&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de ne pas avoir su se d&#233;marquer et d'avoir &#233;t&#233; noy&#233; dans la masse des autres publicit&#233;s, notamment dans les centres-villes o&#249; les affiches commerciales sont tr&#232;s nombreuses et toutes plus criardes les unes que les autres. Face &#224; la publicit&#233; arm&#233;e pour capter l'attention, l'art classique, sorti de son contexte, n'&#233;tant plus mis en valeur, perd de sa force et est alors ignor&#233; des passants habitu&#233;s &#224; &#234;tre sans cesse sollicit&#233;s. Le street art et le graffiti, utilisant les m&#234;mes strat&#233;gies que la publicit&#233;, semblent donc les plus aptes &#224; l'affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Les pouvoirs publics et le street art : vers une r&#233;conciliation&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Panth&#233;on est une installation du street artiste fran&#231;ais JR, r&#233;alis&#233;e au Panth&#233;on de Paris. Ce projet participatif a invit&#233;, lors de diff&#233;rents &#233;v&#233;nements, des anonymes &#224; venir se faire prendre en photo dans son camion itin&#233;rant ou bien &#224; envoyer leur portrait sur un site Internet cr&#233;&#233; pour l'occasion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#339;uvre entre dans le cadre de son projet de JR Inside out qui permet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces clich&#233;s ont ensuite &#233;t&#233; assembl&#233;s pour former un immense ensemble imprim&#233; sur la b&#226;che prot&#233;geant les travaux de restauration du d&#244;me du monument&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le projet se prolongeait &#224; l'int&#233;rieur du monument pour quelques mois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces inconnus peuvent d&#233;sormais se vanter d'&#234;tre entr&#233;s au Panth&#233;on, se r&#233;appropriant ainsi ce symbole de la R&#233;publique. Pour ce chantier, Philippe B&#233;laval, pr&#233;sident du Centre des Monuments Historiques, explique : &#171; Il y a une dimension r&#233;publicaine qui s'impose. De la m&#234;me mani&#232;re que vous ne mettriez pas de la publicit&#233; sur la tombe de vos parents dans un cimeti&#232;re, on n'allait pas en mettre sur le monument qui accueille celle de grands hommes et femmes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le Centre des Monuments Historiques utilise de la publicit&#233; sur d'autres sites, cette initiative est peut-&#234;tre une premi&#232;re &#233;tape vers une g&#233;n&#233;ralisation de l'emploi des b&#226;ches de grands travaux comme support d'&#339;uvres originales, en lien avec le lieu, plut&#244;t que de r&#233;clames. &lt;br class='manualbr' /&gt;De plus, pour les villes qui souhaitent augmenter leur attractivit&#233;, les b&#226;ches de travaux &#224; valeur artistique seraient un bon moyen d'attirer un nouveau public. Install&#233;es de fa&#231;on temporaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;ph&#233;m&#232;re est une des caract&#233;ristiques du street art.&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les curieux se presseraient pour les voir avant qu'elles ne soient retir&#233;es. Si on en juge par le retentissement m&#233;diatique de la coupole du Panth&#233;on, une telle installation a le pouvoir de redynamiser l'image d'un monument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Une ville sans publicit&#233; : une utopie&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, &#224; Sao Paulo, une loi pour une &#171; ville propre &#187; a &#233;t&#233; vot&#233;e en 2006 interdisant toute publicit&#233; sur les murs de la ville. Les r&#233;calcitrants &#233;copent d'amendes et une ligne a &#233;t&#233; install&#233;e pour recevoir les appels de d&#233;lations. Au bout de six mois, les murs &#233;taient vierges, il ne restait que des squelettes de panneaux d'affichage. Cette d&#233;marche, pour le moins radicale, semble s&#233;duire de nombreuses capitales d'Am&#233;rique du Sud et d'Europe. Cependant, cette initiative a ses d&#233;tracteurs qui d&#233;clarent que bannir totalement les publicit&#233;s des murs de la ville, c'est atteindre &#224; la libert&#233; d'expression. D&#232;s lors, on peut se demander si cette exp&#233;rience durera. &lt;br class='manualbr' /&gt;En France, la l&#233;gislation est moins cat&#233;gorique. Le d&#233;cret du 30 janvier 2012 r&#233;forme les r&#232;gles concernant la publicit&#233; ext&#233;rieure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parmi les mesures adopt&#233;es : la diminution des formats des panneaux d'affichage, l'institution d'une r&#232;gle de densit&#233; de la publicit&#233; le long des routes, l'obligation pour les installations lumineuses d'&#234;tre &#233;teintes de 1h &#224; 6h du matin. Parall&#232;lement, depuis quelques ann&#233;es, des municipalit&#233;s comme Paris s'ouvrent de plus en plus au street art et au graffiti qui sont une belle alternative &#224; la publicit&#233;. Murs d'expression libre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les murs d'expression libre sont des murs sur lesquels il est l&#233;gal de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parcours touristiques d&#233;di&#233;s au graffiti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Mairies du 13&#232;me et du 20&#232;me arrondissement de Paris annonce sur leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;v&#232;nements organis&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Nuit Blanche de Paris a propos&#233; pour son &#233;dition de 2014 un itin&#233;raire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les initiatives sont nombreuses dans la capitale. Notons &#233;galement l'activit&#233; de l'association le M.U.R.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui depuis 2003 propose &#224; des artistes renomm&#233;s issus de la sc&#232;ne du street art et du graffiti d'investir un panneau d'affichage de 3mx8m situ&#233; dans le 11&#232;me arrondissement de Paris. Depuis sa cr&#233;ation, une centaine d'artistes y a expos&#233; et les &#339;uvres &#233;ph&#233;m&#232;res sont remplac&#233;es toutes les deux semaines. Forte de son succ&#232;s, l'association et son concept se sont export&#233;s &#224; Bordeaux en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publicit&#233; commerciale a peu &#224; peu inond&#233; nos rues au point de devenir une composante du paysage urbain &#224; part enti&#232;re. Ne servant que des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s et annihilant le d&#233;bat sur la place publique, la publicit&#233; s'impose et lobotomise la population. Parall&#232;lement, depuis une quarantaine d'ann&#233;es, on assiste &#224; l'&#233;mergence du graffiti et du street art. Si dans la rue, le graffiti et le street art restent interdits, car ils t&#233;moignent de la cr&#233;ativit&#233; et de l'expression d'une opinion politique, la publicit&#233;, intimement li&#233;e &#224; l'argent, est l&#233;gale. Cependant, le street art et le graffiti qui dans un premier temps &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme une pollution visuelle d&#233;t&#233;riorant l'environnement urbain, ont peu &#224; peu su se faire appr&#233;cier de la population, avant de gagner la faveur des &#233;lites bourgeoises et de s'institutionnaliser (ventes aux ench&#232;res, galeries, mus&#233;es). Le street art et le graffiti sont donc devenus tendance et quoi de plus naturel pour la publDicit&#233; que de les utiliser &#224; ses propres fins. En effet, les publicistes ont su saisir leurs valeurs marketing : les arts de rues renvoient une image cool, branch&#233;e et impertinente qui plait particuli&#232;rement aux jeunes. D&#232;s lors, la publicit&#233; s'est appropri&#233;e les codes du street art et du graffiti pour toucher cette branche de consommateurs, et des collaborations entre les marques et les artistes ont vu le jour. Cependant, certains graffeurs et artistes s'opposent &#224; ses associations antinomiques et consid&#232;rent cela comme la r&#233;appropriation d'un mouvement artistique &#224; des fins mercantiles. Ainsi, la r&#233;sistance s'installe et on assiste &#224; la mise en place de projets participatifs, de d&#233;tournements d'affiches, de vandalismes cibl&#233;s, etc., dans le but de d&#233;noncer le consum&#233;risme et de pousser les passants &#224; r&#233;fl&#233;chir. De plus, les pouvoirs publics s'emparent du probl&#232;me en confiant certains projets aux street artistes et en mettant en place des lois qui limitent l'ampleur de la publicit&#233;. Si celle-ci est n&#233;cessaire car nous sommes dans une soci&#233;t&#233; capitaliste, il ne faut pas qu'elle envahisse totalement l'espace d&#233;mocratique qu'est la rue. &lt;br class='manualbr' /&gt;Les messages adress&#233;s dans l'espace public, notamment aux jeunes, ne doivent pas se borner &#224; une forme st&#233;r&#233;otyp&#233;e de discours imposant des normes aussi bien physiques et qu'intellectuelles et incitant &#224; la consommation. Une r&#233;appropriation des murs par les citoyens, en particuliers la jeunesse qui repr&#233;sente l'avenir, exprimant leurs pens&#233;es, leurs opinions et leurs individualit&#233;s, semble n&#233;cessaire pour ne pas aboutir &#224; une soci&#233;t&#233; abrutie par un message unique et pour ne pas perdre ses valeurs humaines. Ces relations complexes entre le street art ou graffiti et la publicit&#233; peuvent donc nous amener &#224; nous interroger sur ce que sont devenues les valeurs de notre soci&#233;t&#233; et sur ce que nous aimerions qu'elles deviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dufoulon Serge, Olive Jacques, 2014, &lt;i&gt;Esth&#233;tique des espaces publics&lt;/i&gt;, Paris, l'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;nin Christophe, 2013, &lt;i&gt;Street art au tournant : reconnaissance d'un genre&lt;/i&gt;, Paris, Impressions Nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habermas Jurgen, 1988, &lt;i&gt;L'espace public : arch&#233;ologie de la publicit&#233; comme dimension constitutive de la soci&#233;t&#233; bourgeoise&lt;/i&gt;, Paris, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lehu Jean-Marc, 2012, &lt;i&gt;L'encyclop&#233;die du marketing : comment&#233;e et illustr&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Editions Eyrolles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lemoine St&#233;phanie, Terral Julien, 2005, &lt;i&gt;IN SITU, un panorama de l'art urbain de 1975 &#224; nos jours&lt;/i&gt;, Paris, Editions Alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lewisohn Cedar, 2009, &lt;i&gt;Street Art&lt;/i&gt;, Londres, Tate Publishing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paquot Thierry, 2009, &lt;i&gt;L'espace public&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Riout Denys (et alii), 1985, &lt;i&gt;Le livre du Graffiti&lt;/i&gt;, Paris, Editions Alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Waclawek Anna, 2012, &lt;i&gt;Street art et graffiti&lt;/i&gt;, Paris, Thames &amp; Hudson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wolton Dominique, 1992, &#171; Les contradictions de l'espace public m&#233;diatis&#233; &#187; in &lt;i&gt;Herm&#232;s&lt;/i&gt;, n&#176;10, Paris, CNRS Editions, pp95-114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JIMSE, &#171; Pollution visuelle : enjeux de la communication dans l'espace public &#187;, &lt;i&gt;Graff it&lt;/i&gt;, n&#176;25, janvier-mars 2008, pp96-97&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sites internet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Art everywherre : &lt;a href=&#034;http://arteverywhere.org.uk/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://arteverywhere.org.uk/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associoation le M.U.R. : &lt;a href=&#034;http://www.lemur.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemur.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brandalism : &lt;a href=&#034;http://www.brandalism.org.uk/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.brandalism.org.uk/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clash of Walls : &lt;a href=&#034;http://www.converse.fr/tag/pavillon-des-canaux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.converse.fr/tag/pavillon-des-canaux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etienne Lavie : &lt;a href=&#034;http://www.etiennelavie.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.etiennelavie.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kidult : &lt;a href=&#034;http://www.kidultone.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.kidultone.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobstr : &lt;a href=&#034;http://www.mobstr.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.mobstr.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Panth&#233;on : &lt;a href=&#034;http://www.au-pantheon.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.au-pantheon.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Skip Ad : &lt;a href=&#034;http://www.skipad.co/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.skipad.co/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vermibus : &lt;a href=&#034;http://www.vermibus.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.vermibus.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zevs : &lt;a href=&#034;http://www.gzzglz.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.gzzglz.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article r&#233;dig&#233; en Octobre 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.converse.fr/tag/pavillon-des-canaux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.converse.fr/tag/pavillon-des-canaux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans cet article, l'espace public se d&#233;finit comme l'ensemble des espaces &#224; la disposition de tous (rues, &#233;coles, b&#226;timents officiels&#8230;). Ces endroits rel&#232;vent g&#233;n&#233;ralement du droit public, mais il peut arriver qu'ils soient priv&#233;s ou qu'ils n'appartiennent &#224; personne. Ce terme d&#233;signe &#233;galement un lieu de d&#233;bat politique et de confrontation des opinions priv&#233;es. Cette expression renferme donc &#224; la fois une composante spatiale et une composante politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Initialement, la publicit&#233; d&#233;signait tout ce qui &#233;tait de notori&#233;t&#233; publique. Plus tard, elle prit le sens de la qualit&#233; de ce qui est rendu public. Et c'est au XIX&#232;me si&#232;cle qu'elle prit la signification actuelle &#171; toutes les techniques de promotion utilis&#233;es pour faire conna&#238;tre ou faire valoir une organisation, un produit ou un service, un &#233;v&#233;nement ou une id&#233;e, quelles qu'en soient la forme et la finalit&#233; &#187; tel que d&#233;fini par l'Encyclop&#233;die Universalis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;JCDecaux continue aujourd'hui de cr&#233;er de nouveaux types de mobiliers urbains financ&#233;s par la publicit&#233; et est pr&#233;sente dans plus de 60 pays : &lt;a href=&#034;http://www.jcdecaux.com/fr/Innovation-Design/50-ans-d-innovation&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.jcdecaux.com/fr/Innovation-Design/50-ans-d-innovation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;JIMSE, &#171; Pollution visuelle : enjeux de la communication dans l'espace public &#187;, Graff it, n&#176;25, janvier-mars 2008, p.96-97&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les marques ont su voir le potentiel de march&#233; des jeunes ; ce n'est pas pour rien que le jeunisme est &#224; la mode. Plus facilement influen&#231;able, les jeunes consommeront plus volontiers et cela permettra aux marques de cr&#233;er des habitudes de consommation qu'une fois adultes ils pourront continuer de perp&#233;tuer et qu'ils transmettront &#224; leur enfants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La discipline publicitaire s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; un tel niveau, qu'aujourd'hui, elle fait appel &#224; des sciences telles que la psychologie ou les neurosciences afin de cr&#233;er les messages les plus percutants possibles et ainsi susciter l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le blaze est le nom de sc&#232;ne du graffeur qui g&#233;n&#233;ralement n'utilise pas son vrai nom puisque cette activit&#233; est ill&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un crew est un groupe de graffeurs et de taggueurs. Signer avec le nom de son crew, c'est montrer son appartenance &#224; un groupe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En effet, le quartier du South Bronx a connu un terrible incendie dans les ann&#233;es 70 qui ravagea le secteur. Les enfants se sont retrouv&#233;s livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes et passaient leurs journ&#233;es dans la rue. Tr&#232;s vite des gangs se sont form&#233;s et s'affront&#232;rent quotidiennement pour des histoires de territoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1975, Africa Bambaataa, un des leaders du gang des Black Spades, perd son meilleur ami Soulski, &#224; la suite d'une rixe avec une bande rivale. Il d&#233;cide alors de r&#233;unir tous les chefs de gangs de New York afin de faire la paix. Ce jour-l&#224;, ils cr&#233;&#232;rent la Zulu Nation et avec elle naquit la culture Hip Hop compos&#233;e des cinq &#233;l&#233;ments : le Mcing, le B-boying, le Djing, le Graffiti et la Connaissance. Les gangs continuaient d'existaient, mais s'affrontaient lors de &#171; battles &#187; de l'une de ces disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les graffeurs se limitent g&#233;n&#233;ralement &#224; l'utilisation de bombes de peinture et de marqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Affiche, pochoir, peinture, mosa&#239;que, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme de mouvement est apparu pour qualifier le street art avec le recul.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;alis&#233;e par l'agence TBWA/PARIS avec les illustrations de Mickael Mikiels.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le street marketing est une technique de marketing qui utilise la rue pour promouvoir un produit, un &#233;v&#233;nement ou une marque. Il rassemble un ensemble de pratiques vari&#233;es et innovantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le clean tag est un pochoir r&#233;alis&#233; au karcher, l'inscription obtenue est donc plus propre que le support (trottoir, mur, etc). C'est le street artiste Zevs qui est &#224; l'origine de ce proc&#233;d&#233;. Aujourd'hui certaines agences de communication se sont sp&#233;cialis&#233;es dans ce domaine comme Clean-Tag ou Biodegr'Ad qui propose &#233;galement aux entreprises des clay tags pochoirs r&#233;alis&#233;s &#224; l'encre biod&#233;gradable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La guerilla marketing regroupe un ensemble de proc&#233;d&#233;s marketing proche du street marketing, mais se trouvant &#224; la limite de la l&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.renc-art.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.renc-art.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La RATP avait d'ailleurs d&#233;j&#224; fait travailler des graffeurs, comme Mode 2, pour une campagne pr&#233;c&#233;dente de la carte de transport.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit d'un catcher d&#233;c&#233;d&#233; qui mesurait 2m20, d'o&#249; son nom : The Giant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;f&#233;rence au film &lt;i&gt;Invasion Los Angeles&lt;/i&gt;, voir p. 11&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;f&#233;rence &#224; Big Brother, figure m&#233;taphorique du r&#233;gime totalitaire et policier et de la r&#233;duction des libert&#233;s, dans le roman 1984 d'Orwell.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.kidultone.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.kidultone.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.vimeo.com/50435668&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.vimeo.com/50435668&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;JIMSE, &#171; Pollution visuelle : enjeux de la communication dans l'espace public &#187;, Graff it, n&#176;25, janvier-mars 2008, p.96-97&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.casseursdepub.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.casseursdepub.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.adbusters.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.adbusters.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.skipad.co/about.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.skipad.co/about.html&lt;/a&gt; : &#171; Advertising should be relevant, bring ideas that can change your life for better. If not, we will keep skipping them &#187;. Le projet est surtout visible &#224; New York, Sao Paulo, Stockholm et Chicago.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.brandalism.org.uk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.brandalism.org.uk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.brandalism.org.uk/the-project :&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.brandalism.org.uk/the-project&#160;:&lt;/a&gt; &#171; Brandalism starts from the democratic conviction that the street is a site of communication, which belongs to the citizens and communities who live there. It is a rebellion against the visual assault of media giants and advertising moguls who have a stranglehold over messages and meaning in our public spaces, through which they force-feed us with images and messages to keep us insecure, unhappy, and shopping. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview dans le web documentaire D&#233;fense d'afficher : &lt;a href=&#034;http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.francetv.fr/defense-d-afficher/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kidnapping visuelle payez maintenant&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kidnapping visuelle payez maintenant&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview de Mobstr : &lt;a href=&#034;http://www.allcityblog.fr/14734-interview-mobstr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.allcityblog.fr/14734-interview-mobstr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview de Mobstr : &lt;a href=&#034;http://www.allcityblog.fr/14734-interview-mobstr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.allcityblog.fr/14734-interview-mobstr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;JIMSE, op. cit. p.8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduit par : Oh mon Dieu o&#249; est ma publicit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.etiennelavie.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.etiennelavie.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Initi&#233;e en 2013, cet &#233;v&#233;nement a &#233;t&#233; reconduit cet &#233;t&#233; 2014 et repris aux USA.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/sep/06/art-everywhere-adverts-replace&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.theguardian.com/commentisfree/2013/sep/06/art-everywhere-adverts-replace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.au-pantheon.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.au-pantheon.fr&lt;/a&gt; Cette &#339;uvre entre dans le cadre de son projet de JR &lt;i&gt;Inside out&lt;/i&gt; qui permet aux gens du monde de recevoir leur portrait sous forme d'une affiche qu'ils peuvent ensuite aller coller o&#249; bon leur semble.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le projet se prolongeait &#224; l'int&#233;rieur du monument pour quelques mois seulement, de juin &#224; octobre 2014, alors que la b&#226;che reste en place jusqu'&#224; la fin des travaux du d&#244;me pr&#233;vu en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.culturebox.francetvinfo.fr/expositions/photo/jr-fait-entrer-des-milliers-dillustres-inconnus-au-pantheon-157291&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.culturebox.francetvinfo.fr/expositions/photo/jr-fait-entrer-des-milliers-dillustres-inconnus-au-pantheon-157291&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;ph&#233;m&#232;re est une des caract&#233;ristiques du street art.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025240851&amp;categorieLien=id&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025240851&amp;categorieLien=id&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les murs d'expression libre sont des murs sur lesquels il est l&#233;gal de s'exprimer (dessin, graffiti, tag, &#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Mairies du 13&#232;me et du 20&#232;me arrondissement de Paris annonce sur leurs sites Internet, en 2014, qu'elle est en cours d'&#233;laboration d'un &#171; parcours artistique street art 13 &#187; pour la premi&#232;re et d'un &#171; parcours touristique de graff &#187; pour l'autre : &lt;a href=&#034;http://www.mairie13.paris.fr/mairie13/jsp/site/Portal.jsp?page_id=712&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.mairie13.paris.fr/mairie13/jsp/site/Portal.jsp?page_id=712&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.mairie20.paris.fr/mairie20/jsp/site/Portal.jsp?page_id=1046&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.mairie20.paris.fr/mairie20/jsp/site/Portal.jsp?page_id=1046&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Nuit Blanche de Paris a propos&#233; pour son &#233;dition de 2014 un itin&#233;raire Street art contemporain dans le 13&#232;me arrondissement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemur.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lemur.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sport de rue et dispositifs de l'action publique </title>
		<link>https://influxus.eu/article1061.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://influxus.eu/article1061.html</guid>
		<dc:date>2016-12-23T07:49:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Florian Lebreton</dc:creator>


		<dc:subject>Parkour</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Angleterre</dc:subject>
		<dc:subject>Action publique</dc:subject>
		<dc:subject>Inclusion sociale</dc:subject>
		<dc:subject>parkour</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>England</dc:subject>
		<dc:subject>Public action</dc:subject>
		<dc:subject>Social inclusion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le sport est un espace propice aux expressions identitaires et notamment de la jeunesse (Gibout&amp;Lebreton, 2014). D&#232;s lors, les dispositifs de l'action publique qui accompagnent ou ignorent ces publics nous fournissent une grille de lecture int&#233;ressante pour analyser les processus d&#233;cisionnels en mati&#232;re d'organisation des sports de rue, espace probl&#233;matique s'il en est (Calogirou, 2005). Pourtant, la fonction sportive de la rue est av&#233;r&#233;e, c'est ici que les publics juv&#233;niles improvisent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5885.html" rel="tag"&gt;Parkour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5887.html" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5889.html" rel="tag"&gt;Angleterre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5891.html" rel="tag"&gt;Action publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5893.html" rel="tag"&gt;Inclusion sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5895.html" rel="tag"&gt;parkour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5897.html" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5899.html" rel="tag"&gt;England&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5901.html" rel="tag"&gt;Public action&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5903.html" rel="tag"&gt;Social inclusion&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le sport est un espace propice aux expressions identitaires et notamment de la jeunesse (Gibout&amp;Lebreton, 2014). D&#232;s lors, les dispositifs de l'action publique qui accompagnent ou ignorent ces publics nous fournissent une grille de lecture int&#233;ressante pour analyser les processus d&#233;cisionnels en mati&#232;re d'organisation des sports de rue, espace probl&#233;matique s'il en est (Calogirou, 2005). Pourtant, la fonction sportive de la rue est av&#233;r&#233;e, c'est ici que les publics juv&#233;niles improvisent et inventent des logiques sportives et ludiques (Pedrazzini, 2010). Or, face &#224; l'&#233;mergence des activit&#233;s sportives en milieu urbain, trois mod&#232;les de traitement politique sont identifi&#233;s (Vieille-Marchiset, 2003, 2009 ; Gasparini &amp; Vieille-Marchiset, 2008) : l'aveuglement, l'imp&#233;ratif associatif, l'accompagnement et l'am&#233;nagement. De plus, la litt&#233;rature regorge de travaux illustrant les dispositifs d'intervention sociale &#8211; par l'affrontement r&#233;gul&#233;, par l'apprentissage des r&#232;gles, etc. - en faveur des publics juv&#233;niles et en difficult&#233; notamment (Charrier, 1997 ; Vieille-Marchiset, 2003, 2010 ; Spaaij, 2012). Nous nous int&#233;resserons en particulier &#224; la pratique du parkour dont les caract&#233;ristiques organisationnelles, environnementales et esth&#233;tiques sont maintenant reconnues (Lebreton, 2010b ; Previtali et al., 2014). Regroup&#233;s en communaut&#233;s pratiquantes, les &lt;i&gt;tracers&lt;/i&gt; (appellation que s'attribuent les pratiquants) s'organisent selon certaines modalit&#233;s bien identifi&#233;es par la sociologie du sport (Atkinson &amp; Young, 2008). Ces activit&#233;s sportives, consid&#233;r&#233;es comme d&#233;viantes, &#224; la marge des organisations sportives traditionnelles, en investissant l'espace public, se voient qualifi&#233;es tour &#224; tour de pratiques contre-culturelles, sous-culturelles, autonomes, libres, sauvages ou informelles, etc. Pour autant, les diff&#233;rentes communaut&#233;s de parkour &#233;tudi&#233;es en France dans le cadre de cette enqu&#234;te ne se d&#233;finissent pas ainsi mais regrettent, pour la plupart, d'&#234;tre ignor&#233;es des pouvoirs sportifs locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'appuyant sur deux contextes diff&#233;rents (fran&#231;ais et anglais), l'enqu&#234;te cherche alors &#224; croiser les dispositifs identifi&#233;s de mani&#232;re &#224; interroger le concept de la d&#233;viance sportive et ses r&#233;percussions sur le d&#233;veloppement de la pratique. Si les deux contextes ne sont pas comparables en l'&#233;tat (i.e organisation sportive diff&#233;rente) en revanche, nous cherchons &#224; identifier comment un contexte peut selon certains principes culturels, historiques ou politiques, imposer aux publics concern&#233;s de nombreuses transformations organisationnelles, ou faire le choix de reconnaitre l'activit&#233; avec les codes, r&#232;gles et valeurs sur lesquelles se fondent le parkour et sa philosophie &#171; h&#233;bertiste &#187; ou le retour &#224; une vie &#171; naturelle &#187;. L'apport principal de cet article r&#233;side dans le croisement de ces deux contextes pour montrer que l'&#233;volution du parkour connait des trajectoires diff&#233;rentes selon le type d'encadrement du sport propos&#233;. Si l'encadrement f&#233;d&#233;ral n'existe pas en tant que tel en Angleterre, des dispositifs d'accompagnement se cr&#233;ent pourtant, nous y reviendrons. En France, c'est plut&#244;t l'&#233;tiquette de public &#171; hors-club &#187; qui pose des difficult&#233;s. C'est d'autant plus paradoxal que le parkour est n&#233; en France. Aujourd'hui, les acteurs fran&#231;ais tentent de s'organiser, de se former et de se professionnaliser par des canaux non f&#233;d&#233;raux pour ensuite dialoguer plus ou moins efficacement avec les pouvoirs locaux. Cette situation alimente, nous dit Vieille-Marchiset, &#171; les effets de stigmatisation &#187; tout en renfor&#231;ant le r&#244;le des pouvoirs sportifs organis&#233;s (Vieille-Marchiset, 2003 :216).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, nous pr&#233;senterons bri&#232;vement l'activit&#233; pour ensuite situer le contexte et la m&#233;thodologie employ&#233;e et discuter les mesures adopt&#233;es dans chacun des contextes. Le contexte fran&#231;ais montre que l'activit&#233; n'&#233;tant pas encore pleinement reconnue, des incidences s&#233;curitaires et l&#233;gislatives p&#232;sent sur les acteurs. Dans un second temps, le mod&#232;le anglais sera alors pr&#233;sent&#233; puis, de la m&#234;me mani&#232;re les incidences (professionnalisation des &#233;ducateurs, reconnaissances par les pouvoirs sportifs, enjeux sociaux et &#233;ducatifs) seront discut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le parkour, une pratique urbaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parkour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La culture parkour a &#233;t&#233; largement popularis&#233;e en 2001 par l'interm&#233;diaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est une activit&#233; physique et sportive n&#233;e dans la rue, en banlieue Parisienne au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix, et consiste &#224; s'approprier et &#224; d&#233;tourner les &#233;l&#233;ments du d&#233;cor urbain en obstacles ludiques. Cofond&#233;e par un groupe d'amis d'enfance et inspir&#233; des techniques d'entra&#238;nements reprenant les concepts de Georges H&#233;bert, la pratique se scindera tr&#232;s rapidement en deux communaut&#233;s distinctes, l'une en France avec David Belle et l'autre en Angleterre avec S&#233;bastien Foucan. Les concepts de franchissement d'obstacles et du d&#233;placement n&#233;cessite l'apprentissage, initialement entre pairs, d'un ensemble de techniques et motricit&#233;s corporelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pratiquants revendiquent une tr&#232;s forte affiliation &#224; la &#171; m&#233;thode (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : saut, escalade, quadrup&#233;die, &#233;quilibre, course, etc. Les &lt;i&gt;tracers&lt;/i&gt; utilisent des bancs, des escaliers et bien d'autres &#233;l&#233;ments pour pratiquer le parkour. L'activit&#233; est un m&#233;lange interdisciplinaire de gymnastique, d'art et de danse mettant en sc&#232;ne des mouvements de libert&#233; (Gilchrist et Wheaton, 2011) dans une corpor&#233;it&#233; urbaine. La pratique contient l'id&#233;e de la non-comp&#233;tition bien qu'une sportification soit engag&#233;e &#224; diff&#233;rents niveaux (Lebreton et al., 2010b). Le parkour &#233;volue ensuite durant les ann&#233;es 2000 en tant que sous-culture puis se transforme de mani&#232;re transnationale, en raison notamment de l'utilisation massive des m&#233;dias et r&#233;seaux sociaux. Le parkour est souvent d&#233;fini par les primo-pratiquants comme une discipline urbaine qui consiste &#224; se d&#233;placer efficacement et rapidement dans un espace, &#224; d&#233;velopper des capacit&#233;s individuelles pour ensuite surmonter une s&#233;rie d'obstacles, de mani&#232;re utilitaire. Selon certains auteurs, le parkour partage des caract&#233;ristiques alternatives comme le skateboard (Gilchrist &amp; Wheaton, op.cit) : refus de toute comp&#233;tition officielle, nous l'avons dit, mais surtout valorisation personnelle &#224; travers la conqu&#234;te des espaces publics urbains. Le point commun &#224; tous ces modes alternatifs r&#233;side dans l'auto-organisation du groupe, du moins dans ses pr&#233;mices. Pour exister, ce principe d'autonomie est remis en cause. De plus en plus de communaut&#233;s pratiquantes fondent localement leurs associations pour engager le dialogue avec les pouvoirs locaux et obtenir un espace de pratique s&#233;curis&#233;. Nous reviendrons pr&#233;cis&#233;ment sur cet aspect au cours de notre discussion. En raison de la popularit&#233; du parkour dans les contextes &#233;tudi&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Official research from Parkour.com, &#8220;2010 Audience of Parkour &amp; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le traitement par les institutions de l'activit&#233; r&#233;v&#232;le diff&#233;rents modes d'organisation et de r&#233;gulation publique. L'analyse du parkour montre qu'une activit&#233; auto-organis&#233;e, sous le poids de sa progressive institutionnalisation, permet de rendre compte des conflits inh&#233;rents au d&#233;veloppement des sports de rue et de leurs dimensions &#233;ducatives trop souvent sous-estim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contexte et m&#233;thodologie de recherche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recherche s'inscrit dans une &#233;tude men&#233;e en France et en Angleterre autour de la probl&#233;matique li&#233;e aux politiques du parkour, de sa culture transnationale et des dispositifs socio &#233;ducatifs qui accompagnent le d&#233;veloppement de la pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wheaton, B., Gilchrist, P., Lebreton, F., Atkinson, M., &#171; The politics of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En prenant le parkour comme focale d'analyse, il s'agit de r&#233;v&#233;ler les diff&#233;rences culturelles majeures o&#249; les modalit&#233;s du contr&#244;le social qui varient d'un contexte &#224; une autre et en mettant en exergue tout &#224; la fois, les relations de pouvoir qui se construisent autour de ces pratiques, les n&#233;gociations auxquelles elles donnent lieu ou encore les conflits qui &#233;mergent suite aux usages de la ville. L'article traite des actions engag&#233;es en faveur du parkour, de la reconnaissance de l'activit&#233; et de ses diff&#233;rents enjeux. La stigmatisation des sports alternatifs pr&#233;sents sur les espaces publics et l'&#233;tiquetage que subissent les pratiquants engendrent des modes de prise en charge diff&#233;renci&#233;s selon les logiques d'action propres aux pouvoirs sportifs. La reconnaissance et les actions entreprises par les d&#233;cideurs viendront renforcer ou non le caract&#232;re d&#233;viant des pratiques et acteurs concern&#233;s. C'est en tout cas notre th&#232;se au regard de la comparaison effectu&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mener &#224; bien cette recherche, nous avons d'abord &#233;tudi&#233; les textes officiels (retranscriptions, textes r&#233;glementaires, etc.) puis r&#233;alis&#233; des entretiens de type semi-directifs avec diff&#233;rents acteurs (sportifs, d&#233;cideurs locaux et nationaux) et des observations participantes sur les lieux de pratique, qu'ils soient encadr&#233;s en gymnase ou dans la rue. D'un point de vue m&#233;thodologique, nous avons volontairement anonym&#233;s les discours des enqu&#234;t&#233;s lambdas tandis que les discours &#171; publics &#187; sont retranscris tels quels. En France, quelques associations commencent &#224; se structurer avec l'aide de l'UFOLEP, la FFSPT ou de collectivit&#233;s locales pour pouvoir b&#233;n&#233;ficier de structures d'accueil &#171; multisports &#187; et temporaires. En 2010, nous avions ainsi recens&#233; 84 associations d&#233;clar&#233;es de parkour, pour une moyenne d'&#226;ge de 16 ans, et 400 pratiquants inscrits dont environ 2000 en dehors (Lebreton, 2010a). Les entretiens semi-directifs ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s avec les intervenants impliqu&#233;s dans le processus, que ce soient les participants locaux, les organismes de formation parkour pour l'Angleterre, quelques agents de police et bien s&#251;r les acteurs institutionnels porteurs des diff&#233;rents projets. Dans ce dernier groupe d'enqu&#234;t&#233;s figurent les repr&#233;sentants institutionnels du parkour anglais (parkour&lt;i&gt;UK &lt;/i&gt; ; parkour &lt;i&gt;Generations&lt;/i&gt;) et ceux qui actent pour une f&#233;d&#233;ration fran&#231;aise. Nous nous sommes aussi document&#233; sur les diverses structures de gouvernance qui &#233;mergent autour de l'activit&#233; pour tenter de r&#233;pondre &#224; ces questions centrales : comment le personnel impliqu&#233; dans l'institutionnalisation est charg&#233; d'enseigner le parkour, de quelles mani&#232;res, avec quels &#233;ducateurs ; puis, au regard de ces observations, comment le parkour peut devenir un outil &#233;ducatif valorisant un bien-&#234;tre physique et relationnel &#224; destination de publics non sportifs. Les deux contextes crois&#233;s peuvent alors faire apparaitre des diff&#233;rences selon le niveau d'institutionnalisation et les enjeux de d&#233;veloppement propres &#224; chaque contexte :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Contexte de la recherche&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Contexte Anglais &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt; Contexte Fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;-Niveau d'institutionnalisation &lt;/strong&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;-Enjeux de d&#233;veloppement &lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;National Governing Bodies (NGB)&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;parkourUK (PKUK) &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;parkour Generations &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Cr&#233;ation de nouveaux m&#233;tiers sportifs, sp&#233;cifiques parkour &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Outil Educatif pour la r&#233;g&#233;n&#233;ration/reconstruction urbaine (quartiers et publics en marge de l'acc&#232;s au sport) &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Partenaires commerciaux&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Projet amorc&#233; par le minist&#232;re des sports (2007-2009)&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Projet de F&#233;d&#233;ration Fran&#231;aise des Sports Urbains (FFSU) depuis 2009 &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Quelques associations affili&#233;es &#224; la F&#233;d&#233;ration Multisports (EPMM) et &#224; la F&#233;d&#233;ration Fran&#231;aise de Sport pour Tous &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Flou juridique &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Absence ou peu de partenaires &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Professionnalisation de l'encadrement&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du conflit aux n&#233;gociations&#8230; L'impasse des pouvoirs sportifs Fran&#231;ais ?La strat&#233;gie de &#171; l'aveuglement &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme point de d&#233;part, nous nous r&#233;f&#233;rerons aux d&#233;bats engag&#233;s lors des Etats G&#233;n&#233;raux sur les sports urbains (2009) o&#249; la secr&#233;taire d'Etat reconnaissait dans un discours public le manque d'int&#233;r&#234;t port&#233; aux sports urbains et &#224; leurs enjeux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Depuis des ann&#233;es, les sports urbains ont connu une forte croissance. Mais cette croissance s'est faite, c'est l&#224; le probl&#232;me &#224; l'&#233;cart du monde sportif traditionnel et sans aucune reconnaissance des pouvoirs publics. Ce qui a entra&#238;n&#233; avec le temps plusieurs difficult&#233;s, en particulier en mati&#232;re d'acc&#232;s des sports urbains &#224; l'espace public, de s&#233;curit&#233; des pratiques ou encore d'absence de formations adapt&#233;es. Le minist&#232;re des sports s'est trop longtemps d&#233;sint&#233;ress&#233; de cette situation. Il fallait r&#233;agir. (&#8230;) Je suis convaincue que le minist&#232;re des sports a tout autant besoin des sports urbains qu'eux ont besoin de lui &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours de Mme R. Yade, 16/12/2009&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le jou&#233; par les organisations sportives fran&#231;aises semble aujourd'hui clair. L'absence de r&#233;flexion autour des pratiques sportives qui suscitent des mani&#232;res de faire, de se repr&#233;senter et des valeurs diff&#233;rentes de celles habituellement encourag&#233;es dans le sport comp&#233;titif &#8211; c'est-&#224;-dire les victoires et performances qui constituent les moteurs symboliquement valoris&#233;s dans ce mod&#232;le &#8211; marque l'impasse des organisations et une certaine r&#233;sistance face &#224; d'autres mod&#232;les culturels. Par ailleurs, le parkour suscite un engouement sans pr&#233;c&#233;dent chez les enseignants fran&#231;ais d'Education Physique et Sportive (EPS) qui cherchent &#224; transposer en milieu scolaire les situations motrices initialement cr&#233;&#233;es dans la rue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : La revue de l'&#233;ducation physique, Vol.51/ 3, 2011 ; Document (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'innovation peut &#234;tre vue sous un angle &#233;ducatif et scolaire (Hillairet, 2006) par l'introduction progressive du parkour dans quelques &#233;tablissements. L'innovation poss&#232;de un caract&#232;re g&#233;n&#233;rationnel fort qui va s'exprimer dans la modification des usages, des comportements et des choix sportifs notamment. Les sports de rue en sont une illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le parkour s'inscrit dans une r&#233;flexion qui engage le mouvement sportif traditionnel et l'adaptation de ces derniers &#224; la nouveaut&#233; et ce qui fabrique l'innovation. L'attitude qui consiste &#224; pr&#233;f&#233;rer la &#171; strat&#233;gie de l'aveuglement &#187; (Vielle-Marchiset, 2003, 2009) ne profite &#224; personne. Alors que le parkour est largement m&#233;diatis&#233; aujourd'hui, suscitant par ailleurs de nouvelles g&#233;n&#233;rations de tracers, de nombreux jeunes pratiquants cherchent &#224; exp&#233;rimenter, souvent seuls, les r&#233;pertoires techniques du tracer. Le parkour est aujourd'hui moins une sous-culture qu'une activit&#233; m&#233;diatis&#233;e et progressivement r&#233;appropri&#233;e par les grandes marques commerciales. Pour le coup, cela suscite quelques int&#233;r&#234;ts et/ou regrets chez les pouvoirs publics comme le relate la secr&#233;taire d'Etat &#224; l'&#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; D'autres sont plus r&#233;actifs et ont compris bien plus rapidement que nous [Minist&#232;re des sports] le potentiel des sports urbains. Des marques de v&#234;tement y ont retrouv&#233; les valeurs &#8211; l'imagination, l'innovation, la mixit&#233; &#8211; qu'elles-m&#234;mes souhaitent diffuser. Des m&#233;dias sp&#233;cialis&#233;s y ont vu l'opportunit&#233; de cr&#233;er de nouveaux types d'&#233;v&#233;nements m&#234;lant comp&#233;titions sportives et festival de musical (&#8230;) Ce constat me laisse un gout amer et de g&#226;chis. Des sports dynamiques, innovants, portant de fortes valeurs sociales sont soutenus par des marques d'&#233;quipementiers, mais pas par le secr&#233;tariat d'Etat aux sports ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Yade, le 19 D&#233;cembre 2009.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sports urbains cr&#233;ent leur propre syst&#232;me de valeurs et de normes et de cette mani&#232;re, &#171; &lt;i&gt;pr&#244;nent l'innovation permanente, le croisement des disciplines, l'&#233;volution des r&#232;gles, l'auto-arbitrage &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En se sportifiant, certaines des pratiques alternatives cherchent &#224; se rapprocher des institutions sportives pour diverses raisons. Les acteurs ne se d&#233;clarent pas contestataires mais soucieux de r&#233;g&#233;n&#233;rer le mouvement sportif. Les enjeux sont nombreux : promotion de nouvelles APS, &#233;ducation par les APS et int&#233;gration de &#171; nouveaux &#187; publics sportifs (femmes, n&#233;o-sportifs). Le concept d'innovation ne figure pas comme un &#233;l&#233;ment isol&#233; de la r&#233;flexion. Bien au contraire, il fait &#233;cho au th&#232;me de la d&#233;viance trait&#233;e ici car &#171; innover suppose toujours de prendre le risque de transgresser les r&#232;gles sociales &#187; nous rappelle Alter (2000, p.3) et par ailleurs, briser les normes, conventions et usages en vigueur (Hillairet, op.cit., p.30).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier constat que l'on fait est que la situation fran&#231;aise, en ne reconnaissant pas l'activit&#233;, pose un certain nombre de probl&#232;mes aux associations de parkour mais aussi &#224; certaines municipalit&#233;s qui font le choix d'accompagner leurs associations locales. On se rappelle pourtant Mr R. Donnedieu de Vabres, alors Ministre de la Culture et de la Communication en 2006, &#234;tre convaincue que &#171; &lt;i&gt;les cultures urbaines m&#233;ritent d'obtenir des collectivit&#233;s publiques et une reconnaissance qui doit se d&#233;velopper &#224; la hauteur des enjeux et de l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours prononc&#233; le 13 Octobre 2006 par le Ministre de la Culture et de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou encore le restitution du Rapport sur les &#171; cultures urbaines &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport sur les &#171; Cultures urbaines &#187; remis au Minist&#232;re de la Culture et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en Mars 2007 faisant un &#233;tat des lieux des cultures urbaines en formulant une s&#233;rie de propositions pour que s'engage durablement un processus de reconnaissance. Pourtant, quelques associations tentent de s'organiser autrement pour rassembler les pratiquants isol&#233;s et participer d'une certaine mani&#232;re, au renouveau du sport de proximit&#233;. Emergent alors deux questions. Comment les pratiquants passent de la rue comme lieu d'apprentissage au gymnase municipal ? Sur quelles bases s&#233;curitaires, juridiques et p&#233;dagogiques s'organisent-ils aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel mod&#232;le &#233;ducatif pour le parkour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le dialogue est maintenant amorc&#233; sous l'effet de la multiplication des sports urbains, o&#249; se situe le parkour aujourd'hui ? Quelles sont les incidences externes d'une part, puis internes d'autre part sur cette position instable que subissent les acteurs (&#233;ducateurs et pratiquants) du parkour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les incidences externes d'une absence de structuration sur le projet &#233;ducatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le jeu des &#233;ch&#233;ances politiques, le projet de la FFSU, dont la vocation est de &#171; promouvoir, organiser et g&#233;rer sportivement les sports urbains et toutes leurs sp&#233;cialit&#233;s (soit pr&#232;s de 30 disciplines r&#233;parties en 7 cat&#233;gories) &#187; ou encore de &#171; proposer une structure et un cadre &#224; la pratique de ces sports, tant aux licenci&#233;s qu'aux diff&#233;rentes collectivit&#233;s int&#233;ress&#233;es &#187;, semble aujourd'hui absent des agendas politiques. Le parkour subit aujourd'hui l'absence de cadre institutionnel qui garantirait &#224; ses pratiquants un cadre social, juridique et s&#233;curitaire accept&#233; et reconnu de tous. Les ethnographies r&#233;alis&#233;es avec les pratiquants fran&#231;ais montrent une stigmatisation accrue des pratiquants &#171; sauvages &#187; car la pratique souffre de ce processus d'&#233;tiquetage. Quelques interpellations subsistent encore entre les forces de l'ordre, les pratiquants et les riverains. Voici un t&#233;moignage que nous livre un tracer fran&#231;ais sur sa derni&#232;re interpellation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ils [la BAC] m'ont interpell&#233; en phase d'&#233;chauffement dans un coin ou je fais des ciseaux sur une barri&#232;re et des mont&#233;es de marche &#224; l'envers ... &#224; voir l'&#233;tat d'excitation et d'&#233;nervement dans lequel ils &#233;taient, faut croire que &#231;a faisait bien 10 minutes qu'ils me cherchaient, mais vu que je traine jamais plus de 5 minutes sur un spot, ils ont d&#251; croire que je jouais au chat et &#224; la souris .. le policier qui m'a interpell&#233; &#233;tait de face (le plus gros 110 kg je dirais ) et celui qui s'est plac&#233; derri&#232;re moi pour m'emp&#234;cher de fuir m'ont d'abord demand&#233; ce que je faisais sur un ton assez pressant dirons-nous (mais correct bien s&#251;r), je leur ai dit que je m'entrainais en toute bonne foi ... l&#224; le policier m'a dit qu'ils avaient &#233;t&#233; appel&#233; par des gens du voisinage car ils avaient peur ... je lui ai dit que je comprenais mais qu'il n'y avait pas lieu d'avoir peur, je fais rien de mal ... l&#224; il me dit que ces gens on dit que je montais sur des balcons priv&#233;s, ce qui est faux lui dis-je, je monte sur une corniche &#224; c&#244;t&#233; d'un balcon, nuance, donc ceci &#233;tant &#233;clairci il appelle ses potes au talkie pour dire que c'est rien qu'en fait c'est un jeune qui joue au Yamakasi... (Je les remercie d'ailleurs pour avoir fait parler du parkour, m&#234;me eux sont au courant, c'est cool) il m'a demand&#233; de remettre mon t-shirt (j'&#233;tais dans un coin &#224; l'abri des regards mais en plein soleil), c'est interdit d'&#234;tre torse nu, Ok ! Il m'a demand&#233; mes papiers, que je n'avais &#233;videmment pas, alors il a pris mon nom, adresse, date de naissance (&#231;&#224; a d&#251; lui faire bizarre je dois avoir presque son &#226;ge ...) Et fin de l'affaire j'ai continu&#233; &#224; tracer... j'ai supprim&#233; un spot du coup &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Homme, 39 ans, pratique le parkour depuis son origine.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation que nous d&#233;crivons se refl&#232;te dans les interactions quotidiennes que connaissent les pratiquants face &#224; l'organisation sociale de la rue. Si les pouvoirs publics fran&#231;ais ont impuls&#233; en 2007 les premi&#232;res n&#233;gociations entre acteurs sportifs et institutionnels, les d&#233;marches visant &#224; reconnaitre les sports urbains et ses diff&#233;rentes pratiques sont aujourd'hui absentes des agendas minist&#233;riels. Cette position a la particularit&#233; d'enfermer les publics investis dans une d&#233;marche de reconnaissance dans un flou culturel, juridique, s&#233;curitaire et professionnel. Devant l'augmentation tr&#232;s nette du nombre de jeunes pratiquants et l'inqui&#233;tude des parents &#224; voir leurs enfants pratiquer une activit&#233; alternative au monde sportif traditionnel, les difficult&#233;s persistent et s'accroissent m&#234;me pour certains. Le paradoxe de la situation est que les pouvoirs publics sont pourtant conscients de cet immobilisme : &lt;i&gt;&#171; ne rien faire, c'est laisser des jeunes, et leurs parents, sans points de rep&#232;res s&#233;rieux pour choisir des associations de sports urbains offrant des garanties suffisantes en mati&#232;re d'encadrement et de s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Secr&#233;taire d'Etat aux sports, 16/12/2009.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ne rien faire c'est peut-&#234;tre surtout &#171; &lt;i&gt;laisser les associations de sports urbains sans moyen pour se d&#233;velopper, sans acc&#232;s aux &#233;quipements sportifs pour pratiquer. Car sans reconnaissance de l'Etat et du mouvement sportif, les collectivit&#233;s choisiront toujours de privil&#233;gier des activit&#233;s reconnues par une f&#233;d&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;. Cet immobilisme cr&#233;e toujours un peu plus de stigmatisation dans la mesure o&#249; l'identification de la pratique et de ses acteurs reste pour le coup &#171; clandestine &#187; ou tout au moins cantonn&#233;e sur des lieux peu fr&#233;quent&#233;s par les citadins comme le rel&#232;ve ce pratiquant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En fonction de la personne, j'explique&#8230;je vais expliquer&#8230; en fonction de comment je vais la sentir&#8230;Certaines tu sais de toute mani&#232;re qu'ils ont leur id&#233;e&#8230;Qu'ils sont ferm&#233;s. Ce n'est pas la peine de dire que tu fais du sport&#8230;leurs r&#233;ponses vont &#234;tre &#171; il y a des terrains de sport pour faire du sport&#8230; Ce n'est pas fait pour grimper &#187; et d'autres&#8230;ils te disent de partir sur un autre ton&#8230;ils ont l'air moins ferm&#233;&#8230;du coup&#8230;tu leur expliques et l&#224; souvent, tu pars dans des discussions o&#249; ils comprennent ce que tu fais mais disent que &#171; voil&#224; nous&#8230;c'est nos murs&#8230;c'est bien ce que vous faites&#8230;mais on ne peut pas vous laisser faire&#8230;moi &#231;a me d&#233;range pas&#8230;Je comprends&#8230;franchement je m'en vais mais quand c'est des personnes ferm&#233;es&#8230;tu les regardes d'un &#339;il &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien individuel r&#233;alis&#233; le 17 F&#233;vrier 2010 &#224; Rennes.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, s'il est vrai que certaines communaut&#233;s pratiquantes ne d&#233;sirent pas &#234;tre institu&#233;es, de nombreuses autres souhaitent d&#233;velopper leurs activit&#233;s, faire conna&#238;tre leurs disciplines, former des &#233;ducateurs, encadrer leurs pratiques et &#234;tre soutenues par les pouvoirs locaux. Par aveuglement et/ou indiff&#233;rence, le parkour continue d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un sport &#171; d&#233;viant &#187;. Ici, le contexte organisationnel conduit &#224; la stigmatisation de ceux qui font en dehors du syst&#232;me f&#233;d&#233;ral. Ce premier niveau d'analyse en appelle un second plus descriptif. Quelles sont les strat&#233;gies que mettent en place les acteurs pour s'organiser et rendre leur projet un peu plus coh&#233;rent aupr&#232;s des institutions, des jeunes et de leurs parents ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; une augmentation de la fr&#233;quentation de la discipline, plusieurs acteurs ont souhait&#233; encadrer celle-ci afin d'&#233;viter les d&#233;rapages et accidents r&#233;sultant de ce mim&#233;tisme culturel. Comme dans toutes pratiques dangereuses, les traumatologies existent malheureusement en parkour. La raison pour laquelle nous insistons sur cet &#233;tat d'indiff&#233;rence s'explique par la nature du lien qui unit cet apprentissage mim&#233;tique o&#249; le contr&#244;le didactique est faible, et l'absence de dispositions l&#233;gales et s&#233;curitaires qui accompagne l'activit&#233;. Si la socialisation &#171; &#234;tre ensemble, entre-soi &#187; (Fize, 1993) peut-&#234;tre connot&#233;e n&#233;gativement, elle est pourtant une r&#233;alit&#233; sociologique tr&#232;s r&#233;pandue chez les publics juv&#233;niles. En effet, l'&#171; auto-socialisation &#187; comme le rappelle l'auteur, est aussi essentielle dans un contexte o&#249; la place des jeunes dans une &#171; soci&#233;t&#233; en panne &#187; dans ses processus de &#171; r&#233;gulation sociale interg&#233;n&#233;rationnelle &#187; (Fize, op.cit.) m&#233;rite que l'on s'y attarde davantage. Ainsi, les finalit&#233;s du parkour ciblent principalement la pr&#233;vention de la d&#233;linquance urbaine, l'autonomie, la construction sociale de l'individu et enfin, la promotion et le d&#233;veloppement des potentialit&#233;s. En effet, nous avons relev&#233; dans nos observations participantes une attitude tr&#232;s forte qui consiste &#224; d&#233;velopper, entre eux, les valeurs courage et travail contribuant &#224; une r&#233;gulation effective de l'estime de soi chez les adolescents (De Cazenave, Michel, 2008). Or, plus l'apparence et la valeur physique per&#231;ues sont positives et plus le bien-&#234;tre sera &#233;lev&#233;, les rapports &#224; autrui facilit&#233;s et les comportements adapt&#233;s. Cette mentalit&#233; se construit au gr&#233; des pratiques, des &lt;i&gt;parkour day &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un parkour day est une rencontre informelle organis&#233;e par les pratiquants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des rencontres effectu&#233;es sur les diff&#233;rents &#171; spots &#187; avant d'&#234;tre imit&#233;e par chacun des membres du groupe informel. Nous avons pu mesurer l'impact de ce genre de rassemblements sur les sociabilit&#233;s d&#233;velopp&#233;es entre pratiquants. Ces derniers n'ont que peu d'occasion de se rencontrer ailleurs, les &lt;i&gt;parkour day &lt;/i&gt; leur permettent alors d'assimiler les principes structurant du parkour. Si un l&#233;ger sentiment d'inorganisation transparait, tous les jeunes rencontr&#233;s en profitent pour se frotter aux autres et tenter d'acqu&#233;rir de pr&#233;cieux conseils : sur les tenues &#224; adopter, les meilleurs chaussures permettant la pratique du parkour et notamment pour ce qui concerne la transformation manuelle de la semelle et des &#233;ventuels crampons, etc. Ces r&#233;unions en plein air sont ainsi l'occasion d'&#233;prouver, ensemble, des situations qui donneront naissance ensuite &#224; ce qu'ils appellent les valeurs du parkour : solidarit&#233;, entraide, &#233;change de conseils, &#233;mulation collective, ambiance festive, discipline, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me majeur concerne la pr&#233;vention des risques encourus pour un jeune pratiquant dans la rue o&#249; les conditions n&#233;cessaires &#224; un apprentissage contr&#244;l&#233; ne sont que partiellement remplies. Certes, la pr&#233;sence d'un adulte r&#233;f&#233;rent ayant la plus grande exp&#233;rience dans le groupe est n&#233;cessaire mais ces derniers reconnaissent eux-m&#234;mes les limites de la &#171; rue &#187;, en tout cas dans un premier temps. Un &#233;ducateur reconnu localement nous livre son sentiment sur ce point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La salle, c'est bien et il faut faire que &#231;a ! Moi, j'ai commenc&#233; par le b&#233;ton&#8230;mais j'&#233;tais contraint&#8230; il faut &#234;tre bien motiv&#233; aujourd'hui pour se lancer compl&#232;tement dans la rue&#8230; Le risque de blessures, il est l&#224; en fait&#8230;quand t'es capable de faire quelque chose mais que t'as pas encore le mouvement&#8230;t'es oblig&#233; de passer par des &#233;tapes de transition comme la salle&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ducateur, 24 ans, Rennes.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principes mis en avant par le parkour militent pour un &#171; autre sport &#187; o&#249; les dimensions philosophiques et &#233;ducatives sont tr&#232;s fortes. Sans rappeler ici son affiliation &#224; la &#171; m&#233;thode naturelle &#187; d'&#233;ducation corporelle, &#171; faire du sport autrement &#187; comme nous le pr&#233;cise ce Pr&#233;sident d'association, reste la valeur &#233;ducative forte de la discipline. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les objectifs concernent l'apprentissage de nouvelles techniques de d&#233;placement et d'une nouvelle fa&#231;on de percevoir l'environnement b&#226;ti. Une des r&#233;percussions internes &#224; cette situation d&#233;crite plus haut est le projet cadre de l'association de pr&#233;figuration, la FFSU amorc&#233;e depuis 2007. O&#249; en-t-il aujourd'hui ? Pour installer durablement le parkour dans le syst&#232;me institutionnel, les primo-arrivants de la discipline cherchent &#224; multiplier les &#233;v&#233;nements et autres d&#233;monstrations publiques. Cette premi&#232;re &#233;tape de toute institutionnalisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir une ant&#233;rieure o&#249; ces &#233;tapes ont &#233;t&#233; d&#233;crites : Lebreton et alii, 2010&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a permis ensuite de d&#233;velopper une forme &#171; scolaire &#187; du parkour, davantage orient&#233; vers les notions de force, agilit&#233;, vitesse, coordination, courage, pers&#233;v&#233;rance et &#233;quilibre. Cependant, la tr&#232;s faible repr&#233;sentativit&#233; de la F&#233;d&#233;ration Fran&#231;aise de parkour (FFPK) induit l'absence d'une nomenclature officielle et commune pour d&#233;signer ses diff&#233;rents mouvements et apprentissages. Un flou culturel persiste o&#249; chacun des acteurs tentent de se revendiquer tant du parkour que du free &lt;i&gt;running&lt;/i&gt; (discipline voisine mais centr&#233;e sur l'esth&#233;tisme et la spectacularisation de l'activit&#233;). Dans ce cadre en chantier a &#233;merg&#233; l'association de pr&#233;figuration FFSU pour accompagner ces pratiques. Elle devait inscrire dans une &#171; &lt;i&gt;politique minist&#233;rielle d'encouragement &#224; la pratique sportive et plus particuli&#232;rement &#224; la reconnaissance, du d&#233;veloppement, de l'accompagnement et de l'encadrement des sports urbains et des nouveaux sports apparus dans les ann&#233;es r&#233;centes, &#224; venir, et qui doit aboutir &#224; favoriser la lisibilit&#233; et la valorisation de ses sports et de leurs pratiquants&lt;/i&gt; &#187;. L'objectif majeur &#233;tant de &#171; &lt;i&gt;peser sur les politiques publiques locales et nationales &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours recueilli le 24 Juin 2009.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour b&#233;n&#233;ficier d'un cadre juridique adapt&#233; aux sports urbains, d'avoir la possibilit&#233; d'obtenir des subventions, de faciliter l'acc&#232;s des pratiques sportives et obtenir des salles pour les entrainements et de donner des responsabilit&#233;s &#224; des jeunes adolescents en dirigeant des ateliers et ainsi participer &#224; la vie associative. En d'autres termes, le processus de reconnaissance des sports urbains et du parkour doit proposer un encadrement o&#249; les pratiquants sont rassembl&#233;s en une m&#234;me famille et &lt;i&gt;&#171; l'int&#233;r&#234;t serait de passer d'une discipline &#224; une l'autre sans changer de licence &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien de F. Bach &#224; Direct soir, Mercredi 8 juillet 2009.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; car les demandes affluent principalement dans les quartiers. Ce point a d'ailleurs &#233;t&#233; &#233;cart&#233; depuis les Etats G&#233;n&#233;raux de 2009, puisque Mme R. Yade avait alors d&#233;clar&#233;e que &#171; l&lt;i&gt;a cr&#233;ation d'une f&#233;d&#233;ration rassemblant tous les sports urbains &lt;/i&gt; &#187; ne serait pas d'actualit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Le soutien de l'Etat, oui ; le formatage, non &lt;/i&gt; &#187;. Les dimensions &#171; amateur &#187; et &#171; autodidacte &#187; associ&#233;es aux sports urbains posent la question de la transmission des techniques et des valeurs. L'accompagnement de ces modes d'expression est un enjeu fondamental pour les politiques publiques qui visent &#224; promouvoir &#171; le sport pour tous &#187;. La culture parkour peut &#234;tre distingu&#233;e selon trois logiques : artistique (o&#249; la pratique est une fin en soi, la pratique &#224; exposer au public), expressive (la pratique est le lieu de revendications et de construction de soi) et &#233;ducative (toucher des publics et d&#233;velopper la place des jeunes dans la cit&#233;). Devant les r&#233;ticences institutionnelles qui peinent &#224; reconnaitre les aspects &#233;ducatifs, entre autre, v&#233;hicul&#233;s dans les sports urbains, nous allons voir que les acteurs parviennent pourtant &#224; se faire accepter dans le tissu sportif local et &#224; se professionnaliser par d'autres interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les incidences internes sur le d&#233;veloppement associatif et &#233;ducatif du parkour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/IMG/png/.png' width='162' height='156' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Faire face &#224; l'augmentation de jeunes qui souhaitent d&#233;buter la pratique en toute s&#233;curit&#233; et devant l'absence de brevet professionnel parkour, cela suppose la pr&#233;sence de r&#233;f&#233;rents qui endossent le r&#244;le d'&#233;ducateur. Ici se joue toute la complexit&#233; des nouvelles pratiques car les enjeux de la professionnalisation &#233;mergent. Cela suppose une adh&#233;sion, une identit&#233; et la d&#233;finition de r&#244;les &#233;ducatifs et sociaux pour dynamiser le champ professionnel (Augustin, 2003). Deux probl&#232;mes ressurgissent alors : l'obtention d'un lieu ferm&#233; et s&#233;curis&#233; d'une part et la formation d'un &#233;ducateur avec un dipl&#244;me d'Etat d'autre part. Les acteurs du parkour, non sans quelques difficult&#233;s majeures, arrivent, se prennent en charge sur le mode de la &#171; d&#233;brouillardise &#187; et d&#233;veloppent des projets municipaux et locaux. On distinguera l'acad&#233;mie nationale comme g&#233;n&#233;rateur de m&#233;tiers sportifs du secteur priv&#233; et les associations locales qui peinent &#224; se former aupr&#232;s de formations d&#233;livr&#233;es par le Minist&#232;re des Sports. Prenons deux aspects en particulier pour appuyer ces propos : le premier concerne les rassemblements existants autour desquels se r&#233;unissent les acteurs du parkour puis les incidences que cela engendre sur la formation des pratiquants. En premier lieu, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en Mai 2008 la premi&#232;re structure de formation fran&#231;aise, &#171; laboratoire p&#233;dagogique &#187; - Acad&#233;mie de l'Art du D&#233;placement (ADD) - soutenu par la municipalit&#233; d'Evry (Essonne). Le projet p&#233;dagogique ainsi d&#233;fendu par son cr&#233;ateur (Bruno Girard) est de montrer qu'il est possible de f&#233;d&#233;rer les tracers autour d'une acad&#233;mie nationale et d'un m&#234;me programme philosophique, &#233;ducatif et culturel. Encadr&#233;e par cinq primo-arrivants de la discipline (issus des Yamakasi) regroup&#233;s en SARL, la soci&#233;t&#233; (ou &#171; acad&#233;mie &#187;) propose des cours ax&#233;s sur l'&#233;coute et l'observation &#224; travers le jeu, les d&#233;fis et trainings-blocks (apprentissage dans l'endurance), les stages de formation et l'acquisition de la &#171; licence &#187; inscrites aux programmes d'instruction internationaux. Calqu&#233;e sur le mod&#232;le Britannique (parkour Generation), cette licence s'adresse aux pratiquants confirm&#233;s et aux personnes d&#233;j&#224; qualifi&#233;es qui veulent int&#233;grer la pratique dans le cadre de leurs activit&#233;s socio-&#233;ducatives (professeurs d'EPS, professeurs de disciplines artistiques et sportives diverses, etc.). Ainsi, pour une cotisation de 150 euros, des cours avec assurance comprise sont accessibles aux mineurs (d&#232;s 5 ans), aux adultes et des stages ont lieu en gymnase int&#233;rieur et parfois en ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En interrogeant un autre acteur de la pratique &#224; la fois proche des fondateurs et collaborateur avec les instances de la culture, de la jeunesse et des sports, ce dernier nous livre ce sentiment &#171; autodidacte &#187; qui consiste &#224; se prendre en main, &#224; se d&#233;brouiller dans la l&#233;gislation fran&#231;aise en mati&#232;re d'encadrement d'activit&#233;s physiques et sportives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous avons nou&#233; une relation avec la ville d'Evry qui est li&#233;e &#224; la naissance de cette discipline, appel&#233;e art du mouvement (&#8230;), nous devons nous interroger pour savoir si nous devons nous exporter hors de France pour trouver des solutions nous permettant de fonctionner et d'exister ou bien si nous devons exercer notre activit&#233; sur notre territoire d'origine, en France ? Cette question n'est pas simple car le sch&#233;ma institutionnel fran&#231;ais est complexe. Nous avons eu la chance de trouver des partenaires qui soient &#224; notre &#233;coute. Ils ont consid&#233;r&#233; que notre discipline correspondait bien &#224; une r&#233;alit&#233;. Il a &#233;t&#233; question de sport, de culture, de social. On nous a parl&#233; d'un jeune qui a &#233;t&#233; recrut&#233; par le Cirque du soleil. De notre c&#244;t&#233;, avant de cr&#233;er une acad&#233;mie, une &#233;cole, le Cirque du soleil est venu rencontrer les fondateurs Yamakasi, Chao et Laurent, pour leur demander de former des artistes. Six jeunes issus des quartiers d'Evry initialement form&#233;s par les Yamakasi travaillent aujourd'hui pour le Cirque du soleil, &#224; Las Vegas, o&#249; ils r&#233;alisent un spectacle. Nous consid&#233;rons le lien avec la professionnalisation comme une r&#233;alit&#233;. Ce ne sont pas les institutions fran&#231;aises qui sont venues nous visiter. Cela signifiait tout simplement qu'il existait des capacit&#233;s en termes de comp&#233;tences et de savoir-faire. A partir de ce moment-l&#224;, nous avons d&#233;cid&#233; de cr&#233;er un laboratoire p&#233;dagogique et d'aller au-devant des interlocuteurs &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bruno Girard, discours recueilli le 19 D&#233;cembre 2009.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien comprendre que cette initiative provient des acteurs eux-m&#234;mes et non d'un contrat de formation institutionnel. La formation a le m&#233;rite de former des personnels susceptibles de devenir expert de leur discipline mais non d'&#234;tre reconnu par le Minist&#232;re des Sports. Le cadre pour la transmission du savoir est donc &#224; construire comme le rappelle ce primo-arrivant de la discipline : &#171; &lt;i&gt; les professeurs d'EPS s'int&#233;ressent &#224; cette discipline. Beaucoup d'entre eux r&#233;alisent leurs ma&#238;trises sur ce sujet. Nous essayons de donner des moyens &#224; ces professeurs. En Angleterre, le Yamakasi [parkour] est vraiment consid&#233;r&#233; comme un sport par le gouvernement. Par contre, en France, l'image de cette discipline est celle d'un sport urbain &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chau Belle, discours recueilli le 19 D&#233;cembre 2009.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Devant l'absence de dialogue entre les institutions et les jeunes porteurs de projets, la loi du silence, de l'indiff&#233;rence et de l'aveuglement persiste toujours. Bien entendu, cette &#171; ADD &#187; est un exemple particulier des incidences externes li&#233;es &#224; l'absence de reconnaissance mais elle est n&#233;anmoins prometteuse quant aux possibilit&#233;s de se former d'une part et aux retomb&#233;es sociales et &#233;ducatives d'autre part :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il existe des &#233;lus qui font leur travail. Il existe aussi un probl&#232;me de moyens. Afin de disposer d'une autonomie de moyens, nous avons consid&#233;r&#233; qu'il convenait de cr&#233;er notre propre structure pour d&#233;velopper nos actions. Il s'agit d'un long travail, qui est difficile. Il est important que les sponsors s'int&#233;ressent &#224; ces pratiques, pas seulement sur le plan de la comp&#233;tition. La soci&#233;t&#233; change. Les valeurs sont essentielles dans ces pratiques, et dans le sport en g&#233;n&#233;ral. Il existe aussi une &#233;conomie, avec des personnes qui doivent se former &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bruno Girard, op., cit.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_707 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/IMG/png/-2.png' width='165' height='156' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Si cette formation est une pr&#233;mices &#224; la professionnalisation des tracers fran&#231;ais, elle pose une autre question. Comment se professionnaliser ailleurs que dans le cadre de cette acad&#233;mie &#171; ADD &#187; et obtenir un dipl&#244;me d'Etat ??Ensuite, nous prendrons comme illustration une association rennaise de parkour. Comment s'est-elle cr&#233;&#233;e et surtout, comment fonctionne-t-elle aujourd'hui ? Nous avons suivi l'exemple d'un jeune &#233;ducateur rennais, Pr&#233;sident de l'association, pour qui le parcours professionnel a &#233;t&#233; sem&#233; d'emb&#251;ches. D&#233;butant le parkour en 2004 de mani&#232;re isol&#233;e, il a rapidement f&#233;d&#233;r&#233; autour de lui quelques tracers rennais pour cr&#233;er en 2009 une association de parkour proposant ainsi des cours &#171; indoor &#187; en gymnase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'itin&#233;raire de ce jeune tracer n'est pas anodin. Devant l'absence de cadre juridique et s&#233;curitaire, il a du se former au m&#233;tier d'&#233;ducateur sportif pour tous &#8211;qui ne porte pas sp&#233;cifiquement sur le parkour- et justifier sa d&#233;marche de professionnalisation aupr&#232;s des partenaires locaux (ville de Rennes, DRJS, etc.). L&#224; encore, l'absence de cadre au niveau national renforce les difficult&#233;s pour se former et former les autres. Cette association est aujourd'hui directement affili&#233;e &#224; la F&#233;d&#233;ration Fran&#231;aise pour l'Entra&#238;nement Physique dans le Monde Moderne (FFEPMM), Sports pour Tous et indirectement aux f&#233;d&#233;ration sportives multisports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les f&#233;d&#233;rations sportives multisports &#233;tant elles-m&#234;mes agr&#233;es par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bien entendu, ce nouveau statut a eu un effet imm&#233;diat. Aujourd'hui reconnue, encadr&#233;e et ayant un support juridique clair, l'association accueille de mani&#232;re l&#233;gale une trentaine de jeunes &#226;g&#233;s de huit &#224; trente ans sur 8 cr&#233;neaux hebdomadaires pour 3 publics cibles (&#226;ges de moins de 15 ans, plus de 15 ans, confirm&#233;s). Dans ce gymnase, les bases techniques sont apprises sur le mode gymnique avec beaucoup d'entraide entre les individus. D'ailleurs, certains se surprennent &#224; partager pour la premi&#232;re fois des &#233;motions au sein d'un groupement sportif, pourtant r&#233;fractaire au d&#233;part &#224; ce mode de sociabilit&#233;. En se d&#233;marquant des logiques sportives comp&#233;titives, un public &#171; nouveau &#187; se pr&#233;sente &#224; cette association. La peur de se retrouver seul dans la rue &#224; exp&#233;rimenter des techniques hasardeuses et les valeurs affich&#233;es dans l'association encouragent ces publics habituellement en marge du mod&#232;le sportif traditionnel &#224; s'y retrouver. Nous remarquons que certains jeunes adolescents(e)s semblent d&#233;couvrir le go&#251;t de l'effort et se prennent de passion pour de multiples r&#233;p&#233;titions de mouvements dans un environnement s&#233;curis&#233;. L'association a essentiellement pour vocation de &#171; &lt;i&gt;transmettre les bases du&lt;/i&gt; parkour &lt;i&gt;aux d&#233;butants&lt;/i&gt; &#187; nous rappelle son Pr&#233;sident. Ce dernier nous pr&#233;cise encore que cela implique une hi&#233;rarchie en termes de niveau de pratique d&#232;s lors que l'on mentionne le statut de d&#233;butant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne suis pas ici pour faire des champions mais pour leur permettre d'acqu&#233;rir les bases. Parmi les tracers il y a des &#233;tudiants qui ne sont que de passage, mais si &#224; la fin de l'ann&#233;e, ils arrivent &#224; faire ce mouvement l&#224; ou bien encore celui-l&#224;, des mouvements de base quoi, je serai content. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien individuel r&#233;alis&#233; le F&#233;vrier 2010.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association est aussi un lieu opportun pour pouvoir se retrouver avec les autres pratiquants et partager un grand nombre d'informations sp&#233;cifiques au parkour. Les d&#233;butants notamment trouvent de nombreux b&#233;n&#233;fices &#224; la pratique en association :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est bien pour d&#233;buter, pour apprendre les mouvements fondamentaux qui te permettent de continuer apr&#232;s. Tout seul, on peut prendre de mauvaises habitudes, et puis on a vite fait de se faire mal plus facilement. Ici, X &#224; un dipl&#244;me d'&#233;ducateur sportif, il sait ce qu'il faut faire pour ne pas traumatiser les articulations par exemple. Et puis dehors, il y a des chocs&#8230;etc. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;moignage d'un membre de l'association rennaise de Parkour.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vantent &#233;galement les m&#233;rites d'un apprentissage contr&#244;l&#233;, en int&#233;rieur o&#249; les r&#233;p&#233;titions n'engagent leur corps que dans une moindre mesure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Moi dehors j'ai peur. Ici je peux avoir une pr&#233;cision mais dans la rue, il sera plus petit, et puis je ne peux pas tenter des trucs comme ici. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;moignage d'un membre de l'association rennaise de Parkour.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/IMG/png/-3.png' width='172' height='155' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le suivi ethnographique de cette association fait &#233;merger deux crit&#232;res fondamentaux pour comprendre cette phase d'officialisation. D'une part, la pr&#233;sence d'un &#233;ducateur qualifi&#233; et comp&#233;tent permet d&#8216;avoir un cadre s&#233;curitaire satisfaisant puis d'autre part, la pratique en salle avec du mat&#233;riel d'entra&#238;nement offre aux pratiquants un niveau d'engagement qui se diff&#233;rencie de celui observ&#233; initialement dans la rue. Les observations sugg&#232;rent que la pr&#233;sence de mat&#233;riel est &#233;galement un choix d&#233;terminant dans le choix de pratiquer en gymnase. Tout comme elle permet aux d&#233;butants de s'essayer &#224; certains mouvements, l'utilisation de tapis de mousse, de plinthes, etc., est une opportunit&#233; pour les pratiquants confirm&#233;s d'essayer de nouvelles techniques ou bien d'approfondir certains mouvements en augmentant l'intensit&#233; de travail. Par exemple, une augmentation intensive du travail passe par une augmentation progressive de la distance qui s&#233;pare l'impulsion du plinth :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la pr&#233;sence de mat&#233;riel s'av&#232;re jouer un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans le succ&#232;s de l'association, cet engouement pour la pratique en gymnase fait in&#233;vitablement &#233;merger un nouveau paradoxe relev&#233; par certains acteurs sportifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Alors que le parkour fait partie des quelques pratiques qui ne n&#233;cessitent qu'un &#233;quipement sommaire, voire aucun &#233;quipement particulier, cette nouvelle fa&#231;on de consid&#233;rer le parkour par le biais d'instruments, de modules et autres accessoires est une particularit&#233; du parkour institutionnel. Comment peut-on percevoir cette sp&#233;cificit&#233; ? Que penser des r&#233;flexions qui prennent place, &#224; l'heure actuelle, concernant la cr&#233;ation de modules sp&#233;cifiques au parkour &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Acteurs du Sport, Le magasine du r&#233;seau sportif &#187;, Num&#233;ro 127, Mars 2011.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre d'apprentissage se r&#233;sume alors aux traditionnels feedback que l'on observe dans toutes les structures sportives d&#232;s lors que l'on vise une progression. Nous avons constat&#233; l'importance accord&#233;e &#224; la r&#233;p&#233;tition de gestes techniques. Le travail engag&#233; aupr&#232;s des jeunes est ax&#233; sur la prise de risque et sur la r&#233;ussite des mouvements a&#233;riens. Fid&#232;le au projet d'initiation pour les d&#233;butants, les injonctions encourageant la r&#233;p&#233;tition se font nombreuses : &#171; &lt;i&gt;Faites en plusieurs &lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il faut en faire &lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de secret, il faut en chier ! &lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Vous avez la chance d'avoir un mouvement, ne le l&#226;chez pas ! Sinon la prochaine fois&#8230; &lt;/i&gt; &#187;. On l'aura constat&#233;, passer de la rue au gymnase contribue &#224; rendre l'apprentissage du parkour davantage cr&#233;dible vis &#224; vis du monde ext&#233;rieur. Le risque est d'&#233;voluer progressivement vers un sport institutionnalis&#233; o&#249; l'optique techniciste prendrait le dessus au d&#233;triment de la vis&#233;e &#233;ducative avec l'apprentissage de gestes &#171; utiles &#187; (&#233;quilibre, sauter, courir, etc.). Le travail entrepris par cette association est de l&#233;gitimer le parkour aupr&#232;s des pouvoirs locaux pour devenir un acteur de l'offre sportive locale. Le travail a aussi permis de r&#233;gler la probl&#233;matique de l'assurance des jeunes pratiquants avec un syst&#232;me de cotisations qui leur permet d'&#234;tre couvert en cas d'accidents corporels sur les cr&#233;neaux en gymnase. Un autre d&#233;bat fait pourtant irruption, am&#233;nager des parkour Park. Certaines tensions commencent &#224; se faire sentir chez ceux qui voient l&#224; un instrument caract&#233;ristique du contr&#244;le social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le contexte sportif, cette notion renvoie aux travaux d'Elias (1986), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de la d&#233;naturation de leur activit&#233; originelle. La premi&#232;re &#171; aire de parkour &#187; (inaugur&#233;e par la f&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de parkour) a vu le jour en 2012 au c&#339;ur de Bondy en banlieue parisienne et suscite d&#233;j&#224; des querelles internes sur la v&#233;ritable identit&#233; du parkour fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, les pratiques &#233;mergentes sont-elles aussi cr&#233;atrices de nouveaux m&#233;tiers adapt&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; des publics, de la pratique et des territoires (Augustin, 2003). Les enjeux de la professionnalisation du parkour sont tr&#232;s forts. Si l'offre sportive pour le parkour se d&#233;veloppe tr&#232;s lentement, elle est a encourag&#233;e si l'on souhaite cr&#233;er un outil &#233;ducatif et original en direction de publics qui se d&#233;marquent des licenci&#233;s f&#233;d&#233;raux. Pour bien comprendre la particularit&#233; de cette situation fran&#231;aise, int&#233;ressons-nous au mod&#232;le britannique et &#224; son organisation diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du conflit &#224; l'inclusion&#8230; La reconnaissance du parkour par les pouvoirs sportifs Anglais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence des sports qualifi&#233;s de &#171; style de vie &#187; &#8211; &lt;i&gt;lifestyle sports&lt;/i&gt; &#8211; a &#233;t&#233; reconnue et prise en compte dans les processus politiques qui visent l'inclusion de publics cibl&#233;s (Tomlinson et al., 2005) pour favoriser l'engagement et la participation des publics juv&#233;niles. En effet, l'organisation du sport britannique n'est pas seulement centr&#233;e sur les formes comp&#233;titives mais bien sur les dimensions participatives et ludiques &#233;manant des cultures physiques. En Angleterre, le d&#233;veloppement du parkour (et du &lt;i&gt;freerunning&lt;/i&gt;) contribue aux d&#233;bats actuels quant &#224; la capacit&#233; qu'ont les sports alternatifs &#224; atteindre les objectifs gouvernementaux (Wheaton, 2012) en termes de promotion du sport chez les publics marginalis&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce titre les recherches men&#233;es par Sport England, organisme affili&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour cette raison, l'action entreprise par les pouvoirs publics anglais s'apparente cette fois au traitement politique de l'accompagnement (Vieille-Marchiset, 2003, 2009). La promotion de l'inclusion sociale par la pratique ludique et sportive qualifi&#233;e d'innovante (Donnelly &amp; Coakley, 2002, 2004) prend tout son sens d&#232;s lors que l'engagement et la participation des publics est atteinte. Les nouvelles offres sportives en Angleterre, en coh&#233;rence avec les transformations sociales, permettent de promouvoir les activit&#233;s physiques chez les jeunes en marge des sports traditionnels. La &#171; nouveaut&#233; &#187; du parkour, son identit&#233; urbaine, son jeu avec le risque, sa dimension spectaculaire et ses caract&#233;ristiques participative, citoyenne, inclusive et anti-comp&#233;titive contribuent &#224; le populariser. C'est pourquoi des actions publiques pour la jeunesse, des r&#233;flexions autour des am&#233;nagements sp&#233;cifiques et des mesures pour professionnaliser les encadrements sont actuellement men&#233;es et favoriser l'engagement de la jeunesse anglaise (Gilchrist&amp;Wheaton, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;La reconnaissance du parkour anglais comme pratique &#233;ducative &lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre reconnait le parkour au sein de ses organismes nationaux de r&#233;gie du sport depuis le d&#233;but 2010 et la cr&#233;ation de la f&#233;d&#233;ration de parkour d'Angleterre (parkour UK, PKUK). Leur mission est de promouvoir le parkour avec la garantie d'un cadre d'enseignement r&#233;gul&#233; de l'activit&#233;. En d'autres termes, ces acteurs se chargent dor&#233;navant de mettre en place un syst&#232;me de contr&#244;le de l'enseignement du parkour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Notre but est de guider, supporter et assister &#224; tous les niveaux les pratiquants de la discipline, et de r&#233;guler et maintenir les standards du coaching de ce sport [parkour] dans le pays. Parkour UK supervisera le d&#233;veloppement et l'organisation de la pratique &#233;mergente des fondamentaux jusqu'&#224; la certification des instructeurs de haut niveau. &#187; (parkourUK)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;d&#233;ration anglaise de parkour est ainsi inscrite au programme du &lt;i&gt;National Governing Bodies&lt;/i&gt; (NGB) qui a pour mission de superviser l'organisation des sports recens&#233;s ainsi que leurs orientations futures. Dans le cadre du parkour, le NGB est charg&#233; de fournir une structure et une gouvernance nationale de l'activit&#233;, de soutenir les clubs dans leurs d&#233;marches d'affiliations, d'augmenter &#224; la fois la qualit&#233; et la quantit&#233; des acteurs impliqu&#233;s dans la formation, d'organiser des &#233;v&#232;nements, d'aider au financement des installations, informer et conseiller sur les modes de financement et enfin, aider au d&#233;veloppement de cette activit&#233;. En bref, le but de cet organisme national des sports est d'accro&#238;tre la participation, de d&#233;velopper les apprentissages et de former jusqu'au haut niveau. La particularit&#233; de cette organisation est que le parkour est maintenant soumis aux exigences traditionnelles des sports institutionnels &#224; l'exception d'un point : l'absence de comp&#233;tition. Or, cet aspect est fondamental si l'on veut comprendre les enjeux que soul&#232;ve la transformation du parkour. En effet, du point de vue politique et &#233;ducatif, il s'agit de concevoir une pratique qui se d&#233;marque du mod&#232;le comp&#233;titif et valorise une participation individuelle et des b&#233;n&#233;fices physiques ou psychologiques. L'institutionnalisation a pour cons&#233;quence directe de professionnaliser les acteurs de ce sport et de rendre cr&#233;dible la culture parkour aux yeux des d&#233;cideurs nationaux et locaux.?De quelle mani&#232;re le parkour anglais est aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme une &#171; bonne pratique &#187; &#233;ducative &#224; destination des publics juv&#233;niles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;Le parkour au c&#339;ur de la cit&#233;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/IMG/png/-4.png' width='160' height='156' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le dialogue amorc&#233; entre les tracers et les d&#233;cideurs locaux ont permis l'int&#233;gration du parkour aux programmes d'&#233;ducation par le sport. Cela a &#233;galement permis de r&#233;pondre &#224; certaines demandes, notamment en mati&#232;re d'am&#233;nagement de nouveaux espaces sportifs ouverts (&lt;i&gt;parkour park&lt;/i&gt;) ou &#233;ph&#233;m&#232;res (structures et caissons amovibles). En r&#233;ponse &#224; une demande sociale croissante, ces am&#233;nagements ludiques fleurissent aux quatre coins du monde (Australie, Etats-Unis, Canada, Europe de l'Est, Ecosse, Irlande, Angleterre). Ces avanc&#233;es &#171; pratiques &#187; sont facilit&#233;es par la reconnaissance de la pratique et de sa culture op&#233;r&#233;e par les organisations britanniques. De nombreux sites d'apprentissages ext&#233;rieurs ont maintenant &#233;t&#233; multipli&#233;s au c&#339;ur de grands ensembles urbains ou de zones urbaines cibl&#233;es pour divers probl&#232;mes sociaux (d&#233;linquance, s&#233;dentarit&#233;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://influxus.eu/sites/influxus/IMG/png/-5.png' width='154' height='156' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;La reconnaissance et l'officialisation sont maintenant bien engag&#233;es, les lieux d'apprentissages et les finalit&#233;s accord&#233;es au parkour anglais (Gilchrist, Wheaton, 2011) sont certainement dus &#224; une autre conception de l'encadrement du sport au sens fran&#231;ais. A Westminster, quartier londonien aux caract&#233;ristiques socio-&#233;conomiques et d&#233;mographiques mixtes et o&#249; subsistent notamment quelques zones de pauvret&#233; et de violence, le parkour y a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; depuis 2005 par &lt;i&gt;Westminster Sports Development Unit&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au Royaume-Uni, la plupart des conseils locaux ont des unit&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette structure intervient au Royaume-Uni pour d&#233;velopper des dispositifs &#233;ducatifs autour du parkour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est notamment d'accompagner la professionnalisation des acteurs du parkour. Par l'interm&#233;diaire d'initiatives telles que la &lt;i&gt;Positive Futures ou Youth Sports Trusts&lt;/i&gt;, la structure travaille activement pour la l&#233;gitimation des connaissances et savoirs sp&#233;cifiques au parkour (techniques et p&#233;dagogiques), dans la formation des acteurs et la n&#233;gociation de sites ouverts et/ou ferm&#233;s. Le dispositif de Westminster connait une expansion rapide. Il coordonne d&#233;sormais l'enseignement du parkour dans plus de quatorze &#233;coles du quartier, que ce soit dans le cadre des programmes scolaires d'&#233;ducation physique ou p&#233;riscolaires. Ainsi, sont propos&#233;s trois cours pour adultes, une acad&#233;mie hebdomadaire et gratuite pour les jeunes et des activit&#233;s pendant les vacances scolaires. La formation et l'entrainement qu'ils proposent sont alors approuv&#233;s et soutenues par &lt;i&gt;l'Assessment and Qualifications Alliance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit d'un organisme de bienfaisance certifi&#233; et ind&#233;pendant des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui reconna&#238;t le parkour comme &#233;tant une part enti&#232;re du programme national pour le d&#233;veloppement de la gymnastique. L'initiative de Westminster pour le d&#233;veloppement du parkour est la plus souvent cit&#233;e en exemple parmi les programmes Positive Futures. Organisme national cr&#233;e en 2002, ax&#233; sur la promotion de l'inclusion sociale par la pratique sportive en faveur des jeunes &#226;g&#233;s de 8 &#224; 18 et financ&#233; par le &lt;i&gt;Home Office&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s&#8216;agit du principal Minist&#232;re du gouvernement pour les politiques sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Trois fois par semaine, des cours sont organis&#233;s dans diff&#233;rents centres sportifs et de loisirs pour les jeunes (&#226;g&#233;s de 8 &#224; 13 ans) r&#233;sidant dans des zones urbaines d&#233;favoris&#233;es. D'ailleurs, ce programme &#233;ducatif qui agit pour la pr&#233;vention des violences urbaines semble avoir un r&#233;el impact sur ??la participation des jeunes aux dispositifs institutionnels. Des zones urbaines sont alors identifi&#233;es et des conventions d'objectifs sont sign&#233;es dans le but de r&#233;duire les consommations de drogues, incivilit&#233;s et comportements agressifs et accro&#238;tre la participation des jeunes aux dispositifs locaux. C'est ce que nous pr&#233;cise avec enthousiasme cet agent de d&#233;veloppement au conseil des sports de Westminster concernant la participation des jeunes femmes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est fantastique que ce soit tr&#232;s populaire avec une section de jeunes filles musulmanes qui sont typiquement tr&#232;s difficiles &#224; engager dans l'activit&#233; physique. Elles aiment les cours de parkour [workshops] pour se divertir et se maintenir en bonne forme physique. Nous pensons que la raison pour laquelle le parkour connait un tel succ&#232;s est le fait qu'il est non-comp&#233;titif, facile &#224; rassembler et peut &#234;tre fait n'importe o&#249; avec une seule paire de chaussures &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agent de D&#233;veloppement au Conseil des sports de Westminster et membre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encourag&#233;e par le nouveau Parti Travailliste, &lt;i&gt;Positive Futures&lt;/i&gt; est une initiative d&#233;velopp&#233;e dans le cadre des conventions d'objectifs valorisant l'inclusion sociale par le sport. Ce programme ayant pour objectif d'am&#233;liorer les dispositifs locaux en mati&#232;re de sant&#233;, lutte contre la criminalit&#233;, l'emploi et l'&#233;ducation. Sur le plan politique, le parkour de Westminster a &#233;t&#233; salu&#233; par les acteurs du &lt;i&gt;Westminster Sport Development &lt;/i&gt; comme une r&#233;ussite. L&#224; o&#249; des dispositifs parkour ont &#233;t&#233; initi&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une analyse plus fine de l'impact en mati&#232;re d'&#233;ducation dans ces quartiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , les statistiques en mati&#232;re de d&#233;linquance montrent une diminution du taux de criminalit&#233; sur les p&#233;riodes de vacances scolaires notamment. De m&#234;me, ce dispositif a &#233;t&#233; nomm&#233; en 2008 comme &#233;tant une &#171; bonne pratique &#187; par l'organisme &lt;i&gt;Positive Futures&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sport England Report (2008). Creating safer communities. Reducing (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autres dispositifs similaires sont aujourd'hui largement encourag&#233;s &#224; travers le Royaume-Uni. Cette situation soul&#232;ve bien entendu des interrogations pour notre discussion et les observations r&#233;colt&#233;es pour le cas fran&#231;ais. L'analyse de l'action publique met en avant des diff&#233;rences de traitement de ces publics juv&#233;niles, de leurs cultures sportives parfois diff&#233;rentielles mais surtout, de la l&#233;gitimation des cultures urbaines plus largement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En croisant les transformations du parkour en France et en Angleterre, nous avons cherch&#233; &#224; identifier des enjeux politiques, &#233;ducatifs et sociaux que soul&#232;vent les dispositifs fran&#231;ais et britannique. De plus, nous avons cherch&#233; &#224; montrer, qu'au-del&#224; d'un encadrement et une organisation du sport tr&#232;s diff&#233;rente, les mani&#232;res de concevoir le sport avec ses transformations (culturelles, sociales) interviennent dans le traitement politique du parkour. Le concept d'inclusion sociale est &#224; m&#234;me d'illustrer la position adopt&#233;e par les organisations sportives britanniques. Nous avons &#233;galement explor&#233; les b&#233;n&#233;fices que le parkour pouvait offrir pour une population jeune, parfois en retrait des offres sportives traditionnelles. Si les dispositifs fran&#231;ais jouent davantage sur le processus (lent) de la d&#233;mocratie participative (au plan local), les dispositifs britanniques valorisent quant &#224; eux l'inclusion des publics auto-organis&#233;s et/ou de communaut&#233;s au sein de dispositifs sportifs. L'efficacit&#233; &#224; long terme de ces dispositifs serait &#224; analyser, notamment en rapport aux transformations de l'activit&#233; induites par la l&#233;gitimation du parkour britannique d'une part et d'autre part, sur les efforts consentis par les associations fran&#231;aises pour int&#233;grer les offres sportives locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alter Norbert, 2000, &lt;i&gt;L'innovation ordinaire&lt;/i&gt;, Paris, Presses Universitaires de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atkinson Michael, Young K., 2009, &lt;i&gt;Deviance and social control in sport&lt;/i&gt;, Human Kinetics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Jean-Pierre, 2003, &lt;i&gt;Le sport et ses m&#233;tiers. Nouvelles pratiques et enjeux d'une professionnalisation&lt;/i&gt;, Paris, Editions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calogirou Claire, 2005, &#171; R&#233;flexions autour des cultures urbaines &#187;, &lt;i&gt;Journal des anthropologues &lt;/i&gt; [en ligne], 102-103 | 2005, mis en ligne le 01 d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charrier Dominique, 1997, Activit&#233;s physiques et sportives et insertion des jeunes : enjeux &#233;ducatifs et pratiques institutionnelles, Paris, la Documentation fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Cazenave Michel Gr&#233;gory, 2008, &#171; Conduites &#224; risques et variation de l'estime de soi chez les adolescents : l'exemple du parkour &#187;, Annales M&#233;dico-Psychologiques, Revue Psychiatrique, 166, pp875-881.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnelly Peter &amp; Coakley Jay, 2002, The role of recreation in promoting social inclusion. Perspectives on Social Inclusion Working Paper Series, Toronto, Laidlaw Foundation. URL : &lt;a href=&#034;http://www.offordcentre.com/VoicesWebsite/library/reports/documents/laidlaw/donnelly.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.offordcentre.com/VoicesWebsite/library/reports/documents/laidlaw/donnelly.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnelly Peter, Coakley Jay, 2004, &#171; Recreation and youth development : What we know &#187;, in B. Kidd &amp; J. Phillips (Eds.), From enforcement and prevention to civic engagement : Research on community safety, Toronto : Centre of Criminology, University of Toronto, pp156-167.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fize Michel, 1993, Les bandes. L'&#171; entre-soi &#187; adolescent, Paris, Descl&#233;e de Brouwer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gasparini William, Vieille-Marchiset Gilles, 2008, Le sport dans les quartiers, Pratiques sociales et politiques publiques, PUF, coll. Pratiques physiques et Soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gibout Christophe, Lebreton Florian, 2014, &#171; Cultures juv&#233;niles et loisirs sportifs de rue : une approche par l'espace public &#187;, Agora d&#233;bats/jeunesse, n&#176;68/3, &#171; Des sports et des jeunes &#187; Augustin Jean-Pierre et Fuchs Julien (dir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilchrist Paul, Wheaton Belinda, 2011, &#171; Lifestyle sport, public policy and youth engagement : examining the emergence of parkour &#187;, in International Journal of Sport Policy and Politics, 3 (1), pp109-131.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hillairet Dieter, 2006, Sport et innovation &#8211; strat&#233;gies, techniques et produits, Paris &amp; Londres, Herm&#232;s Science Publications, coll. finance, gestion, management.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lebreton Fanny, 2010a, &#171; Institutionalization of parkour : the French context &#187;, au Centre for Sport Research, University of Brighton, Symposium &#171; The politics of parkour : transnationalism &#187;, youth &amp; social policy, 21-22 octobre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lebreton Fanny, 2010b, Cultures urbaines et sportives alternatives. Socio-anthropologie de l'urbanit&#233; ludique, Paris, L'Harmattan, coll.espaces et temps du sport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrazzini Yves, 2010, &#171; Fonction sportive de la ruelle : une ethnologie du basket dans le monde des gangs et des barrios &#224; Caracas, Venezuela &#187;, Ethnographiques.org, Num&#233;ro 20 septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Previtali Cl&#233;ment, Coignet Benjamin, Vieille-Marchiset Gilles, 2014, &#171; Le parkour : approche ethnographique de communaut&#233;s juv&#233;niles de loisirs dans la ville &#187;, Agora d&#233;bats/jeunesse, n&#176;68/3, Augustin J-P et Fuchs Julien (dir), &#171; Des sports et des jeunes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spaaij Ramon, 2012, &#171; Building Social and Cultural Capital among Young People in Disadvantaged Communities : Lessons from a Brazilian Sport-based Intervention Program &#187; Sport, Education and Society, 17(1), pp77-95.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tomlinson Alan, Ravenscroft Neal, Wheaton Belinda, Gilchrist Peter, 2005, Lifestyle Sports and National Sport Policy : An Agenda for Research. Rapport de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieille-Marchiset Gilles, 2003, Sports de rue et pouvoirs sportifs. Besan&#231;on, Presses universitaires de Franche-Comt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieille-Marchiset Gilles, 2009, &#171; La stigmatisation d'une jeunesse dans la ville. Imaginaires sociaux et enjeux politiques autour des pratiques sportives autonomes &#187;, in Les &#226;mes mal aim&#233;es. Jeunesse et d&#233;linquance urbaine en France (XIXe-XXIe si&#232;cle), Besan&#231;on, Presses universitaires de Franche-Comt&#233;, pp165-182.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieille-Marchiset Gilles, 2010, &#171; Des marges urbaines &#224; l'institutionnalisation : les pratiques sportives auto-organis&#233;es dans la ville de Besan&#231;on &#187;, Ethnographiques.org, Num&#233;ro 20 - septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wheaton Belinda, 2012, Lifestyle Sport : The Cultural Politics of Alternative Sports, Londres, Routledge Critical Studies in Sport.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La culture parkour a &#233;t&#233; largement popularis&#233;e en 2001 par l'interm&#233;diaire de &#171; Yamakasi &#187;, film fran&#231;ais mettant en sc&#232;ne les cofondateurs de la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les pratiquants revendiquent une tr&#232;s forte affiliation &#224; la &#171; m&#233;thode naturelle d'&#233;ducation physique &#187; d&#233;velopp&#233;e par Georges H&#233;bert.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Official research from Parkour.com, &#8220;2010 Audience of Parkour &amp; Freerunning videos online&#8221;, Parkour.com Research Department.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wheaton, B., Gilchrist, P., Lebreton, F., Atkinson, M., &#171; The politics of &lt;i&gt;Parkour&lt;/i&gt; : transnationalism, youth and social policy &#187;. Cette recherche a re&#231;u le soutien de la British Academy (2010-2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours de Mme R. Yade, 16/12/2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : &lt;i&gt;La revue de l'&#233;ducation physique&lt;/i&gt;, Vol.51/ 3, 2011 ; Document p&#233;dagogique de travail du centre universitaire de formation continu&#233;e en &#233;ducation physique : &lt;a href=&#034;http://www.cufocep.be/Parcours_Leroy-Surain_2009.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cufocep.be/Parcours_Leroy-Surain_2009.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Yade, le 19 D&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours prononc&#233; le 13 Octobre 2006 par le Ministre de la Culture et de la Communication &#224; l'ouverture de l'&#233;v&#232;nement &#171; Rue &#187; au Grand Palais, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport sur les &#171; Cultures urbaines &#187; remis au Minist&#232;re de la Culture et de la Communication le Jeudi 15 Mars 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Homme, 39 ans, pratique le parkour depuis son origine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Secr&#233;taire d'Etat aux sports, 16/12/2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien individuel r&#233;alis&#233; le 17 F&#233;vrier 2010 &#224; Rennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un parkour day est une rencontre informelle organis&#233;e par les pratiquants qui souhaitent se r&#233;unir dans une ville pr&#233;cise et &#224; une date fixe. Ces rencontres sont diffus&#233;es via les r&#233;seaux internet principalement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ducateur, 24 ans, Rennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir une ant&#233;rieure o&#249; ces &#233;tapes ont &#233;t&#233; d&#233;crites : Lebreton et alii, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours recueilli le 24 Juin 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien de F. Bach &#224; Direct soir, Mercredi 8 juillet 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bruno Girard, discours recueilli le 19 D&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chau Belle, discours recueilli le 19 D&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bruno Girard, op., cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les f&#233;d&#233;rations sportives multisports &#233;tant elles-m&#234;mes agr&#233;es par le Minist&#232;re des Sports.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien individuel r&#233;alis&#233; le F&#233;vrier 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T&#233;moignage d'un membre de l'association rennaise de Parkour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T&#233;moignage d'un membre de l'association rennaise de Parkour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Acteurs du Sport, Le magasine du r&#233;seau sportif &#187;, Num&#233;ro 127, Mars 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le contexte sportif, cette notion renvoie aux travaux d'Elias (1986), pour qui le &#171; proc&#232;s de civilisation &#187; s'est essentiellement attach&#233; &#224; d&#233;crire, en &#233;tablissant un &#233;quilibre entre &#171; l'id&#233;ographique et le nomoth&#233;tique, l'&#233;laboration, l'apprentissage et l'affinement des conduites et des normes comportementales et socialement acceptables qui ont conduit &#224; la formation des soci&#233;t&#233;s occidentales entre le Moyen &#226;ge et le 20&#232;me si&#232;cle &#187; (Bodin, 2003 :33).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce titre les recherches men&#233;es par Sport England, organisme affili&#233; au D&#233;partement de la culture, des m&#233;dias et du sport, pointant du doigt la popularit&#233; croissante des activit&#233;s sportives informelles et non-institutionnalis&#233;es et des lifestyle sports en particulier (Active People Survey, 2006, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.sportdevelopment.info/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sportdevelopment.info/&lt;/a&gt; Au Royaume-Uni, la plupart des conseils locaux ont des unit&#233;s de d&#233;veloppement du sport. Ils sont g&#233;n&#233;ralement responsables de la coordination de la fourniture locale (et le budget) pour le sport et la fourniture des loisirs actifs dans ce lieu, y compris les sports &#224; l'&#233;cole, les jeunes / centres communautaires, des parcs, des clubs, centres sportifs et divers ou des complexes et des espaces ouverts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit d'un organisme de bienfaisance certifi&#233; et ind&#233;pendant des gouvernements en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s&#8216;agit du principal Minist&#232;re du gouvernement pour les politiques sur l'immigration, la lutte contre le terrorisme, la police, les drogues et alcool et la criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agent de D&#233;veloppement au Conseil des sports de Westminster et membre fondateur de Parkour UK-National Governing Body.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une analyse plus fine de l'impact en mati&#232;re d'&#233;ducation dans ces quartiers est disponible dans Gilchrist, Wheaton, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sport England Report (2008). Creating safer communities. Reducing anti-social behavior and the fear of crime through sport. Disponible &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;http://www.sportengland.org/search.aspx?query=Parkour&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sportengland.org/search.aspx?query=Parkour&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Skateboard &amp; Espace Public. Quelques &#233;l&#233;ments de compr&#233;hension et d'explication</title>
		<link>https://influxus.eu/article1047.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://influxus.eu/article1047.html</guid>
		<dc:date>2016-09-02T11:15:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Gibout</dc:creator>


		<dc:subject>Borders</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Sc&#232;ne 1. Il est 15 heures pass&#233; de quelques minutes ce mardi de septembre 2006 lorsque Julien, skateur confirm&#233;, est interpell&#233; par la police municipale de Montpellier alors qu'il s'essaie &#224; quelques figures acrobatiques sur un de ses spots favoris, la Place Albert 1er. Cela faisait une demi-heure environ qu'il traversait le parvis de l'&#233;glise &#224; vitesse coul&#233;e, sautant les quelques marches pr&#233;c&#233;dant les rails du tramway, glissant sur la wax qu'il avait pr&#233;alablement d&#233;pos&#233; sur le bord (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot4235.html" rel="tag"&gt;Borders&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5873.html" rel="tag"&gt;Public Space&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5881.html" rel="tag"&gt;Espace Public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5905.html" rel="tag"&gt;Skateboard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5907.html" rel="tag"&gt;Don&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5909.html" rel="tag"&gt;Fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5911.html" rel="tag"&gt;Temporalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5913.html" rel="tag"&gt;Engagement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5915.html" rel="tag"&gt;Skateboard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5917.html" rel="tag"&gt;Gift&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5919.html" rel="tag"&gt;Temporality&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5921.html" rel="tag"&gt;Commitment&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sc&#232;ne 1. Il est 15 heures pass&#233; de quelques minutes ce mardi de septembre 2006 lorsque Julien, skateur confirm&#233;, est interpell&#233; par la police municipale de Montpellier alors qu'il s'essaie &#224; quelques figures acrobatiques sur un de ses spots favoris, la Place Albert 1er. Cela faisait une demi-heure environ qu'il traversait le parvis de l'&#233;glise &#224; vitesse coul&#233;e, sautant les quelques marches pr&#233;c&#233;dant les rails du tramway, glissant sur la wax qu'il avait pr&#233;alablement d&#233;pos&#233; sur le bord empierr&#233; d'un massif arbustif pour concomitamment le rendre plus &lt;i&gt;&#171; glissable &#187;&lt;/i&gt; et le prot&#233;ger des chocs de sa planche, &#233;vitant soigneusement les trottoirs oppos&#233;s o&#249; quelques commer&#231;ants bien identifi&#233;s se plaisaient &#224; se plaindre du bruit inh&#233;rent &#224; la roule urbaine et du stress g&#233;n&#233;r&#233; sur leur client&#232;le respective. Ils ne lui ont laiss&#233; aucune chance de fuite ou d'&#233;chappatoire dans une des art&#232;res adjacentes et l'ont &#171; pinc&#233; les doigts dans le sac &#187;, ou plus exactement les pieds sur la planche. Il tente bien une n&#233;gociation, plaidant un comportement responsable, &#233;vitant les sorties d'&#233;cole, les heures d'office ou les jours d'influence dans les comportements d'achalandage, slalomant &lt;i&gt;&#171; au large &#187;&lt;/i&gt; entre les tr&#232;s rares passants&#8230; Rien n'y fait. En application d'un arr&#234;t&#233; municipal interdisant la pratique en dehors des espaces qui lui sont express&#233;ment d&#233;volus, la double sanction tombe : proc&#232;s-verbal de premi&#232;re cat&#233;gorie qui le renvoie &#224; une appartenance &#224; un groupe social d&#233;linquant au m&#234;me titre qu'un vulgaire contrevenant routier, confiscation de l'objet du d&#233;lit &#8211; pour l'anecdote un mat&#233;riel plut&#244;t en fin de vie mais pr&#233;cieux au regard d'un co&#251;t assez prohibitif m&#234;me pour un jeune issu de classes moyennes intellectuelles sup&#233;rieures. Julien repart, furieux, en direction de son domicile, lan&#231;ant une rafale de SMS pour pr&#233;venir les membres de la communaut&#233; qu'il connait de cette nouvelle donne et invitant &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; d'&#233;ventuelles cons&#233;quences quant au futur de la pratique dans la ville de Montpellier : strat&#233;gies de riposte, de pr&#233;vention ou d'&#233;vitement, d&#233;placements vers d'autres spots, espacements des sessions locales, protestation aupr&#232;s de l'&#233;lue, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sc&#232;ne 2. En ce d&#233;but de printemps 2005, les lumi&#232;res vacillent sur la place Jean Bart &#224; Dunkerque au motif d'un temps entre chien et loup qui rend la pratique de la roule urbaine assez incertaine. Pourtant, Jonathan, Marc et leur copain ne peuvent se r&#233;soudre &#224; quitter les lieux et se lancent, une &#233;ni&#232;me derni&#232;re fois, dans un sprint slalom&#233; entre des blousons et des sacs dispos&#233;s &#224; m&#234;me le sol. Un vendeur en t&#233;l&#233;phonie les h&#232;le et leur demande de d&#233;guerpir car ils font un &lt;i&gt;&#171; boucan d'enfer, qu'&#224; part au moment du carnaval [il n'] y a pas pire !!! &#187;&lt;/i&gt;. Une provocation &#8211; assez disproportionn&#233;e au regard de la r&#233;alit&#233; du bruit g&#233;n&#233;r&#233; - dont les jeunes skateurs sont coutumiers mais &#224; laquelle ils ne font gu&#232;re attention. Comme s'ils &#233;taient s&#251;rs de leur bon droit. Un peu plus loin en effet, sur un banc, un papy se l&#232;ve assez prestement et quitte temporairement ses compagnons d'&#226;ge pour venir les rejoindre. Et, contrairement &#224; ce que le quidam aurait pu supposer, il se place d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; leurs c&#244;t&#233;s, sugg&#233;rant une ancienne transaction entre diff&#233;rents groupes d'usagers de cet espace public de centre-ville (Gibout &amp; Lebreton, 2014). &lt;i&gt;&#171; Non mais, ils ne font pas de mal&#8230; Et, en plus, on s'&#233;tait mis d'accord avec eux&#8230; Pas trop t&#244;t pour pas g&#234;ner la sieste, pas &#224; la sortie de l'&#233;cole &#224; cause des bazars&lt;/i&gt; [les planches] &lt;i&gt;dans les chevilles&#8230; Non, ils sont r&#233;glos. Faut pas les [emb&#234;ter] avec &#231;a !!! &#187;&lt;/i&gt;. Triomphants, les 3 copains bombent le torse et lancent un sonore remerciement appuy&#233; d'un large signe de main. Puis, avisant l'horaire, ils remballent leurs affaires et annoncent un repli vers un hangar du port, &lt;i&gt;&#171; afin de respecter ce que l'asso[ciation] a dit ! &#187;&lt;/i&gt;. La personne plus &#226;g&#233;e repart, l'&#339;il goguenard, prendre sa place sur le banc. &lt;i&gt;&#171; C'est bien les jeunes, c'est &#231;&#224;&#8230; Et &#224; bient&#244;t !!! &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sc&#232;ne 3. Marseille. Vacances scolaires en avril 2006. En plongeant du quartier du Pharo pour longer les plages du Prado, le &lt;i&gt;bowl&lt;/i&gt; surgit arrogant et fier &#224; l'escale Borely. Inaugur&#233; en 1991, il se scinde, virtuellement, en 3 parties. Tout d'abord, il y a le &lt;i&gt;spine&lt;/i&gt;, compos&#233; de deux &lt;i&gt;half-pipes&lt;/i&gt; s&#233;par&#233;s par l'ar&#234;te qui lui donne son nom. Ensuite, viennent, figurant un tr&#232;fle, trois petits &lt;i&gt;bowls&lt;/i&gt; de tailles diff&#233;rentes, les deux plus petits formant un huit et une &lt;i&gt;m&#233;ga&lt;/i&gt; (2,70 m de haut) pour les plus audacieux. Enfin, la mini est un espace r&#233;serv&#233; &#224; la pratique &lt;i&gt;street&lt;/i&gt;. Le lieu voit se croiser skateboards, rollers ainsi que BMX qui s'y succ&#232;dent sur de larges plages horaires au motif qu'un &#233;clairage nocturne et qu'une desserte satisfaisante en transports en commun rendent son utilisation plus ais&#233;e. L'installation du skatepark au c&#339;ur de la Cit&#233; phoc&#233;enne correspond aussi &#224; un mouvement global de prise de conscience, d'abord, d'une mont&#233;e en puissance des pratiques sportives auto-organis&#233;es (Chantelat &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 1996) et, ensuite, d'une motivation des n&#233;o-sportifs &#224; chercher dans des facteurs intrins&#232;ques &#224; la pratique elle-m&#234;me et non plus extrins&#232;ques (Recours &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 2004). Mais, ce qui frappe ici, c'est d'abord l'esprit comp&#233;titif qui sourd du lieu et qui, au moins en partie, est imputable aux configurations spatiales &#224; l'&#339;uvre (Laurent, 2010). Les usagers sont nombreux, essentiellement autochtones mais aussi quelques &#233;trangers qui connaissent la r&#233;putation du bowl marseillais au motif de son apparition dans un l&#233;gendaire jeu vid&#233;o de skate &lt;i&gt;Tony Hawk Pro Skater&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit d'un jeu sur console vid&#233;o bas&#233; sur l'activit&#233; de skateboard. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . D'autres encore savent que transpirent ici des sagas quant &#224; l'histoire comp&#233;titive de la pratique (pr&#233;sences tr&#232;s r&#233;guli&#232;res de comp&#233;titions internationales &#224; l'instar du &lt;i&gt;Quiksilver Bowlrider&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;Orange Massilia Freestyle Cup&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Pro Bowl Contest&lt;/i&gt; et autres &#233;tapes marseillaises du circuit professionnel international) et &#224; l'utilisation du lieu dans de multiples vid&#233;os qui hantent les sites internet g&#233;n&#233;ralistes ou d&#233;di&#233;s &#224; la pratique. Si j'emploie le mot saga, c'est &#224; dessein car se sont construites ici des l&#233;gendes des d&#233;buts de la discipline, des cycles comp&#233;titifs &#233;piques &#8211; r&#233;els ou virtuels via les jeux vid&#233;o &#8211; qui ont contribu&#233; &#224; la mythologisation du lieu au sein de la communaut&#233; de pratiquants (Cretin, 2007 ; Laurent, 2012). Le &lt;i&gt;bowl&lt;/i&gt; marseillais autorise d'ailleurs, &#224; un niveau performatif &#233;lev&#233; (surtout &#224; l'&#233;poque de sa cr&#233;ation), les combinaisons entre les quatre principales cat&#233;gories de &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; (figures acrobatiques) : les &lt;i&gt;flips&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;grabs&lt;/i&gt;, gestes qui s'effectuent en l'air, les &lt;i&gt;grinds&lt;/i&gt; et autres &lt;i&gt;slides&lt;/i&gt; sur une barre et, enfin, les &lt;i&gt;copings&lt;/i&gt;. Ici, quel que soit le niveau de pratique, l'&#226;ge ou le groupe d'appartenance du pratiquant (L'Aoustet &amp; Griffet, 2001), il n'y a, tr&#232;s souvent, que deux engeances. Vaincre ou partir. La r&#233;partition de l'espace s'op&#232;re selon un mode de r&#233;gulation tacite mais immuable. Les diff&#233;rents groupes se r&#233;partissent les diff&#233;rents lieux mais l'implantation est &#233;ph&#233;m&#232;re et transitoire. Ce sont la force du nombre et plus encore la qualit&#233; technique compar&#233;e des groupes qui conduit &#224; des reconfigurations continues. Et gare &#224; celui qui ne partirait pas assez vite &#8211; et volontairement - pour laisser la place &#224; un plus &#171; expert &#187; que lui. Des rappels &#224; l'ordre &#8211; d'abord verbaux puis tr&#232;s vite physiques - s'op&#232;rent rapidement par les groupes qui, chacun, s'agr&#232;gent autour d'un leader charismatique et technique (Gebauer, 1998). Les entr&#233;es dans le bowl sont contr&#244;l&#233;es &#224; l'interne des groupes de pratiquants selon les activit&#233;s et le niveau performatif, les autres restent &lt;i&gt;&#171; sur le bord &#187;&lt;/i&gt;, faute de pouvoir s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sc&#232;ne 4. Plage de Calais, &#233;t&#233; 2004. Milieu d'apr&#232;s-midi. L&#233;g&#232;rement en retrait de la zone de jeux de sable, presque en face de la camionnette du glacier qui diffuse une musique aussi lancinante qu'est criard son coloris. Stevens et ses camarades Kevin et Djezon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit l&#224; de la francisation malhabile du pr&#233;nom &#171; Jason &#187; prononc&#233;e &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, trois adolescents calaisiens, sont l&#224; depuis plusieurs heures &#224; tourner sur la rampe un peu d&#233;catie qui tr&#244;ne maigrelette au pied des immeubles de front de mer. Quelques jeunes touristes belges et/ou n&#233;erlandais s'aventurent &#224; proximit&#233; de la zone d'activit&#233;. L'un a son propre mat&#233;riel qu'il exhibe fi&#232;rement en le faisant tourner autour de sa taille tandis que les trois autres sont venus directement de la plage, les mains dans les poches et les pieds dans des sandales. Les groupes se regardent quelques instants en chiens de fa&#239;ence. D'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, les chuchotements vont bon train. Quelques gentilles moqueries r&#233;ciproques, certains rapides commentaires sur les tenues respectives et sur les figures tent&#233;es par les trois Fran&#231;ais. Le Flamand &#233;quip&#233; pose sa planche au sol &#224; l'entr&#233;e de la rampe. Il regarde autour de lui et s'&#233;lance. Ces copains de circonstance l'encouragent dans la langue de Louis Paul Boon. Les autochtones sont interloqu&#233;s. Non seulement il n'a pas exprim&#233; un d&#233;sir d'entr&#233;e mais, en plus, il se r&#233;v&#232;le bon technicien. Cette derni&#232;re qualit&#233; devient un s&#233;same pour le groupe, comme si jouait un primat &#224; la (p&#233;)dext&#233;rit&#233;. Le plus techniquement audacieux des francophones se lance &#224; son tour, il le d&#233;fie, presque gentiment. Son camarade, moins hardi en glisse mais plus t&#233;m&#233;raire en langue anglaise, interpelle les autres rest&#233;s sur le c&#244;t&#233;. Il engage la conversation, m&#234;lant vocable disciplinaire, balbutiements anglophones et autres anglicismes&#8230; Et cela fonctionne. En face, un autre r&#233;pond, avec force gestes et mimiques. Un partage de la rampe s'op&#232;re, avec une alternance de pratiques de chaque groupe auxquels s'entrem&#234;lent quelques d&#233;fis r&#233;ciproques. Un accord est m&#234;me tacitement trouv&#233; afin de partager les boards quelques moments et de ne pas frustrer ceux qui en sont d&#233;pourvus. Les deux groupes coexistent et, plus encore, ils pr&#233;sentent aux rares badauds pr&#233;sents quelques &#233;changes baragouin&#233;s. L'apr&#232;s-midi s'&#233;tire. Un Flamand est parti rejoindre ses parents &#224; leur appel &#224; quitter la plage. Soudain, d&#233;boule un chien qui se jette dans les pattes des skateurs. Il se met &#224; couiner en rejoignant son maitre qui se pr&#233;cipite, canette d'une main et gosse de l'autre, en invectivant les rouleurs. Les deux groupes qui s'&#233;taient rapproch&#233; sans jamais ne faire un s'allient alors illico pour faire face. Les avanies et autres injures fusent mais les jeunes font front et semblent l'emporter. Le maitre du chien s'&#233;loigne en vocif&#233;rant. Puis, dans un brusque mouvement, fait demi-tour pour venir baffer le jeune autochtone qui a heurt&#233; son animal. Ce dernier l'&#233;vite d'un geste rapide et, de loin, le nargue. Furieux, l'autre personnage attrape sa bouteille et la fait voler en mille &#233;clats sur la rampe qui se couvre de tessons et de liquide&#8230; &#171; Bien fait pour vot[r]e gueule, bandes de petits cons&#8230; D&#233;gagez ! Pas de jeux de p&#233;d&#233;s ici&#8230; &#187;. Un Maitre-Nageur- Sauveteur qui a &#233;t&#233; t&#233;moin de la sc&#232;ne s'approche et lui demande illico des excuses&#8230; La tension retombe pourtant devant les mots maugr&#233;&#233;s et la fuite de l'homme agressif impressionn&#233; par le gabarit de la tierce personne. Mais, pour les six jeunes skateurs restant, la s&#233;ance est finie. Rendue, au moins temporairement impraticable, la rampe est rapidement d&#233;sert&#233;e. La session dissip&#233;e, l'espace est rendu &#224; sa vacuit&#233; ; aire de jeux d&#233;sol&#233;e encombr&#233;e de d&#233;bris o&#249;, peut-&#234;tre, quelques jeunes plus encore d&#233;s&#339;uvr&#233;s en cette p&#233;riode estivale viendront, le soir, se retrouver autour de quelques taffes et d'un pack de bi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des situations s&#233;par&#233;es mais rassembl&#233;es&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre lieux diff&#233;rents, quatre exp&#233;riences distinctes. Peu de liens imm&#233;diatement cr&#233;dibles sinon le fait que nous en f&#251;mes le t&#233;moin au cours d'enqu&#234;tes nous ayant conduit &#224; arpenter divers terrains de pratique du skateboard pendant plus d'une douzaine d'ann&#233;es. Et, surtout, l'&#233;vidence d'une apparente homologie des pratiques ludo-sportives qui s'y organisent et la question des formes possibles d'espace public &#224; l'&#339;uvre sur chacun d'entre eux. Une analyse compar&#233;e des situations s'impose &#224; nous comme une &#233;vidence, en ce qu'elle offre une opportunit&#233; de construire, d&#233;construire et reconstruire certaines cat&#233;gories d'analyse de l'espace public appliqu&#233;e &#224; l'objet &#171; Activit&#233; physique, sportive et/ou artistique (APSA) de pleine nature urbaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Activit&#233;s physiques de pleine nature( APPN) rassemblent les activit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la question n'est pas fonci&#232;rement nouvelle (Adamkiewicz, 1995 ; Beal, 1995 ; Calogirou &amp; Touch&#233;, 1995 a &amp; b ; Chantelat &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 1996 &amp; 1998 ; Gibout, 2004 a &amp; b ; L'Aoustet &amp; Griffet, 2001 ; Loret &amp; Waser, 2001 ; Pedrazzini, 2001 ; P&#233;gard, 1998 ; Stratford, 2002 ; Wooley &amp; John, 2001), elle s'actualise au motif des changements &#224; l'&#339;uvre dans les pratiques depuis une trentaine d'ann&#233;es, rappelant incidemment combien de &lt;i&gt;&#171; nouvelles pratiques &#187;&lt;/i&gt; inventent de &lt;i&gt;&#171; nouveaux espaces &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut ici entendre les adjectifs &#171; nouvelles &#187; et &#171; nouveaux &#187; non point (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Bessy &amp; Hillairet, 2002). Bien que pr&#233;sentement il s'agisse davantage d' &lt;i&gt;&#171; innovations de croissance &#187;&lt;/i&gt; que d' &lt;i&gt;&#171; innovations de rupture &#187;&lt;/i&gt; (R&#233;my, 1996), les hybridations et autres modes d'agir, de faire et de penser qui en d&#233;coulent obligent &#224; repenser, au moins partiellement, les interpr&#233;tations de ce qui est donn&#233; &#224; voir au c&#339;ur des rues et places des villes occidentales (Carrion, 2007 ; Escaffre, 2011 ; Gibout, 2009 &amp; 2013 ; Gibout &amp; Lebreton, 2014 ; Gilchrist &amp; Wheaton, 2011 ; Laurent, 2012 ; Lebreton, 2010 ; Saravi &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;., 2011 ; Wheaton, 2013).&lt;br class='manualbr' /&gt;Autre &#233;l&#233;ment transversal &#224; ces quatre sc&#232;nes, leur inscription dans la complexit&#233; du social et des tensions qui le structurent. En effet, ainsi que le remarquait Georges Gurvitch, La &lt;i&gt;&#171; r&#233;alit&#233; sociale (&#8230;)&lt;/i&gt; [est] &lt;i&gt;caract&#233;ris&#233;e par un enchev&#234;trement inextricable de tensions dont les degr&#233;s d'intensit&#233; varient (&#8230;) Dans le ph&#233;nom&#232;ne social total, s'opposent les &#233;l&#233;ments astructurels, les &#233;l&#233;ments structurables (mais non structur&#233;s), les structures et les organisations. Sur un plan horizontal, nous observons les conflits entre les manifestations de la sociabilit&#233;, entre les groupes particuliers, (&#8230;) entre les classes et &#224; l'int&#233;rieur de celles-ci (&#8230;). Sur un plan vertical, la base morphologique, les organisations ou appareils, les conduites r&#233;guli&#232;res : rites, coutumes, pratiques, modes (&#8230;) attitudes collectives, symboles, conduites novatrices et cr&#233;atrices, valeurs et id&#233;es collectives, enfin la mentalit&#233; collective &#187;&lt;/i&gt; (Gurvitch, 1950 : 37). &lt;i&gt;De facto&lt;/i&gt;, les diff&#233;rentes situations pr&#233;sent&#233;es pr&#233;c&#233;demment soulignent les formes de l'espace public &#224; l'&#339;uvre, &#224; la fois horizontalement, quant au partage d'un emplacement et quant &#224; la possibilit&#233; d'une parole commune &#224; l'int&#233;rieur d'une m&#234;me communaut&#233;, et &#224; la fois verticalement, quant aux interactions entre acteurs in&#233;gaux au sein d'un m&#234;me lieu. Le tout posant &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; la question de la gouvernance urbaine et des espaces publics o&#249;, de plus ou plus, les skateurs aspirent &#224; &lt;i&gt;&#171; sortir de la marge &#187;&lt;/i&gt; pour entrer dans une v&#233;ritable relation socio-spatiale (Stratford, 2002). Ce sont l&#224; les lignes de force qui seront crois&#233;es et interrog&#233;es en tant qu'elles autorisent une relecture de la pratique du skateboard &#224; l'aune de quelques th&#233;ories socio-anthropologiques de l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Don et Sacrifice au c&#339;ur de l'espace public des skateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En relisant ce qui se joue sur ces terrains &#224; l'aune de Marcel Mauss (1950) et de Georg Simmel (1900), est constat&#233;e la v&#233;ritable ambigu&#239;t&#233; de l'&#233;change, lequel est constitutif de &lt;i&gt;l'&#234;tre-ensemble&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;faire-soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. La possibilit&#233; de l'espace public repose ainsi sur l'existence d'un &#233;change et d'un sacrifice ; il s'agit de &lt;i&gt;&#171; c&#233;der de soi pour la relation &#224; autrui &#187;&lt;/i&gt; (Papilloud, 2002 : 84), le devenir en relation a pour pr&#233;requis l'abandon d'une part de soi qui est offerte &#224; l'autre, et r&#233;ciproquement. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ainsi les skateurs sont dans cette logique du don et du sacrifice comme condition pr&#233;alable &#224; leur entr&#233;e dans la relation &#224; autrui ainsi que dans l'espace &#224; partager. Pour acc&#233;der aux espaces de pratique, et plus encore pour acc&#233;der aux groupes de pratiquants, ils doivent faire montre de leur aisance technique et de leur int&#233;riorisation des normes du groupe. Ce faisant, histoire de participer &#224; l'espace commun qui se fait jour, ils sacrifient une part d'eux-m&#234;mes au profit de la possibilit&#233; d'un partage commun. L'acceptation de l'autre au sein des espaces de pratique repose sur une incertitude, celle de ne pas s'en faire &#233;jecter ult&#233;rieurement et que le troisi&#232;me temps de l'obligation du don assure un acc&#232;s au lieu et/ou au groupe. Cela est encore plus vrai lorsque surgissent des logiques claniques et ou communautaires qui accroissent l'incertitude de la situation. Mais, le surgissement d'alliances de circonstances (Caplow, 1971) permet &#233;galement de temp&#233;rer les situations de blocage et les confiscations d&#233;finitives de l'espace ludique par un groupe ou un autre. S'instaure ainsi une gestion in&#233;galitaire de l'espace public mais au sein duquel se construit un compromis pratique sur les usages partag&#233;s de cet espace, personne ne voulant prendre le risque d'une position &#233;crasante qui serait radicalement remise en cause, personne ne voulant ob&#233;rer la possibilit&#233; de l'&#234;tre-ensemble, m&#234;me si chacun appr&#233;cie un rapport des forces en pr&#233;sence en sa faveur (Blanc, 2012). &lt;br class='manualbr' /&gt;A l'identique, dans les villes r&#233;pressives, les rapports entre skateurs et instances politiques et polici&#232;res locales souscrivent &#224; ce principe de substitution. Le pari de la fr&#233;quentation d'un lieu o&#249; la pratique est rigoureusement interdite repose ainsi que l'acceptation assum&#233;e et revendiqu&#233;e par les usagers eux-m&#234;mes, de la possibilit&#233; &#8216;une sanction financi&#232;re ou mat&#233;rielle. Ce pari repose &#233;galement sur l'acceptation de la l'&#233;ventualit&#233; d'une fuite ou d'un d&#233;part inopin&#233; emp&#234;chant la fin de l'action ludo-sportive, ceci afin d'&#233;chapper aux forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fronti&#232;re comme &#233;l&#233;ment de construction de l'espace public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant appui sur les m&#234;mes auteurs, nous constatons la n&#233;cessit&#233; de la fronti&#232;re au c&#339;ur de l'espace public. Qu'elle soit directement li&#233;e &#224; la morphologie sociale et contingente &#224; toute relation sociale concr&#232;te (Mauss, 1967 : 24-25) ou que &lt;i&gt;&#171; l'unit&#233; de l'effet de r&#233;ciprocit&#233;, du rapport fonctionnel de chaque &#233;l&#233;ment &#224; tous les autres trouve son expression spatiale dans la fronti&#232;re qui en impose un cadre &#187;&lt;/i&gt; (Simmel, 1908 : 694), la fronti&#232;re appara&#238;t comme une garantie de la &lt;i&gt;co&lt;/i&gt;-habitation et de la &lt;i&gt;co&lt;/i&gt;-existence dans un m&#234;me espace. En quelque sorte, elle assure la poursuite des relations. Elle l'assure dans le sens o&#249; elle la rend plus s&#251;re ; elle l'assure dans la mesure o&#249; elle lui offre un cadre de garantie propre &#224; rassurer chacun quant &#224; la possibilit&#233; individuelle dans le collectif, la possibilit&#233; d'un quant-&#224;-soi dans un espace commun. &lt;br class='manualbr' /&gt;Cette sociabilit&#233; born&#233;e se retrouve parfaitement chez les jeunes urbains dans leurs activit&#233;s de loisirs. Ainsi, si le skate-park para&#238;t, de prime abord, un espace libre d'acc&#232;s &#8211; ce qu'il n'est d'ailleurs pas -, les imp&#233;ratifs de la cohabitation des diff&#233;rents publics contingentent leurs pratiques respectives. Entre les diff&#233;rentes activit&#233;s physiques, entre les multiples groupes d'&#226;ges, de niveaux, d'origine(s) g&#233;ographique(s) ou culturelle(s), se dessine par confrontation des positions initiales et par frottements des comportements, une cartographie des lieux qui s'ajuste au rapport de forces &#224; l'&#339;uvre dans l'ici et le maintenant. L'int&#233;r&#234;t bien compris de chacun est de b&#233;n&#233;ficier au maximum de l'espace mis &#224; la disposition des diff&#233;rents publics. Pourtant, in&#233;vitablement, la pratique de l'un ob&#232;re celle de l'autre dans l'absolu de sa libert&#233;. Pourtant, le rapport de forces est, stricto sensu, rarement de mise. Se d&#233;ploie une forme de r&#233;gulation qui repose sur la mise en place explicite de ligne de partage et de fronti&#232;res dans le temps et dans l'espace qui permettent &#224; chacun &#8211; groupe ou personne &#8211; d'y trouver au mieux sa place. La fronti&#232;re est ainsi &#224; la fois ce qui s&#233;pare et ce qui relie. Elle est &#224; la fois facteur de proximit&#233; et facteur de distanciation. La fr&#233;quence de la proximit&#233; spatiale vient d'abord renforc&#233;e ce lien social, en ce qu'elle finit par induire une interconnaissance entre les personnes fr&#233;quentant les m&#234;mes lieux ainsi qu'une forme de pr&#233;dictibilit&#233; r&#233;ciproque des comportements des uns et des autres. Mais, parce qu'il existe une diff&#233;rence entre eux et nous, la fronti&#232;re vient opportun&#233;ment rappeler les diff&#233;rences culturelles ou sociales ; elle op&#232;re un distinguo entre les individus et/ou les groupes, autorisant les comportements de confrontation et de collaboration conflictuelle au c&#339;ur de l'espace commun. Si les skateurs &#171; experts &#187; peuvent imposer une occupation plus longue et plus extensive de telle ou telle place aux &#171; amateurs &#187; et autres &#171; d&#233;butants &#187;, c'est au motif de diff&#233;rences culturelles. Mais, ils n'annihilent pas leur possibilit&#233; de s'exprimer avec une planche aux pieds car, probablement, certains s'am&#233;lioreront et acquerront les codes, normes et valeurs propres &#224; la pratique du skate, par-del&#224; ces segmentations internes. Pareillement, la confrontation r&#233;guli&#232;re avec d'autres groupes d'usagers de l'espace public (commer&#231;ants, chalands, riverains, protecteurs du patrimoine, parents d'&#233;l&#232;ves, etc.) permet de rappeler &#224; chacun les diff&#233;rences ontologiques qui pr&#233;sident aux logiques comportementales des uns et des autres. Certes, nombreux sont ceux qui, bon an mal an, finissent par les rencontrer et tentent de se faire une place au c&#339;ur des dispositifs de la citoyennet&#233; locale. En cr&#233;ant des associations, en acceptant de n&#233;gocier - c'est-&#224;-dire de c&#233;der sur certains points pour se garantir une possibilit&#233; de skating -, les skateurs n'entendent plus rester &lt;i&gt;&#171; sur le bord &#187;&lt;/i&gt; (Stratford, 2002), dans cette marge culturelle o&#249; l'imaginaire public leur confine (Gilchrist &amp; Wheaton, 2011 ; Laurent, 2012), mais veulent prendre pied dans l'espace public, participer &#224; une gouvernance concert&#233;e, d'abord quant &#224; l'occupation des espaces publics, ensuite quant &#224; la d&#233;finition m&#234;me d'une urbanit&#233; qui ne soit pas exclusivement mercantile ou &lt;i&gt;corporate&lt;/i&gt; (Daskalaki &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 2008) mais de l'ordre du r&#234;ve et de l'imagination (Calogirou &amp; Touch&#233;, 1995-b), davantage une urbanit&#233; sportive (Escaffre, 2011) ou m&#234;me, plus encore, une urbanit&#233; ludique (Lebreton, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'espace public du skate : un construit du temps et de la m&#233;moire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un panorama de situations rep&#233;r&#233;es par d'autres chercheurs dans le monde occidental &#224; mes propres recherches, surgissent presque invariablement l'interaction entre le temps et l'espace (Certeau, 1980) et l'incidence m&#233;morielle (Halbwachs, 1950) qui lui est index&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;La premi&#232;re question du lien entre temps et espace r&#233;side dans la fa&#231;on dont l'espace partag&#233; est d'abord le lieu d'av&#232;nement d'un r&#233;cit, lequel est cette parole qui surgit de la confrontation d'acteurs individuels et collectifs dans cet espace. L'espace est donc, &#224; la diff&#233;rence du lieu, un &lt;i&gt;&#171; croisement de mobiles (&#8230;) saisi dans l'ambigu&#239;t&#233; d'une effectuation, mu&#233; en un terme relevant de multiples conventions, pos&#233; comme l'acte d'un pr&#233;sent (ou d'un temps), et modifi&#233; par les transformations dues &#224; des voisinages successifs &#187;&lt;/i&gt; (Certeau, 1980 : 172-173). En entrant dans l'espace public, qui plus est sans y &#234;tre n&#233;cessairement attendus ou bienvenus, les skateurs font surgir un discours. Ils obligent autrui &#224; prendre position quant &#224; leur propre existence et &#224; leur (il)l&#233;gitimit&#233; &#224; postuler &#224; une place dans l'urbain contemporain. De ce point de vue d&#233;j&#224;, les skateurs sont donc des acteurs qui autorisent possiblement &#224; l'av&#232;nement de discours concurrents et avec lesquels ils aspirent au dialogue et &#224; la construction d'une parole commune. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;&#171; Une diff&#233;rence entre espace et temps donne la suite paradigmatique : dans la composition de lieu initial (I), le monde de la m&#233;moire (II) intervient au bon moment (III) et produit des modifications de l'espace (IV). Selon ce type de diff&#233;rence, la s&#233;rie a pour commencement et pour fin une organisation spatiale ; le temps y est l'entre-deux, &#233;tranget&#233; survenue d'ailleurs et produisant le passage d'un &#233;tat des lieux au suivant. En somme, entre deux &#233;quilibres, l'irruption d'un temps &#187;&lt;/i&gt; (Certeau, 1980 : 128). Ce rapport t&#233;nu entre temps et espace est r&#233;current au sein des groupes de skateurs. A l'interne, se n&#233;gocient les lieux et les temps de rencontre et de pratique, les premiers interf&#233;rant sur les seconds et r&#233;ciproquement. Taille de l'effectif, probabilit&#233; d'autres occupants sur place, occurrence de pr&#233;sences non d&#233;sir&#233;es (forces de l'ordre, &#171; d&#233;butants &#187; pour les &#171; experts &#187;, etc.), envie (ou non) d'&#233;changer ou plut&#244;t de performer, etc. Tout cela construit un espace-temps jug&#233; plus opportun ou plus propice qui va directement interagir avec les formes du lien social &#224; l'&#339;uvre au sein des espaces concern&#233;s. De m&#234;me, le caract&#232;re it&#233;ratif de la pr&#233;sence sur un m&#234;me lieu est souvent mat&#233;rialis&#233; par la capacit&#233; des membres du groupe &#224; le d&#233;nommer par un vocable commun qui parfois leur est propre et se fonde sur des &#233;v&#233;nements singuliers de la vie du groupe ou encore par l'adjonction de signes ou stigmates qui inscrivent dans la mat&#233;rialit&#233;, et symboliquement &#171; dans le marbre &#187;, la r&#233;gularit&#233; de la pr&#233;sence des skateurs (i.e. wax sur les parapets). Et cette inscription territoriale va constituer un mode d'entr&#233;e privil&#233;gi&#233; dans l'espace public et un levier int&#233;ressant &#224; mobiliser pour justifier la l&#233;gitimit&#233; accrue de la parole et des int&#233;r&#234;ts du groupe dans les processus de concertation et de participation de plus en plus pr&#233;sents &#224; l'&#233;chelle locale. &lt;br class='autobr' /&gt;
La question de la m&#233;moire collective passe par une prise de conscience d'un soi collectif laquelle suppose un effort de positionnement social, et souvent spatial au travers de lieux de positionnement de l'identit&#233; collective et de rites qui l'entretiennent (Halbwachs, 1950). Ainsi, les skateurs s'efforcent, &#231;&#224; et l&#224;, de s'organiser et de se f&#233;d&#233;rer, en particulier pour mieux r&#233;sister aux autres acteurs impliqu&#233;s dans l'espace urbain au sein duquel ils interagissent. Pour r&#233;ussir ce pari d'une conscience collective, ils s'inventent une m&#233;moire collective &#224; la faveur d'un man&#232;ge incorporant des traces mat&#233;rielles et/ou des formes de rites, &#233;prouvant ici un mod&#232;le pr&#233;sent dans des groupes minoritaires et autres communaut&#233;s comme celle des compagnons (Gu&#233;dez, 1994). Au moyen de cette incorporation d'objets mat&#233;riels et symboliques en lien avec le pr&#233;sent (rites, &#233;preuves d'int&#233;gration, contraventions, photos, vid&#233;os en ligne, r&#233;cits et autres l&#233;gendes urbaines sur des exploits sportifs plus ou moins r&#233;els, etc. cf. Cretin, 2007 &amp; Laurent, 2012), il ne s'agit pas tant de conserver un pass&#233; que de cr&#233;er un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; m&#233;moriel entre le pass&#233; et le pr&#233;sent afin de projeter le groupe social ainsi constitu&#233; dans un avenir possible. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de ce double surgissement du temps et de la m&#233;moire que peut surgir la possibilit&#233; d'une forme partiellement renouvel&#233;e d'engagement public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'espace public du skate : un engagement bricol&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'aucuns ont pu mettre en &#233;vidence la culture populaire comme site possible de r&#233;sistance sociale, cette exp&#233;rience doit &#234;tre examin&#233;e quant &#224; ce qui se passe dans l'univers du skateboard. Ainsi que le montre Becky Beal (1995) dans la continuit&#233; des travaux de Gramsci (1959), la sous-culture de la planche &#224; roulette est d&#233;crite comme une forme de culture populaire qui r&#233;siste aux relations sociales capitalistes et permet d'envisager des reconfigurations de l'espace public (Carri ?n, 2007). La r&#233;sistance particuli&#232;rement explicite de ses pratiquants et pratiquantes sugg&#232;re &#233;galement un cadre d'analyse qui h&#233;site entre la &lt;i&gt;po&#239;&#233;tique&lt;/i&gt; ch&#232;re &#224; Michel de Certeau (1980) et les &lt;i&gt;h&#233;t&#233;rotopies&lt;/i&gt; propres &#224; Michel Foucault (2009). &lt;br class='manualbr' /&gt;Les travaux de chercheurs comme Escaffre (2011), Gilchrist &amp; Wheaton (2011), Laurent (2012), Lebreton (2010) ou Saravi &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; (2011) persuadent d'une pratique de glisse ou de roule urbaine qui &lt;i&gt;&#171; n'est pas si futile qu'elle y para&#238;t et signe un acte politique qui invite &#224; penser les protagonistes comme des citoyens &#187;&lt;/i&gt; (Saravi et al., 2011 : 141). Ces diverses &#233;tudes, dans le d&#233;passement de ceux d'olivier Pegard (1998) et d'Yves Pedrazzini (2001), insistent sur le fait que, dans le cadre d'une exploration spatiale et/ou d'un hors-piste urbain, il ne s'agit pas seulement de r&#233;v&#233;ler une modernit&#233; urbaine ou une forme d'&#233;chappatoire &#224; la monotonie du r&#233;el mais bien de proposer une alternative aux mani&#232;res de vivre et de penser l'urbain. &lt;br class='manualbr' /&gt;D'une part, la litt&#233;rature sur les usages de l'urbain par les skateurs nous instruisent d'un rapport bricol&#233;, rus&#233; ou d&#233;tourn&#233; de l'environnement social, culturel ou spatial qui permet &#224; l'Homme ordinaire de s'&#233;chapper, au moins partiellement, de la logique de l'ordre dominant. Si la logique soci&#233;tale impose des places, des r&#244;les et des objets &#224; consommer selon un certain ordre, l'individu ordinaire &lt;i&gt;&#171; se soustrait en silence &#224; cette conformation. Il invente le quotidien gr&#226;ce aux arts de faire, ruses subtiles, tactiques de r&#233;sistance par lesquelles il d&#233;tourne les objets et les codes, se r&#233;approprie l'espace et l'usage &#224; sa fa&#231;on &#187;&lt;/i&gt; (Certeau, 1980 : 347). Si, d'en haut, semble s'imposer une forme de lecture du monde au moyen d'un usage r&#233;gl&#233; et syst&#233;matique d'objets, en pratique, des tactiques permettent de retrouver une forme de libert&#233; individuelle dans la cadre global de l'imposition et de la contrainte collectives (Certeau, 1980). Empruntant &#224; ce dernier auteur, Michel Lussault (2000) pointe des &lt;i&gt;&#171; discours cheminatoires &#187;&lt;/i&gt; et autres &lt;i&gt;&#171; rh&#233;toriques pi&#233;tonni&#232;res &#187;&lt;/i&gt; : modes alternatifs de se d&#233;placer et de (se) jouer avec les normes et usages pr&#233;construits l'espace urbain dont les skateurs sont les illustres d&#233;l&#233;gu&#233;s tant ils s'amusent des contraintes formelles (couloirs d&#233;di&#233;s, parapets, rampes, etc.) et retrouvent &#8211; se bricolent &#8211; une marge d'autonomie pour d&#233;cider de leurs d&#233;placements ou des chemins qu'ils empruntent. Au-del&#224; m&#234;me du t&#233;moignage de leur capabilit&#233; &#224; esquiver des points qui leur sont impos&#233;s ou &#224; ne pas respecter des indications ou recommandations, ces skateurs tissent aussi un cheminement urbain qui peu &#224; peu esquisse leur imaginaire de cette ville et finit par dire des choses de/sur ce(s) lieu(x). Certes un discours &#224; un &#233;tat sans doute peu formalis&#233; mais n&#233;anmoins bien perceptible quant &#224; sa capacit&#233; &#224; d&#233;finir des hauts-lieux et des bas-lieux alternatifs &#224; la culture dominante dans l'urbain, &#224; envisager des formes et des modalit&#233;s de mobilit&#233; et de sociabilit&#233; qui rompent, au moins partiellement, avec la culture de masse.&lt;br class='manualbr' /&gt;D'autre part, nombre de skateurs contemporains envisagent &#233;galement leur relation &#224; l'espace public comme une relation &#224; un espace concret qui h&#233;berge l'imaginaire et peut &#234;tre mis &#224; profit pour une possible mise &#224; l'&#233;cart d'un groupe. Comme nombre d'h&#233;t&#233;rotopies (Foucault, 2009), ces espaces sont alors des espaces d'illusion, d'utopie et d'uchronie, qui se ferment et s'ouvrent alternativement &#224; leur environnement. De nombreux skateurs ne se r&#233;signent pas au monde qui les entourent ; ils entendent y bouleverser l'ordre des territoires en proposant une vision moins consum&#233;riste et moins mat&#233;rialiste, plus po&#233;tique et plus politique de la ville contemporaine, dont ils s'imaginent pouvoir &#234;tre des acteurs et des d&#233;cideurs dans une logique d&#233;mocratique plus participative (Gibout &amp; Lebreton, 2014). D'une certaine mani&#232;re, peut &#234;tre ici actualis&#233;e la revendication d'un &#171; &lt;i&gt;droit &#224; la ville&lt;/i&gt; &#187; (Lefebvre, 1968), comme droit &#224; une &#171; mobilit&#233; &#187; - fut-elle alternative et/ou non-conventionnelle &#8211; et comme droit &#224; de nouvelles am&#233;nit&#233;s dans l'espace urbain. En s'engageant par leurs paroles et par leurs actes &#8211; au sens d'un agir communicationnel (Habermas, 1981)-, certains skateurs sugg&#232;rent une reconfiguration n&#233;cessaires des priorit&#233;s de la qualit&#233; de vie urbaine accompagn&#233;e d'un repens&#233; plus participatif de l'espace comme produit politique des soci&#233;t&#233;s o&#249; les individus sociaux pourraient davantage se saisir de l'invention de la ville dans laquelle ils aspirent &#224; vivre.&lt;br class='manualbr' /&gt;S'il est permis de caract&#233;riser leurs comportements de r&#233;sistance quotidiens et de mesure la mesure selon laquelle la r&#233;sistance sociale peut potentiellement changer les relations sociales dominantes, nous observons qu'elle est souvent limit&#233;e par les contradictions et compromis. Les ajustements se font &#224; la marge et ne remettent pas en cause le cadre id&#233;ologique global dans lequel s'&#233;crit la culture &lt;i&gt;fun&lt;/i&gt; (Gibout, 2004-a). Pour r&#233;sumer, la pratique du skate se d&#233;ploie dans un environnement culturel marqu&#233; par la consommation de masse &#8211; et sa logique d'individuation superficielle -, par la domination masculine, par la sportifisation et par une certaine culture de l'entre-soi. En effet, nombre de skateurs s'inscrivent finalement, au-del&#224; de leur discours contestataire, dans une pratique consum&#233;riste assez pouss&#233;e, se revendiquant d'un groupe culturel ou d'un autre concurrent, s&#8216;accaparant les codes vestimentaires ou culturels par le moyen d'une consommation forte sinon exacerb&#233;e. Concomitamment, des comportements sexistes sont &#224; l'&#339;uvre dans le monde du skate (Beal, 1995), parfois plus encore m&#234;me que dans la soci&#233;t&#233; globale (Bard, 2001) lorsqu'il s'agit pour les jeunes femmes de se faire une place dans les pratiques sportives, qui plus est auto-organis&#233;es (Gasparini &amp; Vieille Marchiset, 2008). Par ailleurs, plusieurs enqu&#234;tes r&#233;centes t&#233;moignent d'une recrudescence de la sportifisation du skateboard. Ce dernier entre de plus en plus dans la logique du sport f&#233;d&#233;ral, appuyant sur l'exigence de l'entra&#238;nement et de la comp&#233;tition, sur l'avantage &#224; abandonner l'espace urbain pour des lieux sportifs d&#233;di&#233;s (Laurent, 2012). Enfin, &#233;merge une certaine culture de l'entre-soi, fond&#233;e sur la s&#233;curisation, la r&#233;gulation et/ou l'enclavement de micro-espaces dans une logique globalisante de circulation et d'hybridation accrues (Mager &amp; Matthey, 2012). Les skateurs semblent, d'une certaine fa&#231;on, pris en tenailles entre une volont&#233; de cultiver une culture de la r&#233;bellion et de la contestation et leur d&#233;sir de s'engager plus avant dans la vie publique locale afin d'y faire valoir leurs points de vue (Gibout, 2004-b &amp; 2013 ; Gilchrist &amp; Wheaton, 2011 ; Laurent, 2012 ; Lebreton, 2010 ; Saravi &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 2011). L'entre-soi les prot&#232;ge mais ils les d&#233;l&#233;gitiment dans la sph&#232;re publique o&#249; le respect de la norme est d'usage. Ils ont donc &#224; appr&#233;cier leurs gains &#233;ventuels et leurs pertes certaines afin de transiger et d'envisager, autour de l'&#234;tre-ensemble, un projet commun d'espace et de soci&#233;t&#233;. Une autre mani&#232;re de donner corps et sens &#224; la c&#233;l&#232;bre formule d'Henri Lefebvre (1968) : &lt;i&gt;&#171; La ville est la projection au sol des rapports sociaux &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'espace public du skate : une mosa&#239;que &#224; l'&#339;uvre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propos pr&#233;c&#233;dents confortent l'id&#233;e que la relation du skate &#224; l'espace public instaure une forme d' &lt;i&gt;&#171; espace public mosa&#239;que &#187;&lt;/i&gt; (Fran&#231;ois &amp; Neveu, 1999) o&#249; il ne s'agit pas tant d'&#233;voquer le d&#233;clin du dernier - ou son &#233;puisement &#8211; que de sugg&#233;rer son renouvellement et l'&#233;mergence &#8211; ou le surgissement &#8211; de formes nouvelles ou renouvel&#233;es d'investissement dans l'espace public (Meyer &amp; Walter, 2006), dont diff&#233;rentes populations de skateurs peuvent &#8211; ici ou l&#224; &#8211; &#234;tre de modestes acteurs individuels ou collectifs.&lt;br class='manualbr' /&gt;L'&#233;mergence d'un mod&#232;le dominant ou largement h&#233;g&#233;monique de l'espace public laisse cons&#233;quemment dubitatif en ce que les diff&#233;rentes exp&#233;riences sociales mises en confrontation pointent pr&#233;f&#233;rentiellement des diff&#233;rences substantielles &#8211; de forme et de fond &#8211; dans les mani&#232;res d'appr&#233;hender l'espace public par les skateurs et dans les fa&#231;ons dont ces derniers s'y investissent plus ou moins. Tout au plus, pouvons-nous mettre en exergue un mod&#232;le &lt;i&gt;&#171; cliv&#233; &#187;&lt;/i&gt; de l'ordre du &lt;i&gt;&#171; deux dans un m&#234;me lieu &#187;&lt;/i&gt; (Certeau, 1984 : 286) tenant en simultan&#233;it&#233; des contraires irr&#233;ductibles. La &lt;i&gt;&#171; valeur spatiale &#187;&lt;/i&gt; de l'espace public &#8211; ici du skate - comme &lt;i&gt;&#171; ensemble des qualit&#233;s socialement valorisables d'un espace &#187;&lt;/i&gt; (Lussault, 2003 : 973) s'articulant alors bien modestement autour d'une s&#233;rie de dialectiques et de tensions : public/priv&#233;, physique/symbolique, identit&#233;/alt&#233;rit&#233;, temps/espace, individu/soci&#233;t&#233;, m&#233;moire/rite, proximit&#233;/distance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Au final, la relecture crois&#233;e de diff&#233;rents travaux concernant les pratiques du skateboard dans l'espace public n'aboutit donc pas &#224; une d&#233;finition pr&#233;cise de ce que pourrait &#234;tre l'espace public du skate. Cela nous rappelant bien que le savoir sur cet objet sociologique, comme tous les savoirs, &lt;i&gt;&#171; se caract&#233;rise donc, paradoxalement en apparence, par son incertitude, son doute, sa mobilit&#233;, sa transformation permanente, sa pr&#233;carit&#233;, sa fragilit&#233;, sa nature provisoire &#187;&lt;/i&gt; (Abdallah-Pr&#233;tceille &amp; Porcher, 1996 : 21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie &lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Calogirou Claire &amp; Touch&#233; Marc, 1995-a, &#171; Sport-passion dans la ville : le skateboard &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, n&#176;25, pp37-48.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calogirou Claire &amp; Touch&#233; Marc, 1995-b, &#171; R&#234;ver sa ville : l'exemple des pratiquants du skateboard &#187;, &lt;i&gt;Le Journal des Anthropologues&lt;/i&gt;, n&#176;61-62, pp67-77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caplow Theodore, 1971, (1&#232;re &#233;d. US 1968), &lt;i&gt;Deux contre un&lt;/i&gt;, Paris, A. Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carrion F., 2007, &#171; Espacio publico : punto de partida para la alteridad &#187;, in O. Segovia (dir.), &lt;i&gt;Espacios publicos y contruccion social&lt;/i&gt;. Hacia un ejercicio de ciudadania. Santiago de Chile, Edicionnes Sur, pp79-97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certeau (de) Michel (1980, r&#233;&#233;d.1990), &lt;i&gt;L'invention du quotidien&lt;/i&gt;, Vol. 1 Arts de faire, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certeau (de) Michel, 1984, &lt;i&gt;L'&#233;criture de l'histoire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantelat Pascal, Fodimbi Michel &amp; Camy Jean, 1996, &lt;i&gt;Sports de la Cit&#233;. Anthropologie de la jeunesse sportive&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantelat Pascal, Fodimbi Michel &amp; Camy Jean, 1998, &#171; Les groupes de jeunes sportifs dans la ville &#187;, &lt;i&gt;Les Annales de la Recherche Urbaine&lt;/i&gt;, n&#176;79, pp41-49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cretin S&#233;bastien, 2007, &lt;i&gt;La transmission des savoirs du skateboard &#224; l'&#233;preuve des nouvelles technologies de l'information et de la communication&lt;/i&gt;, Th&#232;se pour le Doctorat en Sociologie &#8211; STAPS sous la direction de Dominique Jacques-Jouvenot et Gilles Vieille-Marchiset, Besan&#231;on, Universit&#233; de Franche-Comt&#233; (document non publi&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daskalaki Maria, Stara Alexandra &amp; Imas Miguel, 2008, &#171; The Parkour Organisation : Inhabitation of corporate spaces &#187;, &lt;i&gt;Culture and Organisation&lt;/i&gt;, Vol. 14, n&#176;1, march 2008, pp49-64.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Foucault Michel, 2009, &lt;i&gt;Les H&#233;t&#233;rotopies - Le Corps Utopique&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Bastien &amp; Neveu Erik (dir.), 1999), &lt;i&gt;Espaces publics mosa&#239;ques. Acteurs, ar&#232;nes et rh&#233;toriques des d&#233;bats publics contemporains&lt;/i&gt;, Rennes, PUR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gasparini William &amp; Vieille-Marchiset Gilles, 2008, Le sport dans les quartiers. &lt;i&gt;Pratiques sociales et politiques publiques&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gebauer Gunter, 1998, &lt;i&gt;Spiel &#8211; Ritual &#8211; Geste. Mimetisches Handeln in der sozialen Welt&lt;/i&gt;, Reinbek, Rowohlt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gibout Christophe &amp; Lebreton Florian, 2014, &#171; Cultures juv&#233;niles et loisirs sportifs de rue : une approche par l'espace public &#187;, &lt;i&gt;Agora d&#233;bats / jeunesses&lt;/i&gt;, n&#176;68 (2014/3), pp71-84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gibout Christophe, 2004-a, &#171; Derri&#232;re le fun ou l'id&#233;ologie rampante des sports de glisse urbaine &#187;, in Jean-Fran&#231;ois Loudcher &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; (dir.), &lt;i&gt;Sport et Id&#233;ologie&lt;/i&gt;, Besan&#231;on, Presses universitaires franc-comtoises, tome 2, pp319-328.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gibout Christophe, 2004-b, &#171; de quelques situations d&#233;lib&#233;ratives ordinaires dans les pratiques sportives collectives&#8230; &#187;, in B. Castagna &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt; (dir.), &lt;i&gt;La Situation D&#233;lib&#233;rative dans le D&#233;bat Public&lt;/i&gt;, Tours, Presses universitaires F. Rabelais, Vol.2, pp177-191.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gibout Christophe, 2009, &#171; L'espace public comme lieu de transactions sociales. Une lecture &#224; partir des pratiques de loisirs urbains &#187;, &lt;i&gt;Pens&#233;e Plurielle&lt;/i&gt;, n&#176;20, pp153-165.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gibout Christophe, 2013, &#171; Territorialit&#233;s des sports urbains et construction de l'espace public &#187;, in Sylvain Lefebvre, Romain Roult &amp; Jean-Pierre Augustin (dir.), &lt;i&gt;Les nouvelles territorialit&#233;s du sport dans la ville&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec, pp67-79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilchrist Paul &amp; Wheaton Belinda, 2011, &#171; Lifestyle sport, public policy and youth engagement : examining the ememoirergence of parkour &#187;, &lt;i&gt;International Journal of Sport Policy and Politics&lt;/i&gt;, Vol. 3, n&#176;1 (March 2011), pp109-131.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gramsci, Antonio, 1959, &lt;i&gt;&#338;uvres choisies&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gu&#233;dez Annie, 1994, &lt;i&gt;Compagnonnage et apprentissage&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gurvitch Georges, 1950, &lt;i&gt;La vocation actuelle de la sociologie&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habermas Jurgen, 1981 (trad. Fran. 1987-1997), &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'agir communicationnel&lt;/i&gt;, Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halbwachs Maurice, 1950, (r&#233;&#233;d. 1997), &lt;i&gt;La m&#233;moire collective&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Aoustet Olivier, Griffet Jean, 2001, &#171; The Experience of Teenagers at Marseilles Skate Park, Emergence and Evaluation of an Urban Sports Site &#187;, &lt;i&gt;Cities&lt;/i&gt;, vol. 18, n&#176; 6, pp413-418.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lamb MD, 2010, &#171; Negating the Negation : The practice of Parkour in Spectacular City &#187;, &lt;i&gt;Kaleidoscope&lt;/i&gt;, Vol. 9, pp91-105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Julien &amp; Gibout Christophe, 2010, &#171; Ces d&#233;cors qui invitent aux voyages. L'imagibilit&#233; chez les skaters de Montpellier &#187;, &lt;i&gt;Les Annales de la Recherche Urbaine&lt;/i&gt;, n&#176;106, pp110-120.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Julien, 2010, &#171; En flat ou sur les curbs. L'influence de l'espace sur les interactions sociales chez les skaters montpellierains &#187;, &lt;i&gt;Revue STAPS&lt;/i&gt;, n&#176;88, 2010/2, pp61-77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Julien, 2012), &lt;i&gt;Le skateboard. Analyse sociologique d'une pratique physique urbaine. This is Street Skateboarding&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lebreton Florian, 2010, Cultures urbaines et sportives &#171; alternatives &#187;. &lt;i&gt;Socio-anthropologie de l'urbanit&#233; ludique&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefebvre Henri, 1968, &lt;i&gt;Le droit &#224; la ville&lt;/i&gt;, Paris, Anthropos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loret Alain &amp; Waser Anne-Marie (dir.), 2001, &lt;i&gt;Glisse urbaine. L'esprit roller : libert&#233;, apesanteur, tol&#233;rance&lt;/i&gt;, Paris, Autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lussault Michel, 2000, &#171; Action(s) ! &#187;, in Jacques L&#233;vy &amp; Michel Lussault (dir.), Logique de l'espace. Esprit des lieux, Paris, Belin, pp11-36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lussault Michel, 2003, &#171; Valeur spatiale &#187;, in Jacques L&#233;vy. &amp; Michel Lussault (dir.), &lt;i&gt;Dictionnaire de g&#233;ographie et de l'espace des soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, Paris, Belin, pp973-974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mager Christophe &amp; Matthey Laurent, 2012, &#171; Entre fragmentation et ordre urbain : une g&#233;ographie politique des espaces de l'entre-soi &#187;, &lt;i&gt;L'Espace Politique. Revue en ligne de g&#233;ographie politique et de g&#233;opolitique&lt;/i&gt;, n&#176;17 (2012/2), mis en ligne le 15 juin 2012. Consult&#233; le 19 juin 2012. &lt;br class='autobr' /&gt;
URL : &lt;a href=&#034;http://espacepolitique.revues.org/index2324.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://espacepolitique.revues.org/index2324.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauss Marcel, 1950 (r&#233;&#233;d. 1966), &lt;i&gt;Sociologie et Anthropologie&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauss Marcel, 1967, (1&#232;re &#233;d. 1947), &lt;i&gt;Manuel d'ethnographie&lt;/i&gt;, Paris, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meyer Vincent &amp; Walter Jaques (dir.), 2006, &lt;i&gt;Formes de l'engagement et espace public, Questions de Communication&lt;/i&gt;, S&#233;rie Actes, n&#176;3, Metz, CREM / Universit&#233; Paul Verlaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papilloud Christian, 2002, &lt;i&gt;Le don de relation&lt;/i&gt;. Georg Simmel &#8211; Marcel Mauss, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrazzini Yves, 2001, &lt;i&gt;Rollers et skaters : sociologie du hors-piste urbain&lt;/i&gt;, Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;gard Olivier, 1998, &#171; Une pratique ludique urbaine &#187;, &lt;i&gt;Cahiers internationaux de sociologie&lt;/i&gt;, vol. CIV, pp185-202.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recours RA, Souville Marc &amp; Griffet Jean, 2004, &#171; Expressed Motives for Informal and Club/ Association-based Sports Participation &#187;, &lt;i&gt;Journal of Leisure Research&lt;/i&gt;, Vol. 36, n&#176;1, pp1-22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;my Jean, 1996, &#171; La transaction, une m&#233;thode d'analyse : contribution &#224; l'&#233;mergence d'un nouveau paradigme &#187;, &lt;i&gt;Environnement et Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, n&#176;17, pp9-31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saravi Jorge Ricardo, Chavez Mariana &amp; Machemehl Charly, 2011, &#171; Logiques d'appropriation et politiques de l'espace urbain : jeunes skateurs dans la ville de La Plata en Argentine &#187;, &lt;i&gt;Loisir &amp; Soci&#233;t&#233; /Society &amp; Leisure&lt;/i&gt;, n&#176;34/1, pp121-148.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simmel Georg, 1900, (r&#233;&#233;d.1996), &lt;i&gt;Philosophie des Geldes&lt;/i&gt;, Frankfurt am Main, Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simmel Georg, 1908, (r&#233;&#233;d.1992), &lt;i&gt;Soziologie&lt;/i&gt;, Frankfurt am Main, Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stratford Elaine, 2002, &#171; On the edge : a tale of skaters and urban governance &#187;, &lt;i&gt;Social and Cultural Geography&lt;/i&gt;, Vol. 3, n&#176;2, pp193-206.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wheaton Belinda, 2013, The cultural politics of lifestyle sports, Abingdon (UK), Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Woolley Hellen, Johns Ralph, 2001, &#171; Skateboarding : The City as a Playground &#187;, &lt;i&gt;Journal of Urban Design&lt;/i&gt;, vol. 6, n&#176;2, pp211-230.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit d'un jeu sur console vid&#233;o bas&#233; sur l'activit&#233; de skateboard. R&#233;f&#233;r&#233; &#224; celui qui &#233;tait le plus c&#233;l&#232;bre des skateurs &#233;tats-uniens de l'&#233;poque et port&#233; par un bande-son novatrice &#224; l'&#233;poque, il a remport&#233; un succ&#232;s plan&#233;taire, confirm&#233; par diff&#233;rentes &#233;ditions (1999, 2000 &amp; 2003) sur diff&#233;rents supports techniques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit l&#224; de la francisation malhabile du pr&#233;nom &#171; Jason &#187; prononc&#233;e &#224; l'anglo-saxonne et qui se retrouve assez commun&#233;ment dans la population du Nord-Pas de Calais &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Activit&#233;s physiques de pleine nature( APPN) rassemblent les activit&#233;s ludo-sportives qui se d&#233;ploient dans les espaces &#171; naturels &#187; . Ainsi que le rappelle Florian Lebreton (2010), nous proposons depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000 (Gibout, 2004), de pointer l'existence d'APSA qui soient &lt;i&gt;&#171; de pleine nature urbaine &#187;&lt;/i&gt; en ce qu'elles souscrivent au principe d'une relation de naturalit&#233; &#224; l'espace urbanis&#233;. L'urbain &#233;tant ainsi &#171; ensauvag&#233; &#187; par les repr&#233;sentations culturelles et les rapports sociaux ; sa &lt;i&gt;&#171; valeur spatiale &#187;&lt;/i&gt; comme &lt;i&gt;&#171; ensemble des qualit&#233;s socialement valorisables d'un espace &#187;&lt;/i&gt; (Lussault, 2003 : 973) s'organise autour de ses qualit&#233;s de naturalit&#233; qui autorisent son appropriation corporelle, physique, sensible et symbolique &#224; l'instar de ce qui se d&#233;veloppent dans les espaces de pleine nature.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut ici entendre les adjectifs &lt;i&gt;&#171; nouvelles &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; nouveaux &#187;&lt;/i&gt; non point au sens o&#249; il s'agit pr&#233;sentement de pratiques in&#233;dites mais plut&#244;t de diff&#233;rents agencements techniques et/ou spatiaux ainsi que de nouveaux modes de pratiquer ou de faire dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Patrimonialiser les cultures urbaines</title>
		<link>https://influxus.eu/article1057.html</link>
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		<dc:date>2016-09-02T11:19:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claire Calogirou</dc:creator>


		<dc:subject>Mus&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Collection</dc:subject>
		<dc:subject>Culture Mat&#233;rielle</dc:subject>
		<dc:subject>Patrimonialisation</dc:subject>
		<dc:subject>Museum</dc:subject>
		<dc:subject>Artefacts</dc:subject>
		<dc:subject>Material Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Patrimonialization</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les orientations du programme du Mus&#233;e des Civilisations de l'Europe et de la M&#233;diterran&#233;e prises lors de sa transformation ont renforc&#233; un int&#233;r&#234;t pour l'urbain et le contemporain. Le milieu urbain, support de rapports sociaux qui s'exercent dans la ville et opposent des usagers de la ville dont le regard et le point de vue sur leur environnement urbain divergent, exprime que ville peut se vivre diff&#233;remment. Lieu multiculturel tant au point de vue des pratiques que des interrelations (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6003.html" rel="tag"&gt;Mus&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6005.html" rel="tag"&gt;Collection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6007.html" rel="tag"&gt;Culture Mat&#233;rielle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6009.html" rel="tag"&gt;Patrimonialisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6011.html" rel="tag"&gt;Museum&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6013.html" rel="tag"&gt;Artefacts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6015.html" rel="tag"&gt;Material Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot6017.html" rel="tag"&gt;Patrimonialization&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les orientations du programme du Mus&#233;e des Civilisations de l'Europe et de la M&#233;diterran&#233;e prises lors de sa transformation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Mus&#233;e National des Arts et Traditions Populaires a entrepris la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont renforc&#233; un int&#233;r&#234;t pour l'urbain et le contemporain. Le milieu urbain, support de rapports sociaux qui s'exercent dans la ville et opposent des usagers de la ville dont le regard et le point de vue sur leur environnement urbain divergent, exprime que ville peut se vivre diff&#233;remment. Lieu multiculturel tant au point de vue des pratiques que des interrelations sociales et ethniques, il pose des questions d'urbanisation, de type d'habitats, d'&#233;cologie, mais aussi de partage et d'appropriation, de n&#233;gociations et de conflits des espaces publics.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les sujets sur lesquels j'ai consacr&#233; toutes mes activit&#233;s scientifiques sont au c&#339;ur des questions de soci&#233;t&#233; qui concernent le mus&#233;e : le skateboard et le graffiti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Graffiti et skateboard : sujets de soci&#233;t&#233;&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux sujets repr&#233;sentent un rapport &#224; l'espace urbain. Ils offrent des points de vue qui se t&#233;lescopent entre esth&#233;tiques et d&#233;gradations&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les activistes du skateboard comme du graffiti continuent de se r&#233;pandre dans les villes en d&#233;pit des interdictions r&#233;inventant les rues, instaurant une expression esth&#233;tique urbaine populaire. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ils constituent &#233;galement un ensemble d'objets quotidiens du point de vue du graffeur et skateur parce qu'au c&#339;ur de leur vie et de leurs sociabilit&#233;s. Ainsi modes de vie et objets ont &#233;t&#233; privil&#233;gi&#233;s dans ces recherches et collectes :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La vie quotidienne : techniques, outils, v&#234;tements&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le rapport &#224; l'interdit donc aussi le versant des institutions, dont les attitudes peuvent &#234;tre tout aussi paradoxales que celles des graffeurs et skateurs, entre rejet et qu&#234;te de l&#233;gitimation.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'engagement dans un mode de vie qui englobe pour beaucoup d'entre eux leur vie quotidienne, mettant en exergue les valeurs du mouvement et de l'importance de la transmission.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour r&#233;sumer les th&#233;matiques qui s'entrecroisent ici, je rappellerais que nous touchons &#224; des questions li&#233;es aux minorit&#233;s culturelles, aux notions de cr&#233;ation, de cultures populaires/cultures l&#233;gitimes, d'espace public en regard de ce type de pratiques qui se revendiquent de la rue et qui se mobilisent avec des groupes fond&#233;s dans un mode de vie &#224; partir d'un engagement passionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Calogirou, &#171; Mus&#233;e de soci&#233;t&#233; : art du graff et patrimonialisation &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par del&#224; ces caract&#233;ristiques, il s'agit d'une r&#233;flexion sur la ville et ses mani&#232;res de l'habiter et de la r&#234;ver.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Collection : la m&#233;thode, les campagnes de recherche et de collecte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tant qu'ethnologue que je me suis int&#233;ress&#233;e au skateboard et au graffiti. Il ne s'agissait nullement de se pencher sur des &#171; tribus &#187; urbaines mais sur des types de pratiques dans la ville qui place le corps au centre des rencontres. Les enqu&#234;tes ont mis en &#233;vidence le rapport &#224; l'environnement et aux &#233;l&#233;ments, la notion de distinction, la qu&#234;te de plaisir, et surtout celle de libert&#233;, leur essence ; en somme une philosophie de la vie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Alors que l'ethnologie par ses m&#233;thodes paraisse la plus appropri&#233;e pour saisir et analyser ces ph&#233;nom&#232;nes est certain, mais la multiplicit&#233; des facettes du skateboard comme du graffiti n&#233;cessiterait d'&#233;largir au-del&#224; de notre discipline car, malgr&#233; tout, bien des aspects ne demeurent qu'effleur&#233;s comme en particulier, la technologie de l'objet et des mat&#233;riaux ou la technique du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les campagnes de recherche liant des collectes, ont d&#233;but&#233; pour le skate en France au milieu des ann&#233;es 90 puis pour le graffiti et le hip-hop en Europe &#224; la fin des ann&#233;es 90 [France, Grande Bretagne (Londres), Allemagne (Berlin, Hambourg), Belgique (Bruxelles, Li&#232;ge), Su&#232;de (Stockholm), Espagne (Alicante, Barcelone, Madrid), Gr&#232;ce (Ath&#232;nes)].&lt;br class='manualbr' /&gt;Les deux collections sont constitu&#233;es de pi&#232;ces n&#233;goci&#233;es tr&#232;s majoritairement aupr&#232;s des acteurs et d'entreprises. La d&#233;marche de recherche, dont les motifs sont li&#233;s &#224; la pratique ethnographique elle-m&#234;me, a permis de privil&#233;gier de mani&#232;re quasi exclusive la relation aux activistes et sp&#233;cifiquement aux pionniers de ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;s&gt;&lt;i&gt;La d&#233;marche ethnologique&lt;/i&gt;&lt;/s&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collectes, appuy&#233;es par une d&#233;marche de recherche ethnologique, s'est document&#233;e par le recueil de r&#233;cits et d'informations, mais aussi par les films et photographies. Simultan&#233;ment, c'est par la rencontre avec les protagonistes du mouvement que la collecte s'est r&#233;alis&#233;e. Le temps d'approche fut assez long pour gagner confiance et l&#233;gitimit&#233; dans un milieu plut&#244;t complexe. L'histoire du graffiti en Europe a &#233;t&#233; approch&#233;e &#224; travers les propos d'une soixantaine de graffeurs europ&#233;ens recueillis au cours de la recherche, leur histoire personnelle, les motivations de leurs activit&#233;s ill&#233;gales et l&#233;gales, leur rapport &#224; l'environnement, le d&#233;veloppement de leur activit&#233; et autant pour le skateboard en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;s&gt;&lt;i&gt;Le &#034;terrain&#034; : dur&#233;e, participation aux &#233;v&#232;nements&lt;/i&gt;&lt;/s&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e des terrains d'enqu&#234;te a &#233;t&#233; un atout pour la constitution d'un r&#233;seau facilitant les avanc&#233;es du travail, surtout pour sa dimension europ&#233;enne. &lt;br class='manualbr' /&gt;La participation &#224; des &#233;v&#232;nements a repr&#233;sent&#233; un &#233;l&#233;ment important de la recherche. Les festivals, les f&#234;tes, les vernissages, les comp&#233;titions sont autant de moment de rencontres nouvelles et d'&#233;changes confirmant les contacts. Le travail effectu&#233; par ailleurs sur le hip-hop et le djaying permet de croiser personnes et r&#233;seaux et par cons&#233;quent d'enrichir les informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;s&gt;&lt;i&gt;Les liens avec le milieu&lt;/i&gt;&lt;/s&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche, sa dur&#233;e, l'engagement du chercheur ont permis d'&#234;tre accept&#233;e et de faire conna&#238;tre l'int&#233;r&#234;t du mus&#233;e pour le graffiti, le hip-hop et le skateboard. Des collaborations avec la presse sp&#233;cialis&#233;e &#233;taient r&#233;guli&#232;res, des accueils de r&#233;unions ont eu lieu &#224; plusieurs reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travaux men&#233;s depuis ces nombreuses ann&#233;es ont construit les liens permanents avec le milieu des skateurs et graffeurs. Ces ann&#233;es ont permis de r&#233;aliser la dynamique de dons et d'achat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions autour des collections&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment rendre au mus&#233;e au moyen d'objets, des activit&#233;s immat&#233;rielles et &#233;ph&#233;m&#232;res ; activit&#233;s qui d&#233;gradent, vandalisme incompr&#233;hensible pour une grande partie des gens et qui n&#233;anmoins commencent &#224; &#234;tre tol&#233;r&#233;es sous certaines formes&#8230;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il est impossible de citer ici de mani&#232;re exhaustive des objets tr&#232;s divers, mais il parait n&#233;cessaire de donner malgr&#233; tout quelques indications.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'est pos&#233; le choix de quoi collecter et conserver.&lt;br class='manualbr' /&gt;La photographie et le film sont des possibilit&#233;s relativement simples, ce sont d'ailleurs les moyens utilis&#233;s par les graffeurs et les skateurs eux-m&#234;mes qui se constituent ainsi leur &#171; book &#187; et diffusent leurs &#339;uvres sur internet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ils ne peuvent supplanter objets et &#339;uvres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;s&gt;&lt;i&gt;Ensembles de la collection graffiti&lt;/i&gt;&lt;/s&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morceau du mur de Berlin, livres, magazines, vinyles, dessins, tableaux et sculptures, v&#234;tements, jouets, ensembles urbains, bombes a&#233;rosol et embouts, v&#234;tements&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;s&gt;&lt;i&gt;Ensembles de la collection hip-hop&lt;/i&gt;&lt;/s&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photos new yorkaises et ensemble de vinyles des ann&#233;es 70, K7, VHS, CD, DVD, v&#234;tements, platines, tables de mixage et valise de transport, casque, micros, costumes de rue et de sc&#232;ne, sampler, enregistreur et ordinateur, dessins, affiches, flyers&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Soit environ six cents pi&#232;ces pour ces deux collections qui, par ailleurs, se croisent fr&#233;quemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;s&gt;&lt;i&gt;Ensembles de la collection skateboard&lt;/i&gt;&lt;/s&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Skates complets et incomplets (artisanaux, industriels, modifi&#233;s), pi&#232;ces de skate (roues, trucks, freins), depuis les ann&#233;es 50 jusqu'&#224; aujourd'hui, v&#234;tements, m&#233;thodes d'apprentissage, films, affiches, photographies, divers objets autour de l'image du skate : jouets, publicit&#233;&#8230;et archives des pionniers du skate ; environ 500 objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photographies (argentiques et num&#233;riques) et films d'enqu&#234;tes accompagnent et documentent ces collections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de collections anthropologiques, de dimension europ&#233;enne, dont l'objectif est de montrer un mouvement culturel dans son histoire et son &#233;volution. Mouvements tr&#232;s contemporains, qui vivent des &#233;volutions au fil des ann&#233;es, voire de profonds changements ; ce qui renforce de fait tout leur int&#233;r&#234;t. Un certain nombre de questions li&#233;es &#224; la collecte et la conservation sont discut&#233;es en amont au sein des commissions d'acquisition.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Sur un plan technique, concernant des pi&#232;ces de mobilier urbain et mobilisant des moyens n&#233;cessaires pour le pr&#233;l&#232;vement et le transport.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La conservation des objets se pose de fa&#231;on aigue, en raison de mat&#233;riaux peu stabilis&#233;s, comme des mati&#232;res caoutchout&#233;es des ann&#233;es 70, ou les &#339;uvres &#224; l'aerosol&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un colloque organis&#233; par le CICRP (centre interdisciplinaire de conservation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le statut des objets illicites d&#233;rob&#233;s et tagu&#233;s comme des panneaux de signalisation, des panneaux indicateurs, des vitres de m&#233;tro. La question morale et juridique qui se pose pour un mus&#233;e est de trancher sur le statut &#224; donner en s'engageant dans des acquisitions de tels objets. C'est une question dont il a &#233;t&#233; d&#233;battu. Citons &#233;galement une manifestation interdite dans la ville de Versailles pour la r&#233;ouverture d'un skatepark, suivie de bout en bout.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'image de l'institution que l'on repr&#233;sente ; le mus&#233;e prenant le pas sur le CNRS, donc de son pouvoir de l&#233;gitimation pour des activit&#233;s plut&#244;t d&#233;consid&#233;r&#233;es. Il est arriv&#233; maintenant d'&#234;tre sollicit&#233; pour des achats ou des expositions.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces recherches ont &#233;t&#233; finalis&#233;es par la production d'expositions itin&#233;rantes constitu&#233;es &#224; partir de ses objets, oeuvres et documents de recherche. Elles n&#233;cessitent une r&#233;flexion approfondie sur la mani&#232;re de rendre compte dans ces expositions de pratiques &#224; l'image sociale complexe ; montrer l'objet et son histoire tout comme les modes de vie qui les constituent ; les liens entre diff&#233;rents acteurs sportifs, culturels et artistiques. Les repr&#233;sentations sociales et les dynamiques qui les traversent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces collections sont toujours en cours ; elles restent ouvertes &#224; tout compl&#233;ment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De juin &#224; octobre 2015 se d&#233;roule une campagne d'enqu&#234;te et collecte en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exposition - Skate story - 1996- 2001&lt;/strong&gt; (coll. M.Cipriani, M.Touch&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1996. Exposition &lt;i&gt;Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le skate&lt;/i&gt;, MNATP/Ecomus&#233;e de St-Quentin-en-Yvelines. Ecomus&#233;e de St-Quentin-en-Yvelines : 2 octobre 1996-1&#176; f&#233;vrier 1997 &lt;br class='manualbr' /&gt;1997. Exposition &lt;i&gt;Skate&lt;/i&gt;, MNATP/Ecomus&#233;e de St-Quentin-en-Yvelines. Annecy : 6 juillet-25 ao&#251;t &lt;br class='manualbr' /&gt;1998. Exposition &lt;i&gt;&#034;Skater la ville&#034;&lt;/i&gt;, MNATP/Ecomus&#233;e de St-Quentin-en-Yvelines. Mus&#233;e national des arts et traditions populaires : 1&#176; avril-5 octobre. &lt;br class='manualbr' /&gt;1999-2001 : Exposition &#171; &lt;i&gt;Skate Story&lt;/i&gt; &#187;, MNATP/ Le Confort Moderne :&lt;br class='autobr' /&gt;
Poitiers : 27 mars-25 avril ; Anglet : 2-30 juillet ; Agen : 16 octobre-14 novembre ; Toulouse : 19 novembre-31 d&#233;cembre : St-Germain-en-Laye :8-23 janvier ; Paris, Glissexpo : 29-31 janvier ; Montlu&#231;on, 16 f&#233;vrier-11 mars ; Orl&#233;ans, 29 avril-15 mai ; Mulhouse, 31 mai-18 juin : mus&#233;e des Ducs de Wurtemberg ; mus&#233;e des Beaux-Arts, Arras : 1&#176;-15 septembre.&lt;br class='manualbr' /&gt;2006 : &#171; &lt;i&gt;Bouge la ville, 40 ans de skateboard et de musiques amplifi&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, 13 octobre 2006-17 juin 2007, Palais de l'Ile- Annecy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exposition &#8211; Hip-hop, art de rue, art de sc&#232;ne- 2001-2009&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mus&#233;e des musiques populaires de Montlu&#231;on, 27 octobre 2001-24 f&#233;vrier 2002 ; mus&#233;e des Civilisations de l'Europe et de la M&#233;diterran&#233;e, Marseille, 17 juin-3 octobre 2005 ; Palais de l'Ile-Centre d'Interpr&#233;tation Urbain, Annecy, 2007 ; mus&#233;e d&#233;partemental de Gap, 5 avril-10 juin 2007 ; h&#244;tel de ville Carri&#232;res-sous-Poissy, 22 juin-13 juillet 2007 ; m&#233;diath&#232;que de St-Quentin-en-Yvelines, 12 novembre 2008-5 janvier 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exposition - Faire le mur - Nantes, lieu unique, 6 novembre 2011-8 janvier 2012&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie des objets ne s'arr&#234;tent pas&#8230;des emprunts ponctuels ont lieu, des projets d'exposition sont en cours&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Mus&#233;e National des Arts et Traditions Populaires a entrepris la r&#233;&#233;criture de son programme scientifique au d&#233;but des ann&#233;es 2000, &#233;tendant les champs d'investigation &#224; l'urbain, au contemporain et au domaine europ&#233;en. Nous &#233;tions d&#233;j&#224; quelques membres de l'&#233;quipe scientifique qui avions orient&#233; nos travaux dans ces voies. Un nom nouveau ainsi qu'une nouvelle implantation ont alors &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claire Calogirou, &#171; Mus&#233;e de soci&#233;t&#233; : art du graff et patrimonialisation &#187;, &lt;i&gt;Patrimoine, tags et graffs dans la ville, Bordeaux&lt;/i&gt;, CRDP Aquitaine, 2004, p.190-199 ; Claire Calogirou (dir), &lt;i&gt;Une esth&#233;tique urbaine. Graffeurs d'Europe&lt;/i&gt;. Paris, les Editions d'Horus, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un colloque organis&#233; par le CICRP (centre interdisciplinaire de conservation et restauration du patrimoine) en juin 2012 s'est pench&#233; sur ces questions qui ne concernent pas uniquement les &#339;uvres et objets du MuCEM.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De juin &#224; octobre 2015 se d&#233;roule une campagne d'enqu&#234;te et collecte en M&#233;diterran&#233;e : Italie, Espagne, Maroc, Tunisie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La performativit&#233; du hip-hop dans l'espace urbain : l'exemple de Fortaleza. </title>
		<link>https://influxus.eu/article1041.html</link>
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		<dc:date>2016-09-02T11:08:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sofiane Ailane</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Le hip-hop au Br&#233;sil, une culture des marges urbaines &lt;br class='autobr' /&gt;
Au Br&#233;sil, le hip-hop est associ&#233; &#224; un espace urbain des plus stigmatis&#233;s : la periferia. Cet espace de la ville rappelle en effet certains aspects de la &#171; banlieue fran&#231;aise &#187;. Consid&#233;r&#233;e comme le lieu et l'origine de la violence urbaine, la periferia appara&#238;t &#233;galement comme une ville-autre. En outre, en plus de rassembler les populations les plus socialement d&#233;favoris&#233;es, elle serait, pour reprendre une terminologie de l'&#233;cologie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5845.html" rel="tag"&gt;Hip-hop&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5847.html" rel="tag"&gt;Space&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5849.html" rel="tag"&gt;City&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5851.html" rel="tag"&gt;Brazil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5853.html" rel="tag"&gt;Politics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5855.html" rel="tag"&gt;Aesthetic&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5857.html" rel="tag"&gt;espace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5859.html" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5861.html" rel="tag"&gt;Br&#233;sil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5865.html" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5867.html" rel="tag"&gt;esth&#233;tique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5869.html" rel="tag"&gt;Hip-hop&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le hip-hop au Br&#233;sil, une culture des marges urbaines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, le hip-hop est associ&#233; &#224; un espace urbain des plus stigmatis&#233;s : la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt;. Cet espace de la ville rappelle en effet certains aspects de la &#171; banlieue fran&#231;aise &#187;. Consid&#233;r&#233;e comme le lieu et l'origine de la violence urbaine, la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt; appara&#238;t &#233;galement comme une ville-autre. En outre, en plus de rassembler les populations les plus socialement d&#233;favoris&#233;es, elle serait, pour reprendre une terminologie de l'&#233;cologie urbaine, une zone moralement d&#233;viante. La &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt;, c'est cet espace fantasm&#233;, un terreau fertile &#224; la cr&#233;ation et au maintien de repr&#233;sentations n&#233;gatives sur les populations pauvres qui composent la majorit&#233; de ses habitants. Mais encore, le terme m&#234;me de &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt; signifie bien plus que l'id&#233;e d'un lieu &#233;loign&#233; par rapport &#224; un centre. Il porte une charge symbolique puissante en &#233;voquant un lieu o&#249; les comportements diff&#233;reraient des normes urbaines (Ailane, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hip-hop via sa relation essentielle &#224; la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt;, &#233;voque pour la majorit&#233; des Br&#233;siliens un univers stylistique violent que les habitants des grandes villes br&#233;siliennes associent g&#233;n&#233;ralement &#224; l'ins&#233;curit&#233; ambiante. C'est une musicalit&#233; qui &#171; d&#233;range &#187;. Elle est d'autant plus d&#233;rangeante que les descriptions des exp&#233;riences urbaines de cette jeunesse populaire, r&#233;alis&#233;es notamment dans les chants rap, tranchent radicalement avec les contenus des expressions musicales festives et enjou&#233;es que l'on associe commun&#233;ment au Br&#233;sil (ax&#233;, samba, forr&#243; par exemple). Au Br&#233;sil, le hip-hop via exclusivement sa sc&#232;ne rap, reste une expression musicale &#224; part, dans le sens o&#249; il n'a pas int&#233;gr&#233; de fa&#231;on aussi profonde le march&#233; du disque et du divertissement que son alter-ego de Rio, le funk carioca. A l'exception de quelques grands groupes nationalement reconnus (Racionais MC's, Fac&#231;&#227;o Central, MV Bill entre autres), la sc&#232;ne hip-hop demeure essentiellement underground.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le hip-hop a trouv&#233; un fort &#233;cho dans les quartiers dits p&#233;riph&#233;riques notamment par l'interm&#233;diaire du &#171; hip-hop organizado &#187;. De fait, le hip-hop, au-del&#224; d'un simple genre musical, mod&#232;le le support esth&#233;tique d'un mouvement social urbain. Les quartiers p&#233;riph&#233;riques sont ainsi devenus le si&#232;ge de bon nombre de &lt;i&gt;crews&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;posses&lt;/i&gt;, qui constituent une forme de r&#233;seau dont le but est d'influencer de mani&#232;re positive la jeunesse des &lt;i&gt;periferias&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exemple, l'ethnographie que j'ai conduite &#224; Fortaleza, capitale de l'&#201;tat du Cear&#225;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tat situ&#233; dans la r&#233;gion Nordeste du Br&#233;sil.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, m'a permis d'observer l'intensit&#233; de la pratique des expressions hip-hop (breakdance, le rap et graffiti) qui se trouvent concentr&#233;es au c&#339;ur m&#234;me des quartiers. En effet, pour les institutions telles que les Organisations Non Gouvernementales, les centres communautaires ou encore les associations de quartiers, le &#171; hip-hop organis&#233; &#187; est l'outil privil&#233;gi&#233; pour entreprendre ce que les acteurs sur le terrain nomment &#171; um trabalho social &#187;. En d'autres termes, un travail social vers et pour la jeunesse d&#233;laiss&#233;e de la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt; dans lequel les &#233;l&#233;ments du hip-hop sont utilis&#233;s dans des politiques d'inclusion sociale et de pr&#233;vention des &#171; pathologies urbaines &#187;. Ces politiques sociales sont pour une grande partie financ&#233;es par les pouvoirs publics et le m&#233;c&#233;nat. Les activit&#233;s du mouvement hip-hop local se r&#233;unissent ainsi au c&#339;ur des quartiers, dans des sortes d'antennes locales nomm&#233;es &lt;i&gt;posses&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;n&#250;cleos&lt;/i&gt; o&#249; se joue la plus grande partie de l'action des activistes du &#171; hip-hop organis&#233; &#187; (Ailane, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caract&#233;ristique premi&#232;re des &lt;i&gt;posses&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;n&#250;cleos&lt;/i&gt; est d'&#234;tre constitu&#233;e en tant que lieu d'apprentissage. En outre, sont organis&#233;es dans les locaux du mouvement hip- hop des &lt;i&gt;oficinas&lt;/i&gt; ; des ateliers de formation et de sensibilisation &#224; la culture hip-hop. Le rap, le graffiti et surtout le &lt;i&gt;breakdance&lt;/i&gt; sont ainsi enseign&#233;s aux jeunes du quartier dans lequel est implant&#233; le &lt;i&gt;posse&lt;/i&gt;. Les formateurs sont g&#233;n&#233;ralement issus du quartier et jouent le r&#244;le de &#171; grand fr&#232;re &#187; hautement respect&#233;s et &#233;cout&#233;s. Par ailleurs, au-del&#224; de leur r&#244;le d'encadrement d'une jeunesse en demande d'activit&#233;, les activistes du mouvement hip-hop profitent &#233;galement du moment des ateliers pour sensibiliser les jeunes pr&#233;sents aux questions des violences intracommunautaires. Ainsi, de fa&#231;on non-frontale et par l'entremise d'une pratique artistique appr&#233;ci&#233;e et valoris&#233;e par les jeunes des quartiers, les membres du &#171; hip-hop organis&#233; &#187; tentent de conscientiser cette jeunesse populaire &#224; partir d'une id&#233;ologie qui &#233;voque celle de la Zulu Nation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;f&#233;rence &#224; Afrika Bambaataa, musicien et fondateur de la Zulu Nation ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activistes-artistes ont une vision assez claire de leur r&#244;le. Ils sont des formateurs dans le sens o&#249; ils doivent transmettre des techniques afin que la jeunesse puisse progresser dans l'apprentissage de l'art hip-hop. N&#233;anmoins, la formation ne peut se passer de la transmission d'un &#171; &#233;tat d'esprit hip-hop &#187; pour reprendre une formule qu'utilise H. Bazin (Bazin, 1998). Partant, pour le &#171; hip-hop organis&#233; &#187;, la pratique ne peut se percevoir comme une pratique individuelle &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; ; le collectif doit se d&#233;marquer. On remarque ceci d&#232;s le commencement de l'initiation. Les plus exp&#233;riment&#233;s enseignent aux plus jeunes en groupe. Le &lt;i&gt;posse&lt;/i&gt; devient en quelque sorte le lieu de production d'une identit&#233; collective o&#249; la solidarit&#233; entre membres pr&#233;vaut. De plus, les membres du &lt;i&gt;posse&lt;/i&gt; ne sont pas exclusivement tourn&#233;s vers eux-m&#234;mes, des activit&#233;s &#171; hors les murs &#187; sont r&#233;alis&#233;es pour montrer aux habitants du quartier, &#224; la &lt;i&gt;comunidade&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme comunidade, communaut&#233; en fran&#231;ais, pourrait pr&#234;ter &#224; confusion. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , le travail r&#233;alis&#233; dans les &lt;i&gt;posses&lt;/i&gt;. Par cons&#233;quent, la port&#233;e des actions du &#171; hip-hop organis&#233; &#187; atteint bien souvent le quartier dans lequel il est implant&#233;, endossant parfois le r&#244;le de leader communautaire et de repr&#233;sentant de ce dernier envers les institutions &#233;tatiques et parfois les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception de l'art des activistes du &#171; hip-hop organis&#233; &#187; s'&#233;loigne fondamentalement d'un principe que l'on pourrait accoler &#224; l' &#171; art pour l'art &#187;, comme l'illustre le groupe de rap du mouvement &#171; Comunidade Reunida &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; N&#227;o pode se fechar em rela&#231;&#227;o ao hip-hop, ele tem uma tarefa melhor, direito a cultura, etc&#8230; tem que ter pessoas que s&#227;o cidad&#227;os, como se o hip-hop fosse um partido, a organiza&#231;&#227;o tem princ&#237;pios : n&#227;o esta s&#243; a arte, tem luta para vida mais digna, de bens, no pa&#237;s em que vivemos, &#233; uma coisa importante &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; On ne peut se cantonner uniquement au hip-hop, il a un meilleur r&#244;le &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de d&#233;construire les &#171; images d'habitude &#187; accol&#233;es &#224; la culture hip-hop appara&#238;t essentielle, d'autant plus que cette culture, qui &#233;tait auparavant r&#233;serv&#233;e &#224; un groupe d'initi&#233;s, a gagn&#233; en visibilit&#233; et en accessibilit&#233;, notamment depuis l'av&#232;nement des r&#233;seaux sociaux et des technologies num&#233;riques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus g&#233;n&#233;ralement, &#224; partir de l'Internet et gr&#226;ce &#224; la num&#233;risation des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour illustration, les membres du mouvement hip-hop d&#233;noncent r&#233;guli&#232;rement dans leurs ateliers les images que les jeunes per&#231;oivent. En se basant singuli&#232;rement sur les clips de rap, certains activistes essayent d'expliciter leur approche :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Bom pra caralho, produ&#231;&#227;o perfeita, mas nos clipes o que aparece ? A realidade deles &#233; igual a nossa ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'est vraiment bon ! Production parfaite, mais dans les clips qu'est ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activistes doivent en cons&#233;quence continuellement d&#233;construire ce hip-hop &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; et notamment du &lt;i&gt;gangsta rap&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un rap qui fait l'apologie de la violence et qui produit une image positive (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en soulignant la n&#233;cessit&#233; pour le jeune Br&#233;silien de construire &#171; um hip-hop que tem sua cara &#187;, en outre un hip-hop qui lui ressemble et qui est soucieux de son environnement social.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les activistes pr&#233;cisent d'ailleurs leur objectif :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Aqui nossa preocupa&#231;&#227;o &#233; formar pela vida. No caso, um aluno que n&#227;o se expressa bem, que &#233; timido, por exemplo para enfrentar uma entrevista de trabalho, isso a gente trabalha, e olha que &lt;i&gt;hip-hop &lt;/i&gt; n&#227;o tem nada ver com trabalho, e isso ele leva pra vida. A nossa prioridade n&#227;o &#233; formar b-boys, dan&#231;arinos exuberantes, grandes &lt;i&gt;rap&lt;/i&gt;pers que vendem centenas de DVD's como &#225;gua, grafiteiros de elite, nosso intuituto &#233; formar pela vida, a gente sabe como &#233; a dificuldade que &#233; viver em meio a pobreza e meio a mis&#233;ria &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ici, notre pr&#233;occupation est de former &#224; la vie. Un &#233;l&#232;ve a du mal dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit &#233;galement pour les membres du mouvement hip-hop local de replacer la pratique artistique, en mettant en avant son r&#244;le social et de l'utiliser pour informer et d&#233;noncer. Le hip-hop appara&#238;t ainsi aux yeux des activistes comme un puissant medium, in fine une &#171; arme de communication massive &#187;. Il &#233;rige une vitrine dans la place publique pour les groupes du &#171; hip-hop organis&#233; &#187; en leur permettant particuli&#232;rement d'exposer la lutte d'une jeunesse d&#233;sireuse d'&#233;galit&#233;, alors qu'elle est tr&#232;s r&#233;f&#233;renc&#233;e par la n&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &#202;tre hip-hop &#187; sans s'engager ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt;, de plus en plus de pratiquants form&#233;s dans les &lt;i&gt;posses&lt;/i&gt; tentent de s'affranchir de cette dimension militante, voire r&#233;volutionnaire, pour remobiliser le &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; du hip-hop selon eux ; la rue. Il ne s'agit pas de renier la formation artistique et id&#233;ologique qu'ils ont re&#231;ue de la part des activistes du mouvement hip-hop, mais ils pr&#233;f&#232;rent simplement se concentrer sur la pratique, laissant d&#232;s lors de c&#244;t&#233; les pr&#233;occupations d'ordre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souhaiterais ainsi questionner la position des activistes vis-&#224;-vis de la culture hip-hop en m'interrogeant sur la posture instrumentaliste que d&#233;veloppent les groupes du &#171; hip-hop organis&#233; &#187;. Pour comprendre toute la potentialit&#233; des pratiques associ&#233;es au hip-hop comme le rap, le graffiti ou le breakdance, il nous faut consid&#233;rer la port&#233;e singuli&#232;re de l'esth&#233;tique et sa dimension subversive. C'est pourquoi, je me fixe comme objectif de montrer que la fa&#231;on dont pratique la nouvelle g&#233;n&#233;ration de &lt;i&gt;hip-hoppeur&lt;/i&gt; n'est pas incompatible avec la lutte que peut mener le mouvement hip-hop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc affirmer que le hip-hop &#224; Fortaleza se donne &#224; voir davantage comme un mouvement revendicatif qu'une expression musicale. Or, la pratique des arts hip-hop en tant que telle se manifeste en dehors des circuits officiels et des pistes balis&#233;es par les groupes du &#171; hip-hop organis&#233; &#187;. Arr&#234;ter notre analyse du hip-hop en nous focalisant uniquement sur la dimension politique de ce nouveau mouvement social urbain, reviendrait &#224; minimiser la puissance intrins&#232;que de l'esth&#233;tique hip-hop. Certes, les activistes du mouvement hip-hop mettent encore et toujours en avant cette dimension militante par des actions aupr&#232;s de la &lt;i&gt;comunidade&lt;/i&gt; et leurs discours. En revanche, les &lt;i&gt;hip-hoppeurs&lt;/i&gt; form&#233;s dans les &lt;i&gt;posses&lt;/i&gt;, au-del&#224; d'une discipline et d'une sensibilisation aux questions sociales qui leur aient transmises, produisent &#233;galement un discours sur leur place dans cette soci&#233;t&#233; et sur leurs conditions, en tant que membre arch&#233;typique de la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt;. Ce ne sont pas des r&#233;ceptacles passifs d'une id&#233;ologie. Ils utilisent &#233;galement le hip-hop en pratiquant sous une forme plus ludique en le mettant en sc&#232;ne avec style et originalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants des &lt;i&gt;posses&lt;/i&gt; quant &#224; eux, reprochent souvent aux plus jeunes &lt;i&gt;hip-hoppers&lt;/i&gt; leur manque d'investissement dans les cercles de discussion et autres d&#233;bats qui agitent les quartiers. Leur engagement questionn&#233;, c'est leur authenticit&#233; hip-hop qui est remise en cause. N&#233;anmoins, les &lt;i&gt;hip-hoppeurs&lt;/i&gt; qui ne se concentrent que sur leur pratique ne sont pas les &#171; victimes d'une mode &#187; qui viendrait des &#201;tats-Unis ou de S&#227;o Paulo, comme l'affirmeraient certains activistes. Ils produisent aussi une forme de politique par leurs pratiques en mobilisant l'esth&#233;tique du hip-hop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hip-hop poss&#232;de les ressources n&#233;cessaires afin de permettre &lt;i&gt;aux hip-hoppeurs&lt;/i&gt;, en tant que &#171; pratiquants artistiques &#187;, de s'extraire des positions subalternes qu'ils occupent dans la vie quotidienne. J'estime que l'esth&#233;tique du hip-hop serait capable de fissurer les structures contraignantes qui renferment les &lt;i&gt;hip-hoppeurs&lt;/i&gt; dans un espace social herm&#233;tique, celui de la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt;, parce qu'elle est associ&#233;e &#224; une forme d'exp&#233;rience urbaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce titre, le court article de H. Bazin, &#171; Les nouveaux nomades &#187;, l'auteur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
. Je cherche donc &#224; recentrer mon propos sur l'esth&#233;tique du hip-hop pour montrer qu'il est suppl&#233;mentaire &#224; l'orientation politique, que je mesure pourtant crucial &#224; l'heure o&#249; les expressions culturelles perdent en essence et sont convertis &#224; des fins marchandes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les exemples sont nombreux aux USA et au Br&#233;sil : Jazz, Rock n'Roll, Samba, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette perspective, je vais aborder les pratiques du hip-hop par l'&#171; observation esth&#233;tiques des performances artistiques &#187; qu'elles produisent. C'est cette dimension performative que nous mobilisons dans la mesure o&#249; elle nous permet de jauger la pratique au del&#224; de son seul aspect intentionnel (Wulf, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Performativit&#233; du hip-hop&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Selon R. Schechner, &#171; le sujet de la performance, c'est la transformation, l'habilet&#233; propre &#224; l'homme de cr&#233;er, de changer, de devenir, en mieux ou en pire, ce qu'ils ne sont habituellement pas &#187; (Schechner, 1993). La performance introduit donc de la dynamique, du mouvement dans une action, elle fait passer d'un &#233;tat &#224; un autre. Cette notion th&#233;&#226;trale est inspir&#233;e de celle de rituel tel que V. Turner la d&#233;finit lorsqu'il montre que tout groupe humain &#171; performe &#187; des rituels qui mettent en sc&#232;ne et qui racontent des histoires sur eux-m&#234;mes (Turner, 1982). Ces rituels peuvent prendre place dans le domaine des rites c&#233;r&#233;moniels, dans la vie sociale, dans le religieux et parfois dans la guerre. V. Turner nous explique que ces rituels sont mis en sc&#232;ne, ce qui permet aux acteurs de pouvoir changer de statut ou de r&#233;soudre une crise. Se situant dans ce que V. Turner appelle des espaces liminaux, ces rituels s&#233;parent la sph&#232;re de la vie quotidienne, de la routine et du moment rituel. La performance institue une forme d'&#233;v&#232;nement mais on pourrait &#233;galement la retrouver dans la vie quotidienne, dans la pr&#233;sentation de soi par exemple, et dans nos interactions routini&#232;res, c'est en tout cas de cette mani&#232;re que l'on peut lire l'&#339;uvre d'E. Goffman (1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esth&#233;tique produite par les repr&#233;sentations des arts hip-hop dans la ville peut &#234;tre lue comme support des performances sous-tendant une reconfiguration de l'espace et notamment de l'espace urbain. M. Stokes estime &#224; ce titre que la musique et les pratiques musicales nous informent sur le sens que l'on donne &#224; un lieu. Le lieu, parce qu'il est travers&#233; et fa&#231;onn&#233; par des &#171; influences sociales &#187; distantes, conduirait &#224; un processus de relocalisation que M. Stokes retrouve &#224; cet &#233;gard dans les performances musicales. Pour lui, la pratique musicale au bien plus que de cr&#233;er des fronti&#232;res, cr&#233;e des trajectoires au travers de l'espace (Stokes, 1994). J.P Santiago nous montre &#233;galement, au travers de son analyse des bandas &#224; Campos (Br&#233;sil), la &#171; fonction &#187; des soci&#233;t&#233;s musicales au Br&#233;sil. Il estime de fait, que les pratiques qui s'y jouent permettent de faire fluctuer l'espace social. Dans cette perspective, le &#171; musiquer &#187; stimule et annonce la cr&#233;ation d'espaces de sociabilit&#233;s entre citadins. On pourrait alors parler de &#171; dynamiques musicales &#187; productrices de lien social entre citadins (Santiago, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La musique joue donc un r&#244;le important dans cette volont&#233; de &#171; relocaliser &#187; des personnes, mais aussi bien des pratiques. Le lieu ainsi construit au travers de la musique, implique des notions de diff&#233;rences et de fronti&#232;res sociales. La musique ne fournit pas simplement les marqueurs d'un espace social pr&#233;-structur&#233;, elle fournit aussi les moyens par lesquels cet espace social peut &#234;tre transform&#233;. En d'autres termes, le &#171; musiquer &#187; est &#233;galement une pratique performative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#232;nement musical hip-hop est une constante &#233;vocation du lieu. En effet, au Br&#233;sil, le hip-hop est associ&#233; &#224; cette image n&#233;gative de la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt;, mais les &lt;i&gt;hip-hoppeurs&lt;/i&gt; ont trouv&#233; paradoxalement dans ce rapprochement avec un lieu &#224; &#171; vertu &#233;vocatrice &#187;, la source m&#234;me de leur construction identitaire. C'est d'ailleurs ce lien inextricable avec la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt;, source de leur production artistique, qui leur fait dire et clamer que &#171; ser hip-hop &#233; ser de periferia &#187; ; &#234;tre hip-hop, c'est &#234;tre de la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du concept de performance, je consid&#232;re les identit&#233;s produites par le hip-hop, non pas dans la fixit&#233; mais dans leur potentialit&#233;. D&#232;s lors, le &lt;i&gt;hip-hopper&lt;/i&gt; nous apparaitrait non plus comme l'arch&#233;type habitant de la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt; ou de la &lt;i&gt;favela&lt;/i&gt;, mais comme un &#234;tre en train de faire, et plus encore dans sa capacit&#233; &#224; red&#233;finir son rapport &#224; l'espace et &#224; construire ses propres trajectoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esth&#233;tique et politique du &#171; sentir-ensemble &#187; : l'exemple de la roda de breakdance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s &#171; populaire &#187; des rodas de breakdance &#224; Fortaleza &#171; Planeta hip-hop &#187; t&#233;moigne de l'engouement que suscite la pratique du &lt;i&gt;breakdance&lt;/i&gt; y compris chez les non-initi&#233;s. En effet, lors des &lt;i&gt;rodas de breakdance&lt;/i&gt;, la foule se fait compacte autour des danseurs, les &lt;i&gt;flashs&lt;/i&gt; cr&#233;pitent, tout le monde cherche &#224; s'approcher le plus possible des danseurs. Le public participe &#233;galement, &#224; la demande des danseurs, il tape des mains en rythme, devant les &lt;i&gt;power moves&lt;/i&gt; de ces gymnastes des quartiers, il crie, il vibre. Le hip-hop fait de la &#171; cassure &#187; et des ruptures de flux, une marque de fabrique, de sorte que le rythme hip-hop ne peut laisser un regard indiff&#233;rent et une oreille sourde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;breakdance&lt;/i&gt; donne &#224; voir cette esth&#233;tique. Les phases de sauts ou d'immobilisme sont des moments &#224; partir desquels les articulations sont &#171; cass&#233;es &#187; et mises en position angulaire. Un mouvement pr&#233;alable du bras ou du pied puis une brusque cassure dans l'articulation va provoquer une onde, dans laquelle va se propager l'&#233;nergie du doigt de la main jusqu'aux orteils. Par ce proc&#233;d&#233;, les danseurs de &lt;i&gt;breakdance&lt;/i&gt; peuvent transmettre la force des sauts et des figures, vers l'avant, vers l'arri&#232;re, entre eux, par le contact entre leurs doigts r&#233;alisant une esp&#232;ce d'onde sinuso&#239;dale. Le trait cr&#233;&#233;, la ligne produite, sont le r&#233;sultat d'une s&#233;rie de ruptures nettes, angulaires le tout dans un mouvement fluide. Ces coupures soutiennent l'&#233;nergie et le mouvement au travers du flux. Les &lt;i&gt;breakeurs&lt;/i&gt; doublent le mouvement de leurs partenaires (rappelant les ombres et la stratification dans le graffiti), entrem&#234;lant leurs corps, formant des figures &#233;labor&#233;es et les transformant en une nouvelle entit&#233; (comme le camouflage dans certains styles de graffiti). En un instant, ces corps se s&#233;parent et reviennent &#224; l'&#233;tat initial. Auparavant cass&#233;s, brusqu&#233;s, ils redeviennent &#224; nouveau gracieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Laplantine d&#233;crit la &lt;i&gt;ginga&lt;/i&gt; &#171; comme un mouvement du corps, une mani&#232;re de se d&#233;placer en faisant onduler toutes les parties du corps, en particulier les jambes, les hanches, les &#233;paules et la t&#234;te &#187; (Laplantine, 2005). Ce serait &#233;galement cette &lt;i&gt;ginga&lt;/i&gt;, particuli&#232;re aux Br&#233;siliens, qui leur permettrait de &#171; sambar &#187; d'une fa&#231;on harmonieuse, sensuelle, sinueuse qui laisse sous entendre que le mouvement de la &lt;i&gt;ginga&lt;/i&gt; aurait &#224; voir avec quelque chose de l'ordre de la courbe, du non saisissable. C'est aussi, par exemple, la &lt;i&gt;ginga&lt;/i&gt; qui permet aux capoeiristes de porter un coup sans crier gare, et ainsi d&#233;sarmer l'adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esth&#233;tique du hip-hop rompt compl&#232;tement avec le rythme bien arrondi de la &lt;i&gt;ginga&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;breakdance&lt;/i&gt; &#171; agresse &#187; l'&#339;il. Souvent ce sont des figures n&#233;cessitant une puissance physique importante, de l'explosivit&#233; en soit, tout ne se passe pas dans une harmonie physique, comme le &lt;i&gt;samba&lt;/i&gt; ou la &lt;i&gt;capoeira&lt;/i&gt;. Cela dit, tout comme dans la&lt;i&gt; roda de capoeira&lt;/i&gt;, on ressent aussi quelque chose de l'ordre du sensible, puisque les corps r&#233;sonnent entre eux. Le corps &#171; meurtri &#187; du &lt;i&gt;breaker&lt;/i&gt; peut aussi dire quelque chose, J. Gil nous dit que &#171; la danse n'est pas un langage dans le sens o&#249; il est impossible de d&#233;couper, dans les mouvements du corps, des unit&#233;s distinctes comparables aux phon&#232;mes de la langue naturelle &#187; (Gil, 2000). Ainsi, il pense que la communication par les mouvements du corps est beaucoup plus riche que celle du langage articul&#233;. La communication par la danse passerait par un autre ensemble qui contribue &#224; l'expression du sens, &#171; le corps est beaucoup plus expressif quand il danse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des danseurs issus des &lt;i&gt;periferias&lt;/i&gt; de Fortaleza, exercer son art devant un public nombreux, &#234;tre admir&#233;s, applaudis, encourag&#233;s, appara&#238;trait en quelque sorte comme l'aboutissement d'un parcours. Le &lt;i&gt;breakdance&lt;/i&gt; replace ces corps d'habitude absents au centre des attentions. C'est finalement une forme &lt;i&gt;d'empowerment&lt;/i&gt; qu'il est possible d'entrevoir dans ces joutes corporelles car alors qu'il ne formule rien &#171; verbalement &#187; le &lt;i&gt;breakeur&lt;/i&gt; peut l&#233;gitimement revendiquer un pouvoir momentan&#233; dans un domaine qu'il domine, il tire de sa toute maitrise de la danse et de son corps, l'estime de soi. De la ronde de &lt;i&gt;breakdance&lt;/i&gt;, il va puiser la fiert&#233; et la reconnaissance de ses efforts accomplis &#224; l'entrainement. La ronde se transforme en un espace o&#249; il y a une redistribution des r&#244;les, il n'y a pas de public ou bien de participants. Un dialogue par la m&#233;diation de la danse, jusqu'alors difficile, devient alors possible par la cr&#233;ation d'un lien entre toutes les personnes pr&#233;sentes alors m&#234;me que le dialogue entre danseurs est bas&#233; sur le rituel du conflit qui pousse &#224; l'excellence. Le &lt;i&gt;b-boy&lt;/i&gt; est quant &#224; lui, toujours support&#233; par l'assembl&#233;e qui &#339;uvre une implication puissante dans la motivation. C'est elle qui impulse l'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation des figures. &#171; Le public ne peut se concevoir passif ; v&#233;g&#233;tatif, ou comme un simple observateur ext&#233;rieur &#187; (Bazin, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Esth&#233;tique et espaces : reconfiguration du lieu du hip-hop &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rap, c'est une &#233;nergie qui permet de mettre en musique des mots par le biais d'un fras&#233; particulier, une sorte de parler-chanter, un peu &#224; la mani&#232;re des &lt;i&gt;repentistas&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces artistes que l'on peut croiser dans les rues des grandes villes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A. Milon utilise des concepts tir&#233;s de la neurologie pour affirmer que le rap peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme des glossolalies et comme des logorrh&#233;es urbaines (Milon, 1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La glossolalie qui est &#224; l'origine, le don de prier dans des langues que l'on ne conna&#238;t pas, est reprise ici, dans des termes plus pathologiques. Effectivement, A. Milon voit dans le rap une glossolalie, puisqu'il le compare &#224; l'expression particuli&#232;re d'un parler &#171; impens&#233; et prof&#233;r&#233; &#187;. La logorrh&#233;e est, quant &#224; elle, un flux de paroles inutiles, qui peut &#234;tre associ&#233;e &#224; certains troubles mentaux lorsqu'elle prend la forme d'une pulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rap, logorrh&#233;e urbaine, serait un moyen pour le rappeur, d'actualiser par un flux ininterrompu, sa &#171; rel&#233;gation sociale &#187;. Ainsi le rap n'aurait pas besoin de message, ni de contenu, car ce qui importe n'est pas le contenu de sens, des mots, mais l'effet sonore, rythm&#233;, syncop&#233;, versifi&#233;. La fluidit&#233; verbale, le &lt;i&gt;flow&lt;/i&gt; constitueraient, en eux seuls, une musicalit&#233;. C'est par cette musicalit&#233; que l'on comprend finalement que ce qui est central ne se situe pas fondamentalement dans le contenu des paroles et donc la d&#233;nonciation, mais tout se joue dans l'affirmation de sa pr&#233;sence. En tenant compte de cela, il faudrait finalement s'interroger sur l'utilit&#233; d'une orientation du hip-hop de la mani&#232;re que le fait le &#171; hip-hop organis&#233; &#187; au Br&#233;sil puisque le hip-hop ne serait pas finalement &#171; un acte de beaut&#233; insignifiant &#187;, il serait d&#233;j&#224; porteur en lui-m&#234;me d'une matrice fondamentalement politique et subversive. On retrouve ici le lien entre esth&#233;tique et politique tel que le d&#233;veloppe F. Laplantine. Il ne parle pas d'une politique au sens strict du terme, il &#233;voque une politique de l'&#171; &#233;prouver-ensemble &#187;, une politique qui ne se placerait pas dans un continuum spatio-temporel infini et qui ne serait possible que dans des &#171; moments de partage du sensible &#187; (Laplantine, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole rap s'exprime dans un espace qui s'affranchit des r&#232;gles communes de la domination ou de la stigmatisation, en parlant un langage, qui peut para&#238;tre incompr&#233;hensible pour certains, ou bien &#224; l'inverse trop compr&#233;hensible pour d'autres. Cette expression se r&#233;v&#232;le &#234;tre un moyen de se lib&#233;rer des contraintes qui p&#232;sent sur des populations stigmatis&#233;es en r&#233;cr&#233;ant des canaux de communication originaux. Le hip-hop montre encore une fois qu'il est bien plus cr&#233;ateur d'espaces et de trajectoires qu'une exp&#233;rience qui fixe les identit&#233;s et les rapports de domination. &#201;rig&#233; en vecteur de communication et plus puissant que les canaux classiques, le hip-hop permettrait de prendre le r&#244;le d'orateur public, s'empreignant de l'information et la relayant dans toutes les parties de la Cit&#233;. Se pla&#231;ant dans un &#171; entre deux &#187;, le &lt;i&gt;hip-hopper&lt;/i&gt; permettrait de &#171; retrouver les s&#233;quences d'une sociabilit&#233; oubli&#233;e et restaure des pratiques d&#233;mocratiques d&#233;laiss&#233;es. Il revient &#224; des conduites populaires &#233;loign&#233;es de l'utilisation savante de la langue, tout ce qui fait en r&#233;alit&#233; le tissu social de la ville &#187; (Laplantine, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inspirant de la figure de l'&#201;tranger de G. Simmel, A.Milon d&#233;finie l'&#201;tranger comme une personne qui &#171; repr&#233;sente un individu en perp&#233;tuel transit, en mouvement, sans que son d&#233;placement soit d&#233;limit&#233; par un lieu pr&#233;cis, sorte d'&#233;tat singulier proche de celui qui assume la fonction mobile du voyage qui permet &#224; chaque personnage de retrouver ses compagnons au carrefour de l'&#234;tre &#187; (Milon, 1999 :4). La figure de l'&#201;tranger pour G. Simmel &#233;tait le commer&#231;ant Juif, pour R.E Park c'&#233;tait le &lt;i&gt;Hobo&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;hip-hoppeur&lt;/i&gt;, au m&#234;me titre que son alter ego le &lt;i&gt;favelado&lt;/i&gt;, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme l'&#201;tranger des grandes villes br&#233;siliennes, &#171; il introduit un facteur de d&#233;stabilisation dans un milieu clos &#187; (P&#233;tillon, 1991), sa capacit&#233; &#224; investir des espaces trouble la soci&#233;t&#233; et l'ordre social et spatial &#233;tabli, il transforme son rapport &#224; la ville &#224; chacun de ses pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxale est l'image que d&#233;peignent les &lt;i&gt;hip-hoppeurs&lt;/i&gt; de leur quartier, &#224; la fois le lieu de tous les dangers, de tous les maux, mais aussi le lieu d'un attachement extr&#234;mement fort. Dans les chansons rap, on entend souvent le MC rappeler son amour &#224; la &lt;i&gt;periferia&lt;/i&gt; et &#224; son quartier d'origine. Lorsqu'on est plus attentif aux &lt;i&gt;lyrics&lt;/i&gt;, le MC veut repr&#233;senter de la mani&#232;re la plus digne son quartier, sa &lt;i&gt;favela&lt;/i&gt;, son &lt;i&gt;posse&lt;/i&gt;. Il met en avant son espace d'origine afin d'en montrer le c&#244;t&#233; le plus valorisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : le hip-hop, une esth&#233;tique de la d&#233;sinscription spatiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hip-hop est une pratique qui s'exprime dans le quartier, mais ce n'est en rien une pratique du quartier. Le hip-hop bien qu'il soit une activit&#233; locale, arrive &#224; mettre en lien diff&#233;rents espaces, il produit une forme d'interspatialit&#233; parce qu'il catalyse la mobilit&#233; dans l'espace urbain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le hip-hop consid&#233;r&#233; sous sa dimension performative revendique une transformation de l'espace urbain. La ville, par les pratiques du hip-hop, est parcourue par des symboles et autres dispositifs permettant au &lt;i&gt;hip-hoppeur&lt;/i&gt; d'imposer sa pr&#233;sence. Par exemple, le rap traduit la figure de la rel&#233;gation. Puisqu'on ne veut pas lui donner la parole, le rappeur la prendra, et dans le temps qui lui ait imparti, il d&#233;versera son flow avec un habilit&#233; extr&#234;me tout en gardant un &#339;il critique sur le monde qui l'entoure. Le tag ou le &lt;i&gt;picha&#231;&#227;o&lt;/i&gt; participe &#233;galement &#224; une nouvelle mue de la ville, partout o&#249; le &lt;i&gt;pichador&lt;/i&gt; passe, il imprime son nom, sa marque pour affirmer son existence. La pratique hip-hop passe aussi par des moments forts comme la ronde de breakdance, dans un espace-temps minime, le breakdancer transforme son rapport &#224; l'autre, il produit du &#171; sentir ensemble &#187; o&#249; il n'y a plus de dominants ni de domin&#233;s. Danser dans l'espace public, au milieu des autres citadins, et surtout &#234;tre le centre des attentions, des admirations ne peut que renforcer une estime de soi mise &#224; mal par un quotidien trop violent et une logique discriminatoire implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seuls Dickens, et son contemporain Baudelaire ont vu qu'&#234;tre soi-disant &#171; Etranger &#187; dans la ville ne vous en exilait pas mais &#233;tait la meilleure mani&#232;re d'habiter ce lieu in&#233;dit, d'en avoir une perception neuve et efficace &#187; (P&#233;tillon, 1991). Dans bien de ces caract&#233;ristiques, le &lt;i&gt;hip-hoppeur&lt;/i&gt; est l'Etranger des grandes villes &#224; l'&#232;re des &#171; post &#187;, post-industriel, post-moderne ou post colonial. Les graffeurs, rappeurs et breakeurs mobilisent des espaces o&#249; leurs possibilit&#233;s d'expression et de revendication n'ont pas de limites, d&#233;sirant &#224; chaque fois de transcender leurs pratiques artistiques. Ils contournent les s&#233;parations ainsi que les assignations spatiales, la ville pour eux n'a pas de fronti&#232;res, ils vont au-del&#224; de la simple id&#233;e duale, et duelle, &#171; centre/p&#233;riph&#233;rie &#187;, ou encore &#171; dominants/domin&#233;s &#187;. Le &lt;i&gt;hip-hoppeur&lt;/i&gt; ne relocalise pas le hip-hop, mais plut&#244;t il le d&#233;localise, le d&#233;territorialise. Il d&#233;joue les strat&#233;gies de rel&#233;gation de ceux qui le cantonnait au p&#233;riph&#233;rique, &#224; l'insondable, aux pratiques &#171; magiques &#187;. Le hip-hop par son esth&#233;tique, ce n'est pas la p&#233;riph&#233;rie, ce n'est pas le centre, c'est la p&#233;riph&#233;rie dans le centre, il n'a pas de lieu &#224; proprement parl&#233;, il agit plut&#244;t comme une interface entre plusieurs espaces, le politique, l'esth&#233;tique, le p&#233;riph&#233;rique, le central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes manifestations qui ont lieu dans la ville, et notamment dans des haut-lieux de Fortaleza, t&#233;moignent de cette appropriation de l'espace de la ville. Ces repr&#233;sentations publiques r&#233;activent l'id&#233;e que la citoyennet&#233; va de pair avec la citadinit&#233;, cette citoyennet&#233; effective que cherche &#224; conqu&#233;rir le &#171; hip-hop organis&#233; &#187;. En consid&#233;rant la ville dans son ensemble comme son &#171; univers &#187; d'expression, le &lt;i&gt;hip-hoppeur&lt;/i&gt; cr&#233;e des espaces dans lesquels il a une libert&#233; de circuler et d'&#233;changer. Fa&#231;onn&#233; par les &lt;i&gt;hip-hoppeurs&lt;/i&gt;, cet espace rompt avec les marqueurs spatiaux et sociaux, il permet d'appr&#233;cier les sp&#233;cificit&#233;s et les diff&#233;rences entre individus, tout en valorisant leur appartenance &#224; un style.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailane Sofiane, 2012, &#171; Le(s) lieu(x) du hip-hop au Br&#233;sil &#187;, &lt;i&gt;Parcours Anthropologiques&lt;/i&gt;, n&#176;8, pp204-219.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bazin Hugues, 1993, &#171; Les nouveaux nomades &#187;, &lt;i&gt;revue du G.R.A.P.E&lt;/i&gt;, n&#176; 23, Er&#232;s, pp61-64.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bazin Hugues, 1998, &lt;i&gt;La culture hip hop&lt;/i&gt;, Paris, Descl&#233;e de Brouwer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gil Jos&#233;, 2000, &#171; La danse, le corps, l'inconscient &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, n&#176;35, pp57-74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goffman Erving, 1973, &lt;i&gt;La Mise en sc&#232;ne de la vie quotidienne : La pr&#233;sentation de soi&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laplantine Fran&#231;ois, 2005,&lt;i&gt; Le social et le sensible. Introduction &#224; une anthropologie modale&lt;/i&gt;, Paris, T&#233;ra&#232;dre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mac Glynn Aine, 2007, &#171; The Infinity Lessons of The Universal Zulu Nation &#187;, in Mickey Hess (ed.), &lt;i&gt;Icons of hip hop : an encyclopedia of the movement, music, and culture&lt;/i&gt; (Volume 1). Wesport, Greenwood Press, pp269-270.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milon Alain, 1999, &lt;i&gt;Etranger dans la ville : Du rap, au graff mural&lt;/i&gt;, Paris, P.U.F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;tillon Pierre-Yves, 1991, &#171; O ! Chicago, Images de la ville en chantier &#187;, in Jean Baudrillard et alii, &lt;i&gt;Citoyennet&#233; et Urbanit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Santiago Jorge P, 2000, &#171; &#8220; Au nom de l'esprit des sons&#8230;&#8221; : Sociabilit&#233; musicale et identit&#233; urbaine au Br&#233;sil &#187;, in G&#233;rard Borras (dir.). &lt;i&gt;Musiques et soci&#233;t&#233;s en Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, Rennes, PUR, pp269-281.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schechner Richard, 1993, &lt;i&gt;The future of ritual&lt;/i&gt;, New York, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stokes Martin, 1994, &#171; Introduction : Ethnicity, identity and Music &#187; in Martin Stokes, (ed.), &lt;i&gt;Ethnicity, identity and Music : the musical construction of place&lt;/i&gt;, Oxford et New York : Berg, 1994, p1-27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Turner Victor, 1982, &lt;i&gt;From Ritual to The&#226;tre : The Human Seriousness of Play&lt;/i&gt;, New York, PAJ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valladares L&#237;cia, 2005, &#171; Louis-Joseph Lebret et les favelas de Rio de Janeiro (1957-1959) : enqu&#234;ter pour l'action &#187;, &lt;i&gt;Gen&#232;ses&lt;/i&gt;, vol.3, n&#176; 60, pp31-56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wulf Christoph, 2007, &lt;i&gt;Une anthropologie sociale et culture : Rituels, mimesis sociale et performativit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, T&#233;ra&#232;dre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;tat situ&#233; dans la r&#233;gion Nordeste du Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;f&#233;rence &#224; Afrika Bambaataa, musicien et fondateur de la Zulu Nation ne sont pas explicites dans le sens o&#249; les membres du mouvement hip-hop ne le citent pas nomm&#233;ment mais on constate que les membres du mouvement hip-hop &#224; Fortaleza utilisent les m&#234;mes r&#233;f&#233;rences id&#233;ologiques d&#233;velopp&#233;es au sein de la Zulu Nation qui ont consacr&#233; le savoir et la qu&#234;te de connaissance &#224; partir de l'apprentissage et de la pratique des arts hip-hop. L'apprentissage des arts hip-hop contribuerait sous cette perspective &#224; d&#233;velopper des formes de comportements disciplin&#233;s (Mac Glyn, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme &lt;i&gt;comunidade&lt;/i&gt;, communaut&#233; en fran&#231;ais, pourrait pr&#234;ter &#224; confusion. &lt;i&gt;Comunidade&lt;/i&gt; est &#224; vrai dire polys&#233;mique, c'est tout d'abord dans le contexte urbain un synonyme de &#171; quartier &#187;. Je viens de telle &lt;i&gt;comunidade&lt;/i&gt;, par exemple. Bien que le terme puisse dans d'autres contextes recouvrir un sens racial et ethnique, il s'agit ici de d&#233;finir son appartenance &#224; un quartier, puisque d&#233;finir son quartier en tant que &lt;i&gt;comunidade&lt;/i&gt;, c'est appliquer l'id&#233;e sous-jacente d'un espace o&#249; le lien entre les personnes est plus important qu'ailleurs et o&#249; le tissu social conduit &#224; la solidarit&#233; et &#224; l'entraide entre habitants (Valladares, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; On ne peut se cantonner uniquement au hip-hop, il a un meilleur r&#244;le &#224; jouer : le droit &#224; la culture par exemple&#8230;nous avons besoin de personnes qui sont citoyennes, comme si le hip-hop &#233;tait un parti politique, l'organisation a certains principes : ils ne se trouvent pas seulement li&#233;s &#224; l'art, il y a la lutte pour une vie plus digne, pour avoir des biens, dans le pays dans lequel nous vivons, c'est une chose importante &#187;, extrait entretien &#171; Comunidade Reunida &#187; pour le programme radio de rap cearense &#171; Se liga ! &#187;, mai 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, &#224; partir de l'Internet et gr&#226;ce &#224; la num&#233;risation des contenus, la culture hip-hop est aujourd'hui beaucoup plus ais&#233;ment accessible, il suffit d'aller sur les sites de partage de vid&#233;os tel que &lt;i&gt;Youtube&lt;/i&gt; pour appr&#233;cier les derniers morceaux de rap ou les derni&#232;res &lt;i&gt;battles&lt;/i&gt; de breakdance. Les sonorit&#233;s soul/funk et &#233;lectro sont imm&#233;diatement disponibles &#224; partir des serveurs qui offrent gratuitement un catalogue de MP3 infini. De plus, dans les centres urbains se vendent &#171; &#224; la sauvette &#187; les derniers championnats de &lt;i&gt;breakdance&lt;/i&gt; enregistr&#233;s sur des supports DVD.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; C'est vraiment bon ! Production parfaite, mais dans les clips qu'est ce qui appara&#238;t ? Leur r&#233;alit&#233; est-elle la m&#234;me que la n&#244;tre ? &#187;, DJ Cris, Conjunto Cear&#225;, mai 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un rap qui fait l'apologie de la violence et qui produit une image positive de la vie dans la criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Ici, notre pr&#233;occupation est de former &#224; la vie. Un &#233;l&#232;ve a du mal dans l'expression, est timide, par exemple lors d'un entretien d'embauche, cela on est capable de le travailler et regardes que le hip-hop n'a rien &#224; voir avec le boulot, et cela il l'emporte avec lui pour la vie. Notre priorit&#233; n'est pas de former des b-boys, des danseurs incroyables, des grands rappeurs qui vont vendre des centaines de DVD's, ou bien des graffeurs d'&#233;lite. Notre but, c'est de former &#224; la vie, nous savons comment cela peut &#234;tre dur dehors, nous savons ce que c'est de vivre au milieu de la pauvret&#233; et de la mis&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, extrait entretien avec Walber, Mucuripe, avril 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A ce titre, le court article de H. Bazin, &#171; Les nouveaux nomades &#187;, l'auteur nous renseigne sur cette exp&#233;rience urbaine fondatrice sur lequel se fond le hip-hop. &#171; Les ma&#238;tres artistes du hip-hop sont en quelque sorte les guides de haute montagne du paysage urbain. Peu de personnes utilisent la ville comme lieu d'exp&#233;rience, elles la parcourent d'un point &#224; un autre, r&#233;duisant ainsi le sens de ce qui aurait pu &#234;tre une exp&#233;rience &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les exemples sont nombreux aux USA et au Br&#233;sil : &lt;i&gt;Jazz, Rock n'Roll, Samba, Funk&lt;/i&gt; etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces artistes que l'on peut croiser dans les rues des grandes villes br&#233;siliennes se livrent en duo une v&#233;ritable joute verbale par vers et rimes interpos&#233;s et improvis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jeunes, espace public, appropriation de l'espace public</title>
		<link>https://influxus.eu/article1039.html</link>
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		<dc:date>2016-09-02T11:06:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claire Calogirou</dc:creator>


		<dc:subject>Youth</dc:subject>
		<dc:subject>Public Space</dc:subject>
		<dc:subject>Street Uses</dc:subject>
		<dc:subject>Sporting and Cultural Practices</dc:subject>
		<dc:subject>Jeunesse</dc:subject>
		<dc:subject>Espace Public</dc:subject>
		<dc:subject>Pratiques Sportives et Culturelles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De nouveaux usages ludiques et sportifs ont (re)introduit une conception nouvelle, ou plut&#244;t oubli&#233;e, de l'espace public, bousculant les habitudes et interdits. Le Parkour, flashmob, danses de rue, skateboard, roller, bmx, basket de rue, musiciens de rue, graffiti/street art, base jumping urbain, golf urbain...ces pratiques repr&#233;sentent une remise en cause d'usages &#233;tablis jusqu'&#224; lors. V&#233;cues comme g&#234;nantes, et g&#233;n&#233;ratrices d'ins&#233;curit&#233;, elles contrarient l'ordre &#233;tabli dans l'espace public (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5871.html" rel="tag"&gt;Youth&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5873.html" rel="tag"&gt;Public Space&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5875.html" rel="tag"&gt;Street Uses&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5877.html" rel="tag"&gt;Sporting and Cultural Practices&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5879.html" rel="tag"&gt;Jeunesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5881.html" rel="tag"&gt;Espace Public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5883.html" rel="tag"&gt;Pratiques Sportives et Culturelles&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De nouveaux usages ludiques et sportifs ont (re)introduit une conception nouvelle, ou plut&#244;t oubli&#233;e, de l'espace public, bousculant les habitudes et interdits. &lt;i&gt;Le Parkour, flashmob, danses de rue, skateboard, roller, bmx, basket de rue, musiciens de rue, graffiti/street art, base jumping urbain, golf urbain&lt;/i&gt;...ces pratiques repr&#233;sentent une remise en cause d'usages &#233;tablis jusqu'&#224; lors. V&#233;cues comme g&#234;nantes, et g&#233;n&#233;ratrices d'ins&#233;curit&#233;, elles contrarient l'ordre &#233;tabli dans l'espace public et alimentent des d&#233;bats publics. Toutefois il faut signaler que le regard envers ces pratiques s'est progressivement modifi&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'av&#232;re utile de pr&#233;ciser la d&#233;finition de l'espace public. Thierry Paquot &#233;tablit une diff&#233;rence entre &#8211; espace public- et &#8211; espaces publics- . Pour lui, l'espace public au singulier &#233;voque le lieu du d&#233;bat public, de la &#171; pratique publique, pratique d&#233;mocratique &#187; qu'il diff&#233;rencie des espaces publics, lieux de circulation des habitants (rues, places, jardins&#8230;) (Paquot, 2006). Pour ma part, espace ou espaces, il s'agit de communication. L'usage qui est fait des espaces publics peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme politique dans la mesure o&#249; cet usage provoque des rencontres entre les diff&#233;rentes mani&#232;res d'&#234;tre dans la rue&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs articles &#233;voquent ce point de vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
La visibilit&#233; et la sonorit&#233; provocatrices de ces pratiques correspondent &#224; l'esprit d'une partie de la jeunesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par Jeunesse, nous entendons une tr&#232;s large palette de tranches d'&#226;ge, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par leur caract&#232;re distinctif. En produisant dans la rue des spectacles de toutes sortes, elles transforment celle-ci en lieu de vie sensible. Ces pratiques mettent en sc&#232;ne le rapport des individus &#224; leur environnement. Elles affirment, par leurs mani&#232;res inhabituelles, minoritaires et jug&#233;es la plupart du temps d&#233;rangeantes, une mani&#232;re de vivre l'espace public diff&#233;remment. &lt;br class='autobr' /&gt;
En s'appropriant des lieux pour s'entra&#238;ner, pour s'amuser, se retrouver entre soi, d&#233;fier soi-m&#234;me et les autres, les pratiquants introduisent des sensations nouvelles dans la vie quotidienne, du d&#233;sordre dans le banal (Brucker &amp; Finkelkraut, 1982). Ils r&#233;introduisent le facteur ludique, du &lt;i&gt;fun&lt;/i&gt;, entre autres dans le sport, dimension atrophi&#233;e au profit du s&#233;rieux (Elias, 1994). Absence de contraintes, centration sur l'individu libre, exp&#233;rimentation (Bromberger &amp; Duret, 2004) ces nouveaux usages ludiques et sportifs concourent &#224; l'objectif de l'&#233;panouissement de soi ; et parall&#232;lement ils incorporent un acharnement &#224; s'entrainer pour aboutir &#224; la maitrise de la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces manifestations soient artistiques ou sportives, elles s'expriment &#224; l'int&#233;rieur d'un mouvement culturel dont les acteurs partagent un mode de vie, mouvement qui s'est construit dans et par la rue, qui se revendique comme tel et qui dans ses d&#233;veloppements conna&#238;t des &#233;volutions multiples. L'&#233;tude de ces pratiques pr&#234;te &#224; comprendre la capacit&#233; des acteurs &#224; maintenir, &#224; transmettre et &#224; am&#233;nager, voire &#224; r&#233;inventer des &#233;l&#233;ments de leur culture et de composer entre les diff&#233;rents r&#244;les sociaux (Hannerz, 1985).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de d&#233;signer ces groupes de pratiquants comme des &#034;peuplades exotiques&#034; en marge de la vie urbaine, il s'agit au contraire de la d&#233;monstration de la forte int&#233;gration de ces usagers particuliers de la ville dans leur environnement. Ces productions participent des cultures populaires qui apportent tant au plan symbolique que mat&#233;riel une diversit&#233; et une richesse des regards et des mani&#232;res d'&#234;tre, autant de production d'identit&#233;s multipli&#233;es voire recompos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu qui s'engage est celui d'une red&#233;finition plurielle de l'espace public et de sa revendication, de son imagination dont Pierre Sansot (1973) disait que c'&#233;tait la mani&#232;re la plus forte de s'en emparer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles rassembl&#233;s ici sont fond&#233;s sur des travaux de recherche articul&#233;s autour des questions de jeunesse et d'espace public mises en lien avec le contexte soci&#233;tal de ces derni&#232;res d&#233;cennies. Ils s'appuient sur des enqu&#234;tes de terrain en ethnologie, sociologie, &#233;conomie, histoire de l'art&#8230;Ils mettent en &#233;vidence les th&#232;mes communs qui traversent ces pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rue revendiqu&#233;e et appropri&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est un endroit par lequel il faut commencer &#224; approcher l'ensemble de ces pratiques, c'est celui de la rue. C'est en &#233;tudiant la pratique de l'int&#233;rieur, &#224; partir des acteurs eux-m&#234;mes que l'on peut exprimer ce qui la sp&#233;cifie ; c'est en les observant dans un certain nombre de lieux, sur des &#233;v&#232;nements, en participant aux rassemblements, aux comp&#233;titions, en les suivant dans leurs parcours urbains ou dans leurs espaces cach&#233;s, en interrogeant les uns et des autres (pratiquants, parents, pouvoirs locaux, policiers&#8230;) que l'on fait &#233;merger les points de vue et peut saisir une activit&#233; en apparence d&#233;risoire. Les rencontres avec les pionniers ont compl&#233;t&#233; les contours d'une pratique mal d&#233;finie en termes d'&#226;ge et de motivations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique de la rue, est un acte de d&#233;ambulation, de d&#233;couverte de lieux appropri&#233;s consid&#233;r&#233;s comme importants du point de vue du pratiquant et de sensations nouvelles tant par les usages de mat&#233;riaux et des diff&#233;rentes formes d'objets que par les rencontres effectu&#233;es. L'ensemble de ces activit&#233;s sportives et culturelles utilise les mat&#233;riaux et architectures urbaines. Elles attachent une grande importance aux aspects qualitatifs des mat&#233;riaux. Le regard est sans cesse en &#233;veil sur les formes urbaines. La ville, ses quartiers, ses rues, tout lieu peut faire partie du plaisir. Elles induisent un regard diff&#233;rent sur la ville, un regard pratique sur l&#8216;architecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le skateboard est un regard port&#233; aux formes et mati&#232;res, le besoin de d&#233;couvertes et de sensations nouvelles ainsi qu'un sens des &#233;motions partag&#233;es avec les siens. Pratique de libert&#233;, de d&#233;fi, recherche de ses limites, le skate est un rapport &#224; l'environnement. Il se joue des &#233;l&#233;ments bitume, m&#233;tal, bois, eau, neige, air&#8230;Il conjugue aventure, ing&#233;niosit&#233;, vertige, avec technicit&#233; et agilit&#233;. Tout lieu peut faire partie du plaisir et de sa qu&#234;te, et il s'en trouve marqu&#233; : usures particuli&#232;res que l'oeil averti peut reconna&#238;tre, traces qui permettent de suivre leurs parcours urbains. En suivant des skateurs, on assiste &#224; leur quotidien, aux motivations pr&#233;sidant aux choix de leurs spots, aux &#233;ventuelles frictions avec les passants, voire les policiers, ainsi que l'&#233;voquent ces propos : &lt;i&gt;&#171; Le skate, c'est aussi une fen&#234;tre sur la soci&#233;t&#233;. On se balade dans les rues, on rencontre toutes sortes de personnes, des gens qui agressent, des gens super, c'est int&#233;ressant une journ&#233;e dans la rue &#187;&lt;/i&gt; (Calogirou, 2009).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &lt;i&gt;tracers&lt;/i&gt; vivent les m&#234;mes sensations urbaines ainsi que le relate Florian Lebreton au travers de ces enqu&#234;tes : &#171; Le franchissement de ces obstacles n&#233;cessite l'apprentissage, initialement entre pairs, d'un ensemble de techniques et motricit&#233;s corporelles : saut, escalade, quadrup&#233;die, &#233;quilibre, course, etc. Ces d&#233;placements s'ex&#233;cutent &#224; la vue de tous et interagissent avec les autres sur les espaces publics urbains&#8230;Les &lt;i&gt;tracers&lt;/i&gt; utilisent des bancs, des escaliers et bien d'autres &#233;l&#233;ments pour pratiquer le Parkour. L'activit&#233; se d&#233;crit comme &#233;tant comme un m&#233;lange interdisciplinaire de gymnastique, d'art et de danse mettant en sc&#232;ne des mouvements de libert&#233; dans une corpor&#233;it&#233; urbaine. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La rue [comme la nature] devient de plus en plus revendiqu&#233;e par des pratiques culturelles et sportives informelles. Henri Lef&#232;vre (1968 : 223) avait montr&#233; que l'un des objectifs du mod&#232;le Haussmannien, mod&#232;le durable de fonctionnalit&#233; de la cit&#233;, avait &#233;t&#233; l'expulsion de la fonction ludique de la rue ; cependant il pr&#233;voyait que, &#171; toute ville, toute agglom&#233;ration a eu et aura une r&#233;alit&#233; ou une dimension imaginaire dans laquelle se r&#233;sout sur un plan de r&#234;ves, le conflit perp&#233;tuel entre la contrainte et l'appropriation et il faut alors laisser place &#224; ce niveau du r&#234;ve, de l'imaginaire, du symbolisme, place qui traditionnellement &#233;tait occup&#233;e par les monuments &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les pratiquants de skate comme ceux du Parkour (Calogirou, 1999 ; Gibout, 2015) ou du graffiti observent la ville de mani&#232;re utilitaire, analysant les difficult&#233;s et plaisirs potentiels, &lt;i&gt;&#171; N'importe o&#249;, on est toujours en train d'analyser les prises, la mati&#232;re, peut-on s'agripper ? &#187;&lt;/i&gt; Calogirou (1999:110). Le graffiti, &lt;i&gt;&#171; c'est jouer sur deux choses, les mots et l'espace public, le sens des mots, la forme des lettres, les couleurs, la calligraphie &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview C.Calogirou, Toulouse, 2001.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'espace public fait partie int&#233;grante de l'&#339;uvre, le choix de l'endroit est important. Le rep&#233;rage, les multiples d&#233;tails qui s'y rattachent, pour d&#233;finir le &#171; meilleur &#187; endroit, font partie de la d&#233;marche du graffeur. &#171; &lt;i&gt;Le fait de peindre n'est ensuite qu'un moyen de s'approprier le lieu, de d&#233;finir son territoire, c'est trouver un petit coin magique dans la ville et se l'offrir &lt;/i&gt; &#187;, dit l'un d'eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview C.Calogirou, r&#233;gion parisienne, 2006.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans son article, Yves Pedrazzini voit dans le skateboard une pratique anarchisante de l'espace urbain au sens o&#249; il repr&#233;sente une critique radicale de l'urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des pratiques constructrices d'une image de jeunesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces formes culturelles et sportives sont supports d'affirmation des identit&#233;s et structurantes de groupes sociaux (Pasquier, 2005). Elles sont les composantes constitutives et les sp&#233;cificit&#233;s de l'univers autonome des groupes de jeunes. Des questions surviennent en particulier concernant la pr&#233;sence des filles dans ces pratiques o&#249; elles ont au fil des ann&#233;es conquis leur place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles sont au coeur de cultures de la jeunesse, support d'amiti&#233;s, de sociabilit&#233;s de petits groupes &#224; la d&#233;couverte de leur quartier, puis leur ville et des villes. Elles ne sont pas loin de pr&#233;senter, selon Virginie Grandhomme, un &#171; caract&#232;re barbare &#187;, elle &#233;voque les fondements de &#171; l'aspect subversif du graffiti &#187; ; elle poursuit en pr&#233;cisant que &#171; parfois, la communaut&#233; graphique est organis&#233;e selon des r&#232;gles et des normes qui d&#233;finissent : l'identit&#233; du groupe ainsi que celles de ses membres ; les comportements que ces derniers doivent adopter &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur de celui-ci ; les modalit&#233;s d'entr&#233;e et des sortie de ce groupe ; les normes langagi&#232;res, vestimentaires et comportementales de r&#233;f&#233;rence ; ainsi que les codes techniques et esth&#233;tiques valables dans la peinture. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les sociabilit&#233;s mettent en &#233;vidence la dominance d'un mode de vie. Les groupes portent un nom et des rituels scandent cette vie de groupe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Florian Lebreton l'exprime dans son texte : &#171; Oui c'est ce qui fait notre force&#8230;au d&#233;but on s'est rencontr&#233; en tant que pote de Parkour si tu veux&#8230;On faisait du Parkour ensemble et puis avec les ann&#233;es on est devenu plus qu'un groupe de potes&#8230;Je pense que c'est &#231;a qui nous lie encore plus aujourd'hui &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'apprentissage des savoir-faire, le bricolage, les magazines, les vid&#233;os, le troc appartiennent &#224; ces &#233;changes collectifs. Les sociabilit&#233;s s'expriment dans les f&#234;tes improvis&#233;es, les squats, les repas partag&#233;s ; usines d&#233;saffect&#233;es, parkings, immeubles abandonn&#233;s, chantiers, autant de lieux plus ou moins &#233;ph&#233;m&#232;res o&#249; s'exercent constructions et imagination pour en faire le spot cach&#233; o&#249; tout est possible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, il y a les voyages qui &#233;largissent rencontres et d&#233;couvertes. Par exemple comparer les skateparks pour constituer un dossier, en vue de n&#233;gociations futures avec la municipalit&#233; comme nous l'avons rencontr&#233; &#224; Annecy. Ou &#171; faire des trains &#187; pour les graffeurs&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Echappant &#224; l'encadrement, ces pratiques autonomes se d&#233;finissent sur un mode passionnel. Elles ne participent pas d'un loisir au sens o&#249; de nos jours temps de travail/temps libre s'est invers&#233;, elles sont centrales dans la vie de l'individu et elles l'organisent totalement. &#171; Les t&#226;tonnements multiformes &#187; (Bromberger, 1998) qui les caract&#233;risent contribuent &#224; valoriser de l'accomplissement de soi. Tout s'organise autour de cette passion, d&#233;bordant la vie familiale et les coupures vacanci&#232;res, pour faire en faire des modes de vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Virginie Granhomme aborde le sujet des archives des graffeurs, lesquelles &#171; constituent aussi des albums de famille o&#249; on peut lire les liens qui les relient les uns aux autres dans le temps. Les dessins et leurs photos illustrent leurs voyages, leurs d&#233;m&#233;nagements et aussi parfois des &#233;tapes cl&#233; de leur vie personnelle. Elles t&#233;moignent enfin d'une histoire collective puisque les graffeurs sont souvent les seuls conservateurs des graffitis qui ont fleuri leur ville de r&#233;sidence et de passage au cours du temps. La m&#233;ticulosit&#233; avec laquelle ils s'attachent &#224; r&#233;colter et &#224; classer ces documents font de ces archives d'authentiques mus&#233;es de papier. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble de ces pratiques doit n&#233;cessairement &#234;tre &#233;tudi&#233; dans leurs multiples dimensions qui en constituent le tout. Corps et esprit participent conjointement ; non seulement parce qu'il ne peut en &#234;tre autrement dans un acte physique mais aussi parce qu'elles n&#233;cessitent une &#233;quilibre r&#233;fl&#233;chi qui sugg&#232;re que tout mouvement ne puisse s'accomplir qu'avec une juste mesure des conditions dans lesquelles il se d&#233;roule... Les boutiques d&#233;di&#233;es au skate, hip-hop, graffiti sont, outre des lieux commerciaux, des espaces d'ateliers, conseils, &#233;changes, information, organisation : un v&#233;ritable espace associatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps, les conditions d'exercice de la pratique ne sont plus tout &#224; fait les m&#234;mes mais l'esprit demeure avec en plus le savoir accumul&#233;. Si la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration a contribu&#233; avec enthousiasme &#224; la naissance du mouvement, elle a &#171; vieilli &#187; dans la pratique, si bien qu'aujourd'hui ces jeunes d&#233;passent la quarantaine. Ils sont les porteurs d'une histoire et en raison de cela, s'investissent dans le souci de transmettre l'esprit de la culture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sofiane Ailane d&#233;montre cet &#233;tat d'esprit dans son article sur le hip-hop br&#233;silien : &#171; Les activistes-artistes ont une vision assez claire de leur r&#244;le. En soit, ils sont des formateurs dans le sens o&#249; ils doivent transmettre des techniques afin que la jeunesse puisse progresser dans l'apprentissage de l'art hip-hop. N&#233;anmoins, la formation ne peut se passer de la transmission d'un &#171; &#233;tat d'esprit hip-hop &#187; pour reprendre une formule qu'utilise Hugues Bazin (Bazin, 1998). Partant, pour le &#171; hip-hop organis&#233; &#187;, la pratique ne peut se percevoir comme une pratique individuelle stricto sensu ; le collectif doit se d&#233;marquer. On remarque ceci d&#232;s le commencement de l'initiation. Ce sont les plus exp&#233;riment&#233;s qui enseignent aux plus jeunes par groupes. Le posse se veut en quelque sorte le lieu de production d'une identit&#233; collective o&#249; la solidarit&#233; entre membres pr&#233;vaut. &#187; Il insiste sur le r&#244;le que peuvent jouer parfois certains d'entre eux de leader communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un corps qui correspond au contexte soci&#233;tal &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupes de pratiquants, minoritaires au sein de leur classe d'&#226;ge, repr&#233;sentent une pratique sportive et culturelle tr&#232;s ancr&#233;e dans son temps, qui se juxtapose &#224; d'autres types de groupes fond&#233;s sur une activit&#233; d'un autre ordre. Ces activit&#233;s additionn&#233;es les unes aux autres engendrent un ensemble de pratiques minoritaires sp&#233;cifiques du temps de jeunesse qui remettent en cause des comportements et valeurs consid&#233;r&#233;s comme immuables jusque l&#224;. Le tournant des ann&#233;es 60 a produit une remise en cause des valeurs avec &#171; un nouvel imaginaire du corps &#187; (Le Breton, 2003). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces pratiques de transgression ancr&#233;e dans leur &#233;poque mettent en sc&#232;ne le corps dans ses capacit&#233;s physiques, d&#233;fis vertigineux o&#249; risque et plaisir se confondent (Vigarello, 2011).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le corps, &#171; objet transitionnel par excellence &#187; (Le Breton, 2003) est au c&#339;ur de ces pratiques ; n'appartenant qu'&#224; soi, fronti&#232;re entre soi et les autres. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;&#171; Le skate, c'est sportif et philosophique. II y a un esprit skateur, il y a un certain way of life. Donc, c'est un sport mais c'est plus qu'un sport &#187;&lt;/i&gt;, dit un skateur (Calogirou, 1997). &lt;br class='autobr' /&gt;
Par del&#224; le regard d'agacement qu'elles engendrent si l'on s'attarde &#224; observer les skateurs, sportifs urbains, agilit&#233;, technicit&#233;, virtuosit&#233; peuvent &#234;tre per&#231;ues. La complexit&#233; des figures &#233;chappe aux profanes malgr&#233; la lecture de la presse sp&#233;cialis&#233;e. La prise de risque est inh&#233;rente &#224; ces sports extr&#234;mes : risque de passer ses limites dans les d&#233;fis qu'on se lance &#224; soi-m&#234;me et qu'on lance aux autres, risque de se blesser, risque au fil du temps de s'ab&#238;mer. Si bien que la vigilance de l'&#233;valuation des risques doit &#234;tre permanente malgr&#233; l'ivresse du mouvement et du sentiment de libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En qu&#234;te de ses limites, le corps, fr&#244;lant un d&#233;s&#233;quilibre apparent mais ma&#238;tris&#233;, lorsqu'il ne se met pas en sc&#232;ne dans ses sauts, glissements, frottements, circule avec fluidit&#233; au milieu des passants, sur les pistes, les routes. La pratique du skateboard repr&#233;sente une prouesse technique dont les performances ne sont obtenues que gr&#226;ce &#224; un entra&#238;nement acharn&#233;. Il faut inlassablement r&#233;p&#233;ter pour parvenir &#224; &#171; rentrer &#187; une figure. Rien n'est acquis, et Virginie Grandhomme en fait la d&#233;monstration dans ses enqu&#234;tes : &#171; l'acquisition de ce niveau de ma&#238;trise exige la r&#233;p&#233;tition mais aussi la variation des exercices et des exp&#233;riences. Le travail infini des esquisses, mais plus encore la diversit&#233; des motifs de la peinture et des contextes d'ex&#233;cution des graffitis contribuent chacun &#224; leur mani&#232;re &#224; fa&#231;onner un tour de main sp&#233;cifique aux graffeurs. Sur le papier comme sur les murs, c'est la r&#233;p&#233;tition incessante du dessin de leur tag qui leur permet de d&#233;velopper une signature pr&#233;cise, stable, reconnaissable parmi d'autres et surtout r&#233;alisable dans pratiquement toutes les conditions. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fondateur du &lt;i&gt;Parkour&lt;/i&gt;, David Belle, explique l'importance de la ma&#238;trise du risque par l'entra&#238;nement et la pr&#233;cision pour pr&#233;venir une erreur fatale. &lt;i&gt;&#171; Jamais faire les choses au hasard. Parce que plus on ma&#238;trise, plus on a tendance &#224; &#234;tre &#224; l'aise, et c'est l&#224; que vient le danger. Alors que la peur permet d'&#234;tre toujours vigilants&#8230;Il y a des sauts qu'on ne peut pas se permettre de rater &#187;&lt;/i&gt;. (Calogirou, op.cit.:107)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des pratiques ancr&#233;es dans leur &#233;poque &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs port&#233;es par l'ensemble de ces pratiques sont en parfaite osmose avec le contexte culturel actuel de postmodernit&#233; ; spontan&#233;it&#233;, refus des contraintes, libert&#233; font partie tout autant de l'esprit de l'ensemble de ces pratiques que de l'&#233;volution des valeurs de la soci&#233;t&#233; sur laquelle insistent les philosophes (Baudrillard, 1970 ; Erhenrberg, 1991 ; Lyotard, 1979). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces remous culturels de nos soci&#233;t&#233;s sont actifs dans la cr&#233;ation artistique, dont par exemple &lt;i&gt;La Figuration Libre&lt;/i&gt; (Laurent, 1999), mouvement contemporain port&#233; entre autres par les fr&#232;res Di Rosa et Robert Combas, fond&#233; &#233;galement sur la libert&#233; et l'amusement. Yves Pedrazzini n'h&#233;site pas &#224; rapprocher le skate de l'art modeste (en r&#233;f&#233;rence aux principes de Herv&#233; di Rosa) et une gu&#233;rilla ordinaire et assimiler la glisse urbaine &#224; &#171; une parfaite application de la th&#233;orie de la d&#233;rive situationniste. &#187; Mais aussi, &#224; la fl&#226;nerie de l'artiste boh&#232;me urbain incarn&#233; par Baudelaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#233;sireux de se distinguer par leur style, sensibles aux sons, aux formes, aux paysages de la ville, aux marques dans la ville, graffitis, d&#233;cors urbains, par d&#233;finition hors des cadres de ce qui est convenu, curieux et ouverts, ils associent leurs pratiques &#224; une forme d'art, ne faisant pas d'ailleurs syst&#233;matiquement r&#233;f&#233;rence &#224; la leur dans leur cr&#233;ation. En outre, nombre d'artistes ont contribu&#233; et contribuent encore aux d&#233;corations des skates (Burgoye, Leslie, 1977), pochettes d'albums musicaux, r&#233;pondent aux demandes de marques r&#233;put&#233;es, des publicitaires&#8230;&#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les liens avec les courants culturels, musicaux et graphiques, artistiques d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, sont multiples. Musiciens, photographes, peintres, graphistes, ils sont nombreux &#224; &#233;voluer dans une forme d'art. Des publications paraissent, consacr&#233;es aux skateurs artistes (Waterhouse&amp;Penhallow, 2006). Il y a quelques ann&#233;es, le Palais de Tokyo a expos&#233; Mark Gonzal&#232;s, skateur, photographe et peintre. Des groupes de musiciens (punk rock, musique dominante dans le skate) se produisent en concert r&#233;guli&#232;rement, comme les &lt;i&gt;Burning Head&lt;/i&gt;s ou les &lt;i&gt;Seven Hate&lt;/i&gt;, groupes embl&#233;matiques de musiciens-skateurs fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Skate Art&lt;/i&gt; (Waterhouse&amp;Penhallow, op.cit. :8) cite un skateur anglais, Log Roper : &lt;i&gt;&#171; Je n'ai jamais fait de distinction entre mes diverses activit&#233;s : skate, photo, musique, dessin, graphisme, peinture&#8230;A mes yeux, c'est toujours le m&#234;me processus : observer, imaginer, r&#233;aliser. L'art, c'est comme le skate : tu ne r&#233;fl&#233;chis pas cent sept ans, l'envie te d&#233;mange et tu te lances, c'est tout &#187;. &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sports de glisse mettent en sc&#232;ne le corps dans ses capacit&#233;s physiques, ses d&#233;fis vertigineux o&#249; risque et plaisir se confondent. La snowboardeuse Karine Ruby&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karine Ruby, championne olympique et plusieurs fois championne du monde de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a d&#233;peint la passion qui a anim&#233;e sa trop courte vie consacr&#233;e &#224; une discipline s&#339;ur du skateboard (Belluard&amp;Poulet, 1999:7).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Laissez-vous guider par vos sensations, votre intuition et partez jouer avec la pente. Fini les descentes semblables aux autres, les virages qui suivent aux virages, l'importance du bon air&#8230;Cet hiver, d&#232;s les premi&#232;res journ&#233;es de snowboard, vous allez enfin voir la glisse du bon c&#244;t&#233;, d&#233;couvrir des sensations d'&#233;quilibre que seuls le skateboard, le surf de vagues ou le snowboard peuvent offrir, une fa&#231;on sensuelle d'aborder la mati&#232;re, qu'il s'agisse de b&#233;ton, d'eau ou de neige. Incontestablement le snowboard a rendu la neige plus ludique, plus accueillante, en amenant la petite touche de passion, le grain de folie qui lui manquait parfois &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rue, espace probl&#233;matique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de pouvoir de la rue de la part des pratiquants n'exclue nullement les revendications en termes de reconnaissance et de lieux de pratiques (terrain, murs, mobiliers et &#233;quipements sp&#233;cialis&#233;s). Lesquels ne canaliseront ni ne feront dispara&#238;tre ces pratiques de l'espace public, mais constitueront un autre versant de la pratique, voire &#224; d&#233;velopper des secteurs &#233;conomiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
La rue reste la r&#233;f&#233;rence premi&#232;re, mais malgr&#233; tout les pratiquants ont conscience que leur pr&#233;sence ne sera que provisoire et sanctionn&#233;e. Il ne saurait &#234;tre question de nier l'effet d&#233;rangeant de la pratique pour les autres usagers de la ville&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le skate est interdit dans nombre de villes, et &#224; ce titre, il peut &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, m&#234;me si les r&#233;actions semblent parfois d&#233;mesur&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Ce centre commercial, je n'y vais jamais. On n'a pas le droit de skater. On n'a pas le droit de passer en skate en roulant, les vigiles nous l'ont dit. Ils nous agressent, c'est un peu abus&#233;. En passant en roulant, je ne fais pas de bruit. &#187; &#171; J'ai eu des probl&#232;mes avec la police. On n'avait pas le droit d'en faire sur la route parce qu'on g&#234;nait les voitures, ni d'en faire sur le trottoir parce qu'on g&#234;nait les pi&#233;tons et qu'on faisait un peu de bruit. Sinon, ils nous arr&#234;tent et ils nous disent : &#171; Attention ! Si on vous voit faire du skate sur la route, c'est quatre-vingt francs d'amende &#187;. Ce n'est pas m&#233;chant, mais c'est un peu lourd &#187;&lt;/i&gt;, explique un skateur (Calogirou, 1997). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il en est de m&#234;me du hip-hop, assimil&#233; d&#232;s ses origines &#224; la banlieue, au Br&#233;sil aussi. Sofiane Ailane montre combien au Br&#233;sil, il &#233;voque la violence et l'ins&#233;curit&#233;. Il demeure au Br&#233;sil, particuli&#232;rement la sc&#232;ne rap, &#171; une expression musicale &#224; part, dans le sens o&#249; il n'a pas int&#233;gr&#233; de fa&#231;on aussi profonde le march&#233; du disque et du divertissement que son alter-ego de Rio, le funk carioca. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Christophe Gibout raconte des sc&#232;nes de rue auxquelles il a assist&#233; &#224; plusieurs reprises sur les ennuis des skateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces interdits, existe une demande en termes d'&#233;quipements sp&#233;cialis&#233;s. Depuis le milieu des ann&#233;es quatre vingt-dix, avec l'augmentation du nombre de skateurs, de plus en plus de municipalit&#233;s &#233;laborent des &#233;quipements &#224; la demande et avec des pratiquants. Bien souvent, leur construction est pens&#233;e pour canaliser et faire dispara&#238;tre le skate de l'espace public, objectif inaccessible dans la mesure o&#249; rue et skatepark constituent deux versants d'une m&#234;me pratique ; chacun ayant ses irr&#233;ductibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, les collectivit&#233;s locales ont compris qu'elles ont face &#224; elles non plus un groupe d'adolescents mais des adultes &#224; qui elles peuvent faire confiance et qui savent n&#233;gocier. Cela donne quelques r&#233;ussites comme &#224; Limoges, Marseille, Annecy, Le Havre ; m&#234;me si les dimensions climatiques ne sont pas encore suffisamment prises en compte. Les skateparks contribuent d'ailleurs &#224; cr&#233;er des emplois en ce qui concerne l'accueil et l'enseignement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un dipl&#244;me d&#233;livr&#233; par la FFRS d&#233;livre un dipl&#244;me de moniteur depuis la fin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il en est de m&#234;me pour les pratiquants du Parkour ainsi que le retrace Florian Lebreton : &#171; Malgr&#233; ce principe d'autonomie qui caract&#233;rise l'activit&#233;, de plus en plus de communaut&#233;s pratiquantes fondent leurs propres associations de Parkour pour engager le dialogue avec les pouvoirs sportifs locaux afin d'obtenir un cadre d'apprentissage formel, avec des cours th&#233;matiques en gymnase et un r&#233;f&#233;rent qui remplit le r&#244;le d'&#233;ducateur. Le dialogue entre les sportifs informels et les d&#233;cideurs locaux ont facilit&#233; l'int&#233;gration du parkour aux programmes d'&#233;ducation par le sport, permettant m&#234;me de r&#233;pondre &#224; certaines demandes, notamment en mati&#232;re d'am&#233;nagement de nouveaux espaces sportifs ouverts (parkour park) ou &#233;ph&#233;m&#232;res (structures et caissons amovibles). En r&#233;ponse &#224; une demande sociale croissante, ces am&#233;nagements ludiques fleurissent aux quatre coins du monde notamment (Australie, Etats-Unis, Canada, Europe de l'Est, Ecosse, Irlande, Angleterre). &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des associations de graffeurs, pour leur part, obtiennent des murs d&#233;di&#233;s &#224; la pratique dans certaines villes de la part de municipalit&#233;s ou d'entreprises ; parfois l'initiative &#233;mane de ces derniers. L'organisation de d&#233;monstrations lors de multiples contextes &#233;v&#232;nementiels, et encore la mise en place de festival &#171; cultures urbaines &#187;, renforc&#233;es par une m&#233;diatisation adapt&#233;e contribuent &#224; leur visibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : une esth&#233;tique de la ville&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si ces pratiques engendrent des r&#233;actions sociales n&#233;gatives, elles n'en fascinent pas moins une frange de plus en plus large d'amateurs et de milieux professionnels : publicitaires, communication, journalisme, du marketing, mode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le magazine Le Monde, 22 ao&#251;t 2015, &#171; Le skate fait plancher la mode &#187;.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les publicitaires utilisent de plus en plus son image. Ce regard port&#233; sur lui par les milieux de la communication, du journalisme, du marketing traduit les paradoxes de son image et met en jeu bien d'autres choses que la pratique sportive et graphique. C'est l&#224; le sujet qu'explore Sophie Valiergue. Face &#224; la concurrence &#224; laquelle sont soumis les publicitaires, elle montre combien ceux-ci n'h&#233;sitent pas &#224; surfer sur les tendances comme celle du street art : &#171; Si la publicit&#233;, ainsi que le monde de la mode, s'entichent des cultures urbaines, c'est en partie parce que ces derni&#232;res ann&#233;es, le street art a su se faire une place dans le march&#233; de l'art. En effet, la valeur du street art et du graffiti ne cesse de cro&#238;tre, des ventes aux ench&#232;res sp&#233;cialis&#233;es sont organis&#233;es et les c&#244;tes de certains street artistes n'ont rien &#224; envier aux artistes contemporains plus classiques. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Des collaborations entre les graffeurs ou street artistes et les marques sont en nombre croissant mais aussi, souligne-t-elle, elles sont, &#171; souvent pleines de contradictions. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines entreprises connues pour lutter farouchement contre le graffiti, comme la RATP, poursuivent r&#233;guli&#232;rement en justice les graffeurs et les street artistes. Cela n'a pourtant pas emp&#234;ch&#233; de confier &#224; certains d'entre eux les illustrations de sa campagne Imagine R de 2007 &#224; 2009 &#224; plusieurs artistes issus de la sc&#232;ne graffiti. S'adressant aux jeunes 12-25, cette carte de transport vise un public suppos&#233; sensible &#224; l'esth&#233;tique urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, apr&#232;s des ann&#233;es d'activisme, ces pratiquants entreprennent de d&#233;velopper des projets professionnels : cr&#233;ations d'associations, fabrications de meubles, de marques de v&#234;tements, entreprises d'&#233;v&#232;nements, graphisme, cours&#8230; Les graffeurs se sont de plus en plus investis dans le medium toile, encourag&#233;s dans cette voie par des galeristes dans le sillage des artistes graffiti am&#233;ricains. En France, les transactions en salles des ventes ont gagn&#233; un public d'amateurs depuis quelques ann&#233;es. Elles s'acc&#233;l&#232;rent dans des maisons de ventes r&#233;put&#233;es, associant graffiti, post-graffiti, artistes de rue. Des commissaires se sp&#233;cialisent et toutes sortes de galeries exposent des graffeurs. C'est dire, qu'apr&#232;s les &#201;tats-Unis, le graffiti commence &#224; trouver une place stabilis&#233;e dans le march&#233; de l'art en France avec ses marchands, ses experts, ses collectionneurs, des lieux d'exposition. &lt;br class='autobr' /&gt; Par l'histoire de son &#233;volution, par son passage de la rue &#224; la toile, par la professionnalisation d'une partie du milieu, par son entr&#233;e dans le march&#233; de l'art, le graffiti pose des questions sur l'art, son statut, la cr&#233;ativit&#233;, le rapport &#224; l'&#339;uvre, et cela en liaison avec les origines sociales et culturelles de l'artiste. Le magazine Le Monde, 22 ao&#251;t 2015, &#171; Le skate fait plancher la mode &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heinich, cit. n. 19, p. 78 et Calogirou, cit. n. 6, p. 48.&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment classer le graffiti, entre vandalisme le laissant &#224; la porte d'une r&#233;flexion sur la(es) d&#233;finition(s) de l'art, et reconnaissance pour certains, qui ont forc&#233; le passage gr&#226;ce &#224; l'estime de quelques professionnels du milieu de l'art, comme Jonone, New-yorkais de Harlem qui a commenc&#233; &#224; taguer en 1979 et habite &#224; Paris depuis 1987 o&#249; il vit de son art ; ou comme le peintre J&#233;r&#244;me Mesnager. Comment classer le skateboard entre jeu de rue et milieu sportif ? Comment classer la break-dance entre amusement entre copains et exigence d'une compagnie ? Ces pratiques de rue de plus en plus tol&#233;r&#233;es, voire encourag&#233;es par les marques et les &#233;quipementiers qui les sponsorisent contribuent &#224; diffuser leur image&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Graffiti, skateboard, break-dance, rap ont affirm&#233; leur originalit&#233;. Sortis de leur t&#226;tonnement des d&#233;buts, au fil du temps, elles ont affin&#233; leur styles, ont mix&#233; leurs techniques, porter toujours plus haut leur art. Mouvements turbulents, secouant les cat&#233;gories du sport, de la danse, de la musique, du graphisme, ils ont s&#233;duit par leur regard neuf sur l'environnement et l'innovation qu'ils diffusent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudrillard Alain, 1970,&lt;i&gt; La soci&#233;t&#233; de consommation&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bazin Hugues, 1995, &lt;i&gt;La culture hip hop&lt;/i&gt;, Paris, Descl&#233;e de Brouwer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Belluard Laurent, Poulet Philippe, 1999, &lt;i&gt;Snowboard Passion&lt;/i&gt;, Paris, Hachette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;thune Christian, 1999, &lt;i&gt;Le rap&lt;/i&gt;, Paris, Autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bromberger Christian (dir), 1998, &lt;i&gt;Passions ordinaires&lt;/i&gt;, Paris, Bayard Ed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bromberger Christian, Duret Pascal (et alii), 2004, &lt;i&gt;Un corps pour soi&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruckner, P., Finkielkraut A.,1982, &lt;i&gt;Au coin de la rue, l'aventure&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. Le Seuil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burgoye Patrick, Leslie Jeremy, 1977. &lt;i&gt;Surf, skate, Snow graphics&lt;/i&gt;, London, Laurence King Publishing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caillois Roger, 1958, &lt;i&gt;Des jeux et des hommes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calogirou Claire, 1997, &#171; Les jeunes et la rue, les processus de conqu&#234;te des espaces publics &#187;, actes du colloque, &lt;i&gt;Les politiques sportives &#224; l'&#233;preuve des nouveaux sports de rues&lt;/i&gt;, Centre international d'&#233;tude du sport et Universit&#233; de Neuch&#226;tel, Neuch&#226;tel, Suisse ; &lt;br class='autobr' /&gt;
1999, &#171; Le parcours, ou la conqu&#234;te acrobatique de l'espace urbain &#187;, &lt;i&gt;VIE&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Corps, culture, insertion&lt;/i&gt;, n&#176;116 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2002, &lt;i&gt;Hip Hop, art de rue, art de sc&#232;ne&lt;/i&gt;, Annecy, Mus&#233;es-Ch&#226;teau d'Annecy et mus&#233;e national des Arts et Traditions populaires ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2003, &#171; La danse hip hop dans les spirales du succ&#232;s &#187;, &lt;i&gt;Ville-Ecole-Int&#233;gration/Diversit&#233;s&lt;/i&gt;, n&#176;13 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2003, &#171; La danse hip hop dans les spirales du succ&#232;s &#187;, &lt;i&gt;VIE&lt;/i&gt;, n&#176;133 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2004, &#171; Mus&#233;e de soci&#233;t&#233; : art du graff et patrimonialisation &#187;, &lt;i&gt;Patrimoine, tags et graffs dans la ville&lt;/i&gt;, Bordeaux, CRDP Aquitaine ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2005, &#171; R&#233;flexion autour des cultures urbaines &#187;, &lt;i&gt;Journal des Anthropologues&lt;/i&gt;, n&#176;102-103 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2006, &#171; Art, art populaire, cultures urbaines &#187;, &lt;i&gt;Diversit&#233;s&lt;/i&gt;, n&#176;148 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2008, &#171; L'art du DJ ; du bricolage aux techniques professionnelles ou la construction d'un m&#233;tier &#187;, Marc-Olivier Gonseth, Yves Laville, &lt;i&gt;La marque jeune&lt;/i&gt;, Collection du mus&#233;e d'ethnographie, Neuch&#226;tel ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2009, &#171; Le skateboard ou les aventuriers des villes et des routes &#187; in Isnart Cyril (dir.), &lt;i&gt;Figures de la jeunesse&lt;/i&gt;, Grenoble, Mus&#233;e Dauphinois ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2010, &#171; Le skateboard, un corps &#224; corps avec les &#233;l&#233;ments &#187;, Diversit&#233;, n&#176;160 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2012, &lt;i&gt;Graffeurs d'Europe, une esth&#233;tique urbaine&lt;/i&gt;, Paris, Les Editions d'Horus ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2012, &#171; La r&#233;invention permanente du mur. Constitution d'une collection in&#233;dite au MuCEM &#187;, &lt;i&gt;La revue des Mus&#233;es&lt;/i&gt;, 2012/4 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2012, &#171; Une recherche et une collection graffiti au MuCEM &#187;, &lt;i&gt;Vestighe&lt;/i&gt;, revue de l'APARMA, Corte, n&#176;2 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2013, &#171; Art urbain et inspirations nostalgiques. Le motif des racines dans le hip-hop &#187;, Pays perdus, pays imagin&#233;s, &lt;i&gt;Ethnologie Fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 2013/1, pp97-108 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2014, &#171; Le rap ou la conscience partag&#233;e &#187;, &lt;i&gt;L'autre Musique&lt;/i&gt;, n&#176;3, &lt;a href=&#034;http://www.lautremusique.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lautremusique.net&lt;/a&gt; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2015, &#171; La danse hip-hop au fil de son histoire &#187;, catalogue de l'exposition &lt;i&gt;Hip-hop, du Bronx au Maghreb&lt;/i&gt;, Institut du Monde Arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calogirou Claire, Touch&#233; Marc, 1995, &#171; Sport-passion dans la ville &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, N&#176;25 ; 1995). &#171; R&#234;ver sa ville : l'exemple des pratiquants de skateboard &#187;, &lt;i&gt;Journal des Anthropologues&lt;/i&gt;, N&#176; 61-62 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
1997. &#171; Les jeunes et la rue, les rapports physiques et sonores des skateurs aux espaces urbains &#187; &lt;i&gt;Espace et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, n&#176; 90-91 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
1999, &lt;i&gt;Le skate, le plaisir de ma vie&lt;/i&gt;, Poitiers, Le Confort Moderne-MNATP (livre+dvd)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corbin Alain, Courtine Jean-Jacques, Vigarello Georges, 2011, &lt;i&gt;Histoire du corps&lt;/i&gt;, tome 3, XXe si&#232;cle.&lt;i&gt; Les mutations du regard&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elias Norbert, 1994, &lt;i&gt;Sport et civilisation&lt;/i&gt;, Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ehrenberg Alain, 1991, &lt;i&gt;Le Culte de la performance&lt;/i&gt;, Paris, Calmann-L&#233;vy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannerz Ulf, 1985, &lt;i&gt;Explorer la ville&lt;/i&gt;, Paris, Editions de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hall Stuart, 2007. &lt;i&gt;Identit&#233;s et cultures. Politiques des Cultural Studies&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Amsterdam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Thierry, 1999, &lt;i&gt;La figuration libre, Paris-New York&lt;/i&gt;, Paris, Au M&#234;me Titre Ed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Breton David, 2003, &lt;i&gt;Anthropologie du corps et modernit&#233;&lt;/i&gt;, PUF ; 2008, &lt;i&gt;Cultures adolescentes&lt;/i&gt;, Paris, Autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lef&#232;bvre Henry, 1968, &lt;i&gt; Le droit &#224; la ville&lt;/i&gt;, Paris, Paris, Anthropos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loret Alain 1995, &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ration glisse&lt;/i&gt;, Paris, Autrement, n&#176;155-156.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loret Alain, Waser Anne-Marie, 2001, &lt;i&gt;Glisse urbaine&lt;/i&gt;, Paris, Autrement, n&#176;205.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lyotard Jean-Fran&#231;ois, 1979, &lt;i&gt;La Condition postmoderne&lt;/i&gt; : rapport sur le savoir, Paris, Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauger G&#233;rard, 2006, &lt;i&gt;Les bandes, le milieu et la boh&#232;me populaire&lt;/i&gt;, Paris, Belin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;tral Jean (dir.), 2000, &lt;i&gt;Cultures en ville ou de l'art et du citadin&lt;/i&gt;, La Tour d'Aigues, Editions de l'aube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monod Jean, 1968, &lt;i&gt;Les barjots&lt;/i&gt;, Paris, Juillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paquot Thierry, 2006, &lt;i&gt;L'espace public&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pasquier Dominique, 2005, &lt;i&gt;Cultures lyc&#233;ennes&lt;/i&gt;, Paris, Editions Autrement, n&#176;235.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrazzini Yves, 2001, &lt;i&gt;Rollers et skaters, sociologie du hors piste urbain&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pocciello Christian, 1981, &lt;i&gt;Sport et soci&#233;t&#233;, approche socio-culturelle des pratiques&lt;/i&gt;, Paris, Ed Vigot ; 1999, &lt;i&gt;Les cultures sportives : pratiques, repr&#233;sentations et mythes sportifs&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sansot Pierre, 1973, &lt;i&gt;Po&#233;tique de la ville&lt;/i&gt;, Paris, Kincksieck ; 1993, &#171; La gloire des jardins &#187;,&lt;i&gt; Les Annales de la Recherche Urbaine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Espaces publics en ville&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vigarello Georges, 1988, &lt;i&gt;Histoire culturelle du sport, techniques d'hier et d'aujourd'hui&lt;/i&gt;, Paris, Laffont ; 2000, &lt;i&gt;Passion sport, histoire d'une culture&lt;/i&gt;, Paris, Ed Textuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Waterhouse Joe, Penhallow David, 2006, &lt;i&gt;Skate art : des spots aux galeries&lt;/i&gt;, Paris, Editions Pyramid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ethnologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 2006, Sports &#224; risque ? Risque du sport, 2006/4, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Espaces et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, 1997, Les langages de la rue, n&#176;90/91, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Espace du public&lt;/i&gt;, 1991, Les comp&#233;tences du citadin, Colloque d'Arc et S&#233;nan, novembre1990, Paris, Le Plan Urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Filmographie&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calogirou Claire, Cipriani Marie, Touch&#233; Marc, r&#233;alisation Cipriani, Marie, VHS, CRIV-CNRS/IRESCO-CNRS :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1996. &lt;i&gt;Les plancheurs de Saint-Quentin-en-Yvelines&lt;/i&gt;, &#201;comus&#233;e de St-Quentin/CNRS Audiovisuel ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1997. &lt;i&gt;Ride sur Annecy, CNRS/ Mus&#233;e d'Annecy ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1998. Boulevard du skate, CNRS/MNATP ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1999. &lt;i&gt;Skate story, le skate &#224; Poitiers&lt;/i&gt;, CNRS/Confort-Moderne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par Jeunesse, nous entendons une tr&#232;s large palette de tranches d'&#226;ge, consid&#233;rant &#224; la suite des sociologues de la jeunesse (Olivier Galland, G&#233;rard Mauger) que l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;, et son contexte socio&#233;conomique ont boulevers&#233; les cat&#233;gories et limites en termes d'&#226;ge des d&#233;cennies pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview C.Calogirou, Toulouse, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview C.Calogirou, r&#233;gion parisienne, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karine Ruby, championne olympique et plusieurs fois championne du monde de snowboard, guide de montagne, est d&#233;c&#233;d&#233;e en mai 2009 au cours d'une course dans le massif du Mont Blanc&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le skate est interdit dans nombre de villes, et &#224; ce titre, il peut &#234;tre verbalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un dipl&#244;me d&#233;livr&#233; par la FFRS d&#233;livre un dipl&#244;me de moniteur depuis la fin des ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le magazine Le Monde, 22 ao&#251;t 2015, &#171; Le skate fait plancher la mode &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heinich, cit. n. 19, p. 78 et Calogirou, cit. n. 6, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Football de rue et jeunes adultes &#224; La R&#233;union</title>
		<link>https://influxus.eu/article1051.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://influxus.eu/article1051.html</guid>
		<dc:date>2016-09-02T11:16:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvain Cubizolles</dc:creator>


		<dc:subject>&#206;le de La R&#233;union</dc:subject>
		<dc:subject>Football de rue</dc:subject>
		<dc:subject>environnement urbain</dc:subject>
		<dc:subject>loisir</dc:subject>
		<dc:subject>jeunes adultes</dc:subject>
		<dc:subject>Reunion Island</dc:subject>
		<dc:subject>Street soccer</dc:subject>
		<dc:subject>urban environment</dc:subject>
		<dc:subject>leisure</dc:subject>
		<dc:subject>young adults</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet article porte sur le football de rue &#224; La R&#233;union. Il examine les ajustements identitaires effectu&#233;s par de jeunes adultes de milieux populaires &#224; l'occasion de parties de football informelles. Issus d'un environnement cr&#233;ole modeste, ceux-ci utilisent ces rencontres pour composer une figure statutaire de jeune adulte qui r&#233;pond &#224; la fois aux exigences des standards mondialis&#233;s et &#224; ceux du monde cr&#233;ole dans lequel ils vivent. Si ces ajustements se r&#233;alisent gr&#226;ce &#224; l'&#171; universalit&#233; &#187; du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5943.html" rel="tag"&gt;&#206;le de La R&#233;union&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5945.html" rel="tag"&gt;Football de rue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5947.html" rel="tag"&gt;environnement urbain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5949.html" rel="tag"&gt;loisir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5951.html" rel="tag"&gt;jeunes adultes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5953.html" rel="tag"&gt;Reunion Island&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5955.html" rel="tag"&gt;Street soccer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5957.html" rel="tag"&gt;urban environment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5959.html" rel="tag"&gt;leisure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5961.html" rel="tag"&gt;young adults&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article porte sur le football de rue &#224; La R&#233;union. Il examine les ajustements identitaires effectu&#233;s par de jeunes adultes de milieux populaires &#224; l'occasion de parties de football informelles. Issus d'un environnement cr&#233;ole modeste, ceux-ci utilisent ces rencontres pour composer une figure statutaire de jeune adulte qui r&#233;pond &#224; la fois aux exigences des standards mondialis&#233;s et &#224; ceux du monde cr&#233;ole dans lequel ils vivent. Si ces ajustements se r&#233;alisent gr&#226;ce &#224; l'&#171; universalit&#233; &#187; du football et &#224; la plasticit&#233; de sa forme auto-organis&#233;e, ils se produisent aussi gr&#226;ce &#224; une transformation de l'urbanit&#233; r&#233;unionnaise, les villes, &#224; partir des ann&#233;es 2000, ayant install&#233; dans certains de leurs quartiers des mini terrains de football en libre acc&#232;s. Ces espaces ludo-sportifs ont institu&#233; de nouvelles sociabilit&#233;s footballistiques et ont ainsi offert aux jeunes adultes des supports suppl&#233;mentaires d'expression identitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est difficile de donner une d&#233;finition satisfaisante du concept (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte s'appuie sur une enqu&#234;te ethnographique de deux ans, men&#233;e de 2003 &#224; 2004, au cours de laquelle nous avons suivi un groupe de jeunes qui se r&#233;unissait tous les dimanches matins pour jouer au football sur les mini terrains en gazon synth&#233;tique laiss&#233;s en libre acc&#232;s par la ville de Saint-Louis. Nous avons particip&#233; &#224; cinquante-huit rencontres qui ont donn&#233; lieu &#224; un patient travail d'observation (les faits &#233;taient r&#233;guli&#232;rement consign&#233;s dans un journal de bord) et d'enregistrement des conversations informelles d'avant match et d'apr&#232;s match (&lt;i&gt;n&lt;/i&gt; = 51). Ces donn&#233;es furent compl&#233;t&#233;es par des entretiens individuels avec les joueurs (&lt;i&gt;n&lt;/i&gt; = 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet initial de cette recherche ayant &#233;t&#233; d'observer les n&#233;gociations et les ajustements effectu&#233;s par ces jeunes pour acc&#233;der &#224; un temps pour soi et venir &#224; la partie de football (Cubizolles, 2007, 2010). Le recueil de donn&#233;es ne s'est pas exclusivement concentr&#233; sur le jeu et les &#233;l&#233;ments qui l'organisent. Il s'est aussi int&#233;ress&#233; &#224; la vie en amont et en aval de ces parties et a pris en compte leurs longs &#233;changes d'avant match et d'apr&#232;s match, les discussions pr&#233;paratoires dans la sph&#232;re domestique, les aventures du week-end qui, pour une fraction du groupe, devan&#231;aient ou prolongeaient les matchs. Ce recueil a permis d'obtenir des informations sur la mani&#232;re dont la rencontre de football du dimanche matin s'ins&#232;re dans une longue suite d'ajustements individuels et collectifs et sur la mani&#232;re dont ces rendez-vous dominicaux participent &#224; une reformulation de soi en offrant une s&#233;quence de temps priv&#233;e ou un espace personnel. Bien qu'il n'y paraisse &#8212; cette r&#233;union d'individus disparates privil&#233;giant g&#233;n&#233;ralement une forme de &#171; parlure vacante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la litt&#233;rature savante sur les parties de football informelles (Mauny (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8212;, les &#233;changes et les discussions qui ont lieu lors de ces s&#233;ances de football dominicales charrient un nombre important d'informations sur la vie des individus qui, parce que ces regroupements concentrent g&#233;n&#233;ralement une cat&#233;gorie d'&#226;ge, d&#233;crivent des situations partag&#233;es. C'est donc principalement &#224; partir de ce corpus de conversations qui se d&#233;roulent avant et apr&#232;s la partie et o&#249; les joueurs &#233;changent sur les rencontres pr&#233;c&#233;dentes comme sur les oscillations de leur quotidien, que nous examinerons le travail statutaire effectu&#233; par ces jeunes auquel participent ces rencontres du dimanche matin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les conditions de recueil de ces conversations, o&#249; l'enqu&#234;teur n'est pas &#224; l'origine d'une demande d'information, laissent aux joueurs une grande libert&#233; de ton et de propos, les sujets abord&#233;s et les id&#233;es formul&#233;es sur le bord de touche &#233;tant avant tout destin&#233;s au groupe. Cette &#233;mergence spontan&#233;e a comme premier avantage de ne pas enfermer enqu&#234;t&#233; et enqu&#234;teur dans une relation de face &#224; face, o&#249; le premier se plie aux exigences d'un discours formel qui r&#233;pond &#224; une demande dissym&#233;trique et qui peut l'amener, pour faire bonne figure, &#224; livrer des propos alt&#233;r&#233;s pour aller dans le sens de celui qui l'interroge. Elle a comme deuxi&#232;me avantage, quand l'enqu&#234;teur n'est pas R&#233;unionnais, comme c'&#233;tait notre cas, d'att&#233;nuer les pr&#233;cautions envers lui, l'institution ou la culture qu'il repr&#233;sente, les jeunes, durant leurs &#233;changes, ayant surtout comme pr&#233;occupation d'appara&#238;tre &#224; leur avantage dans les conversations du groupe. Enfin, troisi&#232;me profit de ce &#171; parler frais &#187;, celui, pour l'enqu&#234;teur, d'avoir l'impression de saisir les ajustements statutaires en train de se faire : les jeunes, lorsqu'ils se mettent en sc&#232;ne et parlent d'eux, qu'ils commentent les propos de l'un ou les attitudes de l'autre, signifiant par petites touches la figure du jeune adulte qu'ils souhaitent mat&#233;rialiser &#8212; ou, du moins, la rendre lisible aux autres &#8212; en explicitant suffisamment le positionnement qu'ils adoptent parmi une combinaison de r&#233;f&#233;rences possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ajustements statutaires qui se produisent pendant ces parties dominicales sont pr&#233;sent&#233;s en trois temps. D'abord, nous reviendrons sur la &#171; coupure &#187; qui caract&#233;rise la soci&#233;t&#233; r&#233;unionnaise depuis 1946, date de la d&#233;partementalisation de l'&#238;le, et qui entretient une forte hi&#233;rarchie entre les &#233;l&#233;ments h&#233;rit&#233;s d'une soci&#233;t&#233; coloniale agraire et ceux de la soci&#233;t&#233; industrielle qui ont &#233;t&#233; import&#233;s. Nous dresserons aussi un tableau de la situation sociale des joueurs pour montrer quels traits prend cette &#171; coupure &#187; chez ces jeunes de milieux populaires. Ensuite, &#224; travers une br&#232;ve histoire des espaces de jeu du quartier d&#233;di&#233;s aux parties de football informel, nous montrerons en quoi les mini terrains en gazon synth&#233;tique favorisent une sociabilit&#233; footballistique qui diff&#232;re de celles plus juv&#233;niles r&#233;pertori&#233;es dans la litt&#233;rature du domaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le football&#171; pied d'immeuble &#187; (Travert, 2003), de &#171; trottoir &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et permet aux jeunes adultes de continuer &#224; utiliser le football comme un support identitaire. Nous aborderons alors le principe de libre participation de ces parties et examinerons comment il offre aux joueurs un premier p&#233;rim&#232;tre de d&#233;finition o&#249; ceux-ci situent la figure de jeune adulte qu'ils souhaitent donner &#224; travers la norme d'engagement. Puis, pour finir, nous examinerons les conversations du bord de touche et le jeu de r&#233;f&#233;rences auquel elles donnent lieu, et o&#249; appara&#238;t, d'une part, la hi&#233;rarchie d'un ordre diglossique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le terme de diglossie n'est pas le simple &#233;quivalent d'origine grecque du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, d'autre part, l'exercice de funambulisme entrepris par les joueurs pour, lors de ces &#233;changes, pr&#233;ciser la figure de jeune adulte qu'ils souhaitent incarner tout en &#233;vitant d'&#234;tre pris au pi&#232;ge de cet ordre diglossique, c'est-&#224;-dire d'y &#234;tre coinc&#233; d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La coupure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mot ne revient pas tel quel sous la plume des g&#233;n&#233;rations successives d'anthropologues qui ont &#233;tudi&#233; la soci&#233;t&#233; r&#233;unionnaise depuis la d&#233;partementalisation, l'id&#233;e de &#171; coupure &#187; est cependant pr&#233;sente chez chacune d'elles, toutes s'&#233;tant attel&#233;es &#224; documenter ou &#224; caract&#233;riser la s&#233;paration entre un monde insulaire h&#233;rit&#233; d'une soci&#233;t&#233; coloniale agraire en place de 1665 &#224; 1946 et un monde moderne import&#233; ayant les traits d'une soci&#233;t&#233; industrielle. Cette superposition de deux soci&#233;t&#233;s, Jean Benoist a &#233;t&#233; le premier &#224; en examiner la naissance et &#224; en souligner les tensions. Dans ses deux ouvrages majeurs sur La R&#233;union, &lt;i&gt;Le Paysan de La R&#233;union&lt;/i&gt; (1981) et &lt;i&gt;Un d&#233;veloppement ambigu&lt;/i&gt; (1983), il montre comment &#224; partir de 1946 une soci&#233;t&#233; industrielle, import&#233;e de m&#233;tropole dans le but d'un d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233; de l'&#238;le, est greff&#233;e sur une soci&#233;t&#233; insulaire extr&#234;mement pauvre, organis&#233;e &#224; partir de la petite paysannerie et du syst&#232;me de plantation. S'instaure alors un d&#233;calage profond entre cette soci&#233;t&#233; industrielle, ses normes et ses valeurs, et la soci&#233;t&#233; locale. D'une part, cette nouvelle soci&#233;t&#233; n'a plus comme centre de gravit&#233; La R&#233;union mais la m&#233;tropole, l'&#238;le &#233;tant d&#233;sormais int&#233;gr&#233;e au grand ensemble d'un pays industriel et centralisateur dont les int&#233;r&#234;ts ne co&#239;ncident pas toujours avec les siens. D'autre part, cette soci&#233;t&#233; est &#233;difi&#233;e autour des d&#233;penses publiques et non autour de l'&#233;conomie locale. Bien qu'elle en ait les attributs, cette soci&#233;t&#233; n'a donc aucune assise industrielle et n'existe que par le flux d'importations massives qui d&#233;s&#233;quilibre certains secteurs productifs traditionnels. Enfin, l'injection d'une masse mon&#233;taire croissante en direction de l'ensemble de la population et l'acc&#232;s &#224; une large gamme de biens et de services, interdits nagu&#232;re par la mis&#232;re et l'isolement, produisent une brusque d&#233;valorisation des usages locaux port&#233;s par les anciennes g&#233;n&#233;rations, ce qui s'y rapporte devenant symbole de pauvret&#233;, mais aussi de go&#251;t, de choix et de comportement que l'on suit lorsqu'on n'est pas &#171; &#233;clair&#233; &#187;. La volont&#233; de transformation acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'&#238;le, &#171; cyclone social &#187; pour Jean Benoist, entra&#238;ne donc une forte hi&#233;rarchisation entre deux mondes distincts, celle-ci s'illustrant, par exemple, dans la permanence d'une relation diglossique entre le fran&#231;ais et le cr&#233;ole (Baggioni, 1994). D&#233;sormais, c'est &#224; la fois cette coupure entre une soci&#233;t&#233; import&#233;e et une soci&#233;t&#233; locale, et l'av&#232;nement d'un nouvel ordre social o&#249; la hi&#233;rarchie d'une modernit&#233; progressiste s'est substitu&#233;e &#224; celle d'un &#171; colonialisme de l'int&#233;rieur &#187; (Benoist, 1983 :21), qui seront l'objet des r&#233;flexions anthropologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, &#224; la suite de Jean Benoist, les anthropologues r&#233;unionnais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Principalement ceux du Laboratoire de recherche sur les espaces Cr&#233;oles et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont examin&#233; cette relation de superposition &#224; partir de l'anthropologie culturelle et des rapports entre cultures, en se concentrant sur les ph&#233;nom&#232;nes d'hybridation auxquels elle donne lieu. L'une des th&#233;matiques sur laquelle ils ont abondamment travaill&#233; est la jeunesse, examinant celle-ci dans son rapport &#224; la culture scolaire (Simonin &amp; Wolff, 1992, 2002 ; Simonin, Watin et Wolff, 1997) ou aux cultures juv&#233;niles urbaines (Wolf, 2002 ; Ledegen, 2004 ; Simonin, 2008). Dans un cas comme dans l'autre, ces travaux ont mis en avant la capacit&#233; de cette jeunesse &#224; jouer avec la double &lt;i&gt;r&#233;f&#233;rentialit&#233;&lt;/i&gt; que g&#233;n&#232;re cette soci&#233;t&#233; superpos&#233;e et ont bross&#233; le portrait d'une jeunesse locale dot&#233;e d'une forte facult&#233; d'hybridation culturelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les exemples donn&#233;s ceux d'un texte de rap ou celui du &#171; parler jeune (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette aptitude &#233;tant consid&#233;r&#233;e par ces anthropologues comme un trait majeur de son mode d'exister (Ledegen, 2004 :10). M&#234;me si, &#224; la marge de leurs travaux, ils mod&#232;rent cette interpr&#233;tation et rappellent que cette capacit&#233; d'hybridation culturelle varie selon les &#171; diff&#233;rences sociales &#187; (Simonin, 2002) ou que dans un m&#234;me groupe de jeunes se c&#244;toient des exp&#233;riences de la diglossie extr&#234;mement in&#233;gales : les uns la subissant et la renfor&#231;ant, alors que les autres, plurilingues et capables de r&#233;cup&#233;rer les parlers les plus branch&#233;s, ne vivent pas cette hi&#233;rarchie des r&#233;f&#233;rences sur le mode conflictuel (Bavoux, 2001 :77-78), ces chercheurs ne questionnent jamais les zones d'ombre de cette interpr&#233;tation, la r&#233;p&#233;tant dans leurs travaux et accr&#233;ditant dans la litt&#233;rature du domaine l'id&#233;e d'une jeunesse r&#233;unionnaise qui recycle sans peine les cultures import&#233;es. Or, comme le sugg&#232;re Bavoux (2001), manipuler cette double r&#233;f&#233;rentialit&#233; ne se fait pas sans difficult&#233; et l'on peut concevoir que ce maniement est encore plus difficile quand il conditionne les aspirations &#224; se conformer &#224; des mod&#232;les normatifs comme dans l'exercice compliqu&#233; des ajustements identitaires. Le cas de nos jeunes adultes footballeurs offre donc une vue moins partielle de cette capacit&#233; d'hybridation culturelle puisqu'en suivant leurs interactions verbales &#171; &#224; la trace &#187;, durant l'avant et l'apr&#232;s match, il montre les r&#233;ussites et les &#233;checs que rencontrent ces jeunes lorsqu'ils manipulent cette double r&#233;f&#233;rentialit&#233; dans le cadre de leur construction identitaire, l'exigence de ma&#238;trise de cette manipulation &#233;tant cependant, comme nous le verrons, diminu&#233;e par la situation d'un entre-soi ludique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le groupe de footballeurs du dimanche matin&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Compos&#233; de 39 joueurs, ce groupe est principalement issu d'un milieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Produits des premi&#232;res g&#233;n&#233;rations install&#233;es dans des logements sociaux, faiblement dipl&#244;m&#233;s, d&#233;pendant des solidarit&#233;s familiale et religieuse, subissant l'immobilit&#233; r&#233;sidentielle en raison du ch&#244;mage ou de revenus insuffisants, ces jeunes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre 2003 et 2004, trente-quatre de ces jeunes avaient 27 ans ou moins, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se situent en bordure de la soci&#233;t&#233; import&#233;e et de ses mod&#232;les m&#233;tropolitains ou mondialis&#233;s, alors m&#234;me qu'ils y ont &#233;t&#233; activement familiaris&#233;s &#224; travers l'&#233;cole, les m&#233;dias, les loisirs, l'imaginaire consommatoire ou ses habitudes. Cette mise &#224; l'&#233;cart s'illustre dans le rapport n&#233;gatif qu'ils ont &#224; la m&#233;tropole, qu'ils d&#233;pr&#233;cient ou rejettent, souvent parce qu'elle soul&#232;ve en eux un sentiment d&#233;sagr&#233;able d'ill&#233;gitimit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chris : &lt;i&gt;mi kon&#233; pa kosa fout an Frans, d&#233;k ou sort la&#233;ropor &#171; le froi &#187; i lang&#233;t aou&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous remercions Giovanni Prianon, Professeur des Ecoles habilit&#233; en Langue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Chris : &lt;i&gt;mwin la sort dann in magazin, bann vijil la suiv amwin tout, la di amwin : &#171; toi, ouvre ton bagage ! &#187; La fouy amwin, t&#233; kroi mwin la vol&#233; kouyon&lt;br class='autobr' /&gt;
Romuald : ou doi pous banna an pros&#233;, banna na poin lo droi&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;licien : aou na inn-de pros&#233; sa pous&#233; laba&lt;br class='autobr' /&gt;
Raoul : d&#233;j&#224; kan ou rant, dan lavion banna i trakas azot&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris : moi, je ne sais pas quoi faire en France, d&#232;s que tu sors de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute que, sur l'&#238;le, ils sont en concurrence avec d'autres jeunes, R&#233;unionnais ais&#233;s ou m&#233;tropolitains, mieux pr&#233;par&#233;s aux exigences que r&#233;clament les standards de cette soci&#233;t&#233; import&#233;e, parce que g&#233;n&#233;ralement : tr&#232;s dipl&#244;m&#233;s, ayant connu la mobilit&#233; pour leurs &#233;tudes ou un premier emploi ; occupant des postes &#224; haute qualification ou &#224; haute valeur symbolique dans le secteur des services ou de la fonction publique ; jouissant d'une autonomie r&#233;sidentielle qui les porte &#224; s'installer dans les zones les plus pris&#233;es de l'&#238;le : le littoral ou certaines agglom&#233;rations des Hauts ; et, enfin, poss&#233;dant une meilleure ma&#238;trise des codes de cette jeunesse mondialis&#233;e, avantage d&#251;, en partie, selon nous, au fait qu'ils soient regard&#233;s comme son expression locale (cette reconnaissance les dispensant de fournir les m&#234;mes efforts d'ajustement). Pour les jeunes de milieu populaire, cet &#233;cart &#224; la soci&#233;t&#233; import&#233;e entra&#238;ne une hi&#233;rarchisation diffuse : les situations de d&#233;pr&#233;ciation ne se pr&#233;sentent plus ou presque plus dans le cadre des &#171; institutions &#187;, la plupart d'entre eux ayant quitt&#233; l'&#233;cole et &#233;tant amen&#233;s, durant cette p&#233;riode charni&#232;re, &#224; moins les fr&#233;quenter ; ni dans le cadre professionnel, o&#249; ils sont peu en contact avec des &#171; repr&#233;sentants &#187; de cette soci&#233;t&#233;, leurs coll&#232;gues &#233;tant le plus souvent cr&#233;oles comme eux ; mais elles se rencontrent dans le cadre de la vie personnelle. C'est dans les rapports priv&#233;s quotidiens que r&#233;appara&#238;t la hi&#233;rarchie des r&#233;f&#233;rences, quand ces jeunes cherchent &#224; adopter les mod&#232;les import&#233;s et &#224; les int&#233;grer aux relations qu'ils entretiennent avec leur famille, leur bande de copains, ou leur copine. Ils doivent alors composer avec les normes de la culture locale et ses r&#233;sistances, endurer une &#171; &#233;valuation &#187; constante de leur capacit&#233; &#224; s'ajuster aux mod&#232;les exog&#232;nes, cette attitude pouvant leur &#234;tre reproch&#233;e et toute fausse note accentuer le double soup&#231;on d'infid&#233;lit&#233; &#224; la &#171; cr&#233;olit&#233; &#187; et de condescendance &#224; l'&#233;gard des modes d'existence qu'elle propose. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce contexte d'une forte acculturation aux mod&#232;les import&#233;s, d'une moindre aisance &#224; s'y ajuster que d'autres jeunes, et d'une r&#233;sistance de leur propre milieu, les rencontres du dimanche matin repr&#233;sentent un espace o&#249;, plus qu'ailleurs dans leur vie priv&#233;e, ces jeunes peuvent tendre vers, ou exprimer, une figure de jeune adulte pleinement ambivalente. Une telle opportunit&#233; rel&#232;ve &#224; la fois du statut particulier des mini terrains de football en gazon synth&#233;tique cr&#233;&#233;s dans le quartier, du mode d'engagement par libre participation que proposent ces rendez-vous footballistique auto-organis&#233;s, et de l'usage qu'ils font dans leurs &#233;changes de la hi&#233;rarchie des r&#233;f&#233;rences impos&#233;e par la diglossie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transformation de l'urbain r&#233;unionnais et nouvelles sociabilit&#233;s footballistiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre enqu&#234;te (Cubizolles, 2008), le travail biographique sur la trajectoire des joueurs et les raisons qui les ont amen&#233;s &#224; rejoindre le groupe du dimanche matin a permis d'identifier les formes de pratiques de football auto-organis&#233;es qu'ils ont connues depuis leur enfance. &#192; travers celles-ci, il est possible d'&#233;tablir une histoire des espaces de jeu du quartier et de voir, &#224; mesure que celui-ci s'urbanise, l'&#233;volution des sociabilit&#233;s footballistiques. Cette histoire montre comment, peu &#224; peu, apparaissent de mani&#232;re institu&#233;e des lieux d&#233;di&#233;s &#224; la jeunesse et de nouvelles sociabilit&#233;s sportives. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; en croire les r&#233;cits d'enfance des joueurs, dans les ann&#233;es 1980, les quartiers de Roches Maigres, Pont Neuf et Plateau Goyaves ne poss&#233;daient pas d'aire de jeu r&#233;serv&#233;e au football. Les cit&#233;s construites alors alignaient des Logements Evolutifs Sociaux (L.E.S.), b&#226;timents mitoyens &#224; un &#233;tage en b&#233;ton de forme cubique, dont la cour avant et la cour arri&#232;re reprenaient l'agencement traditionnel de l'habitat cr&#233;ole. Dans cet environnement, &#171; la boutique &#187; et le &#171; bord chemin &#187; &#233;taient, comme nagu&#232;re, les espaces o&#249;, au quotidien, s'exprimait la virilit&#233; du masculin et o&#249; se retrouvaient les adultes et les cat&#233;gories les plus matures de la jeunesse. Les enfants, eux, jouaient sur les espaces en friche aux abords des L.E.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chris raconte : &lt;i&gt;&#171; T&#233; inn ti t&#233;rin dann karti&#233;, hin&#8230; inn ti t&#233;rin la pousi&#233;r&#8230; Pa in t&#233;rin d&#233;limit&#233;, pa kom jordu nana t&#233;rin sint&#233;tik partou&#8230; T&#233; jus band t&#233;rin la pousi&#233;r-la, t&#233; trap de gol, de ti rosh, m&#233;t la-ba de ti rosh&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'&#233;tait un petit terrain du quartier, un terrain &#171; la poussi&#232;re &#187;&#8230; Pas un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Entretien Chris)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; cette &#233;poque, toute zone libre, &#224; proximit&#233; des maisons, constituait potentiellement un terrain de football, ces terrains, dans les souvenirs des joueurs, &#233;tant, selon l'occasion, situ&#233;s &#224; l'endroit de la &#171; grande glissade &#187; (une pente), sur un &#171; terrain de roche &#187; (un espace caillouteux), ou sur un &#171; terrain de bosses avec un ruisseau &#187; (un terrain vague au milieu duquel passait le lit ass&#233;ch&#233; d'un cours d'eau). L'autre aire de loisir investie par les enfants &#233;tait la nature environnante : la grande ravine qui borde Pont Neuf et Roches Maigres et ses petits bois o&#249; certains vont &#171; battre carr&#233; &#187;, rejouant, comme ils le disent, La Guerre des boutons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, la transformation urbaine du quartier de Roches Maigres, avec l'ajout &#224; la cit&#233; scolaire d'un parc d'&#233;quipements sportifs autour du gymnase &#8212; terrains de basket et de hand-ball laiss&#233;s en libre acc&#232;s &#8212;, conf&#232;re une nouvelle dimension aux parties de football informelles. Celles-ci quittent le &#171; chemin &#187; pour s'installer r&#233;guli&#232;rement sur le &#171; black &#187; : les terrains de hand-ball &#233;quip&#233;s de deux buts en fer. Bien que cet espace soit soustrait &#224; sa fonction d'origine, le sport scolaire, il introduit dans l'aire du quartier un lieu exclusivement r&#233;serv&#233; &#224; sa jeunesse et o&#249;, r&#233;guli&#232;rement, s'exprime une sociabilit&#233; juv&#233;nile, c'est-&#224;-dire des pratiques qui &#233;chappent &#224; la surveillance des adultes et qui empruntent leurs r&#233;f&#233;rences &#224; celles de ce groupe d'&#226;ge et aux univers qui lui sont consacr&#233;s (par exemple, ceux de l'&#233;cole, d'un segment des m&#233;dias, du sport et plus particuli&#232;rement du football&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; cette &#233;poque beaucoup de joueurs regardent assid&#251;ment T&#233;l&#233;foot &#187;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Sur le &#171; black &#187; s'organise alors une culture jeune autour des parties o&#249;, d'un c&#244;t&#233;, les jeunes de ces quartiers s'affrontent et se hi&#233;rarchisent et o&#249;, d'un autre c&#244;t&#233;, ils tissent ou renforcent des solidarit&#233;s en partageant les m&#234;mes exp&#233;riences. Un extrait de l'entretien de F&#233;licien et un passage de celui de Bouba t&#233;moignent de l'attractivit&#233; de ce nouvel espace pour les jeunes des quartiers des alentours : &lt;i&gt;&#171; &#199;a s'est commenc&#233; sur le terrain de Roches Maigres l&#224;&#8230; sur le terrain de hand hein, avec un ballon, avec quelqu'un, &#8230; l&#224; il y avait tout le temps quelqu'un&#8230; L&#224; c'&#233;tait un peu la m&#234;me dynamique, il y avait personne qui se t&#233;l&#233;phonait pour venir, hein&#8230; et c'&#233;tait des gars, on se voyait tr&#232;s rarement au quotidien, mais tout le monde savait que le soir, il y avait un match de foot et parfois nou l&#233;t&#233; retrouve &#224; nous/ nou t&#233; rotrouv anou, des matchs 12 contre 12, 13 contre 13, sur le petit terrain. &#187;&lt;/i&gt; (Entretien F&#233;licien) ; &lt;i&gt;&#171; L&#224; il y avait tout le monde&#8230; Il y avait tous les gars de Roches Maigres vraiment [&#8230;] L&#224; on avait des gens d'ailleurs&#8230; c'&#233;tait du plus haut niveau ! &#187;&lt;/i&gt; (Entretien Bouba). Sur ces terrains, qui se constituent alors comme des &#171; hauts lieux &#187; de la culture jeune (Duret, 1996), se d&#233;veloppe une expression de la jeunesse diff&#233;rente de celle qui jusque-l&#224; pr&#233;valait dans le quartier. Ces terrains, par les pratiques qu'ils favorisent, permettent aux jeunes qui r&#233;sident alentour de vivre, dans un contexte qui n'y est pas toujours favorable, des identit&#233;s qui ne rel&#232;vent pas des mod&#232;les endog&#232;nes. Ils contribuent par exemple, pour le basket &#8212; auquel des joueurs de notre enqu&#234;te s'initient sur un des terrains du plateau scolaire &#8212;, &#224; importer cette pratique et les &#233;l&#233;ments culturels qui y sont associ&#233;s, donnant &#224; ces jeunes le sentiment d'&#234;tre en rupture avec les r&#233;f&#233;rences commun&#233;ment partag&#233;es autour d'eux, comme l'explique Marcel : &lt;i&gt;&#171; c'est plut&#244;t&#8230; c'est nous qui avons lanc&#233; un peu plus le basket, le rap, tout &#231;a, &#231;a commen&#231;ait &#224; venir, les mecs ils entendaient pas. &#187;&lt;/i&gt; (Entretien Marcel) ; dissension d'autant plus forte que ce sport, consid&#233;r&#233; comme trop f&#233;minin, en attestent les propos de Chris, est aux antipodes des habitudes sportives de Roches Maigres, Pont Neuf et Plateau Goyaves : &lt;i&gt;&#171; Mwin la tourn amwin v&#233;r le bask&#233;t, in spor k'mwin t&#233; d&#233;t&#233;s hin ! Ah ! Pou mwin, bask&#233;t l&#233; in spor fanm ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je me suis mis au basket, un sport que je d&#233;teste ! Ah ! Pour moi, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Entretien Chris). Toutefois, si l'int&#233;gration de ces terrains scolaires dans le paysage urbain cr&#233;e un lieu d'affirmation de la jeunesse, elle n'&#244;te pas aux pratiques qui s'y d&#233;roulent leur caract&#232;re &#171; sauvage &#187;, &#171; irr&#233;gulier &#187; ou &#171; d&#233;viant &#187;, ces terrains, parce qu'ils sont d&#233;tourn&#233;s, maintenant ces pratiques et la culture juv&#233;nile qui s'y rapporte dans l'ombre d'une certaine ill&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du milieu des ann&#233;es 1990, appara&#238;t une autre s&#233;quence urbaine. Des H.L.M sont construits &#224; Pont Neuf et dans les quartiers en p&#233;riph&#233;rie de Saint-Louis. Ces nouveaux logements s'accompagnent de la r&#233;alisation d'espaces &#171; r&#233;cr&#233;atifs &#187;. Par exemple, &#224; Plateau Goyaves un mini terrain de football en gazon synth&#233;tique est cr&#233;&#233; en bordure du complexe sportif qui regroupe un dojo, un gymnase et un plateau sportif scolaire &#224; acc&#232;s r&#233;glement&#233;. De m&#234;me, en 2002, &#224; Plateau Maison Rouge, quartier voisin de celui de Pont Neuf, un autre mini terrain de football en gazon synth&#233;tique est r&#233;alis&#233; &#224; c&#244;t&#233; du boulodrome&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre le milieu des ann&#233;es 1990 et 2010 trois autres mini terrains de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors, ces terrains s'inscrivent dans les quartiers comme des lieux officiellement d&#233;di&#233;s &#224; la jeunesse. Cette int&#233;gration dans le paysage urbain a plusieurs cons&#233;quences. D'abord, elle suscite l'enthousiasme des joueurs pour qui ces terrains font figure d'heureuses d&#233;couvertes, en t&#233;moigne la r&#233;action de Chris : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; [&#8230;] E inn foi, i ap&#233;l amwin, i di amwin konmsa, &#171; alon jou&#233; balon Plato-Goyav ! &#187; Moi m'i t&#233; kon&#233; pa s't&#233;rin sint&#233;tik hin&#8230; Moi la parti jou&#233; inn foi, la vizit&#233;, m'i di amwin : &#171; bin l&#233; koul s't&#233;rin ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un jour, il m'appelle, il me dit &#171; allons faire un foot &#224; Plateau Goyaves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Entretien Chris). R&#233;action positive qui se comprend, d'une part, parce que les terrains en synth&#233;tique am&#233;liorent les conditions de pratique et, par exemple, comme l'illustre la discussion qui suit, diminuent les douleurs dues au &#171; black &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bouba : &lt;i&gt;i&#233;r nav&#233; 6/6&#8230; ou la jou&#233; su t&#233;rin blak&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
_Cand&#233;la : non su t&#233;rin mashin &lt;br class='manualbr' /&gt;Bouba : &lt;i&gt;m'i jou pu su le blak, i kok tro mon jenou&#8230; i fo m'i kour 20, 30 minut avan&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Michel : &lt;i&gt;i fo ar&#233;t jou&#233; su b&#233;ton l&#233;-ga&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;ou voi sa pou lo jenou, na poin in zaf&#233;r i kok plus&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Bouba : &lt;i&gt;sint&#233;tik i amorti aou.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bouba : hier il y avait six contre six&#8230; vous avez jou&#233; sur le terrain en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autre part, parce que ces terrains, de quarante m&#232;tres de long et vingt m&#232;tres de large, aux lignes trac&#233;es au sol, &#233;quip&#233;s de deux buts de trois m&#232;tres de large et deux m&#232;tres de haut, accentuent le r&#233;alisme des parties qui s'y d&#233;roulent, comme le dit Chris : &lt;i&gt;&#171; [&#8230;] Ariv&#233; su in t&#233;rin komsa, bin d&#233;ja le d&#233;kor m'i di i shanj aou &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Arriv&#233; sur un terrain comme &#231;a, je te dis, d&#233;j&#224; le d&#233;cor &#231;a te change ! &#187;&#034; id=&#034;nh7-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Entretien Chris). Dans ce cadre, les jeunes ont alors l'impression d'&#233;voluer dans des conditions qui se rapprochent de celles de la pratique professionnelle qui, pour eux, est le mod&#232;le &#224; imiter. La cr&#233;ation de ces &#233;quipements a, pour deuxi&#232;me cons&#233;quence, d'attirer dans le quartier d'autres jeunes f&#233;rus de football, n'habitant pas &#224; proximit&#233;, et qui souhaitent aussi profiter de la qualit&#233; de ces terrains. Cet afflux a pour effet d'affranchir ces espaces de la communaut&#233; qui les entoure, certaines parties de football, en semaine ou durant le week-end, &#233;tant men&#233;es par des jeunes inconnus du voisinage et sur lesquels celui-ci n'a aucun contr&#244;le social. Les terrains en synth&#233;tique apparaissent d&#232;s lors comme des espaces dont le degr&#233; d'ind&#233;pendance au quartier est sup&#233;rieur &#224; celui du &#171; black &#187;, puisque les actes de la culture juv&#233;nile qui s'y jouent ne sont pas seulement ceux des jeunes qui y r&#233;sident mais aussi ceux de jeunes issus de zones urbaines &#233;loign&#233;es, aux profils sociaux diff&#233;rents. Cette fr&#233;quentation disparate dote les terrains d'une forte ambivalence, puisque ils sont &#224; la fois &#171; dans &#187; et &#171; hors &#187; les murs ; situ&#233;s physiquement dans un territoire et, en partie, socialement d&#233;territorialis&#233;s. Dans notre enqu&#234;te, le groupe de joueurs du dimanche matin alimente &#8212; et profite de &#8212; ce double positionnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ils en p&#226;tissent aussi quelquefois quand ces terrains sont investis par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tant&#244;t ses membres utilisent ces terrains comme nacelles surplombantes, pour contempler un univers local dont ils se distancient, comme lorsqu'ils commentent le passage d'un troupeau de ch&#232;vres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel : &lt;i&gt;b&#233;&#233;&#233;, b&#233;&#233;&#233;&#8230; amwin m'i trouv l&#233; koul mwin, na ankor inn ti par d'natur &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;sa kan i trav&#233;rs shemin &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Michel : &lt;i&gt;bin kan i trav&#233;rs shemin, p&#233;rsone i ral azot, na in blad/blag osi koma, ar&#233;t d&#233;kon&#233;, &#233;skuz amwin Monsieur Kabri &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;f&#233; atansion li b&#233;z aou in korn- la !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel : b&#233;&#233;&#233;, b&#233;&#233;&#233;&#8230; moi, je trouve que c'est cool, il reste encore une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou lorsqu'ils se moquent des mauvaises m&#339;urs en vigueur dans le secteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anatole, qui voit la petite fille d'&#224; c&#244;t&#233; arriver, interpelle Rocheteau et commence &#224; imiter l'&#233;cole des fans. Celui-ci, sur le ton comique, reprend les demandes faites la semaine pass&#233;e par la petite fille : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;Un bi&#232;re pour son papa&lt;br class='autobr' /&gt; Un bi&#232;re pour son maman&lt;br class='autobr' /&gt; Un bi&#232;re pour son fr&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant&#244;t ils utilisent les terrains comme acc&#233;l&#233;rateur relationnel, pour renforcer leur r&#233;seau d'interconnaissance avec le quartier, comme lorsqu'un &#171; dalon &#187; passe &#224; proximit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chris : &lt;i&gt;ot&#233; Mauraia ! ! ! ! &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;ot&#233; ! ! ! &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Raoul : &lt;i&gt;doudou ! ! ! &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Mauricien : &lt;i&gt;t&#233;t pip ! ! ! &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;pas de vulgarit&#233; !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Maurice : &lt;i&gt;sa mon kouzin !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Raymond : &lt;i&gt;Antoine, Maurice commence !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou lorsqu'ils h&#232;lent une jeune passante dont la fr&#234;le silhouette vibre comme un mirage dans l'air br&#251;lant du dimanche midi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel : &lt;i&gt;koi li vien rod&#233;-la ?... Oh ! Eh ! Miss dimanche matin !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Martin : &lt;i&gt;i sava an boit ou i sort an boit-la ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Raymond : &lt;i&gt;li kon&#233; nav&#233; d&#233;-ga t&#233;rla !&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Marcel : &lt;i&gt;au plaisir mademoiselle !&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Raymond : &lt;i&gt;tantine-la, la vu anou &#8230; &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Marcel : &lt;i&gt;li sava Score&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel : qu'est-ce qu'elle vient chercher ici ?... Oh ! Eh ! Miss dimanche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou pour s'y valoriser comme quand un vieux monsieur de leur connaissance passe et s'&#233;tonne qu'ils jouent sous un si gros soleil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;F&#233;licien, koman ou l&#233; ? &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;koman i l&#233; William ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;ou sort jou&#233;-la ? Jou&#233; balon ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;oui &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;la&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;oui, nou l&#233; fou &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;zot parkont ou l&#233; tr&#233; fou ot&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;bin nou la anvi&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;Rocheteau osi ? &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : oui !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le vieux Monsieur : F&#233;licien, comment &#231;a va ? F&#233;licien : Comment &#231;a va (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut du terrain en gazon synth&#233;tique &#8212; espace officiellement d&#233;di&#233; &#224; la jeunesse et qui &#233;chappe au contr&#244;le social du quartier tout en y &#233;tant situ&#233; &#8212; permet aux joueurs du dimanche matin de d&#233;velopper une sociabilit&#233; footballistique qui n'est ni celle du &#171; terrain la poussi&#232;re &#187;, ni celle du &#171; black &#187;, ni aucune de celles remarqu&#233;es dans les formes de football r&#233;pertori&#233;es dans la litt&#233;rature du domaine comme le football &#171; pied d'immeuble &#187; (Travert, 2003), de &#171; trottoir &#187; (Sansot, 1992) ou &#171; sauvage &#187; (Mauny &amp; Gibou, 2008). En effet, cette sociabilit&#233; footballistique se distingue d'abord de celles pr&#233;cit&#233;es par les cat&#233;gories d'&#226;ge qu'elle rassemble, puisque celles-ci ne sont pas celles de l'enfance et de l'adolescence, mais celles de jeune adulte, la majorit&#233; des joueurs ayant entre 20 et 27 ans. Cette extension de la sociabilit&#233; footballistique &#224; une cat&#233;gorie d'&#226;ge plus m&#251;r est en partie due au statut du terrain en gazon synth&#233;tique qui, en tant qu'espace institu&#233;, normalise ces rendez-vous dominicaux informels et leur &#244;te leur aspect juv&#233;nile, l'activit&#233; footballistique des jeunes adultes ne risquant pas, sur ce terrain, d'appara&#238;tre comme immature. Cette sociabilit&#233; footballistique se distingue ensuite de celles pr&#233;cit&#233;es par sa porosit&#233; sociale, le groupe de joueurs, bien qu'il soit constitu&#233; &#224; partir d'un noyau d'interconnaissances, est ouvert aux nouvelles recrues qui, en raison de l'attractivit&#233; du terrain, per&#231;u comme une sc&#232;ne de la culture jeune, sont fr&#233;quentes. Les parties dominicales r&#233;unissent donc r&#233;guli&#232;rement des jeunes adultes appartenant &#224; des quartiers de Saint-Louis diff&#233;rents et ainsi &#224; des horizons sociaux, qui, m&#234;me s'ils sont modestes, peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme &#233;loign&#233;s. Enfin, cette sociabilit&#233; footballistique se distingue de celles pr&#233;cit&#233;es par le principe d'engagement sur lequel elle repose : l'&#233;lectivit&#233;, qui donne les pleins pouvoirs &#224; l'individu puisque celui-ci peut d&#233;cider &#224; sa guise de ses modalit&#233;s d'engagement dans la partie. Cette sociabilit&#233; footballistique, propos&#233;e par le terrain en gazon synth&#233;tique, se pr&#233;sente donc comme un autre espace social du quotidien o&#249; ces jeunes adultes peuvent effectuer des ajustements identitaires et composer la figure de jeune adulte vers laquelle ils tendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Libre participation et positionnement vis-&#224;-vis du monde cr&#233;ole et du monde import&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;tude sur les formes de football d'esplanade A. Tr&#233;moulinas (2008) montre que les parties informelles qui s'y tiennent sont r&#233;gies par un ordre social n&#233;goci&#233;. Il met en avant quatre principes qui assurent la bonne marche de la partie : une forte indulgence pour les joueurs mauvais ; le respect de l'int&#233;grit&#233; physique des joueurs ; l'accueil d'autant de joueurs que possible ; le jeu port&#233; vers l'offensive. Lors des parties du dimanche matin, la rencontre repose elle aussi sur un ordre social n&#233;goci&#233; mais celui-ci s'appuie en premier lieu sur le principe d'une participation &#233;lective : le joueur n'a aucune obligation de prendre part r&#233;guli&#232;rement &#224; la partie et, s'il s'y engage, il peut d&#233;finir, comme bon lui semble, sa mani&#232;re de participer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un expos&#233; des diff&#233;rentes modalit&#233;s d'engagement dans ces parties (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce principe de libre engagement, parce qu'il symbolise une autre figure du lien social et parce qu'il peut se d&#233;cliner en un large &#233;ventail d'implications, est l'une des r&#233;f&#233;rences &#224; partir de laquelle les joueurs explicitent leur ralliement aux valeurs du monde cr&#233;ole ou &#224; celles de la soci&#233;t&#233; import&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons encore que si depuis d'autres sph&#232;res comme le foyer, le travail, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les faits, cette adh&#233;sion peut s'exprimer par la r&#233;gularit&#233; de la participation au match : la pr&#233;sence &#171; &#233;pisodique &#187; ou &#171; r&#233;guli&#232;re &#187; t&#233;moigne d'un attachement plus ou moins fort des joueurs aux valeurs cr&#233;oles de l'entre-soi et du quartier, cette preuve d'attachement fort se cristallisant, par exemple, par la reconnaissance du joueur comme un &#171; marmaille la cour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette expression peut &#234;tre prise comme un synonyme de l'expression populaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais cette adh&#233;sion peut aussi s'exprimer par le degr&#233; de libert&#233; que les joueurs s'octroient vis-&#224;-vis du groupe et de la partie quand ils y participent : plus ce degr&#233; de libert&#233; apparait &#233;lev&#233;, plus les joueurs sont per&#231;us comme adh&#233;rant aux valeurs individualistes import&#233;es. Cette axiologie de l'engagement se module cependant et, si les joueurs qui ne participent qu'une seule fois sont rarement sujets &#224; commentaire, leur pr&#233;sence inopin&#233;e &#233;tant regard&#233;e comme un opportunisme sans cons&#233;quence sur la vie des rencontres, la participation des autres joueurs, lorsqu'elle est suffisamment assidue, pr&#234;te &#224; interpr&#233;tation. Deux tendances se d&#233;gagent alors : ceux qui prennent des distances avec les parties du dimanche matin et qui semblent par l&#224; vouloir affirmer un lien souple qui t&#233;moigne d'une appartenance sans contrainte et d'un refus d'identification &#224; cette r&#233;union sportive dominicale ; ceux qui investissent la vie des rencontres et affichent un lien fort avec celles-ci par leur pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re, par leur implication dans les diff&#233;rents moments du rendez-vous (avant match, match, apr&#232;s-match), par une identification pouss&#233;e aux &#233;l&#233;ments qui le constituent (comme l'appartenance &#224; une &#233;quipe, le style informel du regroupement, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des personnes qui le constituent&#8230;). Ces deux postures s'illustrent typiquement dans l'attitude adopt&#233;e lors du d&#233;part anticip&#233; de certains joueurs, ceux-ci n'attendant pas la fin de la partie pour quitter leurs partenaires, le principe de libre participation les dispensant, si ils le d&#233;sirent, de rester jusqu'&#224; son terme, tacitement fix&#233; &#224; midi. Parmi ces partants h&#226;tifs, il y a, d'un c&#244;t&#233;, ceux dont le comportement fait valoir leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du rendez-vous, comme en atteste l'extrait de journal de terrain ci-dessous, o&#249; le joueur quitte incidemment le cours du jeu et ne manifeste aucun &#233;gard envers ses partenaires, son silence t&#233;moignant de la distance qu'il souhaite maintenir avec le regroupement dominical :&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;quipe des T-shirt rappelle plusieurs fois que &#231;a fait trois semaines qu'ils n'ont pas gagn&#233; : &#171; enfin ils renouent avec la victoire ! Apr&#232;s ce quatri&#232;me but, le jeu reprend, mais du c&#244;t&#233; des sans T-shirt l'allant n'y est plus. Michel tente bien de remotiver ses partenaires, il dit : &#8216;'allez les gars ! on se rebeuffe !''. Chris essaie aussi de r&#233;veiller ses co-&#233;quipiers, par d&#233;rision il veut &#233;crire sur une pancarte &#171; Joueurs en gr&#232;ve &#187;. Le jeu continue. Puis soudain, Jordan, de l'&#233;quipe des sans T-shirt, quitte le terrain. Il s'en va sans dire un mot. Il doit &#234;tre 11 h 30. Personne ne l'interroge sur la raison de son d&#233;part, ni ne tente de le retenir, le jeu n'est m&#234;me pas interrompu par ce d&#233;sistement. &#187; (Journal du 23/02/03)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, il y a ceux dont le comportement montre un attachement fort &#224; &#171; l'entre soi &#187; du rendez-vous, et qui, bien qu'ils quittent la partie avant l'heure, n'oublient pas de rappeler, par des marques de consid&#233;ration, telles qu'un trait d'humour ou l'invocation d'une raison, leur adh&#233;sion &#224; celui-ci, comme le montre ce second extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La partie bat son plein. Les &#233;quipes sont &#224; &#233;galit&#233; et aucune d'elles ne veut conc&#233;der un avantage. Tout d'un coup, Chris sort du terrain et reprend son T-shirt. Comme pour adoucir ce d&#233;part surprise qui d&#233;stabilise l'opposition, il lance au groupe : &#8216;&#233;h l&#233;-gar ! m'i &#233;m azot m&#233; mwin nana in repa !'' &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; H&#233; les gars ! Je vous aime tous mais l&#224; j'ai un repas ! &#187;&#034; id=&#034;nh7-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Journal 26/01/03)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche matin, si ces deux postures s'illustrent r&#233;guli&#232;rement, elles apparaissent n&#233;anmoins de mani&#232;re moins tranch&#233;e d&#232;s lors qu'elles sont resitu&#233;es dans la succession des interactions qui constituent le rendez-vous et au cours desquelles se pr&#233;sentent plusieurs fois des situations o&#249; les joueurs doivent se d&#233;terminer vis-&#224;-vis de la norme de participation, leur choix en la mati&#232;re ne suivant pas toujours la m&#234;me ligne. Lors des parties dominicales, ces situations sont g&#233;n&#233;ralement celles o&#249; le joueur doit d&#233;cider, par exemple, de venir au match ou pas, d'&#234;tre &#224; l'heure ou pas, de choisir son &#233;quipe ou pas, de justifier son d&#233;part anticip&#233; ou pas, d'assister aux conversations d'apr&#232;s-match ou pas. Ces situations s'&#233;gr&#232;nent donc tout au long de la rencontre et offrent aux joueurs la possibilit&#233; de doser l'expression qu'ils souhaitent donner de leur engagement, l'encha&#238;nement de ces situations leur permettant de composer s'ils le d&#233;sirent un dessin fin de cet engagement, o&#249; l'ambivalence est souvent pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; une position unique. Le rapport des joueurs au cadre temporel de la partie illustre ces dosages. Par exemple, certains joueurs se voient souvent reproch&#233; leur manque de ponctualit&#233;. D'abord, parce que celui-ci entrave le bon d&#233;roulement de la rencontre et oblige quelquefois les joueurs pr&#233;sents &#224; recourir, en d&#233;but de partie, &#224; des formes de jeu r&#233;duites ou m&#234;me &#224; envisager l'annulation de la partie dominicale. Ensuite, parce que ce manque de ponctualit&#233; est consid&#233;r&#233;, comme l'atteste l'extrait de conversation du bord de touche qui suit, comme un exc&#232;s d'individualisme, d'une part, parce que les retardataires privil&#233;gient sciemment leurs pr&#233;occupations personnelles plut&#244;t que l'int&#233;r&#234;t collectif, puisque, sur le chemin du terrain, ils s'offrent &#233;go&#239;stement une interminable halte &#224; la boulangerie, sans se soucier des autres joueurs qui les attendent pour d&#233;buter la partie et, d'autre part, parce que ce petit d&#233;jeuner atteste d'un mode de vie qui ne rel&#232;ve pas de celui de la cr&#233;olit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TN : &lt;i&gt;t&#233; i jou&#233; pa zordi &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;D : &lt;i&gt;banna i vien zot-la, i vien, i vien &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;TiF : &lt;i&gt;k&#233;l &#233;r i jou&#233;, midi &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;D : &lt;i&gt;ay ! ay ! bann gar t&#233; i vien, sar boir ankor le kou &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;ah ! i boi pa i d&#233;jen &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;sa bann star sa mounoir &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;T-N : &lt;i&gt;la parti pran tid&#233;jen&#233; ankor zot-la &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;le tan i asiz ankor t&#233;rla, i sa jou&#233; 11&#233;r, midi m&#233;m, p&#233;s plan&#233;t, la na pa tro sol&#233;y, giny pa transpir&#233; jordu &#233;k bann ga-la ! &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;T-N : &lt;i&gt;&#233; s&#233; ki la di aou le stil tid&#233;jen&#233;-la &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;sa F&#233;licien sa, sa F&#233;licien la komans sa &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;T-N : &lt;i&gt;ar&#233;t plan&#233; kou&#233; tid&#233;jen&#233;, kou&#233; tid&#233;jen&#233; ! Manj zot kaz la-ba &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;aou kan ou fine b&#233;z lo rom i ral pu manj out kaz&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;T-N : &lt;i&gt;kou&#233; tid&#233;jen&#233;, ar&#233;t plan&#233;, la prosh&#233;ne foi nou va voir un bout&#233;y de lait terla, &#233;pi l&#233;-ga va serve azot avan jou&#233; balon&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;in boutik pou asht&#233; pin shokola, in boutik pou asht&#233; la boison&#8230;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TN : on ne joue pas aujourd'hui D : si, ils viennent, ils viennent, ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ce sont ces m&#234;mes retardataires qui, plus tard dans le rendez-vous, participent r&#233;guli&#232;rement aux discussions d'apr&#232;s-match, leur donnant corps en animant ses d&#233;bats, et qui, quand l'occasion se pr&#233;sente &#8212; apr&#232;s une belle partie ou pour un anniversaire &#8212; n'h&#233;sitent pas &#224; transformer ces s&#233;ances en moment festif, remettant &#224; plus tard leurs obligations pour se consacrer &#224; la vie du groupe et recr&#233;ant ainsi par leur engagement la fraternit&#233; masculine ch&#232;re &#224; &#171; l'entre soi &#187; du monde cr&#233;ole, le bord du terrain de football prenant alors des allures de &#171; bord d'chemin &#187; o&#249; se ravivent &#224; travers les rencontres, les discussions et les &#233;changes d'alcool, les usages pass&#233;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230; ? F&#233;licien, Rocheteau, Anatole nous distribuent &#224; chacun une canette pour trinquer. Luc qui voit que l'ambiance est guillerette rapproche sa voiture du bord du terrain et allume le poste radio. La musique est un s&#233;ga mauricien du groupe Kassia. La chanson s'appelle &#171; Tourn&#233;, tourn&#233; &#187;. Ce tube tr&#232;s pris&#233; dans les bo&#238;tes de nuit de l'&#238;le connote le moment de bonne humeur et d'insouciance. Durant ces libations, Chris s'&#233;clipse momentan&#233;ment, il doit passer chez un r&#244;tisseur prendre un poulet grill&#233; pour sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chris : &lt;i&gt;ou r&#233;s la juska k&#233;l &#233;r&#8230; m'i sa trap poul&#233; m'i sa am&#233;ne la kaz, m'i arvien, m'i l&#233; la dan sink minut&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;Marcel inn foi la komand poul&#233;, li la u son poul&#233; lapr&#233;midi &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Raoul : &lt;i&gt;non m&#233; s&#233; r&#233;z&#233;rv&#233; Chris&#8230;ou la fine p&#233;y&#233; &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;dan sink minut mwin l&#233; ankor la mwin &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Raoul : &lt;i&gt;dan sis minut li l&#233; pu la&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris : vous restez l&#224; jusqu'&#224; quelle heure ? Je vais chercher le poulet, je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons Chris revenir peu apr&#232;s. Il nous dit que la volaille command&#233;e le matin n'est toujours pas pr&#234;te. [&#8230;] Luc, Ursule et Anatole viennent &#224; nous quitter. [&#8230;] Les tourn&#233;es de bi&#232;res se succ&#232;dent et un &#171; gramoune &#187; (un vieux monsieur) vient se joindre &#224; nous. On lui propose alors un petit verre de rhum-citron. Suite &#224; cette invitation, il prend une mine circonspecte, consid&#232;re le liquide puis accepte avec plaisir. Sa r&#233;sistance fut courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raoul : &lt;i&gt;ou boi in rom&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;un rom mesie &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Le gramoune : &lt;i&gt;le rom&#8230; m'i boi dolo&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Brice : &lt;i&gt;Chris ou l&#233; ankor s&#233;libat&#233;r&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le gramoune : &lt;i&gt;a m'i boi pu&#8230; &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;s&#233; pou sa m'i t&#233; demand aou &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Chris : &lt;i&gt;m'a vu boug-la an kur d&#233;zintoksikasion&#8230;inn &#233;dukat&#233;r&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;[F&#233;licien] &lt;i&gt;f&#233; boir ali le rom &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;mwin l&#233; pa okouran l&#233;-gar, mwin la pri l&#233; zinfo an tan r&#233;&#233;l, mwin na pu int&#233;rn&#233;t &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Chris : &lt;i&gt;in jour nou sa antand t&#233;moiniaj in boug, i kash son visage, m'i l&#233; parti t&#233;rin foutbol pou voir d&#233;-gar jou&#233; balon, m&#233; na inn &#233;dukat&#233;r la s&#233;rv amwin le rom, m'i port plint kont X, m'i kon&#233; pa son nom&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raoul : vous buvez un rhum ? F&#233;licien : un rhum monsieur ? [&#8230;] Le gramoune : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche matin, la libre participation contribue donc au premier chef au travail de d&#233;finition des joueurs, leur mani&#232;re de s'engager dans le rendez-vous apportant des pr&#233;cisions explicites sur la figure de jeune adulte qu'ils souhaitent r&#233;aliser. Cependant, bien que l'on retrouve la hi&#233;rarchie des r&#233;f&#233;rences constitutives de la soci&#233;t&#233; r&#233;unionnaise, cette hi&#233;rarchie n'appara&#238;t pas avec force dans la mesure o&#249;, d'une part, ce sont des conduites qui &#171; parlent &#187;, ce qui ne mobilise pas toujours les cat&#233;gories du langage, et o&#249;, d'autre part, les joueurs s'abstiennent souvent de faire des commentaires soit par respect pour les implications diff&#233;rentes de chacun, soit pour m&#233;nager les joueurs les moins investis dont la participation, aussi modeste soit-elle, est vitale pour le rendez-vous, leur pr&#233;sence permettant de le perp&#233;tuer bon an mal an. C'est, en revanche, dans les conversations du bord de touche que la hi&#233;rarchie v&#233;hicul&#233;e par la double r&#233;f&#233;rentialit&#233; appara&#238;t le mieux, les joueurs, impliqu&#233;s dans le jeu dynamique des &#233;changes verbaux, &#233;tant contraints de mobiliser des r&#233;f&#233;rences et donc de se situer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sociabilit&#233; footballistique et ordre diglossique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le bord des terrains, le dimanche matin, les ajustements identitaires des joueurs sont, dans une large mesure, l'&#339;uvre du jeu des r&#233;f&#233;rences. Nourrissant les conversations, celui-ci permet au joueur de se situer par rapport aux codes de la modernit&#233; et &#224; ceux de la cr&#233;olit&#233;, les &#233;l&#233;ments cit&#233;s pr&#233;cisant &#224; quel univers se rattache la figure de jeune adulte qu'ils souhaitent exprimer. Toutefois, si, la plupart du temps, ce jeu ob&#233;it &#224; l'ordre de la diglossie, il est n&#233;anmoins un domaine o&#249; celle-ci ne s'applique pas, ou de fa&#231;on moindre : le football. Introduit sur l'&#238;le en 1896, intronis&#233; en 2006 patrimoine de la culture r&#233;unionnaise, il est consid&#233;r&#233; aujourd'hui comme le sport &#171; roi &#187; &#224; La R&#233;union (Combeau-Mari, 2006). Cet enracinement contribue &#224; faire du football et de sa composante internationale un m&#234;me univers qui se situe, plus que d'autres activit&#233;s, hors de la coupure sociale qui organise la vie locale comme l'illustre cette sc&#232;ne rapport&#233;e o&#249; celui-ci se m&#234;le &#224; une activit&#233; embl&#233;matique d'autrefois, la partie de dominos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chris : &lt;i&gt;ou voi i&#233;r m'&#233;t&#233; Sinpi&#233;r m'i t&#233; &#233;kout bann ga Sinpi&#233;r koz&#233;, nana inn ti tab banna i jou&#233; domino akot&#233; Caf&#233; de la gare&#8230; Sa s&#233; suport&#233;r la Sinpioroiz, tout la journ&#233; pou koz Sinpioroiz, banna pou di tout, konbien lantr&#233;n&#233;r banna nana etc&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris : tu vois, hier j'&#233;tais &#224; Saint-Pierre et j'&#233;coutais les gars de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le football offre aux joueurs un espace de d&#233;finition de soi qui &#233;chappe aux stigmates de la diglossie, ceux-ci &#233;tant, par exemple, remplac&#233;s par ceux de la passion partisane. Dans ce jeu, les r&#233;f&#233;rences locales sont ainsi major&#233;es sans que ce grandissement ne soit remis en question, l'excellence d'un d&#233;fenseur de Ligue 1 pouvant &#234;tre surpass&#233;e par celle d'un d&#233;fenseur de la Saint-Louisienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chris : &lt;i&gt;mwin m'i di aktu&#233;lman Von Buiten s&#233; le m&#233;y&#233;r d&#233;fans&#233;er o mond &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Michel : &lt;i&gt;ah ! Jam&#233; ! Patrick Certa l&#233; le m&#233;y&#233;r !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;m'i t&#233; kroi ou al&#233; sort in ga konm Nesta&#8230;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris : moi je dis que, actuellement, Von Buiten, c'est le meilleur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;conomie des &#233;changes, les r&#233;f&#233;rences footballistiques import&#233;es ne d&#233;pr&#233;cient ni n'&#233;crasent celles de la cr&#233;olit&#233;, comme l'illustre une boutade o&#249; l'international italien Vieri est volontairement confondu avec un homonyme local qui officie dans un obscur club inter quartiers des Hauts de la ville :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine : &lt;i&gt;tu sais il y a des grands joueurs qui n'ont jamais gagn&#233; la Coupe du Monde&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Billich : &lt;i&gt;Petit la jam&#233; giny la koup d'Europe&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;Toti non plus, pourtant Toti c'est un grand joueur, Vieri&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]	&lt;br class='manualbr' /&gt;Raymond : &lt;i&gt;Vieri i sava li la&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;Vieri, mi sa dir in b&#233;tiz-la, Vieri inter karti&#233; Sinlwi la-o !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine : tu sais il y a des grands joueurs qui n'ont jamais gagn&#233; la Coupe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, ces r&#233;f&#233;rences import&#233;es ne d&#233;valuent ni n'&#233;gratignent celles du football r&#233;unionnais alors qu'elles pourraient souligner l'archa&#239;sme de ses structures ou l'engouement surfait dont il b&#233;n&#233;ficie quand on le rapporte au niveau de jeu propos&#233;. Bien au contraire, via le football, les joueurs sont toujours pr&#234;ts &#224; tisser des homologies flatteuses d'eux, de leur ville ou de leur club local :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel : &lt;i&gt;pour moi, Saint-Pierre repr&#233;sente plus&#8230;C'est la capitale du foot &#224; La R&#233;union [&#8230;] Pour te dire, &#224; un moment on s'identifiait &#224; l'OM, pour te dire, on a le port, on a tout !&lt;/i&gt; (rires)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, bien qu'ils entretiennent un rapport de m&#233;fiance &#224; la m&#233;tropole, ils n'h&#233;sitent pas &#224; s'identifier aux r&#233;f&#233;rences footballistiques qui lui sont attach&#233;es et &#224; s'apparenter &#224; l'&#233;quipe nationale ou aux clubs de premi&#232;re division. Dans cette situation, jamais les joueurs ne redoutent d'&#234;tre accus&#233;s d'infid&#233;lit&#233; &#224; la cr&#233;olit&#233; comme en t&#233;moigne cet extrait de conversation sur la Coupe de France o&#249; le &#171; moi &#187; et le &#171; je &#187; de Rocheteau (&#171; Amwin &#187; et &#171; m'i &#187;) se confondent avec le club de L1 qu'il supporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anatole : &lt;i&gt;yo, Miky&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;ot&#233; Bayonne&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Rocheteau : &lt;i&gt;amwin m'i pr&#233;f&#232;r &#233;t &#233;limin&#233; par Bayonne ke par Paris&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la :&lt;i&gt; ah ! Non ! Jam&#233;, jam&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anatole : yo, Miky ! _Cand&#233;la : h&#233; Bayonne ! Rocheteau : moi je pr&#233;f&#232;re &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche matin, l'univers footballistiques offert par les terrains en synth&#233;tique donne aux joueurs l'opportunit&#233; de se positionner dans l'espace social sans pour autant qu'ils aient &#224; se situer d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre de la fronti&#232;re institu&#233;e par la diglossie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutefois, quelques exemples montrent que s'ils le souhaitent les joueurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils peuvent ainsi &#233;prouver un attachement &#224; la cr&#233;olit&#233; et aux valeurs de la soci&#233;t&#233; import&#233;e sans que celui-ci n'entra&#238;ne de division de soi ou de dualit&#233; conflictuelle, ce qui ne se produit pas pour d'autres domaines de r&#233;f&#233;rences o&#249; la coupure impos&#233;e par l'ordre diglossique se retrouve avec force. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est notamment le cas lors les conversations du bord de touche quand il s'agit de souligner certains traits de la cr&#233;olit&#233; ou de la modernit&#233; pr&#233;sents dans les figures de jeune adulte de chacun. La diglossie offre alors une grammaire du &#171; rire &#187; et de la critique indiquant ce qui doit &#234;tre attaqu&#233; lorsque les joueurs veulent stigmatiser des attitudes trop archa&#239;ques ou insolentes ou, &#224; l'inverse, ce qui doit &#234;tre grandi quand ils souhaitent valoriser des comportements de la culture cr&#233;ole ou de la modernit&#233; auxquels ils sont attach&#233;s. Dans le cas, par exemple, o&#249; ils prennent le parti des normes import&#233;es, ils ridiculisent syst&#233;matiquement les &#233;l&#233;ments qui se rapportent &#224; une cr&#233;olit&#233; anachronique ou n&#233;gative, sous-entendant par-l&#224; qu'elle agit tel un fil &#224; la patte, comme lorsqu'ils prennent pour cible l'intemp&#233;rance de certains joueurs qui, suivant les us du quartier, viennent sur le terrain ivres ou presque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brice : &lt;i&gt;ah ! Antoine i komans shanj dabitud, li komans ariv sou t&#233;r-la !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brice : ah ! Antoine commence &#224; changer d'habitude, il commence &#224; arriver (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Ou de ceux pour qui boire est une habitude av&#233;r&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin : &lt;i&gt;Raoul, inn bi&#233;r ?&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Raoul : &lt;i&gt;m'i boi pi lalkol&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;dopi so matin 4&#233;r ou boi pi lakol !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin : Raoul, une bi&#232;re ? Raoul : je ne bois plus d'alcool ! F&#233;licien : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la mauvaise ma&#238;trise du fran&#231;ais est souvent l'objet de raillerie, rappelant &#224; celui qui en est la cible sa position quelque peu &#171; arri&#233;r&#233;e &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe se moque d'Ursule : &lt;i&gt;ou giny pa lir !&lt;br class='manualbr' /&gt;dopi ou la ariv&#233; ou giny pa lir &lt;br class='manualbr' /&gt;li pou gard zimaz t&#233;r-la&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le groupe se moque d'Ursule : Tu peux pas lire ! Depuis que tu es arriv&#233; tu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une trop forte d&#233;pendance au culte est &#233;galement un pr&#233;texte au persiflage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romuald : &lt;i&gt;m'i giny pa nir dimansh&lt;/i&gt; [P&#226;ques] &lt;br class='manualbr' /&gt;Raymond : &lt;i&gt;Romuald i sa rod zef dan la for&#233; !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Romuald : je ne pourrais pas venir dimanche (de P&#226;ques)Raymond : Romuald, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'incapacit&#233; &#224; se d&#233;faire des normes de la famille cr&#233;ole et de l'obligation de mariage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brice : &lt;i&gt;&#8230; mariaj Anatole&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;mariaj Anatole ?&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Brice : &lt;i&gt;&#171; moi d'mars &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;moi d'mars ! &#231;a y est, met au feu, met au feu, sa tantine i sort L&#233;tan&#8230; Rocheteau i sa mari&#233; biento !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Rocheteau : &lt;i&gt;sa parkont i f&#233; shi&#233; amwin !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brice : &#8230;le mariage d'Anatole Antoine : le mariage d'Anatole ? Brice : il se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ciproquement, les joueurs n'h&#233;sitent pas &#224; tacler la modernit&#233; quand celle-ci incite &#224; une conduite condescendante &#224; l'&#233;gard de la cr&#233;olit&#233;, jugeant qu'elle d&#233;grade ou efface certaines valeurs dans lesquelles ils se reconnaissent, comme lorsque Chris d&#233;nonce la soudaine m&#233;tamorphose de Marcel qui, suite &#224; l'obtention de son concours de policier et de sa mutation en m&#233;tropole, se distancie des r&#232;gles du quartier et de ses formes de solidarit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enqu&#234;teur : &lt;i&gt;c'est Marcel ? il est revenu ? &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Chris : &lt;i&gt;li la pa voulu ral amwin, kan la rant dan la polis, li la di amwin na poin kask. De la kaz at&#233;r-la, &#8216;tann ali, proshin servis va domann amwin, sa dir ali non mi giny pa !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris : il n'a pas voulu venir me chercher (en moto), depuis qu'il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou quand il juge que les joueurs amollis par le confort moderne manquent de virilit&#233;, ne d&#233;niant plus se risquer &#224; jouer sous un soleil quelque peu ardent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chris : &lt;i&gt;alon d&#233;foul&#233;, foutbol l&#233; pou apr&#233;si&#233;&#8230; de toute fa&#231;on on s'en bat les couilles demain P&#226;ques, si na un ti pe sol&#233;y, m&#233;t in t-shirt s zot t&#233;t, soi nou l&#233; d&#233;-g&#233;ri&#233; soi nou l&#233; d&#233;-fars&#233;r&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris : d&#233;foulons-nous, le football c'est fait pour se faire plaisir&#8230; De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou quand Marcel souligne que Rocheteau utilise l'hygi&#232;ne comme pr&#233;texte fallacieux pour fausser compagnie au groupe et filer &#224; un dancing de jour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel : &lt;i&gt;Rocheteau m'i sort trouv ali, li la di i d&#233;sand, li biny avan &#8230; &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Maxime : &lt;i&gt;ahhhhhhh ! &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Michel : &lt;i&gt;li biny avan jou&#233; balon, mord mon pip don, li biny avan jou&#233; balon, kan li la fini i m&#233;t son kostum i sa Soucoupe volante &lt;/i&gt; (discoth&#232;que) !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel : Rocheteau, je viens de le croiser, il a dit qu'il descend, il prend (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce jeu de moqueries o&#249; l'ordre diglossique organise les &#233;conomies de la grandeur, la hi&#233;rarchie des r&#233;f&#233;rences n'est pas constante et si nous avons montr&#233; quelques cas typiques o&#249; l'archa&#239;sme de la cr&#233;olit&#233; &#233;tait tanc&#233; &#224; partir de la modernit&#233; et o&#249; l'insolence de la modernit&#233; &#233;tait r&#233;primand&#233;e &#224; partir de la cr&#233;olit&#233;, il se peut que ces rapports se complexifient car en la mati&#232;re tout est aussi question d'habilet&#233; sociale et de capacit&#233; &#224; jongler avec les r&#233;f&#233;rences pour retomber sur le bon pied. Ainsi Rocheteau commet-il la maladresse de vouloir stigmatiser Raoul en le faisant passer pour un illettr&#233;, ce qui venant d'un p&#233;pini&#233;riste comme Rocheteau est pris pour le dernier des snobismes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rocheteau reprend pour montrer ses chaussures et parodier Romuald : &lt;i&gt;rod de ga Sinlwi na in souli&#233; kom ou ? rod de ga na souli&#233; 43 &#233; 44 din kot&#233; ?&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Raoul r&#233;p&#232;te de mani&#232;re hilare le &#171; karantroit &#187; prononc&#233; par Rocheteau&lt;br class='manualbr' /&gt;Rocheteau : &lt;i&gt;Raoul ou giny lir don ?&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Raoul et Anatole huent Rocheteau : &lt;i&gt;ouuuuuuuu !ouuuuuuu !ouuuuuuu !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rocheteau : tu trouves un seul gars &#224; Saint-Louis qui a des chaussures comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche matin sur le bord de touche, l'expression de la double r&#233;f&#233;rentialit&#233; permet aux joueurs de souligner certains aspects de la figure de jeunes adultes qu'ils composent. Dans cet entre soi ludique, l'ordre diglossique, bien qu'il stigmatise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le montre l'exemple ci-dessus de Rocheteau qui devient la ris&#233;e du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'a pas, ou peu, de pouvoir d&#233;classant, l'&#233;tiquetage qui en r&#233;sulte paraissant se limiter &#224; la parenth&#232;se du terrain, et ne pas marquer les individus au-del&#224;. Le rendez-vous dominical semble ainsi, &#224; travers les conversations du bord de touche, l'occasion d'agr&#233;ger des traits relevant &#224; la fois de la cr&#233;olit&#233; et de la modernit&#233; plus que de les s&#233;lectionner pour s'affirmer d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre de l'espace social. Durant les &#233;changes, ce qui pr&#233;vaut est donc moins une coh&#233;rence identitaire que la participation &#224; un jeu o&#249; chacun joue des &#171; coups &#187; et dont le but, comme l'ont montr&#233; les tenants de la sociologie de l'action ou de l'interactionnisme r&#233;aliste, est soit de s'assurer du bon d&#233;roulement de l'action, soit de pr&#233;server la face, c'est-&#224;-dire, pour ces jeunes, de d&#233;montrer leur capacit&#233; &#224; manipuler ces r&#233;f&#233;rences, pour faire la preuve qu'ils peuvent se situer d'un bord comme de l'autre de l'ordre diglossique, et ainsi diminuer la coupure qui organise leur existence, ce que ne leur permettent pas toutes les situations sociales qu'ils rencontrent dans la vie ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; travers le cas des footballeurs du dimanche matin et de leurs efforts pour composer une figure de jeune adulte qui &#233;chappe, autant qu'elle le peut, &#224; la rigidit&#233; de l'ordre diglossique qui organise les rapports sociaux &#224; La R&#233;union, nous avons tent&#233; de montrer en quoi les nouveaux espaces urbains et les formes sportives qu'ils appellent pouvaient favoriser cette d&#233;marche. En effet, si la coupure entre la soci&#233;t&#233; import&#233;e et la soci&#233;t&#233; locale est toujours pr&#233;sente, si elle commande encore profond&#233;ment les &#233;changes sociaux et l'ordonnancement de leurs r&#233;f&#233;rences, l'observation de ces &#233;changes sur les mini terrains de football en libre acc&#232;s r&#233;v&#232;le que dans ces espaces les &#233;changes, bien qu'ils ob&#233;issent &#224; un ordre en vigueur, s'en &#233;cartent par une production de formes qui situent successivement leurs protagonistes dans chacun des univers autour de cette coupure. De plus, bien que les joueurs &#233;voluent dans un cadre diglossique qui d&#233;finit a priori la valeur des choses, ceux-ci n'ont de cesse &#8212; lors des conversations ou dans leurs actes de participation &#8212; de modifier, de truquer, de d&#233;tourner cet ordre de valeurs, ce qu'ils ne pourraient peut-&#234;tre pas effectuer si se m&#234;laient &#224; eux des adultes, repr&#233;sentant ou non d'institutions sportives. De plus encore, ces jeux de renversement qu'ils imposent &#224; la hi&#233;rarchie diglossique leur permettent, d'une part, d'affaiblir symboliquement celle-ci &#8212; et notamment son pouvoir d&#233;terminant &#8212; et d'autre part, de baigner dans une &#233;conomie des &#233;changes sociaux plus souple, o&#249; ils peuvent plus ais&#233;ment faire saillir certains traits de la figure de jeune adulte qu'ils souhaitent exprimer, le fil des situations du rendez-vous dominical leur offrant une multitude d'occasions d'effectuer des ajustements (forcer, att&#233;nuer, redessiner un trait), afin que la figure qu'ils tracent r&#233;ponde &#224; la double attente de modernit&#233; et de cr&#233;olit&#233; que g&#233;n&#232;re la soci&#233;t&#233; r&#233;unionnaise actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Bavoux Claudine, 2001, &#171; Profils de jeunes R&#233;unionnais en fili&#232;res professionnalisantes &#187; in &lt;i&gt;Les &#171; parlers jeunes &#187; &#224; La R&#233;union&lt;/i&gt;, (Gudrun Ledegen dir.), FLSH, Universit&#233; de La R&#233;union, &lt;i&gt;Travaux et documents n&#176;15&lt;/i&gt; &#8211; juillet 2001, pp49-79.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Combeau-Mari &#201;velyne, Ah-Yahne J&#233;r&#244;me, Ligue r&#233;unionnaise de Football, 2006, &lt;i&gt;100 ans de football &#224; la R&#233;union&lt;/i&gt;, Oc&#233;an &#233;ditions.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.insee.fr/fr/Insee_regions/reunion&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.insee.fr/fr/Insee_regions/reunion&lt;/a&gt; : Economie de La R&#233;union, &#171; Les gar&#231;ons peinent &#224; quitter le foyer parental &#187;, n&#176; 128, D&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ledegen Gudrun, 2004, &#171; &#171; Le parlage des jeunes &#187; &#224; la R&#233;union bilan et perspectives &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de sociolinguistique&lt;/i&gt;, n&#176; 9, pp9-40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauny Christophe et Gibout Christophe, 2008, &#171; Le football &#171; sauvage &#187; : d'une autre pratique &#224; une pratique autrement &#187;, &lt;i&gt;Science et motricit&#233;&lt;/i&gt;, n&#176;63, pp53 - 61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sansot Pierre, 1992, &#171; Le football de trottoirs &#187; in &lt;i&gt;Les gens de peu&lt;/i&gt;, Paris, PUF, pp141-154.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonin Jacky, 2002, &#171; Parler r&#233;unionnais ? &#187;, &lt;i&gt;Herm&#232;s, La Revue&lt;/i&gt;, n&#176; 32-33, p. 287-296.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonin Jacky, 2008, &#171; Les mots de l'urbain r&#233;unionnais &#187; &#201;l&#233;ments d'une g&#233;n&#233;alogie, &lt;i&gt;Cahiers de sociolinguistique&lt;/i&gt;, n&#176; 13, p. 73-91.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonin Jacky et Wolff &#201;., 1992, &#171; &#201;cole et famille &#224; La R&#233;union : un lien probl&#233;matique &#187;, in &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de p&#233;dagogie&lt;/i&gt;, Vol. 100, pp35-45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonin Jacky et Wolff &#201;liane., 2002, &#171; L'&#201;cole &#224; La R&#233;union &#187;, &lt;i&gt;Herm&#232;s, La Revue&lt;/i&gt;, n&#176; 32-33, pp111-121.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonin Jacky, Watin Michel et Wolff &#201;liane, 1997, &#171; Scolarisation et dynamique urbaine &#224; l'&#238;le de La R&#233;union &#187;, in &lt;i&gt;Les Annales de La Recherche Urbaine&lt;/i&gt;, n&#176; 75.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travert Maxime, 2003, &lt;i&gt;L'envers du stade. Le football, la cit&#233; et l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#233;moulinas Alexis, 2008, &#171; La construction locale d'un ordre social, N&#233;gociation de parties de football &#187;, &lt;i&gt;L'ann&#233;e sociologique&lt;/i&gt;, Vol. 58, pp267-298.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Watin Michel, 2005, &lt;i&gt;Les espaces urbains et communicationnels &#224; La R&#233;union : r&#233;seaux et lieux publics&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wolff &#201;liane, 1989, &lt;i&gt;Quartier de vie. Approche ethnologique des populations d&#233;favoris&#233;es de l'&#238;le de La R&#233;union&lt;/i&gt;, ARCA/CIIRF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wolff &#201;liane, 1999, &#171; &#201;cran et culture de pauvret&#233;. Le cas de La R&#233;union &#187;. In : R&#233;seaux, Vol. 17, n&#176;92-93, &lt;i&gt;Les jeunes et l'&#233;cran&lt;/i&gt;, pp219-240.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wolff &#201;liane, 2002, &#171; Les cultures juv&#233;niles r&#233;unionnais &#187;, &lt;i&gt;Herm&#232;s, La Revue&lt;/i&gt;, n&#176; 32-33, pp123-130.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wolff &#201;liane, 2010, &lt;i&gt;La R&#233;union, une soci&#233;t&#233; en mutation&lt;/i&gt;, Economica Anthropos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est difficile de donner une d&#233;finition satisfaisante du concept d'identit&#233; tant celui-ci a &#233;t&#233; utilis&#233; selon des acceptions diff&#233;rentes dans les travaux des sciences sociales. Dans notre texte, le sens employ&#233; se rapproche de celui mis en avant par Vincent Descombes dans son ouvrage &lt;i&gt;Les embarras de l'identit&#233;&lt;/i&gt; quand il pr&#233;sente la notion telle que l'entendent Eriksson et &#224; sa suite les anthropologues am&#233;ricains : l'identit&#233; est un sens v&#233;cu de soi-m&#234;me qui pour se r&#233;aliser a besoin de s'appuyer sur des id&#233;aux et des mod&#232;les du groupe (Descombes, 2013 :30-31).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la litt&#233;rature savante sur les parties de football informelles (Mauny et Gibou, 2008 ; Tr&#233;moulinas, 2008), cette parlure &#171; vacante &#187; est rapport&#233;e, entre autres raisons, &#224; la composition h&#233;t&#233;roclite du groupe de joueurs, celui-ci r&#233;unissant des individus partageant une forte interconnaissance et d'autres, inconnus ou m&#233;connus, mus par une participation opportuniste. Cet h&#233;t&#233;roclisme alimente des &#233;changes o&#249; chacun veille &#224; ne pas se d&#233;voiler sans toutefois que cette retenue n'entrave la participation collective.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le football&#171; pied d'immeuble &#187; (Travert, 2003), de &#171; trottoir &#187; (Sansot, 1992) ou &#171; sauvage &#187; (Mauny &amp; Gibou, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le terme de &lt;i&gt;diglossie&lt;/i&gt; n'est pas le simple &#233;quivalent d'origine grecque du terme &lt;i&gt;bilinguisme&lt;/i&gt; d'origine latine. Il a &#233;t&#233; forg&#233; pour nommer une situation sociolinguistique o&#249; deux langues sont bien parl&#233;es, mais chacune selon des modalit&#233;s particuli&#232;res. C'est sur la nature de ces modalit&#233;s, leur acceptation et leur permanence que les avis divergent : o&#249; certains ne reconnaissent qu'un simple partage des statuts et usages parfaitement codifi&#233;, d'autres d&#233;noncent un leurre : celui de la pr&#233;s&#233;ance d'une langue sur une autre qui, dans la plupart des situations concern&#233;es, ne manque pas d'&#234;tre conflictuelle. &#187; (Henri Boyer, 2001 : 47- 48). Dans ce texte, nous utilisons l'expression &lt;i&gt;ordre diglossique&lt;/i&gt; pour d&#233;signer la hi&#233;rarchie entre la langue fran&#231;aise et la langue cr&#233;ole, cette hi&#233;rarchie s'exer&#231;ant au d&#233;triment du cr&#233;ole, celui-ci &#233;tant socialement d&#233;consid&#233;r&#233; dans les usages officiels.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Principalement ceux du Laboratoire de recherche sur les espaces Cr&#233;oles et Francophones (LCF).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les exemples donn&#233;s ceux d'un texte de rap ou celui du &#171; parler jeune &#187;, dans lesquels se retrouvent une &lt;i&gt;verlanisation&lt;/i&gt; de mots cr&#233;oles (le mot cr&#233;ole &#171; macro &#187; devenant &#171; croma &#187; [Simonin, 2008 :81], la cr&#233;ation de syntagmes cr&#233;ole-anglais (comme &#171; Totoss'your mother &#187;, totocher voulant dire taper [Ledegen, 2004 ; 15, 22]) ou la cr&#233;ation de n&#233;ologismes cr&#233;oles &#224; partir d'un morph&#232;me fran&#231;ais (comme le n&#233;ologisme &#171; Paralge &#187; [Ledegen, 2004 : 22]).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Compos&#233; de 39 joueurs, ce groupe est principalement issu d'un milieu populaire. &#192; quelques exceptions pr&#232;s, un fils de garagiste &#224; l'activit&#233; florissante, un fils d'officier de pompier et trois fils d'institutrices, l'ensemble des joueurs vient de familles modestes dont les p&#232;res sont soit ouvrier &#224; l'usine sucri&#232;re du Gol, agent de mairie, coiffeur, manutentionnaire, pompiste, vendeur ou sans emploi et, pour les m&#232;res, employ&#233;es de maison ou femmes au foyer. Parmi ces joueurs, tous sont croyants de confession catholique ou tamoul, et bien que, au quotidien, la majorit&#233; ait pris ses distances avec une pratique religieuse r&#233;guli&#232;re, certains y sont toujours tr&#232;s impliqu&#233;s, ajournant, par exemple, leur participation au rendez-vous matinal du dimanche en raison d'un bapt&#234;me catholique ou d'un car&#234;me tamoul. Ce groupe de jeunes est aussi fortement m&#233;tiss&#233;, ce qui refl&#232;te une faible endogamie, l'endogamie &#233;tant, selon Cambefort (2001) et Wolff (1989), un trait des communaut&#233;s minoritaires mais socialement dominantes de La R&#233;union, comme les &#171; Blancs install&#233;s depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations &#187;, les &#171; Chinois &#187;, les &#171; Musulmans &#187; et les &#171; Indiens &#187;. Enfin, sur les 39 joueurs, 25 habitent, &#224; Saint-Louis, les trois quartiers attenants de Roches Maigres, Pont Neuf et Plateau Goyaves qui ont &#233;t&#233; b&#226;tis durant la premi&#232;re vague de r&#233;novation urbaine de l'&#238;le entre 1978 et 1986 (Wolff, 1989) et qui ont accueilli dans leurs logements sociaux une premi&#232;re g&#233;n&#233;ration &#171; d'urbains &#187;, ceux-ci d&#233;laissant un habitat rural ou d&#233;pendant de l'exploitation sucri&#232;re, et faisant ainsi, pour la premi&#232;re fois, la double exp&#233;rience d'une condition de vie prol&#233;tarienne et d'activit&#233;s citadines (Benoist, 1983 : 49).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre 2003 et 2004, trente-quatre de ces jeunes avaient 27 ans ou moins, cinq d'entre eux &#233;taient lyc&#233;ens, quatre &#233;taient &#233;tudiants, vingt-cinq &#233;taient dans la vie active. Parmi ceux-ci, onze &#233;taient au ch&#244;mage, celui-ci touchant, en 2003, 33% de la population r&#233;unionnaise en &#226;ge de travailler et 53% des 15 &#224; 24 ans (Hecquet et Parain, 2006). Bien qu'il y ait dans le groupe deux professeurs des &#233;coles, un ing&#233;nieur en urbanisme et un agent de banque, la majorit&#233; des professions embrass&#233;es relevait de fili&#232;res courtes et sp&#233;cialis&#233;es comme coiffeur, p&#233;pini&#233;riste dans un magasin de jardinage, agent de s&#233;curit&#233;, chef de rayon, grutier, illustrant qu'&#224; La R&#233;union, seulement 56 % des jeunes poursuivent leurs &#233;tudes (Insee, N&#176;134 - Janvier 2010) ; ou, suite &#224; l'obtention d'un concours de la fonction publique, aide-soignant, policier, &#233;ducateur sp&#233;cialis&#233;. Le groupe comptait aussi six joueurs non dipl&#244;m&#233;s, ayant cess&#233; leur scolarit&#233; au cours du secondaire, parmi lesquels trois &#233;taient salari&#233;s et occupaient un poste de livreur de lit, de vendeur dans un magasin d'ameublement, de gardien municipal. Sur ces vingt-cinq joueurs plong&#233;s dans la vie active, seize habitaient encore chez leurs parents et cela m&#234;me si, pour six d'entre eux, ils avaient un emploi, une copine et une voiture. &#192; La R&#233;union, un jeune sur deux r&#233;side encore au foyer parental quand il a 25 ans (Insee, 2006), tendance d'autant plus forte que l'on s'approche des milieux d&#233;favoris&#233;s : en 2003-2004 la plupart des joueurs, bien que lanc&#233;s dans la vie active, continuait &#224; habiter leur quartier d'origine et, quand ils l'avaient quitt&#233;, logeaient g&#233;n&#233;ralement dans une autre aire de Saint-Louis ; seuls deux joueurs, issus de l'un des trois quartiers cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment, &#233;taient partis vivre &#224; Saint-Pierre, sous-pr&#233;fecture du sud de l'&#238;le, &#224; peine distante de 15 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous remercions Giovanni Prianon, Professeur des Ecoles habilit&#233; en Langue et Culture R&#233;gionales (Cr&#233;ole r&#233;unionnais), pour la transcription des &#233;nonc&#233;s cr&#233;oles des footballeurs du dimanche matin en une graphie cr&#233;ole proche de la graphie 77. Toutefois, pour ne pas p&#233;naliser le lecteur non cr&#233;olophone, l'ensemble des &#233;nonc&#233;s en cr&#233;ole est traduit en fran&#231;ais dans les notes de bas de page.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris : &lt;i&gt;moi, je ne sais pas quoi faire en France, d&#232;s que tu sors de l'avion, le froid te saisit &lt;/i&gt; [&#8230;]Chris : &lt;i&gt;j'ai &#233;t&#233; dans un magasin, les vigiles m'ont suivi et tout, ils m'ont dit : &#171; toi, ouvre ton bagage ! &#187;. Ils m'ont fouill&#233;, ils croyaient que j'avais vol&#233; couillon &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Romuald : &lt;i&gt;assigne-les en justice, ils n'ont pas le droit de faire &#231;a&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;licien : &lt;i&gt;toi tu vas mettre en route deux trois proc&#232;s l&#224;-bas&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Raoul : &lt;i&gt;d&#233;j&#224; quand tu rentres dans l'avion, on t'emb&#234;te&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait un petit terrain du quartier, un terrain &#171; la poussi&#232;re &#187;&#8230; Pas un terrain d&#233;limit&#233;, ce n'&#233;tait pas comme aujourd'hui o&#249; il y a des terrains synth&#233;tiques partout. C'&#233;tait juste des terrains &#171; la poussi&#232;re &#187;, pour le goal, tu prenais deux gros cailloux, tu les mettais l&#224;, deux gros cailloux&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; &#192; cette &#233;poque beaucoup de joueurs regardent assid&#251;ment T&#233;l&#233;foot &#187;&lt;/i&gt;. (Entretien Chris).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Je me suis mis au basket, un sport que je d&#233;teste ! Ah ! Pour moi, le basket, c'est un sport de femme ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre le milieu des ann&#233;es 1990 et 2010 trois autres mini terrains de football en gazon synth&#233;tique ont fleuri dans les quartiers de Saint-Louis. Nous ne citons que ceux de Plateau Goyaves et de Plateau Maison Rouge car ce sont ceux r&#233;guli&#232;rement fr&#233;quent&#233;s par le groupe de joueurs suivi lors de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Un jour, il m'appelle, il me dit &#171; allons faire un foot &#224; Plateau Goyaves ! &#187; Moi, je ne connaissais pas ce terrain synth&#233;tique. Je suis parti jouer, je l'ai essay&#233;, je me suis dit : &#171; il est cool ce terrain ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bouba : &lt;i&gt;hier il y avait six contre six&#8230; vous avez jou&#233; sur le terrain en black&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;non, sur un terrain machin&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Bouba : &lt;i&gt;je ne joue plus sur le black, &#231;a ab&#238;me trop mon genou, il faut que je coure 20, 30 minutes avant&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Michel : &lt;i&gt;il faut arr&#234;ter de jouer sur le b&#233;ton, les gars&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;tu sais pour les genoux, il n'y a rien qui les ab&#238;me plus [&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Bouba : &lt;i&gt;le synth&#233;tique, &#231;a amortit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Arriv&#233; sur un terrain comme &#231;a, je te dis, d&#233;j&#224; le d&#233;cor &#231;a te change ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ils en p&#226;tissent aussi quelquefois quand ces terrains sont investis par d'autres &#233;quipes et qu'ils sont oblig&#233;s de migrer vers des terrains moins confortables ou d'annuler le rendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel : &lt;i&gt;b&#233;&#233;&#233;, b&#233;&#233;&#233;&#8230; moi, je trouve que c'est cool, il reste encore une petite part de nature&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;&#231;a, quand &#231;a traverse la route&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Michel : &lt;i&gt;quand &#231;a traverse la route, personne ne les d&#233;range, &#231;a peut &#234;tre terrible aussi, non mais : excuse-moi, Monsieur le Cabri&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;fais attention, qu'il ne te donne pas un coup de corne !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel : &lt;i&gt;qu'est-ce qu'elle vient chercher ici ?... Oh ! Eh ! Miss dimanche matin !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Martin : &lt;i&gt;elle s'en va en bo&#238;te ou elle revient de bo&#238;te ?[&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Raymond : &lt;i&gt;elle sait qu'il y a des mecs ici !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Marcel : &lt;i&gt;au plaisir, mademoiselle !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Raymond : &lt;i&gt;la fille, elle nous a vus&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Marcel : &lt;i&gt;elle va &#224; Score &lt;/i&gt; (au supermarch&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;F&#233;licien, comment &#231;a va ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;Comment &#231;a va William ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;vous jouiez l&#224; ? Vous jouiez au football ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;oui &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;l&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;oui, nous sommes fous &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;oui l&#224; par contre vous &#234;tes tr&#232;s fous&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;bien on a envie &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Le vieux Monsieur : &lt;i&gt;Rocheteau aussi ? &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : oui !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un expos&#233; des diff&#233;rentes modalit&#233;s d'engagement dans ces parties dominicales, lire S. Cubizolles (2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons encore que si depuis d'autres sph&#232;res comme le foyer, le travail, cet attachement au match du dimanche matin peut &#234;tre regard&#233; comme un temps priv&#233; synonyme d'individualisation, pour les joueurs, &#224; l'inverse, cet attachement est consid&#233;r&#233; comme une marque d'adh&#233;sion &#224; des valeurs collectives dont beaucoup sont li&#233;es &#224; une d&#233;finition de &#171; l'entre soi &#187; tel qu'il se con&#231;oit dans l'univers cr&#233;ole. C'est donc &#224; travers la distance au rendez-vous, entre autres &#233;l&#233;ments de jugement, que les joueurs du dimanche matin appr&#233;cient le degr&#233; d'individualisation que chacun donne &#224; la figure de jeune adulte qu'il incarne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette expression peut &#234;tre prise comme un synonyme de l'expression populaire courante &#171; gars du coin &#187;, gars du quartier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; H&#233; les gars ! Je vous aime tous mais l&#224; j'ai un repas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TN : &lt;i&gt;on ne joue pas aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;D : &lt;i&gt;si, ils viennent, ils viennent, ils arrivent&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;TiF : &lt;i&gt;&#224; quelle heure on va jouer, midi&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;D : &lt;i&gt;h&#233;, h&#233;, les gars arrivent, ils sont encore partis boire un coup&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;non, ils ne boivent pas, ils prennent leur petit d&#233;jeuner&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;ce sont des stars, mon pote !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;T-N : &lt;i&gt;ils sont partis petit d&#233;jeuner, bien on n'a pas commenc&#233; &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;le temps qu'ils arrivent encore, on va jouer ce sera 11 heures, midi m&#234;me, quels hurluberlus, en plus il n'y a pas de soleil, on va pas transpirer aujourd'hui avec des gars comme eux&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;T-N : &lt;i&gt;et qui t'a dit qu'ils &#233;taient en train de petit d&#233;jeuner ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;R : &lt;i&gt;c'est F&#233;licien, c'est F&#233;licien qui a commenc&#233; avec &#231;a&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris : &lt;i&gt;vous restez l&#224; jusqu'&#224; quelle heure ? Je vais chercher le poulet, je l'apporte chez moi, je reviens, je suis l&#224; dans cinq minutes.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;l'autre jour, Marcel a command&#233; un poulet, il l'a eu dans l'apr&#232;s-midi !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Raoul : &lt;i&gt;non, mais le poulet est r&#233;serv&#233;&#8230; Chris tu l'as d&#233;j&#224; pay&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;dans cinq minutes, je suis encore l&#224; moi&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Raoul : &lt;i&gt;dans six minutes, il n'est plus l&#224;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raoul : &lt;i&gt;vous buvez un rhum ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;un rhum monsieur ?&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Le gramoune : &lt;i&gt;le rhum&#8230; je bois de l'eau&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Brice : &lt;i&gt;Chris tu es encore c&#233;libataire ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le gramoune : &lt;i&gt;ah je ne bois plus&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;c'est pour &#231;a que je vous ai pos&#233; la question ! &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Chris : &lt;i&gt;j'ai vu ce Monsieur en cure de d&#233;sintoxication&#8230;un &#233;ducateur &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;[F&#233;licien] lui fait boire du rhum&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;je ne suis pas au courant les gars, j'ai pris les informations en temps r&#233;el, j'ai plus internet&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Chris : &lt;i&gt;un jour on va entendre le t&#233;moignage d'un monsieur, il va cacher son visage, je suis parti sur le terrain de football pour voir des gars jouer, mais il y a un &#233;ducateur qui m'a servi du rhum, je porte plainte contre X, je connais pas son nom.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris : &lt;i&gt;tu vois, hier j'&#233;tais &#224; Saint-Pierre et j'&#233;coutais les gars de Saint-Pierre causer, &#224; c&#244;t&#233; du Caf&#233; de la gare il y a une petite table o&#249; ils jouent aux dominos. &#199;a c'est des supporters de la Saint-Pierroise, toute la journ&#233;e ils parlent de la Saint-Pierroise, ils connaissent tout du club, le nombre des entra&#238;neurs&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris : &lt;i&gt;moi je dis que, actuellement, Von Buiten, c'est le meilleur d&#233;fenseur au monde&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Michel : &lt;i&gt;ah ! Jamais ! Le meilleur, c'est Patrick Certa&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;moi, je croyais que tu allais dire un gars comme Nesta&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine : &lt;i&gt;tu sais il y a des grands joueurs qui n'ont jamais gagn&#233; la Coupe du Monde&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Billich : &lt;i&gt;Petit il n'a jamais gagn&#233; la Coupe d'Europe&#8230; &lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;Toti non plus, et pourtant Toti c'est un grand joueur, comme Vieri&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;[&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Raymond : &lt;i&gt;Vieri, il va partir&lt;/i&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;Vieri, je vais dire une b&#234;tise attends, Vieri qui joue en inter quartier dans les Hauts de Saint-Louis !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anatole : &lt;i&gt;yo, Miky !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
_Cand&#233;la : &lt;i&gt;h&#233; Bayonne !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Rocheteau : &lt;i&gt;moi je pr&#233;f&#232;re &#234;tre &#233;limin&#233; par Bayonne que par Paris&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Cand&#233;la : &lt;i&gt;ah ! Non ! Jamais, jamais&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutefois, quelques exemples montrent que s'ils le souhaitent les joueurs peuvent importer le rapport diglossique dans le domaine du football. Par exemple, Michel, pour se valoriser, rappelle que lors de son voyage en m&#233;tropole pour assister au match de l'Olympique de Marseille contre le Real Madrid, il a vu Zidane, Raul, Ronaldo et Beckham s'&#233;chauffer &#224; ses pieds. Remarque sur laquelle Ursule ironise en r&#233;pondant que lui aussi, la semaine pass&#233;e durant le match Saint-Louis contre Saint-Pierre, il &#233;tait tout proche d'Herman Trul&#232;s (capitaine de la Saint-Louisienne) pendant l'&#233;chauffement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Brice : ah ! Antoine commence &#224; changer d'habitude, il commence &#224; arriver saoul ici !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin : &lt;i&gt;Raoul, une bi&#232;re ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Raoul : &lt;i&gt;je ne bois plus d'alcool !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;F&#233;licien : &lt;i&gt;depuis ce matin 4 heures tu ne bois plus d'alcool !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le groupe se moque d'Ursule : &lt;i&gt;Tu peux pas lire ! Depuis que tu es arriv&#233; tu n'arrives pas &#224; lire&lt;br class='manualbr' /&gt;En fait il regarde les images !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Romuald : &lt;i&gt;je ne pourrais pas venir dimanche &lt;/i&gt; (de P&#226;ques)Raymond : &lt;i&gt;Romuald, il va chercher les &#339;ufs dans la for&#234;t ! &lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Brice : &lt;i&gt;&#8230;le mariage d'Anatole&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;le mariage d'Anatole ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Brice : &lt;i&gt;il se fera au mois de mars&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Antoine : &lt;i&gt;le mois de mars ! Cy est, mets au feu, mets au feu, &#231;a c'est une fille qui vient du quartier de l'Etang&#8230; Rocheteau va lui aussi se marier bient&#244;t ! &lt;/i&gt; _ [&#8230;]&lt;br class='manualbr' /&gt;Rocheteau : &lt;i&gt;&#231;a par contre &#231;a m'emb&#234;te !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris : &lt;i&gt;il n'a pas voulu venir me chercher (en moto), depuis qu'il est devenu policier, il me dit non, que je n'ai pas de casque. Depuis la maison &#224; ici ! Attends, le prochain service qu'il va me demander, je vais lui dire non, je ne peux pas !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris : &lt;i&gt;d&#233;foulons-nous, le football c'est fait pour se faire plaisir&#8230; De toute fa&#231;on, on s'en bat les couilles, demain P&#226;ques, s'il y a un peu de soleil, mettez votre t-shirt sur la t&#234;te, soit nous sommes des guerriers, soit nous sommes des plaisantins !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel : &lt;i&gt;Rocheteau, je viens de le croiser, il a dit qu'il descend, il prend sa douche avant&#8230;&lt;/i&gt;Maxime : &lt;i&gt;ahhhhhh !&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Michel :&lt;i&gt; il se douche avant de jouer au foot, mon &#339;il, il se douche avant de jouer au foot, quand il a fini il met son costume et il va &#224; la Soucoupe volante&lt;/i&gt; (discoth&#232;que) !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rocheteau : &lt;i&gt;tu trouves un seul gars &#224; Saint-Louis qui a des chaussures comme toi ? Cherche un gars qui a une paire de chaussures avec une du 43 et l'autre du 44 !&lt;/i&gt; Raoul r&#233;p&#232;te de mani&#232;re hilare le &#171; quarantetroite &#187; prononc&#233; par Rocheteau&lt;br class='autobr' /&gt;
Rocheteau : &lt;i&gt;Raoul, tu sais lire toi ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Raoul et Anatole huent Rocheteau : &lt;i&gt;ouuuuuuuu !ouuuuuuu !ouuuuuuu !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le montre l'exemple ci-dessus de Rocheteau qui devient la ris&#233;e du groupe en raison de son &#233;chec &#224; manipuler la double r&#233;f&#233;rentialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Discipline(s) du d&#233;sordre. La pratique du graffiti au prisme de l'engagement</title>
		<link>https://influxus.eu/article1053.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://influxus.eu/article1053.html</guid>
		<dc:date>2016-09-02T11:19:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Virginie Grandhomme</dc:creator>


		<dc:subject>Graffiti</dc:subject>
		<dc:subject>Lettrage</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;sordre</dc:subject>
		<dc:subject>Discipline</dc:subject>
		<dc:subject>Graffiti</dc:subject>
		<dc:subject>Writing</dc:subject>
		<dc:subject>Disorder</dc:subject>
		<dc:subject>Discipline</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les pratiques du graffiti et du street-art ont toujours fait couler beaucoup d'encre. Aux discours m&#233;diatiques mal inform&#233;s et, dans l'ensemble, mal intentionn&#233;s des premiers temps, a ainsi succ&#233;d&#233; celui plus int&#233;ress&#233; des publicitaires et des marketeurs enclins &#224; d&#233;finir l'espace des go&#251;ts de la jeunesse en tant que cible commerciale. Tandis que les pouvoirs publics &#233;chafaudaient leur propre conception du ph&#233;nom&#232;ne, des pionniers amassaient patiemment des t&#233;moignages sensibles de ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5963.html" rel="tag"&gt;Graffiti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5965.html" rel="tag"&gt;Lettrage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5967.html" rel="tag"&gt;D&#233;sordre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5969.html" rel="tag"&gt;Discipline&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5971.html" rel="tag"&gt;Graffiti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5973.html" rel="tag"&gt;Writing&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5975.html" rel="tag"&gt;Disorder&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5977.html" rel="tag"&gt;Discipline&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les pratiques du graffiti et du street-art ont toujours fait couler beaucoup d'encre. Aux discours m&#233;diatiques mal inform&#233;s et, dans l'ensemble, mal intentionn&#233;s des premiers temps, a ainsi succ&#233;d&#233; celui plus int&#233;ress&#233; des publicitaires et des marketeurs enclins &#224; d&#233;finir l'espace des go&#251;ts de la jeunesse en tant que cible commerciale. Tandis que les pouvoirs publics &#233;chafaudaient leur propre conception du ph&#233;nom&#232;ne, des pionniers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour se faire une id&#233;e de la teneur de ces premiers t&#233;moignages, on se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; amassaient patiemment des t&#233;moignages sensibles de ces pratiques. Ces premiers &#233;l&#233;ments ont ensuite permis &#224; des journalistes d'investigation et des chercheurs de s'emparer de fa&#231;on moins dogmatique de ces objets d'&#233;tude sur la base d'une curiosit&#233; renouvel&#233;e. R&#233;cemment enfin, certains graffeurs et street-artistes sont pass&#233;s du statut d'agents sociaux majoritairement &#171; parl&#233;s &#187; par d'autres &#224; celui d'acteurs producteurs de leurs propres contenus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette opportunit&#233; doit beaucoup &#224; la d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avons ainsi gliss&#233; en quarante ans d'un discours d'une ext&#233;riorit&#233; aussi radicale que caricaturale, &#224; l'&#233;vocation sensible d'une r&#233;alit&#233; v&#233;cue aussi foisonnante que difficile &#224; partager du fait m&#234;me de sa diversit&#233;. Si ce processus du &#171; parl&#233; &#187; vers le &#171; parlant &#187; est indubitablement une marche vers la r&#233;alit&#233; de cette pratique et, plus encore vers le sens que lui accordent ses adeptes, qu'est-ce qu'un chercheur peut dire aujourd'hui du graffiti sans c&#233;der aux id&#233;es toutes faites qui circulent encore &#224; son sujet et, surtout, sans paraphraser les graffeurs eux-m&#234;mes ? Sans doute est-il encore plus important aujourd'hui qu'hier de pr&#233;ciser non seulement de quel point de vue on parle des graffitis et de leurs auteurs, mais encore dans quelle perspective on r&#233;fl&#233;chit &#224; partir d'eux. Le parti pris de cet article est sociologique. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il sera attentif &#224; la compr&#233;hension des m&#233;canismes et des ressorts de l'engagement des peintres. L'activisme des graffeurs sera ainsi envisag&#233; comme un cas typique d'engagement ; c'est-&#224;-dire en tant que processus de socialisation et parfois de politisation qui repose sur l'int&#233;riorisation d'un ensemble construit de mani&#232;res de dire, de faire et de penser. Dans cette perspective il s'agira moins de s'int&#233;resser aux motivations individuelles des peintres qu'&#224; la nature de l'&#233;nergie qu'ils investissent dans cette course ainsi qu'&#224; celle renouvel&#233;e qu'ils emmagasinent en retour. Qu'est-ce qui fait courir les graffeurs ? Que leur co&#251;te mais surtout que leur procure la r&#233;alisation des graffitis ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, on interrogera la pratique graphique &#224; partir de la notion de discipline ; c'est-&#224;-dire &#224; la fois, celle inh&#233;rente &#224; la r&#233;alisation des graffitis (technique), celle &#224; laquelle les graffeurs se plient pour y parvenir (m&#233;thode) et enfin, celle &#224; laquelle ils se r&#233;f&#232;rent et se soumettent via leur appartenance &#224; la communaut&#233; graphique (culture). Cette r&#233;flexion nous am&#232;nera &#224; discuter du graffiti en tant que pratique sp&#233;cifique mais pas isol&#233;e de r&#233;appropriation de l'espace public. Ce faisant, nous &#233;voquerons ce qui fonde l'aspect subversif et, in fine, politique de cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La technique et l'esth&#233;tique graphiques pour disciplines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'ils apparaissent de mani&#232;re inopin&#233;e et qu'ils surprennent par leur forme et leur illisibilit&#233;, il est extr&#234;mement difficile d'imaginer la dext&#233;rit&#233; qu'exige la r&#233;alisation de tags et de graffs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans cet article nous retenons les d&#233;finitions suivantes : la pratique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour qui n'a jamais vu des graffeurs &#034;au travail&#034;. Le tonus/la vivacit&#233; qui se d&#233;gage de certaines marques ne tient qu'en partie au contexte ill&#233;gal et donc pr&#233;cipit&#233; dans lequel elles sont r&#233;alis&#233;es. De la m&#234;me mani&#232;re, la consistance et l'effet de masse qu'inspire la vue de pi&#232;ces de plus grande envergure ne tient pas qu'&#224; la surface r&#233;elle qu'elles occupent sur les murs. Ces effets sont le r&#233;sultat de l'acquisition progressive de savoir-faire constitutifs d'une discipline &#224; part enti&#232;re. Les graffeurs acqui&#232;rent ainsi la ma&#238;trise du trait, du travail de composition, du dessin et de ces conventions telles que la perspective, la lumi&#232;re et la couleur ; mais aussi celle des outils&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les graffeurs utilisent une multitude d'outils pour peindre et dessiner. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des supports qu'ils investissent. Avec le temps, ils deviennent de v&#233;ritables techniciens, des gens de &#034;m&#233;tier&#034;, qui ont incorpor&#233; des savoir-faire qu'ils peuvent ensuite exploiter et d&#233;cliner dans des contextes tr&#232;s divers, parfois m&#234;me improbables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme pour toute discipline, l'acquisition de ce niveau de ma&#238;trise exige la r&#233;p&#233;tition mais aussi la variation des exercices et des exp&#233;riences. Le travail infini des esquisses, mais plus encore la diversit&#233; des motifs de la peinture et des contextes d'ex&#233;cution des graffitis contribuent chacun &#224; leur mani&#232;re &#224; fa&#231;onner un tour de main sp&#233;cifique aux graffeurs. La peinture l&#233;gale ou tol&#233;r&#233;e, dites en &#034;terrain&#034;, leur permet de prendre le temps de d&#233;velopper leurs techniques et d'affiner le travail d'ex&#233;cution. Dans ce cadre, ils disposent du recul n&#233;cessaire -au sens propre comme figur&#233;- pour aiguiser leur trait, recouper les lignes, densifier les couleurs et travailler les effets de mati&#232;re. C'est notamment dans ces espaces que s'actualisent les nouveaux graphismes qui ont &#233;merg&#233; du travail des esquisses. Par exemple, le graffeur nantais PERSU&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les analyses et r&#233;f&#233;rences empiriques &#233;voqu&#233;es dans cet article sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a d&#233;velopp&#233; une technique de dessin de son &#171; blaze &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme &#034;blaze&#034; signifie &#034;pseudonyme&#034;. Il repr&#233;sente le nom du graffeur et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui permet de lire son graff simultan&#233;ment &#224; l'endroit de gauche &#224; droite et &#224; l'envers de droite &#224; gauche. Dans ce type de &#171; pi&#232;ce &#187;, le r&#233;glage des &#233;quilibres dans le dessin de chaque lettre ob&#233;it &#224; une m&#233;trique tr&#232;s pr&#233;cise qui a exig&#233; des heures de travail et de nombreux essais grandeur nature avant d'aboutir pleinement. C'est aussi dans les terrains que parviennent &#224; se combiner les potentiels techniques et cr&#233;atifs de chacun sous la forme des fresques. La dimension collective de ce travail oblige les graffeurs &#224; &#233;laborer une composition &#224; plusieurs mains dont les &#233;quilibres se r&#233;alisent dans le th&#232;me trait&#233;, la fa&#231;on de positionner et de mettre en valeur chaque graff les uns par rapport aux autres et dans l'observation de contraintes de production communes qui cr&#233;ent un effet d'homog&#233;n&#233;it&#233; (couleur, technique, support). En tant qu'espace de travail relativement prot&#233;g&#233;, la peinture tol&#233;r&#233;e ou l&#233;gale est enfin un lieu d'&#233;change et d'apprentissage entre pairs o&#249; se discute les derni&#232;res innovations concernant le mat&#233;riel, l'&#233;volution des courants esth&#233;tiques et le d&#233;veloppement de projets collectifs ou individuels &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cet aspect de la comp&#233;tence graphique se laisse assez facilement comprendre, la fa&#231;on dont la peinture ill&#233;gale participe tr&#232;s directement de cet apprentissage est souvent m&#233;connue. Alors que le commun des mortels appr&#233;cie les graffs pour leur complexit&#233; d'ex&#233;cution, afin d'&#233;valuer le niveau technique d'un peintre les graffeurs accordent beaucoup d'importance au motif du tag et plus globalement &#224; la peinture ill&#233;gale. Ce motif et le contexte dans lequel il est ex&#233;cut&#233; contribuent non seulement &#224; l'esprit de la pratique mais lui conf&#232;re aussi une esth&#233;tique tr&#232;s caract&#233;ristique. Le tag est une forme d'&#233;criture au trait qui exige une dext&#233;rit&#233; toute particuli&#232;re. Imprimer une dynamique et une continuit&#233; au dessin tout en conservant une certaine lisibilit&#233; et une esth&#233;tique d'ensemble requiert des savoir-faire sp&#233;cifiques. Cette exigence rapproche l'ex&#233;cution des tags du travail de la calligraphie et de la typographie dans la recherche de la pr&#233;cision et de l'&#233;quilibre dans la composition. Mais contrairement &#224; ces exemples, les graffeurs r&#233;alisent leurs tags avec des outils, sur des supports et dans des contextes qui ne sont pas propices &#224; la recherche d'une telle rigueur. Ces marques, parfois tr&#232;s complexes, sont produites d'un seul tenant, dans un m&#234;me geste appris par c&#339;ur dont seule l'amplitude varie en fonction de la surface &#224; occuper. Outre le fait qu'ils n'ont pas le temps de s'appesantir sur leur production, les graffeurs tracent les tags, flops&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'un point de vue graphique les tags sont des signatures tr&#232;s stylis&#233;es. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et autres chromes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un &#171; chrome &#187; est un graff ou un flop r&#233;alis&#233; ill&#233;galement &#224; l'aide de deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le plus souvent la nuit, avec peu de visibilit&#233; et de possibilit&#233; de recul. Sur le papier comme sur les murs, c'est la r&#233;p&#233;tition incessante du dessin de leur tag qui leur permet de d&#233;velopper une signature pr&#233;cise, stable, reconnaissable parmi d'autres et surtout r&#233;alisable dans pratiquement toutes les conditions. Les contraintes inh&#233;rentes &#224; la peinture ill&#233;gale les obligent &#224; acqu&#233;rir du &#171; &lt;i&gt;swing&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de l'entretien r&#233;alis&#233; aupr&#232;s du graffeur nantais PERSU dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; c'est-&#224;-dire de la pr&#233;cision, de la vitesse, mais aussi de la souplesse dans l'ex&#233;cution. Au-del&#224; de l'aspect purement technique, le motif (tag), le proc&#233;d&#233; (&#233;criture au trait) et le contexte (peinture ill&#233;gale) se combinent pour produire une esth&#233;tique propre au graffiti qui se caract&#233;rise notamment par le dynamisme du dessin des lettres. L'intensit&#233; de ces exercices poursuit un but d'impr&#233;gnation, d'incorporation de la technique et de l'intention qui l'accompagne jusqu'au r&#233;flexe. Un bon indice du degr&#233; de p&#233;n&#233;tration de ces automatismes est qu'apr&#232;s quelques ann&#233;es de pratique la majorit&#233; des graffeurs s'av&#232;rent incapables de revenir &#224; une &#233;criture cursive ou script classique. Leur &#233;criture, m&#234;me standard, pr&#233;sente de nombreuses traces de la technique et de l'esth&#233;tique graffiti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la ma&#238;trise des codes esth&#233;tiques, les graffeurs d&#233;veloppent aussi une large palette de comp&#233;tences autour des outils et des supports qu'ils investissent. M&#234;me si c'est moins le cas pour les marqueurs, les bombes de peinture ne sont pas profil&#233;es pour le dessin. Contrairement au pinceau, cet objet relativement volumineux encombre toute la main. Si elle permet de passer par dessus les reliefs, l'utilisation d'un spray oblige du m&#234;me coup &#224; peindre sans jamais appuyer l'outil ou une partie du corps sur le support. Par ailleurs, la peinture en bombe n'est pas pos&#233;e au sens o&#249; elle passerait du pinceau &#224; la toile par frottement. Elle est diffus&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'elle &#233;volue d'abord sous la forme d'un nuage de spray dont les graffeurs ont appris &#224; ma&#238;triser non seulement la lib&#233;ration mais aussi la propagation. Ici, les effets de mati&#232;re, d'intensit&#233; dans la couleur, d'opacit&#233; ou de transparence sont cr&#233;&#233;s en jouant non seulement sur la pression et le guidage de l'outil, mais encore sur l'appr&#233;ciation du temps de pose des pigments et de la distance laiss&#233;e entre le nuage de spray et le support &#224; peindre selon l'effet recherch&#233;. L'observation attentive de la gestuelle des graffeurs invite &#224; d&#233;couvrir une technicit&#233; sp&#233;cifique, kinesth&#233;sique, qui leur permet de dessiner et de peindre d'abord &#171; dans le vide &#187; avant que les pigments ne se fixent sur le support. Cette technicit&#233; est plus visible encore lorsque les peintres ex&#233;cutent des graffs de grandes dimensions ou quand, plong&#233;s dans le noir, ils peignent quasiment &#224; l'aveugle. Lors de l'ex&#233;cution de ce type de pi&#232;ce, le m&#233;tier des graffeurs ne se donne plus seulement &#224; voir dans les gestes de la main mais aussi dans les d&#233;placements et les translations qu'ils engagent avec tout leur corps pour donner forme au lettrage. D'un point de vue ext&#233;rieur, cette technique de corps &#233;voque une danse et pour cause, dans ce cadre, &#224; d&#233;faut de voir, c'est gr&#226;ce &#224; une m&#233;moire corporelle des formes et des volumes qu'ils parviennent &#224; peindre. Cette comp&#233;tence se donne aujourd'hui plus facilement &#224; saisir en observant la pratique du &lt;i&gt;light painting&lt;/i&gt;. Cette technique repose sur l'utilisation d'un appareil photo ou d'une cam&#233;ra devant lesquels sont d&#233;plac&#233;es diff&#233;rentes lampes afin d'en capturer les traces lumineuses. Positionn&#233;s dans le noir face &#224; l'appareil les &lt;i&gt;light painters&lt;/i&gt; ont en moyenne une minute pour s'emparer alternativement des diff&#233;rents n&#233;ons (taille, couleur) et les d&#233;placer dans le vide de fa&#231;on &#224; imprimer sur la pellicule la trace lumineuse de leurs gestes. Sans support &#224; marquer et sans traces &#224; partir desquelles se rep&#233;rer, ils tracent leurs traits en se d&#233;pla&#231;ant dans l'espace peint en se servant de leur corps comme outil de m&#233;moire et &#233;chelle de mesure pour cr&#233;er des motifs et des effets de superposition. Les graffeurs ont une technicit&#233; propre, un tour de main qui produit une esth&#233;tique singuli&#232;re, qui tient non seulement &#224; l'utilisation de la peinture en bombe, mais encore au fait que cet qu'outil devient le prolongement de leur corps tout entier mobilis&#233; dans l'acte de peindre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Loin de se limiter au travail de composition du dessin et de fa&#231;onnage du trait, le savoir-faire des graffeurs repose aussi sur l'utilisation contr&#244;l&#233;e des outils et la connaissance des mat&#233;riaux sur lesquels ils peignent. Avec l'exp&#233;rience, l'&#233;tendue des comp&#233;tences acquises finit par les doter de grandes capacit&#233;s d'adaptation aux conditions (contexte, support) qui s'imposent &#224; eux au moment de la r&#233;alisation des graffitis. La ma&#238;trise de la pratique graphique passe donc non seulement par l'int&#233;riorisation des codes valables dans la peinture (&#339;il) mais par aussi l'incorporation des diff&#233;rentes techniques de r&#233;alisation (geste) mais encore par la connaissance fine des mat&#233;riaux (toucher). Ce sont ces savoir-faire et le processus qui permet aux graffeurs de les acqu&#233;rir qui d&#233;finissent ensemble les contours de l'esth&#233;tique propre au graffiti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autodidaxie et l'autonomie pour principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune discipline ne s'acqui&#232;re sans m&#233;thode. Ce type de rep&#232;res est n&#233;cessaire pour baliser l'acquisition des comp&#233;tences, mais aussi pour guider et fa&#231;onner l'intention d'apprentissage qui lui sert de support. Dans le graffiti, c'est la volont&#233; d'acqu&#233;rir l'autonomie qui fait consentir les grafffeurs &#224; l'effort quotidien du travail des esquisses et de l'ex&#233;cution des graffitis. Tout leur parcours de socialisation &#224; la pratique graphique est tendu par cet objectif qu'ils envisagent &#224; la fois comme une fin et un moyen pour y parvenir.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les graffeurs sont avant tout des autodidactes, et m&#234;me si l'arriv&#233;e d'Internet a quelque peu chang&#233; la donne, ce premier isolement est fondateur et structurant pour leur carri&#232;re. Souvent, ce sont les graffitis qu'ils voient sur les murs qui les interpellent en premier lieu. Dans la majorit&#233; des cas, cette curiosit&#233; se mat&#233;rialise progressivement dans les marges des documents qui font alors leur quotidien d'apprentis, d'&#233;l&#232;ves ou d'&#233;tudiants. Cette lente d&#233;couverte vient ensuite coloniser leur temps lib&#233;r&#233; sous la forme de carnets de croquis o&#249; s'esquissent les premiers volumes, des pages enti&#232;res de tags, ainsi que les nombreux alphabets. La pratique du graffiti reposant majoritairement sur le travail de la lettre, les graffeurs dessinent des pages enti&#232;res d'alphabet dont l'ambition est de proposer des typographies originales et coh&#233;rentes d&#233;clinables pour chacune des vingt six lettres. Cet exercice en apparence anodin r&#233;clame inventivit&#233; et adaptation car si les lettres sont d&#233;j&#224; des dessins minimalistes, toutes ne se laissent pas facilement styliser. Les lettres A, E, R, S et T autorisent de nombreuses variations parce que leur dessin, d&#233;j&#224; relativement sophistiqu&#233;, les distingue clairement des autres m&#234;me une fois retravaill&#233;es. En revanche les lettres D, O et Q sont toujours plus difficiles &#224; d&#233;cliner car la rondeur est difficile &#224; d&#233;structurer esth&#233;tiquement. Dans une moindre mesure, il en va de m&#234;me pour les lettres I, J et L que leur simplicit&#233; initiale rend non seulement difficile &#224; faire varier mais aussi &#224; distinguer les unes des autres une fois stylis&#233;es. Ainsi, le dessin des alphabets oblige les graffeurs &#224; un travail d'imagination et de pr&#233;cision qui doit leur permettre de d&#233;passer les contraintes de d&#233;part du dessin des lettres pour d&#233;velopper la coh&#233;rence d'une id&#233;e de graphisme. A travers ces exercices, et plus particuli&#232;rement au d&#233;but de leur carri&#232;re, les graffeurs cherchent non seulement &#224; acqu&#233;rir de la technique, mais encore de &#171; l'imagination graphique &#187; afin de d&#233;velopper un style de trait et de dessin personnel. Si la r&#233;p&#233;tition des motifs de la peinture sur papier comme sur les murs appara&#238;t aussi obsessionnelle chez eux c'est qu'elle est une condition de l'acquisition de la technique mais aussi de l'apparition du sens cr&#233;atif qui va de pair. &lt;br class='manualbr' /&gt;Progressivement, les jeunes peintres sont pouss&#233;s par l'envie de graffer pour la premi&#232;re fois sur mur. Cette sortie est souvent solitaire, m&#234;me si l'&#233;mulation d'un groupe d'ami(e)s ou de jeunes pairs peut aussi l'encourager. Outre que c'est un moment relativement charg&#233; symboliquement ce passage &#224; l'acte d&#233;montre qu'une premi&#232;re &#233;tape a &#233;t&#233; franchie dans leur d&#233;marche. Non seulement ils se sont int&#233;ress&#233;s et exerc&#233;s, mais ils se sont encore procur&#233;s des bombes de peinture et ont cherch&#233; un endroit isol&#233; o&#249; peindre leur premier graffiti. Derri&#232;re ce geste initial, il y a d&#233;j&#224; de l'investissement, mais il y a surtout le d&#233;sir et le risque m&#233;lang&#233;s de s'exposer au danger de se faire arr&#234;ter ; que le graff soit vu par d'autres -en particulier des graffeurs plus aguerris-, et enfin celui de se confronter aux &#233;motions contradictoires du plaisir de peindre et de la d&#233;ception qu'entra&#238;ne fatalement le constat de son propre manque de technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JAME : &lt;i&gt;En fait il y a 80% des personnes qui ne passent pas la premi&#232;re ann&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;VG : &lt;i&gt;Parce que trop d'efforts, trop de risques ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;JAME : &lt;i&gt;Oui, ou parce qu'ils n'arrivent pas &#224; ma&#238;triser la technique ou &#224; entrer en contact avec d'autres personnes ce qui fait qu'au bout d'un moment &#231;a s'essouffle.&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard et alors que leurs tags sont de plus en plus nombreux &#224; occuper les rues qu'ils fr&#233;quentent, le truchement des proximit&#233;s sociales, des compatibilit&#233;s d'humeur et des effets de g&#233;n&#233;ration permet aux jeunes peintres de se rencontrer et, le cas &#233;ch&#233;ant, de continuer &#224; peindre ensemble en formant leurs premiers &lt;i&gt;crews&lt;/i&gt;. Alors qu'ils &#233;taient jusqu'ici isol&#233;s non seulement les uns des autres, mais aussi de la communaut&#233; form&#233;e par les graffeurs exp&#233;riment&#233;s, ces groupes de peintres d&#233;butants en deviennent les satellites. Pendant cette p&#233;riode les jeunes peintres continuent &#224; travailler leur esquisses, &#224; acqu&#233;rir la technique de la peinture en spray et &#224; s'initier aux r&#232;gles de comportement qui pr&#233;valent entre les graffeurs sur les murs et dans les &#233;changes de face &#224; face &#224; l'int&#233;rieur de leur petit groupe. De l'int&#233;rieur de la communaut&#233;, les autres graffeurs remarquent leurs tags, leurs premi&#232;res peintures en terrain, mais surtout leurs premiers chromes tout en ce maintenant &#224; distance. Cette indiff&#233;rence rituelle participe &#224; la fois de la protection des peintres les plus actifs et de la formation des plus jeunes d'entre eux. Ici, l'autodidaxie s'entend aussi comme l'apprentissage de l'autonomie via une exp&#233;rience assez radicale d'isolement. Ce m&#233;canisme d'exclusion temporaire prot&#232;ge la communaut&#233; graphique dans son ensemble en lui &#233;vitant le contact avec la masse des individus qui s'essaient au graffiti mais qui ne vont pas persister dans la pratique. Tout en &#233;tant maintenus &#224; la p&#233;riph&#233;rie du groupe, les jeunes graffeurs peignent de plus en plus souvent ill&#233;galement et s'exposent aux r&#233;alit&#233;s qui accompagnent le graffiti et &#224; l'envahissement de leur quotidien qu'implique l'investissement dans la pratique. Durant cette phase ils &#233;prouvent dans la pratique leurs capacit&#233;s &#224; observer les contraintes et &#224; profiter des plaisirs de leur discipline pour finalement y renoncer ou s'investir plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RADAR : &lt;i&gt;Y'a des gens qui graffent juste pour faire style. Ils s'inventent une vie, &#231;a va durer deux ans, des &#233;toiles filantes. On en a vu, il suffit que ce soit un peu la mode. Y'a des gens qui font du graffiti parce que &#231;a fait cool.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la phase de d&#233;couverte individuelle souvent synonyme de confidentialit&#233;, succ&#232;de donc une sorte de &#171; travers&#233;e du d&#233;sert &#187; collectivement organis&#233;e qui pr&#233;figure l'int&#233;gration d&#233;finitive &#224; la communaut&#233; graphique. Cette modalit&#233; d'initiation &#224; la pratique participe d'un apprentissage tr&#232;s structurant pour les graffeurs. La somme de travail qu'ils d&#233;ploient associ&#233;e au peu, sinon &#224; l'absence, de retours sur investissement qui la caract&#233;rise les dote d'une solide capacit&#233; &#224; faire en d&#233;pit de reconnaissance tout en aiguisant chez eux un app&#233;tit f&#233;roce pour cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Investir sans compter&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le d&#233;but de carri&#232;re des graffeurs repr&#233;sente un investissement cons&#233;quent, c'est la p&#233;riode qui s'ouvre par leur pleine int&#233;gration dans la communaut&#233; graphique qui correspond au pic de leur activit&#233;. Leur mobilisation continue d'aller crescendo sous l'effet de leurs comp&#233;tences, de l'&#233;mulation qu'entra&#238;ne l'entr&#233;e dans la communaut&#233; et de leur app&#233;tence toujours plus grande pour la r&#233;alisation des graffitis et des multiples exp&#233;riences qui l'accompagnent. A ce moment de leur carri&#232;re le niveau d'engagement que les graffeurs conc&#232;dent &#224; leur pratique peut &#234;tre total. Si la plupart d'entre eux a une activit&#233; principale -travail, formation, &#233;tude- une grande part de leur temps lib&#233;r&#233;, de leurs &#233;conomies et de leur attention est consacr&#233;e au graffiti.&lt;br class='manualbr' /&gt;En moyenne on peut &#233;valuer le temps que les graffeurs consacrent &#224; la pratique &#224; plus ou moins vingt-quatre heures par semaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce chiffre est donn&#233; &#224; titre indicatif. Il est repr&#233;sentatif de l'activit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parmi elles, une &#224; deux heures par jour sont d&#233;di&#233;es au travail des esquisses. Pour &#234;tre exhaustif, il faut aussi prendre en compte les moments o&#249; ils dessinent machinalement, souvent leur tag, tout en participant d'une autre t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VG : &lt;i&gt;Combien de temps tu passes sur les esquisses par jour ou par semaine ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;PERSU : &lt;i&gt;Vraiment pos&#233; pour dessiner et produire un truc pr&#233;cis on va dire une heure ou deux par jour pas forcement plus. Apr&#232;s par contre, je dessine tout le temps, m&#234;me quand je suis au t&#233;l&#233;phone par exemple.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;VG : &lt;i&gt;Tu as une partie de cerveau sur le papier et une autre dans la conversation ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;PERSU : &lt;i&gt;Oui, voil&#224;, et c'&#233;tait d&#233;j&#224; comme &#231;a &#224; l'&#233;cole.&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut encore ajouter &#224; cela le temps d'ex&#233;cution des tags et autres graffs. Au plus fort de leur activit&#233; les graffeurs aupr&#232;s desquels j'ai enqu&#234;t&#233; sortaient peindre deux fois au cours de la semaine. Le week-end de nouvelles sessions prolongeaient souvent leurs vendredis et/ou samedis soirs, tandis que je les retrouvais le dimanche apr&#232;s-midi en terrain. Au temps consacr&#233; aux esquisses et &#224; la r&#233;alisation des graffitis, il faut encore ajouter celui qu'implique l'achat ou la r&#233;cup&#233;ration du mat&#233;riel de peinture. L'acc&#232;s aux bombes est relativement facile aujourd'hui, mais rassembler le mat&#233;riel n&#233;cessaire demande malgr&#233; tout une implication cons&#233;quente aux graffeurs. En effet, la p&#233;riode o&#249; ils consomment le plus de peinture correspond aussi souvent &#224; un moment de leur vie o&#249; leurs moyens financiers sont limit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A titre indicatif une bombe de peinture de couleur chrome de 400ml co&#251;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette situation les oblige &#224; faire preuve de d&#233;brouillardise et/ou &#224; consacrer encore plus de temps &#224; leur pratique en cr&#233;ant des associations au sein desquels ils &#233;changent leur savoir-faire graphique contre r&#233;mun&#233;ration dont tout ou partie en peinture. Cet esprit d'initiative participe directement du principe d'autonomie &#233;voqu&#233; plus haut. Il cr&#233;&#233; aussi chez eux les conditions d'une d&#233;couverte tout azimuts d'espaces sociaux qu'ils m&#233;connaissent pour ne pas les c&#244;toyer par ailleurs. Par exemple, ils rep&#232;rent progressivement les lieux (entreprises, d&#233;chetterie, chantiers) o&#249; sont entrepos&#233;s des bidons de peinture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La peinture en pot sert aux graffeurs &#224; appr&#234;ter les murs sur lesquels ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; destin&#233;s &#224; la poubelle pour en d&#233;barrasser leurs propri&#233;taires. L'imp&#233;ratif d'acc&#232;s au mat&#233;riel finit par d&#233;velopper chez eux un esprit de r&#233;cup&#233;ration, de recyclage et donc de stockage souvent organis&#233; &#224; leur domicile. En passionn&#233;s, ils consacrent aussi une part cons&#233;quente de leur budget non contraint &#224; l'achat de mat&#233;riel de peinture et de dessin, ainsi que d'ouvrages sp&#233;cialis&#233;s, de magazines ou d'autres objets d&#233;riv&#233;s de la culture graphique (affiches, tableaux, figurines, etc&#8230;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les ouvrages sp&#233;cialis&#233;s co&#251;tent en moyenne entre 20 et 60 euros et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces investissements participent directement &#224; les socialiser aux codes techniques et esth&#233;tiques valables dans la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PERSU : &lt;i&gt;Tout mon argent passe plus ou moins dans le dessin et le graffiti ; &#231;a c'est clair. De toute fa&#231;on, c'est ma passion ; je fais &#231;a tous les jours, donc je ne vois pas pourquoi je ferais le radin.&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re des graffitis, qu'ils soient repass&#233;s ou effac&#233;s, pousse par ailleurs les graffeurs &#224; photographier toutes leurs productions et &#224; conserver les travaux d'esquisse. Ces archives r&#233;v&#232;lent la carri&#232;re individuelle d'un graffeur, mais constituent aussi des albums de famille o&#249; on peut lire les liens qui les relient les uns aux autres dans le temps. Les dessins et leurs photos illustrent leurs voyages, leurs d&#233;m&#233;nagements et aussi parfois des &#233;tapes cl&#233; de leur vie personnelle. Elles t&#233;moignent enfin d'une histoire collective puisque les graffeurs sont souvent les seuls conservateurs des graffitis qui ont fleuri leur ville de r&#233;sidence et de passage au cours du temps. La m&#233;ticulosit&#233; avec laquelle ils s'attachent &#224; r&#233;colter et &#224; classer ces documents font de ces archives d'authentiques mus&#233;es de papier. Au-del&#224; des exercices pratiques, la discipline &#224; laquelle s'astreignent les graffeurs est aussi historique et cumulative. La r&#233;colte et le partage des archives, la lecture des ouvrages, des magazines et aujourd'hui des sites internet participent tr&#232;s directement de leur formation et leur permet d'embrasser progressivement une sorte d'histoire de l'art de leur pratique. De cette mani&#232;re ils s'impr&#232;gnent de ses origines, des intentions des diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations de peintres qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;s, des effets de contexte culturel et sociopolitique qui les influencent, ainsi que des codes esth&#233;tiques qui caract&#233;risent chaque &#233;poque et/ou pays. Le fait que chaque graffeur contribue individuellement &#224; produire de la m&#233;moire collective nourrit sa d&#233;marche personnelle et contribue, autrement qu'en peignant des graffitis, &#224; mat&#233;rialiser l'existence de la communaut&#233; de pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OBEN : &lt;i&gt;Le graffiti c'est une fa&#231;on de vivre, c'est une fa&#231;on de penser, de regarder la rue, le mobilier urbain. (&#8230;) Ce qu'il y a derri&#232;re les graffitis, c'est des mecs, c'est des souvenirs, des anecdotes, c'est des gal&#232;res, des proc&#232;s, c'est des amendes. Voil&#224;,	surtout c'est le fait de le faire dans la rue, entre autres ill&#233;galement, c'est &#231;a qui est hyper fort. Faut faire attention, dans ce milieu l&#224;, tu peux devenir autiste. Apr&#232;s la f&#234;te avec les copains, il y avait la f&#234;te quand on allait peindre. Mais &#224; un moment donn&#233; tu ne parles que de &#231;a, tu ne fais que &#231;a, tu n'as plus de vie sociale &#224; c&#244;t&#233; ; comme tout passionn&#233; tu deviens vraiment autiste. Mais c'est aussi une belle &#233;cole, d'une certaine &#233;ducation, qui est populaire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si graffer est un acte individuel, ce geste est loin d'&#234;tre une manifestation spontan&#233;e et sans guide. Durant la phase d'engagement la plus intense, la pratique du graffiti devient quasiment un mode de vie pour les graffeurs. Leur investissement dans la discipline agit comme un cadre qui organise leur quotidien de peintres, mais aussi comme une m&#233;thode pratique de d&#233;couverte et d'appropriation du monde qui les entourent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le collectif pour cadre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les graffeurs sont souvent caricatur&#233;s sous les traits d'individus isol&#233;s emprunts d'un individualisme farouche se manifestant par une forme d'&#233;go&#239;sme pu&#233;ril qui les conduirait &#224; peindre de fa&#231;on irr&#233;fl&#233;chie leur nom partout o&#249; ils le peuvent, et ce, sans penser aux cons&#233;quences de cet acte pour autrui. Pourtant si la r&#233;alisation des graffitis rel&#232;ve bien d'une intention qui s'affranchit des normes de comportement commun&#233;ment admises, le travail d'investigation sociologique r&#233;v&#232;le qu'elle est tr&#232;s loin d'&#234;tre irr&#233;fl&#233;chie et sans guide. A contrepied des repr&#233;sentations qu'on s'en fait le plus souvent, la pratique du graffiti est aussi une discipline parce qu'elle s'appuie sur un ensemble culturel coh&#233;rent et stable, fait de motifs, de gestes, de symboles, de rep&#232;res et d'interdits auxquels les graffeurs sont progressivement initi&#233;s au sein de la communaut&#233; graphique. Loin du caract&#232;re primitif ou barbare qu'on lui pr&#234;te parfois, la communaut&#233; graphique est organis&#233;e selon des r&#232;gles et des normes qui d&#233;finissent : l'identit&#233; du groupe ainsi que celles de ses membres ; les comportements que ces derniers doivent adopter &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur de celui-ci ; les modalit&#233;s d'entr&#233;e et des sortie de ce groupe ; les normes langagi&#232;res, vestimentaires et comportementales de r&#233;f&#233;rence ; ainsi que les codes techniques et esth&#233;tiques valables dans la peinture. Au quotidien, les graffeurs &#233;voluent dans un syst&#232;me organis&#233; de valeurs qui d&#233;finit et valorise les comportements souhaitables d'une part et sanctionne ceux qui d&#233;rogent &#224; l'&#233;thique de la communaut&#233; d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans la pratique, le rapport au collectif est un &#233;l&#233;ment central et s'impose par le contr&#244;le social relativement fort qui s'organise entre ses membres. Alors que le p&#233;rim&#232;tre d'action des graffeurs ne semble pas conna&#238;tre de limites physiques, l'espace social de la communaut&#233; graphique est relativement restreint. Cet effet de proximit&#233; place chaque graffeur sous le regard int&#233;ress&#233; de ses pairs au double sens d'un public attentif et d'un gardien du temple. Que ce soit &#224; travers leurs graffs, les comportements qu'ils adoptent au sein du groupe ou de leurs positions au regard de questions qui divisent la communaut&#233;, les graffeurs &#233;voluent sous les regards crois&#233;s des uns et des autres. De cette fa&#231;on, tout &#233;cart &#224; la r&#232;gle est aussi rapidement d&#233;tect&#233; que signifi&#233; au contrevenant, que ce soit &#224; travers de simples commentaires ou des formes de prises &#224; partie plus directes. Un graffeur peut ainsi se voir reprocher par des remarques crois&#233;es de s'&#234;tre inspir&#233; d'un style de trait existant et de ne pas &#234;tre parvenu &#224; le r&#233;inventer avant de le peindre sur mur, pour lui signifier la condamnation de ce qui est assimil&#233; &#224; une forme de plagiat. De fa&#231;on plus radicale, un manquement grave &#224; la r&#232;gle peut &#234;tre exprim&#233; directement sur les graffitis en les rayant ou les recouvrant de fa&#231;on &#224; atteindre le peintre fautif par le saccage de ces productions. La centralit&#233; du groupe cr&#233;&#233;e donc des effets de contraintes pour les graffeurs ; cependant elle est aussi synonyme d'une grande solidarit&#233; entre ses membres. A titre d'exemple, la r&#233;daction de l'ouvrage &lt;i&gt;Les murs de l'Atlantique. Graffitis de l'Ouest&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les murs de l'Atlantique. Road Trip &#8211; Graffiti de l'Ouest, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a conduit plusieurs des graffeurs aupr&#232;s desquels j'ai enqu&#234;t&#233; &#224; aller rencontrer les peintres de cinq villes -de Brest &#224; Bordeaux- afin de retracer l'histoire des sc&#232;nes graffiti locales et de rassembler les archives photographiques. Durant six jours, l'&#233;quipage de six personnes a spontan&#233;ment &#233;t&#233; accueilli et h&#233;berg&#233; chez les graffeurs locaux. La communaut&#233; de pratique, les effets d'interconnaissance et les &#233;changes sur le projet d'&#233;dition qui pr&#233;c&#233;daient l'arriv&#233;e de l'&#233;quipe suffisaient &#224; installer un climat de confiance entre les peintres et entra&#238;nait syst&#233;matiquement un accueil bienveillant sinon chaleureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La culture graphique &#233;tablit aussi les modalit&#233;s de transmission et d'acquisition des savoir-faire et savoir-&#234;tre valables dans la communaut&#233; et les rites de passage qui jalonnent la vie des peintres. Par exemple, la r&#233;alisation de la premi&#232;re pi&#232;ce sur train est souvent une date cl&#233; dans la carri&#232;re d'un graffeur. Elle marque le niveau &#233;lev&#233; de comp&#233;tences qu'il a acquis dans sa discipline et symbolise sa capacit&#233; &#224; assumer pleinement une prise de risque per&#231;ue comme relativement ultime. Par un effet de miroir, les graffeurs qui d&#233;cident de valoriser leurs savoir-faire au-del&#224; de la seule discipline graphique, notamment dans les mondes de l'art, sont en quelque sortent d&#233;baptis&#233;s et/ou rebaptis&#233;s pour int&#233;grer le groupe des street-artistes. C'est le cas du graffeur nantais OBEN qui a d&#233;velopp&#233;e une pratique de street-artiste sous le nom de THE BLIND en parall&#232;le de son engagement dans le graffiti. Dans le quotidien de sa pratique ce peintre utilise ensuite l'un ou l'autre de ses blazes pour signaler l'intention -graphique ou artistique- avec laquelle il peint &#224; un moment donn&#233;. Le basculement d'un nom &#224; l'autre ne doit pas &#234;tre compris comme une d&#233;pr&#233;ciation de la d&#233;marche de ces peintres, mais plus simplement comme l'indice formel de leur changement de statut et du passage d'un syst&#232;me de r&#233;f&#233;rence culturel &#224; un autre. En alternant les deux casquettes ou en devenant d&#233;finitivement -street-, les peintres changent de terrain de jeu et se soumettent &#224; de nouvelles r&#232;gles ; ici les conventions valables dans les mondes de l'art. L'existence de ces fronti&#232;res signale la consistance de la culture graphique qui, en tant qu'ensemble de r&#233;f&#233;rence culturel unifi&#233;, se d&#233;finit aussi par les relations de voisinage qu'il entretient avec des d&#233;marches qui lui sont proches mais n&#233;anmoins intrins&#232;quement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La culture graphique &#233;tablit aussi les crit&#232;res d'&#233;valuation qui pr&#233;valent dans la r&#233;alisation des graffitis. Le croisement des diff&#233;rents niveaux de reconnaissance associ&#233;s &#224; chaque motif (tag, flop, graff) et contexte de la peinture (ill&#233;gal, tol&#233;r&#233;, l&#233;galis&#233;) produit une grille d'appr&#233;ciation et d'&#233;valuation de l'activit&#233; des peintres. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; sugg&#233;r&#233;, la peinture sur train, une quasi discipline dans la discipline, vaut &#224; ses adeptes une reconnaissance aussi vaste que les territoires qu'ils parcourent pour peindre les wagons et que les risques physiques et juridiques qu'ils encourent en le faisant. Compte tenu des valeurs d'engagement et de d&#233;passement de soi valoris&#233;es dans la culture graphique, cette modalit&#233; de la peinture est pl&#233;biscit&#233;e parce qu'elle symbolise le degr&#233; le plus &#233;lev&#233; et le plus exigeant de mobilisation dans la pratique. A contrario et pour les m&#234;mes raisons, la peinture l&#233;gale r&#233;alis&#233;e sur demande d'un commanditaire, sans &#234;tre proscrite, est peu reconnue. Ici le cadre formel et n&#233;goci&#233; de la commande est jug&#233; d&#233;samorcer toute possibilit&#233; de d&#233;passement de soi et de la loi que ce soit dans le choix du motif ou de l'espace &#224; peindre. Cette m&#233;canique &#233;lective et s&#233;lective produit de la distinction et de la hi&#233;rarchisation entre les graffeurs. Au sein de la communaut&#233; les efforts et investissements consentis par les graffeurs dans la peinture sont r&#233;tribu&#233;s symboliquement sous la forme d'effets de r&#233;putation qui caract&#233;risent en positif ou en n&#233;gatif leurs productions. Par la suite ces pr&#233;c&#233;dents leur donnent ou non acc&#232;s &#224; de nouvelles ressources qui, &#224; leur tour, cr&#233;ent de nouveaux potentiels de d&#233;veloppement de leur d&#233;marche. Ce syst&#232;me de positions construit enfin les structures complexes de relation et d'&#233;change qui fa&#231;onnent la sociabilit&#233; des graffeurs entre eux et la nature des liens qui les rassemblent dans la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'engagement dans la pratique du graffiti, dont on a d&#233;j&#224; d&#233;crit les implications individuelles, est donc aussi une discipline collective au sens o&#249; la mobilisation de chaque peintre trouve &#224; la fois un appui et un &#233;cho au sein du groupe de pairs. Ici l'importance du collectif peut appara&#238;tre contradictoire puisque nombre de ces aspects poussent les graffeurs &#224; se mobiliser et &#224; s'exprimer d'abord sur le registre personnel. Mais la contradiction n'est qu'apparente car les exigences qui s'imposent individuellement aux graffeurs dans la pratique sont en fait proportionnelles aux ressources que leur procure l'appartenance au groupe. Ainsi les motivations et injonctions &#224; l'autodidaxie, &#224; l'autonomie et au d&#233;passement de soi d'une part ; et la force de coh&#233;sion et d'int&#233;gration du groupe de pairs d'autre part, &#233;quilibrent la d&#233;marche des graffeurs en jouant sur les deux plateaux d'une m&#234;me balance. C'est en partie parce que la communaut&#233; et la culture graphique sont des cadres limit&#233;s, construits et relativement stricts sur lesquels les graffeurs peuvent s'appuyer, qu'ils peuvent par ailleurs s'autoriser et s'essayer &#224; en subvertir d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corps et &#226;mes, l'engagement comme v&#233;hicule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des &#233;l&#233;ments pr&#233;sent&#233;s jusqu'ici ont trait aux diff&#233;rents aspects de la discipline auxquels se pr&#234;tent les graffeurs dans le quotidien de leur pratique. Ils t&#233;moignent de l'ampleur des investissements et de la rigueur qu'exige la pratique du graffiti. Pourtant &#233;voquer les moyens de l'engagement des graffeurs ne suffit pas &#224; &#233;puiser le sens de leur mobilisation dans la pratique. Pour y parvenir, il ne faut pas seulement envisager la r&#233;alisation des graffitis comme une fin en soi, mais aussi comme un moyen de faire une exp&#233;rience singuli&#232;re du monde social. La pratique graphique tient une partie de sa consistance au fait de s'inscrire ill&#233;galement dans l'espace public. M&#234;me si la plupart des graffeurs reconnaissent un int&#233;r&#234;t propre &#224; la peinture dans des lieux tol&#233;r&#233;s ou l&#233;galis&#233;s ; celle r&#233;alis&#233;e en &#171; vandale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme de &#171; vandale &#187; est employ&#233; par les graffeurs pour d&#233;signer la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; reste le point d'orgue de leur discipline. C'est dans ce contexte que la d&#233;marche de peindre, &#224; fortiori son nom, en prenant consciemment des risques physiques et/ou juridiques prend pleinement son sens. C'est aussi dans ce cadre qu'elle devient une v&#233;ritable &#233;preuve avec ce qu'elle implique d'engagement, de stimulation et, ce faisant, de sentiment d'accomplissement.&lt;br class='manualbr' /&gt;La peinture vandale se r&#233;alise litt&#233;ralement sous pression du fait de l'ill&#233;galit&#233; du geste et/ou du choix de l'espace &#224; peindre qui peut &#234;tre un d&#233;fi en soi. Dans la peinture ill&#233;gale les graffeurs profitent directement des effets et des sensations provoqu&#233;es par l'adr&#233;naline. Elle stimule leur volont&#233;, d&#233;cuple leurs forces physiques, endort temporairement les sensations d&#233;sagr&#233;ables et en procure d'autres de plaisir. Au-del&#224; des sensations, il y a le sens imm&#233;diat du geste : s'inscrire, s'affirmer et d&#233;montrer une capacit&#233; &#224; faire aussi bien du point de vue esth&#233;tique que de celui de l'engagement corps et &#226;me dans la pratique. Il y a enfin l'intention, l'exp&#233;rience plus profonde mais aussi plus intime de subvertir les cadres, du plaisir particulier que procure la d&#233;sob&#233;issance et celui de repousser les fronti&#232;res de ces propres rep&#232;res socioculturels. En tant que chercheuse, ce n'est pas en observant les graffeurs ou pendant nos entretiens que j'ai pu approcher cette dimension de leur pratique ; mais bien dans un premier temps en en faisant l'exp&#233;rience moi-m&#234;me. Le travail d'investigation ethnographique m'a conduite &#224; suivre les graffeurs plusieurs fois par semaine dans le cadre de &#171; sessions vandales &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme &#171; session &#187; est employ&#233; par les graffeurs pour d&#233;signer une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Alors que j'&#233;chouais depuis plusieurs mois &#224; les interroger sur ce que leur procure la peinture ill&#233;gale, c'est l'objectivation de l'exp&#233;rience v&#233;cue &#224; leurs c&#244;t&#233;s qui m'a permis de mieux comprendre cette dimension de leur pratique. De fa&#231;on inattendue, la fin du travail d'observations des sessions vandales m'a fait &#233;prouver une sensation de manque. Jusque-l&#224;, j'avais syst&#233;matiquement associ&#233; les b&#233;n&#233;fices retir&#233;s de la pratique &#224; la r&#233;alisation des graffitis sur le registre de l'expression de soi (affirmation, cr&#233;ation, d&#233;passement). Exp&#233;rimenter le manque alors que je ne peignais pas m'a fait comprendre que le plaisir de peindre s'&#233;prouve au-del&#224; du seul acte d'inscription.&lt;br class='manualbr' /&gt;Se rendre d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; pieds et en pleine nuit sur le bord d'une route &#224; proximit&#233; de v&#233;hicules qui filent &#224; 90 km/h &#233;tait d&#233;j&#224; une aberration pour l'observatrice participante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'observation participante est une technique d'investigation qui consiste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que j'&#233;tais. Cependant ce n'est pas sous cet angle que ces exp&#233;riences m'ont le plus marqu&#233;es. Pendant les sessions, nous partions en voiture sur le p&#233;riph&#233;rique afin de choisir un pont &#224; peindre avant d'en rejoindre l'aplomb. Pour y parvenir nous empruntions syst&#233;matiquement la sortie suivante, arrivions automatiquement &#224; un rond-point ou un carrefour &#224; partir duquel nous nous engagions dans la voie de circulation qui apparaissait la moins utilis&#233;e. A partir de l&#224;, il ne leur fallait pas plus de quelques minutes pour atteindre leur objectif. Apr&#232;s avoir stationn&#233; discr&#232;tement le v&#233;hicule, nous descendions sur la route derri&#232;re les glissi&#232;res de s&#233;curit&#233; en empruntant les abords directs de l'ouvrage. A mon grand &#233;tonnement, ils &#233;taient parfois am&#233;nag&#233;s par de petites marches, le plus souvent d&#233;gag&#233;es et entretenues pour aboutir soit sur une plate-forme juste en dessous du tablier, soit directement aupr&#232;s des piles du pont. Dans mon cas, la lev&#233;e du voile a consist&#233; &#224; prendre conscience que des espaces que je n'arrivais m&#234;me pas &#224; imaginer &#233;taient spontan&#233;ment accessibles aux graffeurs d'une part ; et qu'ils sont des lieux de travail r&#233;gulier pour les personnels d'entretien des ouvrages d'autre part. L'accumulation de ce type d'exp&#233;rience m'a progressivement fait r&#233;aliser que rien ne m'avait contraint &#224; rayer ces espaces de ma carte mentale sinon l'influence relativement inconsciente des normes d'usages et de comportements socialement construits auxquelles j'&#233;tais socialis&#233;e et donc soumise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RADAR : &lt;i&gt;C'est un d&#233;passement de soi parce que tu te dis la prochaine fois il faut que je fasse mieux, en moins de temps ; ou alors changer d'endroit pour que ce soit plus rapide parce que sinon je vais me faire cramer. Parce que le but c'est que &#231;a &#233;volue. Et puis &#231;a donne envie de d&#233;couvrir des endroits. On d&#233;couvre des endroits que les gens ne fr&#233;quentent jamais. Qui marche sur les voies ferr&#233;es ? Pas grand monde. Qui traverse une quatre voies avec des bagnoles au milieu ? Pas grand monde. Qui monte sur les toits prendre des risques ? Pas grand monde.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;VG : &lt;i&gt;Sensations fortes garanties ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;RADAR : &lt;i&gt;C'est un moteur l'adr&#233;naline. C'est une sensation qu'on n'a pas comme &#231;a, il faut faire un sport extr&#234;me, il n'y pas beaucoup d'activit&#233;s qui te montent comme &#231;a.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;VG : &lt;i&gt;On devient d&#233;pendant &#224; &#231;a ?&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;RADAR : &lt;i&gt;Oui, plein de graffeurs le disent : c'est une drogue.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;VG : &lt;i&gt;Quand tout se passe bien &#231;a va.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;RADAR : &lt;i&gt;Mais m&#234;me quand &#231;a se passe mal on recommence, alors tu vois. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si cela y participe incontestablement, les limites que les graffeurs cherchent &#224; d&#233;passer ne se r&#233;sument pas &#224; celles de l'interdit, de la loi et de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. La r&#233;alisation des graffitis leur permet de tester &#224; contrepieds le fonctionnement social et d'identifier les marges de man&#339;uvre individuelle, plus rarement collectives, qui le structurent. C'est ind&#233;niablement parce qu'elle entra&#238;ne les graffeurs &#224; faire ce qu'il ne faut pas, mais aussi et peut &#234;tre surtout au moment et l&#224; o&#249; il ne le faudrait pas, que la pratique du graffiti leur procure des exp&#233;riences de type existentiel. De ce point de vue, pratiquer est autant un d&#233;passement du cadre collectif (loi, usages, etc), qu'un d&#233;passement de soi et des cadres culturels parfois tout aussi solides et d&#233;finitivement plus opaques qui organisent nos quotidiens.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce qui est valable pour les lieux de la peinture l'est aussi pour les rencontres qui pars&#232;ment les activit&#233;s des graffeurs. Graffer leur permet en effet de d&#233;couvrir les dessous pas toujours chics de la ville (terrains vagues, usines d&#233;saffect&#233;es) et de c&#244;toyer des populations (SDF, gens du voyage, personnes en souffrance psychique, sans-papiers, f&#234;tards, etc&#8230;) qui sont relativement invisibles le jour. Par exemple, la peinture dans les friches industrielles les am&#232;ne parfois &#224; c&#244;toyer la population des gens du voyage ce qui leur permet de construire un point de vue inform&#233; sur leurs modes de vie ainsi que sur la mani&#232;re dont les propri&#233;taires et/ou les pouvoirs publics interviennent pour endiguer ce type d'occupation. Les graffeurs font une exp&#233;rience singuli&#232;re de la ville qui ne se r&#233;sume pas &#224; ses fonctions diurnes et normalis&#233;es. Ils ont acc&#232;s &#224; une dimension &#233;largie de l'espace public qu'ils partagent notamment avec ceux dont la profession ou l'engagement les conduisent &#224; se d&#233;centrer de la m&#234;me fa&#231;on (travailleurs sociaux, services de police, b&#233;n&#233;voles des associations d'aide, etc&#8230;). Si la pratique du graffiti implique une part de repli sur le groupe et une mobilisation quasi totale des peintres autour de l'acquisition des comp&#233;tences et de la r&#233;alisation des graffitis ; il faut garder &#224; l'esprit qu'elle oblige du m&#234;me coup les graffeurs &#224; investir tous azimuts et souvent sans filtres des pans entiers de la r&#233;alit&#233; que la plupart d'entre nous choisissons d'omettre pour ne pas avoir &#224; les c&#244;toyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JAME : &lt;i&gt;Quelque part dans le graffiti quand tu fais un peu d'ill&#233;gal ou des trucs comme &#231;a, tu te dis : moi mon cadre de vie il est comme &#231;a (mime un carr&#233; avec ses mains). Et en fait, il est un peu d&#233;cal&#233; de la r&#233;alit&#233;, du mod&#232;le parfait de tout le monde (mine le d&#233;placement du carr&#233;). Je ne suis pas en plein milieu sans savoir ce que je fais ni pourquoi, je suis en bordure et je regarde la soci&#233;t&#233; avec ma vision, sous un angle qui me convient.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;VG : &lt;i&gt;Mais du coup c'est une mani&#232;re d'y appartenir. C'est pas un truc &lt;/i&gt; d'exclusion du monde social ?&lt;br class='manualbr' /&gt;JAME : &lt;i&gt;C'est &#231;a. Ce n'est pas dire je suis &#224; l'ext&#233;rieur, je n'appartiens pas &#224; ce monde. Au contraire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique graphique fournit aux graffeurs des motifs, des moyens et des occasions de se risquer hors de leur cadre culturel de r&#233;f&#233;rence. En peignant des graffitis, ils exp&#233;rimentent concr&#232;tement que tout ce qui est possible ou encore souhaitable, ne se limitant pas toujours &#224; ce qui est l&#233;gal ou autoris&#233;. En &#231;a &#171; &lt;i&gt;l'&#233;cole de la rue&lt;/i&gt; &#187; consiste bien en une instance de socialisation originale, non pas contradictoire, mais bien diff&#233;rente et finalement compl&#233;mentaire de l'&#233;ducation que les peintres ont re&#231;u dans le syst&#232;me. Le plaisir de peindre des graffitis tient donc &#224; l'ensemble des exp&#233;riences auxquelles leur donne acc&#232;s le fait de s'inscrire ill&#233;galement dans l'espace public. C'est ce qui fait la dimension sociale et non pas seulement technique et esth&#233;tique de cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En tant que chercheur, lorsqu'on s'int&#233;resse aux graffitis on est invariablement somm&#233; de r&#233;pondre &#224; la demande sociale ; c'est-&#224;-dire d'&#233;lucider le sens des marques peintes et d'interroger les raisons pour lesquels les graffeurs se signalent et s'imposent par la peinture au reste du monde. Alors que la pratique du graffiti a plus de quarante ans d'existence, la plupart des gens continuent de se demander de quoi elle est le &#171; sympt&#244;me &#187; plut&#244;t que de s'interroger sur le sens qu'elle a pour ses adeptes et ce qu'elle leur procure en d&#233;pit des risques encourus. Pourtant c'est bien en s'int&#233;ressant aux modalit&#233;s concr&#232;tes et quotidiennes de leur engagement dans la pratique qu'on peut comprendre les ressorts de leur investissement. C'est en explorant toutes les dimensions de la pratique graphique qu'on peut en appr&#233;hender les qualit&#233;s intrins&#232;ques, comprendre ce qu'elle partage avec d'autres ph&#233;nom&#232;nes proches et finalement acc&#233;der &#224; ce qui est au fondement de cette discipline. Les graffitis sont les produits visibles de l'activisme des graffeurs, mais surtout les vecteurs qui leur permettent d'acc&#233;der aux exp&#233;riences existentielles inh&#233;rentes &#224; leur pratique. Le sens d'un graffiti -si abouti soit-il- ne se r&#233;duit jamais &#224; la forme peinte ; au contraire, c'est dans l'intention que traduit ce geste et donc dans le contexte qui le fait na&#238;tre que se trouve la cl&#233; de compr&#233;hension. Au fond, et quelle que soit l'appr&#233;ciation esth&#233;tique qu'on en fait, la plupart d'entre nous consid&#233;rons les marques peintes comme fondamentalement anodines. En revanche, on aime ou on d&#233;teste ce que leur pr&#233;sence signale ; c'est-&#224;-dire la d&#233;marche individuelle de leurs auteurs et, surtout, l'enjeu politique que repr&#233;sente l'espace public et la lutte des places dont il est le th&#233;&#226;tre. C'est pour faire l'exp&#233;rience concr&#232;te de cette r&#233;alit&#233; et pour participer de son d&#233;voilement plus large que les graffeurs peignent des graffitis. En parall&#232;le, c'est le fait de se voir imposer cette exp&#233;rience qui s&#233;duit ou sid&#232;re les spectateurs malgr&#233; eux. C'est en cela que la pratique du graffiti et toutes celles dont un des enjeux est la r&#233;appropriation de l'espace public sont des disciplines du d&#233;sordre. En d&#233;tournant l'usage normal de cet espace leurs adeptes se signalent, se distinguent ; plus encore ils s'affranchissent de la r&#232;gle qui fait que pour appartenir virtuellement &#224; tous, l'espace public ne doit &#234;tre appropri&#233; par personne. Aussi modeste qu'elle soit, c'est l&#224; que r&#233;side la dimension subversive et politique de ces pratiques. En faisant de l'espace public un espace du public, ils d&#233;rogent &#224; la r&#232;gle, mais r&#233;v&#232;lent aussi le cadre et la limitation des libert&#233;s individuelles que son maintien exige. La r&#233;gulation par le vide qui structure l'espace public renvoie &#224; la tension permanente qui se joue entre les principes de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;. En peignant des graffitis, les graffeurs s'emparent concr&#232;tement de cette libert&#233;, mais se d&#233;solidarisent du m&#234;me coup de la communaut&#233; de ceux qui ont consenti &#224; y renoncer au nom du principe d'&#233;galit&#233;. Certains les envient et les admirent, beaucoup les tol&#232;rent ou les ignorent, d'autres encore les condamnent. Dans tous les cas, la d&#233;marche des graffeurs nous renvoie cr&#251;ment &#224; la dimension physique de notre rapport au monde, au besoin que nous avons d'&#234;tre partie prenante de notre environnement, et donc &#224; l'enjeu politique crucial que repr&#233;sente le partage et la cohabitation dans l'espace commun.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour se faire une id&#233;e de la teneur de ces premiers t&#233;moignages, on se reportera aux ouvrages : Norman Mailer (texte) et Mervyn Kurlansky, John Narr (photos), &lt;i&gt;The faith of graffiti&lt;/i&gt;, Praeger, 1974 et Henri Chalfant, Martha Cooper, &lt;i&gt;Subway Art&lt;/i&gt;, Holt, Rinchart et Winston, 1984, Denys Riout, Doominique Gurdjian, Jean-Pierre Lerroux, &lt;i&gt;Le livre du graffiti&lt;/i&gt;, Editions Alternatives, 1985, Paris ; aux films : Tony Silver, &lt;i&gt;Style War&lt;/i&gt;, Public Art films, Plexifilm, 1983 et Marc-Aur&#232;le Vecchione, &lt;i&gt;Writers&lt;/i&gt;, 20 ans de graffiti &#224; Paris, R&#233;sistance Film, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette opportunit&#233; doit beaucoup &#224; la d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s et de l'usage des nouvelles technologies de l'information et de la communication.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans cet article nous retenons les d&#233;finitions suivantes : la pratique du graffiti consiste en la r&#233;alisation de tags, de flops et autres graffs sur des supports non pr&#233;vus &#224; cet effet &#224; l'aide de peinture, d'encre ou encore gr&#226;ce aux techniques de gravure, du pochoir, du collage et de l'affichage. Par cons&#233;quent le terme graffiti(s), sauf pr&#233;cision contraire, d&#233;signera dans ce texte l'ensemble de toutes les marques produites selon ces techniques et dans cette intention sans distinction de forme (tags, flops, graffs), de support, ni de contexte (l&#233;gal/ill&#233;gal). Pour des d&#233;finitions de chacun des trois motifs de la peinture (tag, flop et graff) voir la note de bas de page n&#176;8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les graffeurs utilisent une multitude d'outils pour peindre et dessiner. Les plus importants sont les bombes de peinture et les marqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutes les analyses et r&#233;f&#233;rences empiriques &#233;voqu&#233;es dans cet article sont tir&#233;es de mes travaux de recherche ainsi que de la poursuite des &#233;changes et de la r&#233;flexion sur ce sujet avec les graffeurs JAME, OBEN, PERSU et RADAR qu'ils en soient ici &#224; la fois cr&#233;dit&#233;s et remerci&#233;s. Sur cet sujet consulter Virginie Grandhomme, Je vous salie ma rue. Ethnographie du graffiti &#224; Nantes, Ma&#238;trise de sociologie, Universit&#233; de Nantes, 2004 et Virginie Grandhomme, &lt;i&gt;Le graffiti ou l'hydre &#224; deux t&#234;tes. Chronique de l'institutionnalisation d'une pratique subversive&lt;/i&gt;, Master de sociologie, Universit&#233; de Nantes, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme &#034;blaze&#034; signifie &#034;pseudonyme&#034;. Il repr&#233;sente le nom du graffeur et par cons&#233;quent, le motif qu'il tague ou graffe le plus souvent, avec le nom de son crew au sens d'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'un point de vue graphique les tags sont des signatures tr&#232;s stylis&#233;es. Les graffs eux sont des dessins de lettres en volume, parfois en trois dimensions, &#224; la fois plus color&#233;s et plus &#233;labor&#233;s. Le flop est une technique interm&#233;diaire, elle conserve la simplicit&#233; de dessin du tag et occupe volume d'un graff.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un &#171; chrome &#187; est un graff ou un flop r&#233;alis&#233; ill&#233;galement &#224; l'aide de deux couleurs (chrome et noir). La teinte chrome se rapproche de la couleur du m&#233;tal du m&#234;me nom, c'est &#224; dire argent&#233;e, brillante et opaque. Les graffeurs l'utilisent notamment parce que ces propri&#233;t&#233;s r&#233;fl&#233;chissantes rendent leur graffitis particuli&#232;rement visibles quels que soient le contexte et la luminosit&#233;. Cette couleur symbolise la peinture ill&#233;gale au point que tout graffiti r&#233;alis&#233; de la sorte et dans l'&#233;tat d'esprit correspondant peut &#234;tre qualifi&#233; de &#171; chrome &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de l'entretien r&#233;alis&#233; aupr&#232;s du graffeur nantais PERSU dans le cadre du tournage du film documentaire &#171; Je vous salie ma rue &#187;, r&#233;alis&#233; par Luc Ronat, produit par le CNRS Image en collaboration avec Virginie Grandhomme (chercheur et auteur) en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce chiffre est donn&#233; &#224; titre indicatif. Il est repr&#233;sentatif de l'activit&#233; que j'ai observ&#233;e au cours de mes travaux de recherche aupr&#232;s d'un &#233;chantillon limit&#233; de peintres nantais. Il correspond &#224; la somme de 2h quotidienne consacr&#233;es au dessin cinq jours par semaine, 4h consacr&#233;es la peinture ill&#233;gale et 4h consacr&#233;es &#224; la peinture tol&#233;r&#233;e ou l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A titre indicatif une bombe de peinture de couleur chrome de 400ml co&#251;te 3,55 euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La peinture en pot sert aux graffeurs &#224; appr&#234;ter les murs sur lesquels ils peignent pour am&#233;liorer la tenue des pigments et/ou cr&#233;er un fond de couleur homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les ouvrages sp&#233;cialis&#233;s co&#251;tent en moyenne entre 20 et 60 euros et les magazines entre 5 et 10 euros. Le prix de vente des affiches et tableaux ne conna&#238;t pas de limites et d&#233;pendent de la c&#244;te du street-artiste dans le milieu de l'art de rue et/ou dans les mondes de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les murs de l'Atlantique. Road Trip &#8211; Graffiti de l'Ouest, &#201;ditions Alternatives&lt;/i&gt;, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme de &#171; vandale &#187; est employ&#233; par les graffeurs pour d&#233;signer la peinture ill&#233;gale. Nous utilisons ce mot &#224; des fins descriptives sans r&#233;f&#233;rence &#224; l'usage commun et souvent p&#233;joratif qui en est souvent fait.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme &#171; session &#187; est employ&#233; par les graffeurs pour d&#233;signer une s&#233;quence, un temps de r&#233;alisation des graffitis. Dans cet exemple une s&#233;quence de peinture ill&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'observation participante est une technique d'investigation qui consiste, pour le chercheur, &#224; s'immerger dans son terrain d'enqu&#234;te dans toutes ces dimensions y compris dans les moments o&#249; les situations l'emp&#234;chent de conserver une posture distanci&#233;e. Dans le cadre de mes travaux de recherche sur la pratique du graffiti ma volont&#233; d'observer les activit&#233;s ill&#233;gales me rendait th&#233;oriquement complice des peintres aux yeux de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des skaters et du punkspace - notes pour une histoire secr&#232;te de l'urbanisme au 20&#232;me et 21&#232;me si&#232;cles -</title>
		<link>https://influxus.eu/article1049.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://influxus.eu/article1049.html</guid>
		<dc:date>2016-09-02T11:16:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yves Pedrazzini</dc:creator>


		<dc:subject>Skateboard</dc:subject>
		<dc:subject>Culture Punk</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Do It Yourself</dc:subject>
		<dc:subject>Skateboarding</dc:subject>
		<dc:subject>Punk Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Urbanism</dc:subject>
		<dc:subject>DIY</dc:subject>
		<dc:subject>Public Spaces</dc:subject>
		<dc:subject>Espaces Publics</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Skateboarding should be a crime &lt;br class='autobr' /&gt;
A-t-on tous bien en t&#234;te cette sc&#232;ne de &#171; Kids &#187; de Larry Clark (1995), le film le plus dur sur la condition de jeune urbain vers la fin du si&#232;cle dernier, en particulier les skaters violents et atteints du sida par pure indiff&#233;rence &#224; la vie, cette sc&#232;ne dans laquelle une bande de riders skatant vaguement dans un parc public, finissent par massacrer &#224; l'aide de leurs planches un afro-am&#233;ricain de classe moyenne, sans que rien n'ait sp&#233;cialement pr&#233;par&#233; le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique131.html" rel="directory"&gt;Jeunesse et appropriation de l'espace public&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5905.html" rel="tag"&gt;Skateboard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5923.html" rel="tag"&gt;Culture Punk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5925.html" rel="tag"&gt;Urbanit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5927.html" rel="tag"&gt;Do It Yourself&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5929.html" rel="tag"&gt;Skateboarding&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5931.html" rel="tag"&gt;Punk Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5933.html" rel="tag"&gt;Urbanism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5935.html" rel="tag"&gt;DIY&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5937.html" rel="tag"&gt;Public Spaces&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5939.html" rel="tag"&gt;Espaces Publics&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skateboarding should be a crime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-on tous bien en t&#234;te cette sc&#232;ne de &#171; Kids &#187; de Larry Clark (1995), le film le plus dur sur la condition de jeune urbain vers la fin du si&#232;cle dernier, en particulier les skaters violents et atteints du sida par pure indiff&#233;rence &#224; la vie, cette sc&#232;ne dans laquelle une bande de riders skatant vaguement dans un parc public, finissent par massacrer &#224; l'aide de leurs planches un afro-am&#233;ricain de classe moyenne, sans que rien n'ait sp&#233;cialement pr&#233;par&#233; le spectateur &#224; une s&#233;quence de pure violence urbaine ? Il s'agit l&#224;, &#224; mon avis, de l'apog&#233;e de cette rencontre &#224; l'origine assez improbable entre les mondes du skate, le d&#233;sespoir &lt;i&gt;no future&lt;/i&gt; du punk et la violence ordinaire des grandes m&#233;tropoles au tournant des 20 et 21&#232;mes si&#232;cles. Jusque l&#224;, m&#234;me si les &#233;pisodes violents dans lesquels des skaters &#233;taient impliqu&#233;s ne manquaient pas, leur irruption dans la narration branch&#233;e du cin&#233;ma underground, via le travail d'un &lt;i&gt;director&lt;/i&gt; certes fascin&#233; depuis toujours par les attributs de la jeunesse violente (on pense au travail de Clark, cette fois-ci photographe, sur les jeunes &#171; marginaux &#187; de Tulsa en 1971), me semble dater de ce film l&#224;. A partir de &#171; Kids &#187;, nul ne sera plus sens&#233; ignorer que le skateboarding, le punk, la violence et les espaces publics de la grande ville contemporaine, une fois mis ensemble par des groupes de jeunes, ne tardent pas &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme la source de s&#233;rieux probl&#232;mes publics, ces jeunes comme les espaces dont ils pratiquent l'usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la sortie de ce film, les skaters ont oscill&#233; entre une image cool (mais pas &lt;i&gt;hypercool&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : Mowry (1993), notamment, sur la rencontre explosive (mais romanc&#233;e) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) de surfers des villes (les longboarders en particulier) et celle de punks agressifs hantant h&#226;tivement les ruines et les d&#233;potoirs de la r&#234;verie am&#233;ricaine effiloch&#233;e des &lt;i&gt;suburbs&lt;/i&gt;. L&#224; - m&#234;me si une partie non n&#233;gligeable du monde du skate a vendu son corps &#224; la soci&#233;t&#233; du spectacle et &#224; l'industrie du sport - les jeunes, comme des &#226;mes en enfer, tournent en rond, parfois sur leurs planches, parfois autour d'un shoot d'h&#233;ro&#239;ne, souvent dans le sexe pratiqu&#233; sans affection comme une manie animale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse, les experts aiment &#224; le rappeler, a toujours &#233;t&#233; un probl&#232;me politique pour les plus vieux. On ne peut pourtant nier que quelque chose ait chang&#233; il y a quelques d&#233;cennies, vers la fin des ann&#233;es 60 (disons Mai 68). Un changement de perspective culturelle a fait que la jeunesse s'est v&#233;ritablement constitu&#233;e en probl&#232;me public dans les soci&#233;t&#233;s occidentales. Mais, avec le recul que nous offre l'&#226;ge, le n&#244;tre, et la distance que nous avons prise progressivement avec l'objet &#171; skate &#187; dont nous avions m&#234;me quelque peu perdu la trace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela fait d&#233;j&#224; bien quelques ann&#233;es que le milieu du skate ne me semble plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au gr&#233; de son embourgeoisement (cette sorte de bo-boh&#232;me sportive o&#249; le c&#244;t&#233; vintage de la vieille planche &#224; roulettes s&#233;duit plus que le fait de &lt;i&gt;thrasher&lt;/i&gt; les bords de route la nuit &#8211; Flusty, 2000), on peut aussi affirmer que, bien que ce soit la jeunesse &#171; en g&#233;n&#233;ral &#187; qui paraisse poser probl&#232;me &#224; &#171; la soci&#233;t&#233;, certains jeunes (ou moins jeunes) se constituent plus que d'autres en probl&#232;me public &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout jeune, fut-il ou non un adepte du skate, qu'il aime ou non par suite la musique punk&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cisions d'embl&#233;e que le punk est un &#233;tat d'esprit ou une attitude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , d&#233;rivant tant spatialement que culturellement vers ce &lt;i&gt;punkspace&lt;/i&gt; dont nous voudrions parler ici &#224; partir de la figure du skater, semble d&#233;sormais repr&#233;senter un probl&#232;me potentiel pos&#233; &#224; l'ordre, &#224; la normalit&#233; et &#224; la s&#233;curit&#233; urbaine. Pourquoi ? Parce que, s'il faut bien que jeunesse se passe, elle ne doit pas passer par une d&#233;construction trop radicale de cet ordre. C'est ce que font certains jeunes plus que d'autres, quand ils utilisent l'espace public comme terrain de jeu, en r&#233;v&#233;lant du m&#234;me coup le manque paradoxal de &lt;i&gt;publicit&#233;&lt;/i&gt; de cet espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coeur de cette modernit&#233; urbaine que l'architecte hollandais Rem Koolhaas a nomm&#233; &lt;i&gt;junkspace&lt;/i&gt;, &#224; savoir la r&#233;p&#233;tition inlassable du m&#234;me kitsch produit &#224; la cha&#238;ne par des producteurs d'espaces sans qualit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voil&#224; bien notre punkspace : le lieu de la r&#233;sistance &#224; la transformation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le skater a su maintenir son statut de rebelle, dont la cause pourrait &#234;tre le sauvetage des territoires incertains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les skaters, du moins d&#232;s qu'ils d&#233;cident de glisser dans la ville, dans l'espace public, y font probl&#232;me ; leur appropriation vraie et photog&#233;nique de l'espace urbain, oppos&#233;e &#224; la fausse publicit&#233; des espaces con&#231;us pour parquer les habitants quand ils ne sont ni chez eux, ni au travail, est probl&#233;matique. Ce probl&#232;me &#8211; en gros, l'irruption permanente des jeunes dans un espace public &#224; la publicit&#233; toujours plus faible et sa progressive conqu&#234;te et occupation diurne et nocturne par des classes d'&#226;ge jusque l&#224; &#171; subalternes &#187; et marchandables &#224; merci &#8211; est devenu chronique. Evidemment, la fa&#231;on des pouvoirs publics d'y r&#233;pondre a &#233;volu&#233; avec le temps. D'une r&#233;ponse r&#233;pressive, voire arm&#233;e et en tout cas polici&#232;re, les pouvoirs publics, en association avec l&#8216;industrie culturelle, a opt&#233; pour des strat&#233;gies de &#171; corruption &#187; de l'&#233;nergie rebelle (suppos&#233;e) des jeunes. Mais, si cette sainte alliance a r&#233;ussi &#224; domestiquer la majorit&#233; des jeunes y compris ceux qui, un temps avaient pu para&#238;tre incorrigibles et irr&#233;conciliables avec le syst&#232;me (les skaters, les rappers, les squatters etc.), les incorporant notamment dans les projets de &#171; ville cr&#233;atives &#187; (Florida, 2002), un certain nombre d'entre eux sont parvenus &#224; r&#233;sister &#224; la marchandisation de leurs r&#233;voltes et se sont m&#234;mes radicalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon hypoth&#232;se est que ceux-ci ont r&#233;ussi &#224; maintenir, en temps de lib&#233;ralisme triomphant et dans la ville capitaliste, un esprit &#171; punk &#187;. Face aux entreprises de la &#171; ville cr&#233;ative &#187;, ils sont des &#171; destructive workers &#187;, h&#233;ritiers autant des Sex Pistols que de DADA et des situationnistes (Marcus, 1990)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette m&#234;me &#171; alliance objective &#187;, plus ou moins secr&#232;te, entre punks et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En se constituant en r&#233;sistants &#224; l'ordre urbain dominant, ils ont trac&#233; les lignes chaotiques d'un espace &lt;i&gt;punk&lt;/i&gt; dont je souhaite faire dans cet article - via une r&#233;flexion sur le skateboarding dans les espaces publics - une exploration anthropologique, postulant qu'il s'agit l&#224; aujourd'hui, de part et d'autre des forces sociales, de la construction d'un &lt;i&gt;territoire ennemi&lt;/i&gt; de l'ordre urbain dominant. On a compris qu'&#224; mes yeux une partie significative des skateboarders peut dignement incorporer la culture punk contemporaine et en porter les valeurs r&#233;volutionnaires : recyclage, &lt;i&gt;do it yourself&lt;/i&gt; et r&#233;cup&#233;ration des friches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le skateboarding, la pratique elle-m&#234;me comme pratique anarchisante de l'espace urbain &#8211; espace &lt;i&gt;public&lt;/i&gt;, quand bien m&#234;me seules des parcelles marginales et interstitielles de cet espace public seraient propices &#224; accueillir cette pratique &#8211; praxis et dialectique n&#233;gative du territoire qui du pass&#233; ne fait pas table rase mais des spots et des modules &#224; rider, le skateboarding demeure une critique radicale de l'urbanisme. Comme tel, il est une pens&#233;e situationniste qui glisse dans les rues, quand il continue &#224; &#234;tre pens&#233; comme un crime par des autorit&#233;s polici&#232;res, politiques, morales, acad&#233;miques. Car, sans cela, le skateboard n'est qu'un accessoire de mode pour gar&#231;ons et filles modernes et bien &#233;lev&#233;s qui pourrait tout aussi bien (et cela se fait) se porter sur l'&#233;paule comme un sac &#224; main Prada, sa &lt;i&gt;street credibility&lt;/i&gt; ne venant de toute mani&#232;re plus de la rue, mais des boutiques que la rue relie pour former cet infini shopping mall qu'est la vie contemporaine dans les soci&#233;t&#233;s urbaines, civilis&#233;es, globalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Skateboarding et crime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Skateboarding is not a crime &#187;, comme le revendiquaient les skaters, face (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ces temps de marchandisation de tout, il faut &#224; nouveau le crime pour qu'il y ait skateboarding, au sens o&#249; les anciens sauvages de Californie, les Z-Boys de &#171; Dogtown &#187;, chiens errants le long des boulevards de Los Angeles, l'entendaient et non pas de la pose et du fitness. C'est bien s&#251;r un crime modeste, mais &#224; forte port&#233;e symbolique, un crime en apparence, un crime contre les apparences, celles qui font dire que, apparemment, les grandes villes ne sont plus habitables que dans leurs &lt;i&gt;suburbs&lt;/i&gt; et que, apparemment, les centres, les &lt;i&gt;downtowns&lt;/i&gt;, ne sont plus fr&#233;quentables, encore moins appropriables. Quant au public qui occupe leurs espaces publics, ce ne serait qu'une bande d'&lt;i&gt;addicts&lt;/i&gt; &#224; toute sortes de produits dangereux, le skate en faisant indubitablement partie &#224; l'origine, adr&#233;naline, prise de risques, plaies et blessures, fractures ouvertes, cicatrices au menton, cheveux gras, casquette sentant bon la graille des cuisines de McDonald. Junk food, junk space, junkies &#8211; dont la drogue est la glisse urbaine et l'aiguille la planche qui revient sans arr&#234;t hanter les moments o&#249; elle manque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime donc, en petit, mais dont la port&#233;e est sans fin : &#171; l'espace r&#232;gne &#187;, &#224; nouveau, quand le skateboarder reprend en clandestin ses activit&#233;s criminelles. Oui, mais le probl&#232;me est que ceux qui continuent &#224; consid&#233;rer leurs activit&#233;s de cette mani&#232;re sont bien peu nombreux / sont rares / ont presque disparus. C'est bien s&#251;r un avis personnel, mais je n'en vois plus depuis longtemps &#8211; mon &#171; terrain &#187; est pourtant la ville contemporaine toute enti&#232;re. Et mon d&#233;sint&#233;r&#234;t de la chose n'en est pas la raison premi&#232;re, car je me d&#233;sint&#233;resse d&#233;sormais de plein de choses que pourtant je vois ; que je ne peux pas m'emp&#234;cher de voir, ce qui est d'ailleurs souvent &#224; l'origine de mon d&#233;sint&#233;r&#234;t : que peut-on on trouver d'int&#233;ressant aujourd'hui &#224; la politique, &#224; l'art contemporain, &#224; la cuisine (le &lt;i&gt;fooding&lt;/i&gt;, pardon), aux matchs de ligue des champions (le footing ?), au d&#233;veloppement personnel, au d&#233;veloppement durable ?... Ce que nous cherchons, ce sont des fragments &#233;parpill&#233;s dans les villes du monde qui ont foir&#233;, ces villes dont la forme actuelle semble conclure une pratique collective et assidue de l'effondrement, social et &#233;conomique, des villes qui, Berlin termin&#233;, s'appelleraient Ljubljana, Belfast, G&#234;nes, Istanbul&#8230; - des fragments des existences r&#234;v&#233;es de groupes rebelles et m&#234;me r&#233;volutionnaires, des fragments de ces vies v&#233;cues en roue(s) libre(s) qui &#224; leur &#233;chelle &#233;taient celles des skateboarders quand ils roulaient librement dans les rues d'avant leur domestication pi&#233;tonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, forc&#233;ment, le temps passe, mais toujours demeurent quelques petits criminels de la culture urbaine, de &lt;i&gt;l'asphalte&lt;/i&gt; cher au Bertolt Brecht des ann&#233;es 1920, du sport m&#234;me, engagement musculaire cher &#224; des &#233;crivains boxeurs tels qu'Arthur Craven ou Malcolm Lowry, &#224; l'addiction nocturne actuelle, nourrie du parcours des friches, des usines d&#233;saffect&#233;es, des zones interdites, mixture improbable d'usines en phase de post-industrialisation et de chantiers stopp&#233;s brusquement pour cause de crise mondiale et offrant d&#233;sormais un r&#233;pertoire quasi infini de lieux maudits, dont les skateboarders savaient encore &#234;tre, dans les ann&#233;es 90, les &#171; Stalkers &#187; juv&#233;niles, cet univers bricol&#233; par quelque dieu ferrailleur dont on tirait partie, dans une joie de profanation de s&#233;pultures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : Stalker (1979), le film d'Andrei Tarkovski qui annon&#231;ait Tchernobyl (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une casse de voitures. Un boulevard p&#233;riph&#233;rique. Un lampadaire au verre bris&#233;. Une fen&#234;tre mur&#233;e de briques. Un quai sans touriste. Le Havre plut&#244;t que la Riviera. Des enclaves de m&#233;lancolie t&#233;n&#233;breuse dont on saisit le mieux toute la tristesse et l'euphorie m&#234;l&#233;e entre 3 et 5 heures du matin en hiver. Mais qui est encore pr&#234;t &#224; cela ? Qui est pr&#234;t &#224; d&#233;fendre le punkspace contre le junkspace, le trash contre le clean, le conflit contre la n&#233;gociation et l'accommodement ?... Quelques skaters punks dont je cherche la trace : &lt;i&gt;in girum imus nocte&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;consumimur igni&lt;/i&gt;&#8230; &#233;ternellement, la nuit, la d&#233;rive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce palindrome latin est le titre d'un beau film de Debord r&#233;alis&#233; en 1981.&#034; id=&#034;nh9-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le moment ou jamais de se souvenir du dernier paragraphe du &#171; Pays des t&#233;n&#232;bres &#187; de Stewart O'Nan : &#171; Nous sommes jeunes et foutus dans les t&#233;n&#232;bres au c&#339;ur de ce pays, &#224; l'abri au sein de notre co&#251;teuse innocence, coinc&#233;s derri&#232;re les lignes ennemies. Il est tard, il n'y a nulle part o&#249; aller car cette ville craint trop, mais nous nous en fichons. Nous sommes juste une bande de m&#244;mes idiots qui s'amusent. Nous voulons que la nuit dure &#233;ternellement &#187; (O'Nan, 2006 : 330)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A toute fin utile, on ajoutera que c'est un mort qui parle, ce qui ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui devrait plomber l'ambiance, c'est au contraire comme une ouverture, le d&#233;but possible d'une &#232;re nouvelle favorable &#224; la transgression et &#224; la subversion que je vois comme l'av&#232;nement du punkspace, ce monde ruin&#233; et prometteur dont le skater radical est un h&#233;ros notoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Skateboard punk contre les &#171; industries culturelles &#187; et la &#171; ville cr&#233;ative &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le punkspace, tel que nous nous proposons d'en d&#233;finir progressivement les qualit&#233;s ordinaires et laides &#224; partir des possibilit&#233;s qu'il offre pour continuer &#224; contenir le skateboarding dans la fange, r&#233;pond &#224; la violence de l'urbanisation qui pr&#233;vaut aujourd'hui comme m&#233;thode de fabrication de la ville&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A propos des cultures ordinaires, y compris le skateboard, on citera ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car la formalisation d'un ordre urbain qui, pour se spatialiser sans &#234;tre contest&#233;, d&#233;truit les formes d'organisation spatiale qui on pr&#233;c&#233;d&#233; l'application programm&#233;e de son plan, rasant le pass&#233; parce que l'espace est toujours marqu&#233; par la m&#233;moire des habitants qui y ont v&#233;cu, est une violence. Et si des traces de cette m&#233;moire subsistent, c'est que, de l'effacer totalement, les planificateurs de la nouvelle ville s'exposeraient &#224; un retour inopin&#233; des urbanit&#233;s anciennes (Pedrazzini, Vincent-Geslin et Thorer, 2014) et qu'il vaut mieux les contr&#244;ler en les mus&#233;ifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porosit&#233; des soci&#233;t&#233;s occidentales est telle que c'est la violence du monde contemporain, la violence de l'urbanisation, qui parvient dans les rues et au pied des immeubles des cit&#233;s. Elles sont des soci&#233;t&#233;s post-capitalistes dont les fragments ne se juxtaposent pas et dont les diff&#233;rentes s&#233;quences sont cloisonn&#233;es ou, au mieux, forment un archipel d'&#238;lots &#233;loign&#233;s les uns des autres. La s&#233;quence &#171; culture jeune &#187; n'est pas rattach&#233;e &#224; la s&#233;quence &#171; plan urbain &#187;, mais pas non plus &#224; la s&#233;quence &#171; apprentissage &#187; ou &#224; la s&#233;quence &#171; m&#233;tier exerc&#233; &#187;. Il n'y a que des activit&#233;s de punks pour que ces s&#233;quences isol&#233;es se relient et qu'un montage soit possible, les activit&#233;s de punks spatialis&#233;es dans les arri&#232;re-cours de la civilisation urbaine, le punkspace qui, parce qu'il est pourri et ne vaut rien, est le dernier espace public, le dernier fragment de cette ville &#233;miett&#233;e dans laquelle l'&#233;chec de la planification est un &#233;l&#233;ment de la planification, parce qu'il n'est pas exactement spatialis&#233; donc contr&#244;l&#233; (c'est-&#224;-dire aujourd'hui pouvoir &#234;tre pr&#233;cis&#233;ment situ&#233; par un GPS). Il n'int&#233;resse pas (encore) le pouvoir, voil&#224; sa petite chance d'&#233;chapper &#224; l'inventaire des industries cr&#233;atives et, sur un malentendu, &#224; la r&#233;pression. Mais il ne sera bient&#244;t plus temps, les habitants des villes commen&#231;ant &#224; s'habituer &#224; la violence de l'urbanisation, commen&#231;ant peut-&#234;tre &#224; prendre go&#251;t &#224; la destruction environnementale et aux chantiers, si c'est pour y mettre la beaut&#233; des catalogues et non pas de petites maisons ouvri&#232;res mal fichues qui rappellent qu'&#224; part quelques chefs jamais &#233;lus &#224; la t&#234;te des entreprises, nous sommes tous des prol&#233;taires, plus ou moins bien servis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le punkspace est construit sur les d&#233;combres de l'espace public moderne dans l'&#233;tat auquel l'av&#232;nement du junkspace l'avait r&#233;duit (Bardini, 2007). Mais le punkspace r&#233;pond &#233;galement &#224; une autre forme de violence, toute symbolique cette fois, celle que repr&#233;sente l'obsession du politique local pour que la multiplication des industries culturelles permettent l'&#233;mergence d'une nouvelle &#171; ville cr&#233;ative &#187;, o&#249; la cr&#233;ativit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir plus haut, la note 2.&#034; id=&#034;nh9-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vient rejoindre la durabilit&#233; pour participer &#224; ce complot de bonnes intentions qui annoncent l'av&#232;nement de villes (c'est-&#224;-dire les centres-villes r&#233;nov&#233;s lourdement &#8211; le contraire du m&#233;chant downtown de Bukowski et de Tom Waits &#8211; et les suburbs mais sans les piscines vides des villas d&#233;sert&#233;es et qui au moins fournissaient des bowls aux skaters qui glissaient dans les all&#233;es de ces deseperate neighborhoods) globales de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration. Des villes encore et toujours divis&#233;es, mais aussi &#171; arrang&#233;es &#187; pour qu'elles soient quand m&#234;me agr&#233;ables &#224; vivre, de petits Disneyland individuels, des fragments jolis reli&#233;s les uns aux autres par le garage, mais s&#233;par&#233; par la pelouse et la haie. M&#234;me dans les vieilles villes europ&#233;ennes plusieurs fois bombard&#233;es et reconstruites, puis d&#233;truites &#224; nouveau, on voudrait des rues pi&#233;tonnes et mod&#233;rer le trafic, installer des bancs et des places de jeux pour les petits enfants quand ils ne r&#234;vent que de monter sur un skate et de fuir les toboggans en direction des playgrounds improvis&#233;s, des rampes bricol&#233;es sous les autoroutes, la ville &#224; perte de vue. Il faut bien tenter de se glisser hors de l'enfer pav&#233; de r&#233;novations, hors du cauchemar climatis&#233;. Et &#171; qui, &#224; part Edward Ruscha, pourrait s'int&#233;resser &#224; un parking vide ? &#187; (Zarka, 2011 : 7)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapha&#235;l Zarka est ind&#233;niablement une figure de cette improbable (a priori) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le punkspace est ainsi une r&#233;ponse improvis&#233;e, esquiss&#233;e, bricol&#233;e sous le soleil p&#226;le du DIY, &#224; l'ennui qui naquit un jour de l'uniformit&#233;. Et m&#234;me si la fragmentation s'accompagne g&#233;n&#233;ralement de politiques de s&#233;curisation/privatisation de l'espace urbain et ainsi d'un renforcement de la s&#233;paration des parties au d&#233;triment d'une r&#233;invention de l'urbain comme tout et comme coh&#233;sion territoriale, l'un des avantages de vivre dans des villes fragment&#233;es est que l'on trouve toujours au moins un fragment qui nous convienne, en tout cas &#224; propos duquel on peut se dire qu'il vaut la peine culturellement, en g&#233;n&#233;ral un spot oubli&#233; dont il ne reste, au pied des murs, que les traces de &lt;i&gt;slides&lt;/i&gt; oubli&#233;s. Cette sorte de fragments r&#233;fractaires &#224; l'ordre urbain dominant forme, dans la discontinuit&#233;, un archipel rebelle, un archipel pirate, sur lequel on parvient sans trop de difficult&#233; &#224; identifier des exp&#233;riences alternatives, des poches de r&#233;sistance et des mouvements de gu&#233;rilla territoriale plus ou moins visibles, dont l'assemblage al&#233;atoire finit par dessiner une constellation d'ilots de contre-cultures qui, du fait de leurs ancrages en des points diff&#233;rents de la ville, ne sont visibles comme tout que th&#233;oriquement, inventant ainsi ce punkspace dans lequel les skaters, les travellers, les bandits, les clandestins, les squatters, les autonomes, trouvent leur place. Le punkspace les accueille et ensemble ils fabriquent en retour du punkspace, &#233;ph&#233;m&#232;re, provisoire, mobile, dans les ruines en devenir de la ville future &#8211; un futur proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les skaters, ces r&#233;sidents du punkspace, sans domicile fixe cependant puisqu'ils d&#233;ambulent sans cesse sur leurs terrains de jeux &#224; l'&#233;chelle de la ville, sont d&#233;sormais des figures irr&#233;vocables de l'urbanit&#233; contemporaine, parmi les plus outsiders et que nous proposons de qualifier de &lt;i&gt;punks&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit bien de d&#233;tourner la figure id&#233;ale du punk pour en utiliser le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour autant que nous fassions l'effort de sortir le punk de son cercueil folklorique &#8211; cr&#234;te, ceinture &#224; clous, etc. &#8211; pour en faire le qualificatif d'un espace insoumis, indisciplin&#233;, d&#233;sordonn&#233; et brut ; un espace caract&#233;ris&#233; par son irr&#233;m&#233;diable incompatibilit&#233; avec l'ordre urbain capitaliste et d&#233;mocratique du d&#233;but du XXI&#232;me si&#232;cle, si ce n'est pour en faire la caricature, clownesque et cauchemardesque. En somme, c'est le lieu d'une urbanit&#233; &lt;i&gt;irr&#233;conciliable&lt;/i&gt; avec la productivit&#233; artistique et le salariat cr&#233;atif contemporains, celle que nous nommons le punkspace (Carmo et al., 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le skate, art modeste et gu&#233;rilla ordinaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La glisse urbaine en g&#233;n&#233;ral &#8211; le longboard en particulier &#8211; m'est toujours apparue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a une quinzaine d'ann&#233;es, pour un ouvrage collectif paru aux Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme une parfaite application de la th&#233;orie de la d&#233;rive situationniste (Debord, 1956), une adaptation &#171; cin&#233;tique &#187; aussi de cette th&#233;orie (et des pratiques qu'elle visait &#224; encourager chez les adeptes de cette autre th&#233;orie situationniste qu'est celle de la ville comme terrain de jeux, &#224; l'&#233;volution de la grande ville moderne (quelque chose comme Paris), puis post-moderne (quelque chose comme Los Angeles), puis de la ville post-capitaliste (quelque chose comme Detroit ou Hong-Kong). La th&#233;orie de la d&#233;rive, quand elle est appliqu&#233;e au hors-piste urbain, gagne en actualit&#233;, abandonnant cette nostalgie du Paris de l'Apr&#232;s-guerre peu &#224; peu effac&#233; par les constructions de barres et de cit&#233;s, s'&#233;loignant des obsessions m&#233;lancoliques du Modiano de &#171; Dans le caf&#233; de la jeunesse perdue &#187;, aussi (Modiano, 2007)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En exergue, Modiano a plac&#233; cette phrase de Debord : &#171; &#192; la moiti&#233; du chemin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au skateboarder, la ville fournit &#224; la fois l'adversaire &#171; naturel &#187; et le co-&#233;quipier, c'est-&#224;-dire le partenaire principal et le terrain de jeu que l'on explore et cherche &#224; conna&#238;tre intimement, sans le domestiquer (une fois dompt&#233;, le spot n'a pas plus d'int&#233;r&#234;t qu'un McDo ou un 7/11). Les skaters, indiens m&#233;tropolitains &#224; vrai dire, ont d&#233;velopp&#233; des savoirs &#171; vernaculaires &#187; urbains, ce qui fait que, quand le monde s'effraie de l'urbanisation, leur estime authentique pour le milieu construit et les qualit&#233;s profondes des espaces urbains en fait des auxiliaires primitifs pr&#233;cieux de l'urbanisme, en d&#233;viant ludiquement sa cause originelle qui est l'ordre, le zoning, la garantie des flux, le passage des infrastructures. Les skateboarders, par leur pratique &#224; la fois sonore, ludique et ambulatoire, remettent &#171; en cause les usages plus ou moins convenus de la rue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Calogirou et Touch&#233; (1999 : 38).&#034; id=&#034;nh9-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le skate reste un savoir alternatif et, comme les situationnistes avant eux, les skaters &lt;i&gt;pratiquent&lt;/i&gt; la critique de l'urbanisme ; mais l&#224; o&#249; les premiers pr&#233;f&#233;raient les caf&#233;s de la Montagne Saint-Genevi&#232;ve pour y dresser leurs plans de bataille contre la soci&#233;t&#233; du spectacle en buvant le plus possible de vin rouge, les skaters &#171; critiquent &#187; depuis la rue m&#234;me (en buvant le plus possible plein d'autres trucs, &#233;galement h&#233;las ! des energy drinks). Mais o&#249; tous se rejoignent &#224; cinquante ans de distance, c'est que pour que la critique soit authentiquement v&#233;cue et non seulement th&#233;oris&#233;e, il faut que le critique d&#233;rive et que ce soit son corps qui erre dans la ville. Bien s&#251;r &#8211; c'est apr&#232;s tout un punk, nous en avons fait l'hypoth&#232;se &#8211; le skater parodie cette critique dans le temps m&#234;me o&#249; il l'&#233;nonce, comme il parodie sa pratique sportive et tout terrain de sport, ce qu'il fait en prenant la ville pour un total &lt;i&gt;playground&lt;/i&gt;, la soumettant &#224; son envie de jouer, transformant les escaliers m&#233;caniques en toboggans, la route en piste de schuss et le mobilier urbain en tremplins ou barre d'appui... Ce d&#233;tournement de l'espace urbain est la plus radicale mani&#232;re de s'&#233;carter de l'ordre sportif traditionnel. La perturbation du champ sportif atteint ainsi le champ urbain.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ville, &#171; le skater, donc, embarrasse, tel l'&#233;tranger que G. Simmel pr&#233;sentait comme la figure du citadin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Calogirou et Touch&#233; (1999 : 41). Voir aussi : Simmel (1908).&#034; id=&#034;nh9-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le cadre de cette indiscipline sportive extr&#234;me qu'est le hors-piste urbain, le skateboarding est une remise en cause permanente &#8211; et &#171; criminelle &#187; - de l'organisation et de la sp&#233;cialisation du sol urbain, bien que le projet de renverser l'ordre n&#233;olib&#233;ral ne soit que rarement au programme. N&#233;anmoins il pose le probl&#232;me de la publicit&#233; de l'espace urbain. Car, s'ils se contentaient des rampes install&#233;es &#224; leur intention ou des skateparks que les autorit&#233;s voudraient tellement voir fonctionner comme des r&#233;serves d'indiens, les skaters ne seraient pas si dangereux pour les id&#233;es re&#231;ues. Mais voil&#224;, ils pr&#233;f&#232;rent de beaucoup s'en &#233;chapper et pratiquer, dans la rue, ce genre de fl&#226;nerie et ce d&#233;tachement que Baudelaire consid&#233;rait &#234;tre l'exclusivit&#233; de l'artiste boh&#232;me de la modernit&#233; urbaine (Baudelaire, 1868 ; Benjamin, 1935), ce qui ne va pas sans quelque conflit d'occupation du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pari que nous avions fait, il y a encore dix ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je me r&#233;f&#232;re ici pour beaucoup &#224; mes &#171; ann&#233;es de rues &#187;, en Europe, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que &lt;i&gt;le droit &#224; la rue&lt;/i&gt; de chacun pourrait &#234;tre obtenu, est aujourd'hui perdu. Mais, les droits s'accompagnant toujours de devoirs, ce n'est pas tr&#232;s grave. Parce que les rues ont &#233;t&#233; domestiqu&#233;es et que leur pratique alternative a &#233;t&#233; largement l&#233;gitim&#233;e (pour les cyclistes en tout cas), le pari en question doit porter maintenant sur le droit &#224; d&#233;fendre des territoires punks menac&#233;s de r&#233;novation/gentrification et non le droit &#224; utiliser librement des rues qui relient l'un de ces territoires aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cette d&#233;fense du territoire du skateboarding punk devrait commencer par un adieu &#224; la rue, la conqu&#234;te de nouveaux spots &#171; rudes &#187; et r&#234;ches, et leur sabotage syst&#233;matique afin qu'ils ne fassent envie ni aux bobos ni aux promoteurs, que leur potentiel &#233;chappe &#224; tous ceux qui n'y souhaitent pas y voir s'installer des punks, et ensuite, de l&#224;, repartir trasher les rues et les centres-villes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le skate et l'h&#233;t&#233;rotopie punk&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le punkspace est le territoire de l'ennemi public / l'espace public de l'ennemi. Les skaters &#171; punks &#187;, dont l'incessant labeur est d'&#233;tendre ce territoire au-del&#224; des lignes o&#249; ils sont l'ennemi, d&#233;placent le punkspace comme des agents secrets d&#233;placeraient leur ambassade clandestine en trimballant leurs valises diplomatiques aux quatre coins d'une ville occup&#233;e par un gouvernement l&#233;gitime mais contest&#233; par quelques factions rebelles, des brigades internationales regroupant les exil&#233;s et apatrides du monde entier sous la banni&#232;re noire du punk. La construction du territoire ennemi dont nous parlions plus haut est celle, peut-&#234;tre davantage, d'une utopie pirate (Bey 1997), ou bien m&#234;me une &lt;i&gt;h&#233;t&#233;rotopie&lt;/i&gt;, au sens d&#233;fini de mani&#232;re suffisamment synth&#233;tique par Michel Foucault pour que nous en pr&#233;levions les &#233;l&#233;ments qui nous int&#233;ressent, mais alors parce qu'il ne peut s'agir, dans les rues, sur l'asphalte des villes, que d'une praxis de l'h&#233;t&#233;rotopie - glisser dans des espaces autres, les &lt;i&gt;autrifier&lt;/i&gt; &#8211; d'une topie : &#171; Mon corps, c'est le contraire d'une utopie, ce qui n'est jamais sous un autre ciel, il est le lieu absolu, le petit fragment d'espace avec lequel, au sens strict, je fais corps. Mon corps, topie impitoyable &#187; (Foucault, 1966/2009 : 9). Et quand ce petit fragment d'espace, port&#233; par une planche &#224; roulette, franchi les espaces urbains, il devient une &#171; topie &#187; impitoyable mobile. Alors, ne serait-ce pas ce tout l'espace parcouru, travers&#233; par ce corps en mouvement, qui aurait du coup ce m&#234;me caract&#232;re impitoyable ? Et si donc l'espace &#233;tait impitoyable, n'aurait-on pas l&#224; quelque chose du m&#234;me ordre dans la qualit&#233; premi&#232;re que Roger Caillois (1946) attribuait &#224; l'architecture, au point qu'il la d&#233;finisse comme art &lt;i&gt;implacable&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le skateboarder ne relierait-il pas l'architecture implacable, aujourd'hui la plus enthousiasmante &#233;tant la recycling architecture (ou re-architecture) punk des squats et des friches, au d&#233;tachement du rebelle cool &#224; la Dean Moriarty/Neal Cassady du &#171; Sur la route &#187; de Jack Kerouac, c'est-&#224;-dire l'effondrement industriel et la route o&#249; l'on d&#233;rive, par laquelle on fuit et o&#249; d&#233;bute la vraie errance qui est philosophique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant par l'architecture implacable &#8211; architecture sans ornement de l'Adolf Loos de 1908 - vers le skateboard dans ce qu'il a de plus profond&#233;ment punk, v&#233;rit&#233; que les sponsors s'acharnent &#224; ridiculiser tout en voulant faire croire que leur fascination pour le sk8 leur vient de ce fond de commerce fin 70's trash, vers les ann&#233;es 1920, on dira : skateboard et crime. Le skateboard est un crime s'il sert une culture de l'ornement et ne vise plus l'os de la ville, ses structures &#233;l&#233;mentaires et primitives, celles que laissent voir enfin les ruines contemporaines quand s'en occupe vraiment la crise &#233;conomique comme &#224; Detroit, ou Gordon Matta-Clark, comme dans le New Jersey, deux vastes terrains vagues pr&#234;ts &#224; se d&#233;construire. L'&#226;me du skateboarder est amaigrie et ne trouve &#224; hanter que les espaces de l'outside am&#233;ricain, m&#234;me &#8211; ou surtout &#8211; hors des Etats-Unis. Ces espaces ne sont pas des skateparks, mais des champs de bataille id&#233;ologiques inscrits sur le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre tous les sports &#171; liquides &#187; d'aujourd'hui (au sens que Zygmunt Bauman donne &#224; toute chose &#171; liquide &#187; de la postmodernit&#233;, l'amour, la s&#233;curit&#233;, les transports&#8230;) &#8211; corps lisses, &#233;pil&#233;s, des gar&#231;ons soign&#233;s &#8211; invoquons les sports r&#234;ches, aux asp&#233;rit&#233;s et &#224; la duret&#233; rituelle. On aurait tort de sous-estimer la contribution du rider &#224; la &lt;i&gt;thrashization&lt;/i&gt; de l'espace urbain : la construction du punkspace est une destruction (sans r&#232;gle ?) des normes d'utilisation des espaces publics urbains, &#224; commencer par la route que l'on utilise comme une place de jeu. Mais aussi, le skater pourrait dire : &#8230;va, mon skate, va contribuer &#224; la destruction du monde tel qu'il est&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour paraphraser l'&#233;crivain am&#233;ricain Russel Banks qui parlait, quant &#224; lui, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Car d&#233;truire le monde tel qu'il est in&#233;gal, violent et ultra-lib&#233;ral est un objectif tout sauf anodin. Et pour cela, il faut aussi d&#233;truire l'id&#233;e m&#234;me de ville, en tout cas l'id&#233;e pr&#233;con&#231;ue de sa forme, neuve et jolie. Il s'agira ensuite d'inventer une nouvelle beaut&#233;, beaut&#233; cach&#233;e, beaut&#233; convulsive et transgressive : la beaut&#233; des espaces sauvages et incertains. Evidemment, construire de la beaut&#233; n'est pas chose facile par les temps qui courent et construire une autre beaut&#233; une chose encore plus difficile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense &#224; cette occasion &#224; l'&#233;vocation de la &#171; beaut&#233; difficile &#187; du po&#232;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne va pas refuser la moindre parcelle de cette beaut&#233;, fut-elle construite par la pratique r&#233;p&#233;t&#233;e d'un geste de skater, sa planche et un trottoir ; fut-elle une beaut&#233; construite comme un territoire ennemi, ennemi de l'ordre, de toute ville de cet ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Larry Clark, dont l'ambigu&#239;t&#233; du regard qu'il pose sur les skaters adolescents n'aura jamais entam&#233; sa cr&#233;dibilit&#233; &#224; les filmer avec une v&#233;ritable tendresse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense notamment &#224; cette trilogie du skate &#8211; Kids (1995), et Wassup (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a beaucoup &#339;uvrer pour transformer les ados pratiquant le skate aux Etats-Unis comme d&#233;sormais &#224; Paris des ic&#244;nes &#171; mainstream &#187;, malgr&#233; &#8211; ou &#224; cause de - son obstination &#224; leur fournir une image maudite. Il a aussi donn&#233; sa r&#233;ponse &#224; la question de Zarka : lui aussi s'int&#233;resse aux parkings d&#233;serts, surtout quand ils ne restent pas d&#233;serts longtemps et que le bruit des planches en remplit les cases vides et en restitue l'ind&#233;niable urbanit&#233; et la cruelle beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Wassup rockers &#187;, les punks skaters film&#233;s par Larry Clark sont des Chicanos de la banlieue de Los Angeles, ce qui en rend la &#171; beaut&#233; difficile &#187; moins &#233;vidente, la beaut&#233; facile de ces skaters &#233;tant trop visuelle, pr&#233;visible, suspect de pacte avec l'ennemi de classe. C'est en fait que le punkspace ne fait que commencer dans les friches postindustrielles de l'occident et qu'il faut bien donner des choses &#224; voir &#224; son sujet. Or, il se r&#233;pand d&#233;j&#224; au Mexique, projetant dans les rues &lt;i&gt;ce magical urbanism&lt;/i&gt; dont Mike Davis (2001) esp&#233;rait le salut de la grande m&#233;tropole am&#233;ricaine. Il se propage vite, son esth&#233;tique brutal devenant m&#234;me parfois dangereusement populaire dans certaines villes et bastions culturels de cet ennemi qu'est le capitalisme qui toujours est l&#224; pr&#234;t &#224; capitaliser les exp&#233;riences les plus communautaires. Ainsi, aujourd'hui, m&#234;me Larry Clark doit gagner sa vie, et son dernier film parisien ne parvient qu'&#224; r&#233;affirmer les clich&#233;s skate chic de la sc&#232;ne du Trocad&#233;ro. O&#249; est donc pass&#233;e la possibilit&#233; d'une construction d'un espace de r&#233;sistance mobile ? A l'heure o&#249; le street art trouve, &#224; l'instar des sculptures de skateurs tels que Rafael Zarka, sa place dans les galeries de New York et d'ailleurs, la rue pourrait se r&#233;affirmer en tant qu'espace-acteur et en ne garantissant rien &#224; personne redevenir l'asphalte, noir, dur et r&#233;sistant que Brecht &#233;voquait en 1934, seule culture populaire capable de r&#233;sister aux fascismes qui viennent, plus ou moins d&#233;guis&#233;s en jeunes gens cools : no art, no fun, la rue, rien que la rue ! Le punkspace, donc. &lt;i&gt;Et la ruine, juste avant qu'elle ne le devienne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Banks Russel, 1994, &lt;i&gt;Continents &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt;, Arles, Actes Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bardini Thierry, 2007, &#171; Sur les d&#233;combres&#8482; de l'espace public. L'architecture (retro)virale de Rem Koolhaas &#187;, in : &lt;i&gt;Les Cahiers du GERSE&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, pp117-142.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudelaire Charles, 1863, &#171; Le peintre de la vie moderne &#187;, Paris, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 26 novembre, 29 novembre et 3 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carmo Leticia., Pedrazzini Yves et Reitz Maude, 2015, &#171; [Heroic] Figures of Urbanity, 'Creativists' and Travellers : New (post)heroes in Town &#187;, in Vincent St&#233;phanie., Pedrazzini Yves, Adly Hossam et Zorro Yafiza, &lt;i&gt;Translating the City : Interdisciplinarity in urban studies&lt;/i&gt;, Oxford, Routledge, pp163-183.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hussey Andrew, 2014, &lt;i&gt;Guy Debord : la soci&#233;t&#233; du spectacle et son h&#233;ritage punk&lt;/i&gt;, Paris, Editions du Globe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin Walter, 1935/1971, &#171; Paris, capitale du XIX&#232;me si&#232;cle &#187;, in &lt;i&gt;L'homme, le langage et la culture&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, pp117-136.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bey Hakim, 1997, TAZ &#8211; &lt;i&gt;Zone autonome temporaire&lt;/i&gt;, Paris, Editions de l'Eclat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brecht Bertold, 1934/1970, &#171; [Sur la litt&#233;rature de l'asphalte] &#187;, in, &lt;i&gt;Les Arts et la r&#233;volution&lt;/i&gt;, Paris, L'Arche, pp57-58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borden Iain, 2001, &lt;i&gt;Skateboarding, Space and the City&lt;/i&gt;, Oxford UK et New York : Berg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caillois Roger, 1946/1981, &#171; D&#233;cision par l'architecture &#187;, in : &lt;i&gt;Chroniques de Babel&lt;/i&gt;, Paris : Deno&#235;l/Gonthier, pp140-142.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calogirou Claire, Touch&#233; Marc, 1999, &lt;i&gt;Le skate, le plaisir de ma vie&lt;/i&gt;, Poitiers : Le Confort Moderne-MNATP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calogirou Claire et Touch&#233; Marc, 1995, &#171; R&#234;ver sa ville : l'exemple des pratiquants de skateboard &#187;, in : &#171; L'imaginaire de la ville &#187;, &lt;i&gt;Le Journal des Anthropologues&lt;/i&gt;, 61-62, pp67-77.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clark Larry, 1971, &lt;i&gt;Tulsa&lt;/i&gt;, New York, Lustrum Press, Paperback.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Davis Mike, 2001, &lt;i&gt;Magical Urbanism : Latinos reinvent the U.S. City&lt;/i&gt;, Londres, Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debord Guy (1956), &#171; Th&#233;orie de la d&#233;rive &#187;, in &lt;i&gt;Les L&#232;vres nues&lt;/i&gt; n&#176; 9, Bruxelles, novembre, pp6-13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debord Guy, 1967, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, Paris : Buchet &amp; Chastel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florida Richard, 2002, &lt;i&gt;The Rise of the Creative Class and How It's Transforming Work, Leisure and Everyday Life&lt;/i&gt;, New York, Basic Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault Michel, 1967/2009, &lt;i&gt;Le corps utopique, les h&#233;t&#233;rotopies&lt;/i&gt;, F&#233;camp, Nouvelles &#233;ditions Lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flusty Steven, 2000, &#171; Thrashing Downtown : Play as resistance to the spatial and representational regulation of Los Angeles &#187;, &lt;i&gt;Cities&lt;/i&gt;, Vol. 17, No. 2, pp149&#8211;158.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glauser Julien, 2012, &lt;i&gt;Revers de Tokyo : images et imaginaires du skateboard &#8211; recherche en anthropologie visuelle&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat en anthropologie sociale et urbanisme, dir. Herz Ellen et Paquot Thierry, Paris, Institut d'urbanisme de l'Universit&#233; de Paris-Est /Neuch&#226;tel : Facult&#233; des Lettres de l'Universit&#233; de Neuch&#226;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hebdige Dick, 1979, &lt;i&gt;Subculture : the Meaning of Style&lt;/i&gt;, Londres, Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heino Rebecca, 2000, &#171; New Sports : What is So Punk About Snowboarding ? &#187;, in &lt;i&gt;Journal of Sports and Social Issues&lt;/i&gt;, Volume 24, No. 1, February, SAGE Publications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Koolhaas Rem, 2000, &#171; Junkspace &#187;, in Koolhaas R. et al., &lt;i&gt;Mutations&lt;/i&gt;, Barcelone, ACTAR &amp; Cnetre d'Architecture Arc-en-R&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loos Adolf, 1908/2003, &lt;i&gt;Ornement et crime&lt;/i&gt;, Paris, Rivages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Modiano Patrick, 2007, &lt;i&gt;Dans le caf&#233; de la jeunesse perdue&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mowry Jess, 1993, &lt;i&gt;Hypercool&lt;/i&gt;, Paris, Plon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcus Greil, 1990, &lt;i&gt;Lipstick Traces : A Secret History of the Twentieth Century&lt;/i&gt;, Cambridge, Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O'Nan Stewart, 2006, &lt;i&gt;Le pays des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;, Paris, Editions de L'Olivier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrazzini Yves, 2005, &lt;i&gt;La violence des villes&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Ecosoci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrazzini Yves, 2001a, &#171; L'asphalte et le hors-piste urbain &#187;, in Loret Alain, &lt;i&gt;Glisse urbaine&lt;/i&gt;, Paris, Autrement, n&#176; 205, pp36-52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrazzini Yves, 2001b, &lt;i&gt;Rollers et skaters : sociologie du hors-piste urbain&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrazzini Yves, Vincent-Geslin St&#233;phanie et Thorer Alban, 2014, &#171; Violence of Urbanization, Poor Neighbourhoods and Large-Scale Projects : Lessons from Addis Ababa, Ethiopia &#187;, in &lt;i&gt;Built Environment&lt;/i&gt;, Volume 40, Number 3, Autumn, Londres, Alexandrine Press, pp419-432.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simmel Georg, 1903/1989, &lt;i&gt;Philosophie de la modernit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinclair Iian, 2010, &lt;i&gt;London Orbital&lt;/i&gt;, Paris, Inculte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zarka Rapha&#235;l, 2009, &lt;i&gt;Chronologie lacunaire du skateboard, 1779-2009&lt;/i&gt;, Paris, Editions B42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zarka Rapha&#235;l, 2011, &lt;i&gt;La conjonction interdite : notes sur le skateboard&lt;/i&gt;, Paris, Editions B42.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : Mowry (1993), notamment, sur la rencontre explosive (mais romanc&#233;e) entre culture skate et culture de gang.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela fait d&#233;j&#224; bien quelques ann&#233;es que le milieu du skate ne me semble plus &#234;tre en mesure de produire autre chose que de la chaire &#224; sponsors (Pedrazzini, 2001). Pourtant, &#171; l'id&#233;e du skateboard &#187;, l'id&#233;e qu'il pourrait en glissant dans les rues des villes occidentales, asiatiques, am&#233;ricaines&#8230; cr&#233;er une sorte d'internationale imaginaire capable par la virtuosit&#233; de ses membres actifs de faire la critique d'un urbanisme aujourd'hui engonc&#233; de recettes et de m&#233;thodes p&#233;dantes, sans s'offrir &#224; son tour &#224; la critique &#8211; puisque, &#224; l'&#233;vidence, elle n'existe pas !, l'id&#233;e du skateboard vaut bien la peine que l'on y croie encore un peu et que, fatalement on y revienne apr&#232;s toutes ces ann&#233;es. Voir aussi : Glauser (2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cisions d'embl&#233;e que le punk est un &#233;tat d'esprit ou une attitude politique, mais pas un genre musical, et qu'&#224; ce titre, ce qu'on a connu sous le nom de skate punk n'&#233;tait que de la musique, une bande son pas plus punk que &#231;a, de la musique d'ascenseur, et n'&#233;tait pas fondamentalement li&#233; &#224; la culture skate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voil&#224; bien notre punkspace : le lieu de la r&#233;sistance &#224; la transformation de l'espace incertain des villes en junkspace (Koolhaas, 2000), la r&#233;sistance au passage vers le funspace, soci&#233;t&#233; du loisir de masse, r&#233;sistance que nous appellerons punk, et la r&#233;sistance &#224; la nouvelle exigence de la cr&#233;ativit&#233; pour tous (bobos, hipsters ou artistes contemporains &#339;uvrant dans la pub, regroup&#233;s en creative workers)... Plus que les acteurs de ce mouvement de r&#233;sistance, c'est donc l'espace du punk &#8211; le punkspace donc &#8211; qui r&#233;siste le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette m&#234;me &#171; alliance objective &#187;, plus ou moins secr&#232;te, entre punks et situationnistes vient d'&#234;tre reformul&#233;e, voir : Hussey (2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Skateboarding is not a crime &#187;, comme le revendiquaient les skaters, face &#224; la p&#233;nalisation de la pratique d&#233;cid&#233;e en 1996 dans le NYC de Giuliani. Mais dans les mondes contrast&#233;s du skateboard, le crime peut payer, si l'on parvient &#224; rider en professionnel en portant les produits du sponsor.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : Stalker (1979), le film d'Andrei Tarkovski qui annon&#231;ait Tchernobyl et inventa &#171; la zone &#187;. Les stalkers sont les explorateurs et &#171; guides &#187; p&#233;n&#233;trant ill&#233;galement dans la zone contamin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce palindrome latin est le titre d'un beau film de Debord r&#233;alis&#233; en 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A toute fin utile, on ajoutera que c'est un mort qui parle, ce qui ne surprend pas dans ce roman de fiction r&#233;aliste/fantastique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A propos des cultures ordinaires, y compris le skateboard, on citera ce num&#233;ro &#171; culte &#187; de la revue Esprit (no. 10, octobre 1978), dans lequel outre Michel de Certeau &#224; propos de la &#171; culture de l'ordinaire &#187;, on trouve, regroup&#233; sous le titre de &#171; Figures urbaines du quotidien &#187;, un article de Patrick Mignon sur &#171; L'effet punk &#187; et un autre de Jacques Caroux sur &#171; Le skate sauvage &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir plus haut, la note 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapha&#235;l Zarka est ind&#233;niablement une figure de cette improbable (a priori) fusion entre art contemporain et skate culture, qui relevait jusque l&#224; surtout de ce que la notion d'arts modestes permettaient de mettre en &#233;vidence : les motifs dessin&#233;s sur les planches de skate (voir &#224; ce sujet les expos du mus&#233;e international des arts modestes de S&#232;te). Promoteur d'une confusion &#224; haut potentiel de controverse &#8211; la &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; de cette culture skate (punk) par le monde artistique - Zarka n'en perd cependant pas son sens de l'humour et reste prompt &#224; parodier lui-m&#234;me la confusion dont il est l'un des promoteurs en proposant des &#339;uvres elles-m&#234;mes improbables, aussi bien dans le monde du skate que de celui de l'art, mais curieusement parfaites pour l'espace public vrai.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit bien de d&#233;tourner la figure id&#233;ale du punk pour en utiliser le potentiel critique. Mais pour les personnes int&#233;ress&#233;es &#224; la figure du punk &#171; original &#187;, on se r&#233;f&#233;rera au classique anglais : Hebdige 2006 Pour la France, voir notamment : Zeneidi-Henry (2009). Et &#224; ce sujet, mais &#224; la montagne, voir : Heino (2000).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a une quinzaine d'ann&#233;es, pour un ouvrage collectif paru aux Editions Autrement, j'avais une premi&#232;re fois essay&#233; de faire ce parall&#232;le entre la d&#233;rive situationniste et la glisse urbaine. Voir &#224; ce sujet : Pedrazzini (2001 a). Voir aussi, la &#171; performance &#187; scientifique effectu&#233;e par Ian Sinclair (2010) autour de Londres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En exergue, Modiano a plac&#233; cette phrase de Debord : &#171; &#192; la moiti&#233; du chemin de la vraie vie, nous &#233;tions environn&#233;s d'une sombre m&#233;lancolie, qu'ont exprim&#233;e tant de mots railleurs et tristes, dans le caf&#233; de la jeunesse perdue. &#187; Que fait un skater, arriv&#233; &#224; la moiti&#233; de sa vraie vie, dans la ville hypermoderne ?...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Calogirou et Touch&#233; (1999 : 38).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Calogirou et Touch&#233; (1999 : 41). Voir aussi : Simmel (1908).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je me r&#233;f&#232;re ici pour beaucoup &#224; mes &#171; ann&#233;es de rues &#187;, en Europe, mais surtout en Am&#233;rique Latine. Voir notamment : Pedrazzini, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour paraphraser l'&#233;crivain am&#233;ricain Russel Banks qui parlait, quant &#224; lui, de son livre &#171; Continents &#224; la d&#233;rive &#187; (Banks 1994 :592).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pense &#224; cette occasion &#224; l'&#233;vocation de la &#171; beaut&#233; difficile &#187; du po&#232;te Erza Pound, faite par l'&#233;crivain napolitain Raffaele La Capria (2010). La Capria est aussi le sc&#233;nariste de &#171; Main basse sur la ville &#187;, film de F. Rosi (1963), critique de l'urbanisme s'il en est&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pense notamment &#224; cette trilogie du skate &#8211; Kids (1995), et Wassup rockers (2004), &#224; laquelle viendra peut-&#234;tre s'ajouter &lt;i&gt;&#171; The smell of us &#187;&lt;/i&gt; cette ann&#233;e. Mais pour ce qui en est des films de skate &#171; cr&#233;dibles &#187;, on pr&#233;f&#233;rera a priori le &#171; Paranoid Park &#187; de Gus Van Sant en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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