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	<title>Influxus</title>
	<link>http://www.influxus.eu/</link>
	<description>La revue influxus est une publication scientifique qui regroupe les travaux de chercheurs &#224; la crois&#233;e des chemins entre sciences humaines et sociales, math&#233;matiques, informatique et sciences de la nature.
Influxus est multilingue, sa vocation est internationale, tous les articles sont publi&#233;s dans leur langue d'origine et le support est d&#233;velopp&#233; en France.
Les travaux s&#233;lectionn&#233;s par le comit&#233; de publication d'influxus ont pour point commun d'&#233;laborer de nouveaux cadres conceptuels, d'&#233;tablir des ponts entre les diff&#233;rentes traditions scientifiques, et de d&#233;velopper des approches innovantes.</description>
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		<title>Le coup de foudre : L'histoire d'une &#233;motion &#233;lectrique dans le monde francophone (XVIIIe-XIXe si&#232;cles)</title>
		<link>https://influxus.eu/article1021.html</link>
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		<dc:date>2015-11-10T10:28:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dolores Martin-Moruno</dc:creator>


		<dc:subject>Creative Commons</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire de la sensibilit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Coup de foudre</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Passion amoureuse</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire de l'&#233;lectricit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature sentimentale</dc:subject>
		<dc:subject>History of emotions</dc:subject>
		<dc:subject>Love at first sight</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Love passion</dc:subject>
		<dc:subject>History of electricity</dc:subject>
		<dc:subject>Sentimental literature</dc:subject>
		<dc:subject>Attirance irresistible</dc:subject>
		<dc:subject>Essence de l'amour</dc:subject>
		<dc:subject>S'amourache</dc:subject>
		<dc:subject>Foudre</dc:subject>
		<dc:subject>Changement d'&#233;tat physiologique</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Le feu du ciel&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Le feu sexuel&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>Sentiment amoureux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avoir un coup de foudre est une expression courante en fran&#231;ais pour exprimer l'attirance irr&#233;sistible que nous &#233;prouvons envers un objet ou une personne que l'on vient de rencontrer d'une mani&#232;re inattendue. On peut avoir un coup de foudre pour un appartement, pour une robe et bien s&#251;r, pour un(e) inconnu(e) qui apparait comme LA PERSONNE avec qui l'on a toujours r&#234;v&#233; de passer le reste de sa vie. Le coup de foudre amoureux est la d&#233;couverte de cette moiti&#233; attendue depuis le plus jeune (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot1104.html" rel="tag"&gt;Creative Commons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5587.html" rel="tag"&gt;Histoire de la sensibilit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5625.html" rel="tag"&gt;Sentiment amoureux&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avoir un coup de foudre est une expression courante en fran&#231;ais pour exprimer l'attirance irr&#233;sistible que nous &#233;prouvons envers un objet ou une personne que l'on vient de rencontrer d'une mani&#232;re inattendue. On peut avoir un coup de foudre pour un appartement, pour une robe et bien s&#251;r, pour un(e) inconnu(e) qui apparait comme LA PERSONNE avec qui l'on a toujours r&#234;v&#233; de passer le reste de sa vie. Le coup de foudre amoureux est la d&#233;couverte de cette moiti&#233; attendue depuis le plus jeune &#226;ge, de ce double qui nous renvoie notre propre image comme s'il s'agissait du reflet d'un miroir. C'est un ph&#233;nom&#232;ne myst&#233;rieux qui nous montre les limites de ce que l'on peut expliquer, c'est-&#224;-dire, de ce qui est rationnel et qui provoque en nous, surement pour cela, une profonde stup&#233;faction similaire &#224; l'engourdissement produit par l'&#233;lectricit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;* Ce travail a &#233;t&#233; pr&#233;alablement pr&#233;sent&#233; lors de la conf&#233;rence &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Inspir&#233; par cette analogie, le po&#232;te Heinrich Heine s'interrogeait ainsi, sur l'essence de l'amour au d&#233;but du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce que sont les coups de b&#226;ton, on le sait ; mais ce qu'est l'amour, personne encore ne l'a d&#233;couvert. Quelques philosophes modernes ont soutenu que c'&#233;tait une sorte d'&#233;lectricit&#233;. Cela est possible ; car, dans le moment o&#249; l'on s'amourache, on sent comme un rayon &#233;lectrique de l'&#339;il de l'objet aim&#233; qui frappe droit dans le c&#339;ur (Heine, 1834, p. 226).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; C'est pr&#233;cis&#233;ment ce caract&#232;re &#233;nigmatique du coup de foudre qui nous invite &#224; nous interroger sur sa nature, ainsi que sur les particularit&#233;s qui peuvent entrainer l'expression fran&#231;aise de l'exp&#233;rience de cette attirance physique irr&#233;sistible et inexplicable par rapport &#224; d'autres univers culturels. Bien que nous puissions constater des repr&#233;sentations similaires de l'amour subit et sauvage dans toutes les langues comme &lt;i&gt;love at first sight&lt;/i&gt; en anglais et &lt;i&gt;Liebe auf der ersten Blick&lt;/i&gt; en allemand qui font r&#233;f&#233;rence &#224; la vue, ou encore &lt;i&gt;flechazo&lt;/i&gt; en espagnol qui fait allusion &#224; la fl&#232;che mythique envoy&#233; par Cupidon ; l'appropriation du ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique de la foudre semble &#234;tre une sp&#233;cificit&#233; de la langue fran&#231;aise comparable au &lt;i&gt;colpo di fulmine&lt;/i&gt; en italien et &lt;i&gt;dragoste pre fulgeratoare&lt;/i&gt; en roumain, des expressions qui sont vraisemblablement des calques syntactiques de la locution fran&#231;aise.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Houda Ounis et Danielle Leeman, &#171; &#8216;Coup de foudre' : m&#233;taphore ou signifi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; De plus, parmi les diverses mani&#232;res que nous retrouvons pour exprimer cet amour passionnel dans diff&#233;rentes langues, la m&#233;taphore fran&#231;aise du &#171; coup de foudre &#187; est particuli&#232;rement puissante car elle met en avant les ressemblances entre l'affinit&#233; affective et physique qui se produit de mani&#232;re instantan&#233;e entre deux personnes et la d&#233;charge &#233;lectrique violente occasionn&#233;e entre deux nuages d'orage o&#249; entre un nuage et la terre ; une secousse qui peut entra&#238;ner des changements d'&#233;tat physiologique chez l'individu comme des br&#251;lures, tremblements, paralysies ou, de plus graves cons&#233;quences encore, comme la mort.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les effets de la foudre sur l'organisme humain, et notamment sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; N&#233;anmoins, la passion amoureuse n'a pas toujours &#233;t&#233; per&#231;ue par l'interm&#233;diaire de la m&#233;taphore de la foudre en fran&#231;ais. Du point de vue linguistique, l'utilisation de l'expression &#171; coup de foudre &#187; pour se r&#233;f&#233;rer au domaine sentimental remonte &#224; la seconde moiti&#233; du dix-huiti&#232;me si&#232;cle ; moment o&#249; l'on peut constater l'acceptation du nouveau sens de cette expression dans les dictionnaires de l'&#233;poque.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Dictionnaire de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, atteste l'existence de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En prenant comme point de d&#233;part cette alt&#233;ration s&#233;mantique, cet article vise &#224; examiner les transformations culturelles qui ont donn&#233; lieu &#224; la naissance de cette expression affective dans le monde francophone et, notamment celles concernant les changements dans les codes de la conduite amoureuse.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les transformations de l'amour et de l'institution du mariage dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Afin de reconstruire l'histoire du coup de foudre, on recourra &#224; l'analyse des textes philosophiques, litt&#233;raires, psychologiques, psychiatriques ou encore, ceux appartenant &#224; la nouvelle science de l'&#233;lectricit&#233; d&#233;velopp&#233;e pendant la seconde moiti&#233; du dix-huiti&#232;me si&#232;cle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'histoire du coup de foudre, voir Anouchka Vasak, &#171; De l'orage dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette approche multidisciplinaire, qui est propre au programme de recherche appel&#233; parmi les sp&#233;cialistes &#171; Histoire des &#233;motions &#187; (Rosenwein, 2006, pp. 33-48), &#171; Histoire des sensibilit&#233;s &#187; (Febvre, 1941, pp. 5-20) ou encore, &#171; Histoire de l'affectivit&#233; &#187; (Boquet et Nagy, 2011, pp. 5-24) va nous permettre d'expliquer de mani&#232;re globale le processus par lequel a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; notre image contemporaine de l'amour soudain et violent comme une d&#233;charge &#233;lectrique entre le ciel et la terre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi, Quentin Deluermoz, Emmanuel Fureix, Herv&#233; Mazurel et M'hamed (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. -tenu de cette comparaison entre &#171; le feu du ciel &#187;, la foudre, et le &#171; feu sexuel &#187;, la passion amoureuse, nous allons interpr&#233;ter l'apparition de cette m&#233;taphore comme une transposition de la nouvelle signification scientifique que re&#231;oit la foudre dans les codes amoureux en vigueur entre la seconde moiti&#233; du XVIIIe et la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Vander Gucht, &#171; La religion de l'amour et la culture conjugale &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les origines et les formes de l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avant d'entreprendre cette &#233;tude sur l'histoire du coup de foudre, il faut tout d'abord distinguer deux aspects de l'amour qui sont souvent con&#231;us comme contradictoires : le coup de foudre et le sentiment amoureux. Alors que l'amour d&#233;signe un sentiment d'affection et d'attachement qui germe avec le temps, c'est-&#224;-dire qui a &#171; une &#233;tendue temporelle &#187; ; le coup de foudre r&#233;v&#232;le un caract&#232;re ponctuel et instantan&#233; qui correspond &#224; ce qu'on appelle une &#233;motion : &#171; un choc brusque, souvent violent et intense &#187; (Ribot, 1896, p. 21). Le psychologue Th&#233;odule Ribot expliquait la diff&#233;rence entre coup de foudre et sentiment amoureux de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Sur l'origine de la passion, les moralistes et les romanciers ont fait cette remarque qu'elle na&#238;t de deux mani&#232;res diff&#233;rentes : par coup de foudre ou par &#171; cristallisation &#187;, par action brusque ou par actions lentes. Cette double origine d&#233;note une pr&#233;dominance tant&#244;t de la vie affective, tant&#244;t de la vie intellectuelle. Quand la passion na&#238;t par coup de foudre, elle est issue directement de l'&#233;motion elle-m&#234;me et en conserve la nature violente, autant du moins que sa m&#233;tamorphose en une disposition permanente le permet. Dans l'autre cas, le r&#244;le initiateur est d&#233;volu aux &#233;tats intellectuels (images, id&#233;es) et la passion se constitue lentement par l'effet de l'association (&#8230;) Cette forme de passion, en raison de son origine, a moins de fougue et plus de t&#233;nacit&#233; (Ribot, 1896, p. 73).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'amour puisse na&#238;tre d'une &#233;motion ou d'un sentiment, cette derni&#232;re source est pr&#233;f&#233;rable pour Ribot car le coup de foudre repr&#233;sente toujours une phase transitoire qui doit aboutir &#224; un &#233;tat de plus longue dur&#233;e ou bien dispara&#238;tre &#224; cause de sa fugacit&#233; intrins&#232;que. Cette ambig&#252;it&#233; du coup de foudre comme un ph&#233;nom&#232;ne fascinant touchant uniquement certaines personnes privil&#233;gi&#233;es, mais qui &#224; son tour se r&#233;v&#232;le &#234;tre une exp&#233;rience illusoire menant forc&#233;ment les individus foudroy&#233;s &#224; l'exc&#232;s, est perceptible dans les repr&#233;sentations cin&#233;matographiques. Ainsi, des films comme &lt;i&gt;Le Fabuleux Destin d'Am&#233;lie Poulain&lt;/i&gt; (2002) ou &lt;i&gt;Le petit tailleur &lt;/i&gt; (2011) oscillent entre une reproduction de la rencontre amoureuse comme une exp&#233;rience initiatique, unique et miraculeuse dans l'histoire personnelle de l'individu et celle d'une &#233;preuve dangereuse et douloureuse impliquant &#171; une discontinuit&#233; temporelle &#187; , une interruption brutale d'une trajectoire de vie et entra&#238;nant par cons&#233;quent, la red&#233;finition de la biographie du sujet foudroy&#233; par rapport &#224; cette rencontre originaire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Smain Laacher &#171; Destins tragiques des coups de foudre. Les archives de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#192; ce propos, Roland Barthes &#233;crivait dans ses &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt; en paraphrasant les fameux vers du Ph&#232;dre de Jean Racine, que le coup de foudre symbolisait toujours la reconstruction :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] d'une image traumatique, que je vis au pr&#233;sent, mais que je conjugue (que je parle) au pass&#233; : &#171; je le vis, je rougis, je p&#226;lis &#224; sa vue. Un trouble s'&#233;leva dans mon &#226;me &#233;perdue &#187; : le coup de foudre se dit toujours au pass&#233; simple : car il est &#224; la fois pass&#233; (reconstruit) et simple (ponctuel) : c'est, si l'on peut dire : un imm&#233;diat ant&#233;rieur. L'image s'accorde bien &#224; ce leurre temporel : nette, surprise, encadr&#233;e, elle est d&#233;j&#224; (encore, toujours) un souvenir (&#8230;) : lorsque &#171; je revois &#187; la sc&#232;ne du rapt, je cr&#233;e r&#233;trospectivement un hasard : (&#8230;) je ne cesse de m'&#233;tonner d'avoir eu cette chance : rencontrer ce qui va &#224; mon d&#233;sir ; ou d'avoir pris ce risque &#233;norme : m'asservir d'un coup &#224; une image inconnue (et toute la sc&#232;ne reconstruite op&#232;re comme le montage somptueux d'une ignorance) (Barthes, 1977, pp. 227-8).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce que Barthes semble nous dire avec cette affirmation sur l'amour imm&#233;diat, brutal et impr&#233;vu qui secoue l'existence de la personne parfois jusqu'&#224; la d&#233;vaster compl&#232;tement est qu'il s'agit paradoxalement d'une exp&#233;rience dont le caract&#232;re redoutable et l'efficacit&#233; n&#233;cessitent une m&#233;diation pour prendre forme &#224; la mani&#232;re d'une confession, car la personne foudroy&#233;e est incapable de raconter son exp&#233;rience dans un tel &#233;tat d'&#233;blouissement. Alors que le coup de foudre symbolise la n&#233;gation du temps et de l'espace, cette exp&#233;rience de l'instant &#233;ternel fait toujours appel &#224; la m&#233;diation narrative pour devenir une &#233;motion qu'on partage avec les autres. -&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la n&#233;cessit&#233; de la forme narrative pour comprendre la signification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est justement cet aspect du coup de foudre - sa forme narrative - qui nous permet de comprendre les formes rh&#233;toriques qui sont mobilis&#233;es pour exprimer la rencontre amoureuse comme un ph&#233;nom&#232;ne qui va au-del&#224; du psychologique, car il s'articule en accord &#224; une structure-type incluant des &#233;l&#233;ments communs : (a) un pr&#233;alable &#233;tat de frustration, d'ennui ou de m&#233;lancolie, (b) la fascination provoqu&#233;e par la vue de l'amant(e) qui est toujours marqu&#233;e par le myst&#232;re et (c) le d&#233;sir physique irr&#233;fr&#233;nable qui peut m&#234;me entra&#238;ner des comportements pathologiques comme la folie ou le suicide.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La structure narrative du coup de foudre est aussi examin&#233;e dans Patrick (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nous pouvons retrouver un excellent exemple de l'articulation de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments dramatiques dans le roman intitul&#233; &lt;i&gt;La vieille fille&lt;/i&gt; d'Honor&#233; de Balzac.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La grisette, qui certes a l'instinct de la mis&#232;re et des souffrances du c&#339;ur, ressentit cette &#233;tincelle &#233;lectrique jaillie, on ne sait d'o&#249;, qui n'explique point, que nient certains esprits forts, mais dont le coup sympathique a &#233;t&#233; &#233;prouv&#233; par beaucoup de femmes et d'hommes. C'est tout &#224; la fois une lumi&#232;re qui &#233;claire les t&#233;n&#232;bres de l'avenir, un pressentiment des jouissances pures de l'amour partag&#233;, la certitude de se comprendre l'un et l'autre ; c'est surtout comme une touche habile et forte faite par une main de ma&#238;tre sur le clavier des sens ; le regard est fascin&#233; par l'irr&#233;sistible attraction, le c&#339;ur est &#233;mu, les m&#233;lodies du bonheur retentissent dans l'&#226;me aux oreilles, une voix crie : - c'est lui. Puis, souvent la r&#233;flexion jette ses douches d'eau froide sur cette bouillante &#233;motion, et tout est dit. En un moment, aussi rapide qu'un coup de foudre, Suzanne re&#231;ut une bord&#233;e de pens&#233;es du c&#339;ur ; un &#233;clair de l'amour vrai br&#251;la les mauvaises herbes &#233;closes au souffle du libertinage et de la dissipation (Balzac, 1841, p. 6).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bien que le coup de foudre soit v&#233;cu comme une exp&#233;rience intime chez la personne ou le couple, qui semble habiter dans un univers en dehors du r&#233;el, cette &#233;motion r&#233;pond &#224; certains patrons culturels qui permettent de nous repr&#233;senter &#171; le commencement du fait amoureux &#187; , &#171; la sc&#232;ne initiale au cours de laquelle &#187; (Barthes, op. cit.) nous nous imaginons une histoire d'amour vraie. Peu importe si le coup de foudre finit par devenir une relation stable, un mariage ou se r&#233;v&#232;le finalement comme un &#233;chec car son destin tragique est pr&#233;cis&#233;ment d'&#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re. Dans ce sens, l'analogie entre le ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique et &#233;motionnel de la foudre vise &#224; construire une conception de l'amour passionnel qui &#171; m&#233;prise l'&#233;preuve de l'engagement dans les rapports sociaux &#187; (Shorter, 1981, p. 13), c'est-&#224;-dire qui se construit par d&#233;finition contre l'institution du mariage moderne au cours du XVIIIe si&#232;cle et qui pourtant, la justifie en montrant le destin tragique de ce genre de transgression sociale.&lt;br class='autobr' /&gt; Comme nous allons le voir, une analyse sur les changements per&#231;us dans la repr&#233;sentation du coup de foudre &#224; cette p&#233;riode montre que des symboles comme la passion et le feu renouv&#232;lent leur affiliation culturelle par l'interm&#233;diaire d'images scientifiques comme l'&#233;lectricit&#233;. C'est pour cela, qu'on examinera les ressemblances entre les inventions propos&#233;es par les savants afin de contr&#244;ler les effets d&#233;vastateurs de la foudre, comme les paratonnerres, et les m&#233;canismes d&#233;velopp&#233;s pour ma&#238;triser la passion amoureuse d&#233;mesur&#233;e dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, tels que la cr&#233;ation d'une &#233;ducation sentimentale notamment popularis&#233;e par des personnalit&#233;s litt&#233;raires comme Stendhal, Balzac et Flaubert.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le r&#244;le du discours litt&#233;raire dans la codification des sentiments au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Etymologie et mythologie du coup de foudre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour comprendre l'&#233;volution historique de cette &#233;motion &#233;lectrique dans le monde francophone, une enqu&#234;te s'impose tout d'abord sur l'&#233;tymologie du syntagme form&#233; par &#171; coup &#187; et &#171; foudre &#187; , ainsi que sur la signification mythologique, scientifique et affective de ce ph&#233;nom&#232;ne symbolisant le feu du ciel. D'un c&#244;t&#233;, le mot &#171; coup &#187; est pr&#233;sent dans de nombreuses expressions compos&#233;es en fran&#231;ais. Ainsi, par exemple, on parle d'un &#171; coup de chance &#187; pour d&#233;signer un heureux hasard ou d'un &#171; coup d'&#233;tat &#187; pour se r&#233;f&#233;rer &#224; la prise du pouvoir de mani&#232;re violente et ill&#233;gale. Dans toutes ces locutions le mot &#171; coup &#187; , qui signifie &#171; l'impression que fait un corps sur un autre en le frappant, le per&#231;ant, le divisant &#187; (Dictionnaire de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, 1798, p. 328) contribue &#224; donner une impression de rapidit&#233; &#224; l'action dont on parle. D'ailleurs, selon le &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; de Pierre Richelet, le mot &#171; coup &#187; employ&#233; seul pouvait d&#233;j&#224; s'appliquer &#224; la fin du XVIIe si&#232;cle au domaine des passions, mais il &#233;t&#233; plus fr&#233;quemment associ&#233; &#224; la stupeur caus&#233;e par un &#233;v&#233;nement inattendu et catastrophique (Richelet, 1728, p. 580).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, l'&#233;tymologie de &#171; foudre &#187; nous indique qu'il s'agit d'un mot emprunt&#233; &#224; la forme latine fulgura ou fulgur qui signifiait &#224; l'origine, &#171; &#233;clair &#187; . Selon le Dictionnaire de l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise publi&#233; en 1798, on appelle foudre &#171; l'exhalaison enflamm&#233;e qui sort de la nue avec &#233;clat et violence &#187; et aussi le &#171; symbole adopt&#233; par les sculpteurs antiques, attribu&#233; &#224; Jupiter &#187; incarnant une arme capable d'exprimer la col&#232;re de la divinit&#233; (Dictionnaire de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, 1798, p. 606). Comme le philosophe Gaston Bachelard l'a montr&#233;, la foudre repr&#233;sente dans la pens&#233;e mythique ce qu'on appelle le &#171; feu du ciel &#187; ou &#171; feu frapp&#233; &#187; et qui contrairement au &#171; feu frott&#233; &#187; (Bachelard, 1949, pp. 34-6 et Schurmans, 2010, p. 6) - le feu du foyer, du chaud et du contr&#244;le - symbolise l'instance sacr&#233;e qui &#233;chappe au contr&#244;le de la volont&#233;, provoquant la peur chez l'homme. De plus, selon Bachelard &#171; ce feu du ciel &#187; est &#233;troitement li&#233; dans les structures de la pens&#233;e humaine &#224; notre conception de la passion amoureuse par opposition au feu du foyer, qui nous renvoie au sentiment amoureux cultiv&#233; dans la s&#233;r&#233;nit&#233; (Bachelard, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces rapports m&#233;taphoriques entretenus entre le feu et l'amour vont &#234;tre renouvel&#233;s pendant la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle gr&#226;ce aux recherches scientifiques sur la nature &#233;lectrique de la foudre car le ph&#233;nom&#232;ne physique du frottement est alors interpr&#233;t&#233; comme ayant des fortes connotations sexuelles. -&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant l'utilisation de la terminologie scientifique pour se r&#233;f&#233;rer &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Bien que l'expression &#171; coup de foudre &#187; soit fr&#233;quente d&#232;s la Renaissance pour annoncer une catastrophe humaine comme l'&#233;clatement d'une guerre, c'est au XVIIIe si&#232;cle que l'on peut constater une association de ce ph&#233;nom&#232;ne &#224; l'amour de Dieu et pas uniquement &#224; sa col&#232;re.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant l'utilisation du &#171; coup de foudre &#187; pour se r&#233;f&#233;rer &#224; la guerre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Plus tard, d&#232;s la fin du XVIIIe si&#232;cle, cette m&#233;taphore commence &#224; &#234;tre utilis&#233;e dans un sens transpos&#233;, int&#233;rioris&#233; sur le plan &#233;motionnel, pour signifier l'amour subit et violent. Ainsi, Jean-Jacques Rousseau nous offre dans &lt;i&gt;Les Confessions&lt;/i&gt; une tr&#232;s belle description des effets physiologiques de l'amour avec le langage de la science de l'&#233;lectricit&#233;, quand il d&#233;crit sa rencontre avec mademoiselle de Graffenried.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A propos de l'important r&#244;le jou&#233; par Rousseau dans le tournant affectif du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'effet de l'&#233;lectricit&#233; n'est pas plus prompt que celui que ces mots firent sur moi. En m'&#233;lan&#231;ant sur le cheval de mademoiselle de Graffenried je tremblois de joie ; et quand il fallut l'embrasser pour me tenir, le c&#339;ur me battoit si fort qu'elle s'on aper&#231;ut : elle me dit que le sien lui battoit aussi pour la frayeur de tomber (Rousseau, 1835, p. 26).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation dans la locution fran&#231;aise nous fait penser que notre conception contemporaine du coup de foudre amoureux compris comme une d&#233;charge d'&#233;lectricit&#233; atmosph&#233;rique entre les nuages et la terre qui se manifeste par &#171; une vive lueur (l'&#233;clair) et une violente d&#233;tonation (le tonnerre) &#187; appara&#238;t suite &#224; la controverse scientifique sur la nature &#233;lectrique de la foudre et la discussion sur les moyens potentiels qui devaient &#234;tre mis en place par les hommes pour se d&#233;fendre de ses effets d&#233;vastateurs. Il faudra attendre la d&#233;sacralisation du ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique de la foudre qui a lieu &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle suite &#224; l'acceptation de l'explication naturaliste pour qu'on puisse exprimer cette id&#233;e du choc amoureux produit par une sorte de d&#233;charge &#233;lectrique provenant du ciel.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter, op.cit., pp. 116-7.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, la discussion sur la nature de la foudre a eu un retentissement particulier en France o&#249; les recherches sur l'&#233;lectricit&#233; &#233;taient devenues une fascination, pas exclusivement pour les savants appartenant &#224; l'Acad&#233;mie des Sciences de Paris, mais aussi pour une grande partie des amateurs qui r&#233;p&#233;taient des exp&#233;riences dans leur cabinet de physique. Dans la France pr&#233;r&#233;volutionnaire, l'&#233;lectricit&#233; comme le magn&#233;tisme &#233;taient loin de ne constituer qu'un champ de la science acad&#233;mique et les recherches exp&#233;rimentales li&#233;es &#224; cette branche de la connaissance appartenaient au plus vaste domaine de ce qu'on appelle &#171; la science populaire &#187; .&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant les intersections entre science populaire et &#233;lectricit&#233;, voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;multiplication de publications concernant l'&#233;lectricit&#233; &#224; cette &#233;poque et en rapport &#224; des mati&#232;res comme l'&#233;lectricit&#233; m&#233;dicale et au ph&#233;nom&#232;ne de la foudre renforce cette th&#232;se. Entre 1771 et 1820 sont apparus 487 articles dans le &lt;i&gt;Journal de Physique &lt;/i&gt; dont 18% &#233;taient consacr&#233;s &#224; analyser les rapports entre l'&#233;lectricit&#233; et le vivant et 20% au ph&#233;nom&#232;ne de la foudre, ce qui &#171; confirme l'importance sous-estim&#233;e dans la production scientifique de deux grandes applications de l'&#233;lectricit&#233; au XVIIIe si&#232;cle, le paratonnerre et l'&#233;lectricit&#233; m&#233;dicale &#187; (Blondel, 2000, p. 216).&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que l'am&#233;ricain Benjamin Franklin soit reconnu universellement comme la personnalit&#233; qui &#233;tablit pour la premi&#232;re fois que la foudre est un ph&#233;nom&#232;ne &#233;lectrique suite aux exp&#233;riences qu'il m&#232;ne &#224; Philadelphie en 1752 avec un cerf-volant, la r&#233;ception en France de cette d&#233;couverte allait faire sensation &#224; tel point que le Roi Louis XV allait remercier personnellement le savant am&#233;ricain.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;I. Bernard Cohen, &#171; A Note concerning Diderot and Franklin &#187;, Isis, 46(3), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette fascination pour la foudre comme ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique pr&#233;c&#232;de la publication de la d&#233;couverte de Franklin. En 1750, la nature &#233;lectrique de la foudre faisait l'objet de la dissertation du m&#233;decin Denis Barberet (1714-1770), qui remporte le prix de l'Acad&#233;mie royale des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denis Barberet, Dissertation sur le rapport qui se trouve entre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Trois ans apr&#232;s, le physicien Jacques de Romas (1713-1776), qui avait d&#233;j&#224; &#233;crit un m&#233;moire sur ce sujet en 1750, assure avoir r&#233;alis&#233; l'exp&#233;rience du cerf-volant bien avant Franklin.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques de Romas, M&#233;moire, sur les moyens de se garantir de la foudre dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
De plus, le c&#233;l&#232;bre savant am&#233;ricain allait trouver un de ses plus infatigables supporters en France, Thomas-Fran&#231;ois Dalibard (1703-1779), premier savant &#224; r&#233;p&#233;ter l'exp&#233;rience du cerf-volant &#224; Marly-la-Ville en 1752 et &#224; traduire ses &#233;crits en fran&#231;ais. Franklin, lui-m&#234;me allait devenir membre associ&#233; &#233;tranger de l'Acad&#233;mie des Sciences en 1772, gr&#226;ce au travail de popularisation de ses exp&#233;riences men&#233;es par Dalibard et Jean Baptiste le Roy (1720-1800), successeur de Nollet &#224; l'Acad&#233;mie des Sciences, qui admettra l'utilit&#233; du paratonnerre pour pr&#233;venir les effets de la foudre sur la population. N&#233;anmoins, la d&#233;cision gouvernementale d'&#233;riger des paratonnerres dans des villes comme Paris (o&#249; le premier est plac&#233; dans le quartier du Louvre) fut un processus beaucoup plus p&#233;rilleux &#224; cause de l'opposition de certains secteurs de la soci&#233;t&#233; qui consid&#233;raient l'usage de ces dispositifs comme une attaque contre la volont&#233; de Dieu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Heering, &#171; Styles of Experimentation and the Attempts to Establish the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cet &#233;gard, plusieurs ouvrages sont publi&#233;s afin de changer les mentalit&#233;s de l'&#233;poque comme &lt;i&gt;L'essai sur le tonnerre consid&#233;r&#233; dans ses effets moraux sur les hommes &lt;/i&gt; &#233;crit par le suisse Jean Lanteires, qui &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment destin&#233;s &#224; invalider la conception th&#233;ologique du coup de foudre m&#233;t&#233;orologique comme une punition divine ainsi qu'&#224; d&#233;montrer les avantages de l'utilisation du paratonnerre, avec la description de la mort d'une jeune fille &#224; Lausanne.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Lanteires, Essai sur le tonnerre consid&#233;r&#233; dans ses effets moraux sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi, le paratonnerre devenait progressivement un objet de culte symbolisant la science du merveilleux &#224; l'&#233;poque de la fin des Lumi&#232;res. L'enthousiasme des Fran&#231;ais pour ce dispositif allait si loin que les gens se promenaient avec des parapluie-paratonnerres ou des chapeaux-paratonnerres, ces objets devenant &#224; la mode dans la capitale fran&#231;aise.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaston Bonnefont, Le r&#232;gne de l'&#233;lectricit&#233;. Alfred Mame : Paris, 1895&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;occupation scientifique, puis la fascination sociale vis-&#224;-vis du paratonnerre, allaient transf&#233;rer l'expression &#171; coup de foudre &#187; dans le domaine sentimental pour d&#233;signer un amour subit et violent. Une preuve irr&#233;futable de ce transfert est que le vaudois Jean Lanteires introduisit le th&#232;me du coup de foudre dans un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Quelques avis aux institutrices de jeunes demoiselles&lt;/i&gt;, o&#249; il n'h&#233;sitait pas &#224; pr&#233;venir sur les cons&#233;quences morales inattendues de la passion amoureuse.	-&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Lanteires, Quelques avis aux institutrices des jeunes demoiselles. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Comme nous allons le voir dans la derni&#232;re partie de cette &#233;tude, la popularisation de cette m&#233;taphore &#233;lectrique dans le monde francophone sera finalement le travail de certaines personnalit&#233;s litt&#233;raires du XIXe si&#232;cle, qui vont r&#233;ussir &#224; condenser par l'interm&#233;diaire de ce ph&#233;nom&#232;ne naturel une repr&#233;sentation po&#233;tique de la passion amoureuse qui durera jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La codification du coup de foudre dans la litt&#233;rature sentimentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1822, Stendhal &#233;crivait dans son trait&#233; psychologique intitul&#233; &lt;i&gt;De l'Amour&lt;/i&gt; &#224; propos du coup de foudre &#171; qu'il faudrait changer ce mot ridicule ; cependant la chose existe &#187; (Stendhal, 1857, p. 44). Selon lui, l'origine de cette m&#233;taphore dans le domaine affectif remontait &#224; &#171; ce que les romans du dix-septi&#232;me si&#232;cle appelaient le coup de foudre, qui d&#233;cide du destin du h&#233;ros et de sa ma&#238;tresse &#187; (Stendhal, 1857, pp. 6-7). Stendhal semblait se r&#233;f&#233;rer avec cette affirmation aux trag&#233;dies comme le &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; (1677) de Jean Racine, o&#249; le coup de foudre est d&#233;crit comme l'attraction irr&#233;sistible qu'&#233;prouve Ph&#232;dre envers Hippolyte.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, nous devons au trait&#233; de Stendhal, la cons&#233;cration de la repr&#233;sentation &#233;lectrique de la passion amoureuse dans la litt&#233;rature fran&#231;aise par opposition &#224; ce qu'il comprend comme la &#171; cristallisation du sentiment amoureux &#187; (Stendhal, 1857, op. cit.). Chez Stendhal, la cristallisation est le processus d'id&#233;alisation gr&#226;ce auquel la personne mod&#232;le la r&#233;alit&#233; sur ses d&#233;sirs en couvrant de perfections l'objet aim&#233;. Le mot &#171; cristallisation &#187; est utilis&#233; en ce sens, par analogie avec un ph&#233;nom&#232;ne g&#233;ologique qu'il explique avoir vu aux mines de sel de Salzbourg o&#249; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] on jette dans les profondeurs abandonn&#233;es de ma mine un rameau d'arbre effeuill&#233; par l'hiver ; deux ou trois mois apr&#232;s, on le retire couvert de cristallisations brillantes ; les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une m&#233;sange, sont garnies d'une infinit&#233; de diamants mobiles et &#233;blouissants (Stendhal, 1857, p. 5).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;De l'amour&lt;/i&gt;, un ouvrage &#224; mi-chemin entre la litt&#233;rature et l'analyse psychosociologique pr&#233;tendant donner une &#171; description circonstanci&#233;e de toutes les phases de la maladie de l'&#226;me nomm&#233;e amour &#187; (Stendhal, 1857, p. VII), le coup de foudre devient un &#233;l&#233;ment cl&#233; pour expliquer le premier stade d'un processus beaucoup plus complexe qui commence par l'admiration et continue avec le d&#233;sir, l'esp&#233;rance, puis donne lieu &#224; la premi&#232;re cristallisation et ensuite, le doute qui s'installe dans l'esprit jusqu'&#224; ce que l'on assiste &#224; une deuxi&#232;me cristallisation. Suivant l'approche de l'id&#233;ologie de Destutt de Tracy, Stendhal analyse l'exp&#233;rience physiologique du coup de foudre comme l'&#233;tat provenant de l'ennui, o&#249; l'on croit &#234;tre dirig&#233; par &#171; une force sup&#233;rieure &#187; , qui nous a ravi la raison ; puis on rougit &#171; de penser avec quelle rapidit&#233; et quelle violence on s'est vu entra&#238;n&#233; vers l'autre &#187; (Stendhal, 1857, p. 44). De cette fa&#231;on, le coup de foudre s'explique par opposition au sentiment amoureux, car alors que la cristallisation atteint le sommet de l'amour dans la dur&#233;e, le coup de foudre est un choc inattendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La morale qu'on peut tirer des histoires reproduisant des coups de foudre, comme celle de la jeune Wilhelmine racont&#233;e par Stendhal, ou bien celle de Fr&#233;deric dans &lt;i&gt;L'Education sentimentale&lt;/i&gt; (1869) de Flaubert, est qu'il faut se m&#233;fier de la passion amoureuse car alors qu'elle se pr&#233;sente comme un moment unique et exceptionnel, elle se manifeste par la suite comme une exp&#233;rience illusoire, inefficace pour construire les fondements d'une relation amoureuse qui puisse faire face au temps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustave Flaubert, L'&#233;ducation sentimentale : histoire d'un jeune homme. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans un sens m&#233;taphorique, nous pouvons interpr&#233;ter le r&#244;le de la litt&#233;rature fran&#231;aise de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle comme une sorte de &#171; paratonnerre culturel &#187; de cette passion men&#233;e &#224; l'exc&#232;s qui doit &#234;tre reconduite dans les limites sociales du sentiment amoureux et donc, du mariage au sens moderne de ce terme. De cette fa&#231;on, la codification du coup de foudre dans la litt&#233;rature sentimentale indique la r&#233;percussion de certaines transformations sociales depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, comme l'acceptation du mariage d'inclination, un contrat qui repose sur la libert&#233; de choix et des sentiments partag&#233;s, et dont la principale menace &#233;tait d'&#234;tre foudroy&#233; par la passion amoureuse.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le mariage d'inclination, voir Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, l'histoire de la repr&#233;sentation affective de cette &#233;tincelle &#233;ph&#233;m&#232;re, qui nous terrorise mais qui, en m&#234;me temps donne la signification ultime &#224; notre vie sentimentale, a montr&#233; que son expression dans la culture fran&#231;aise n'a pas toujours &#233;t&#233; d&#233;crite par l'interm&#233;diaire de la m&#233;taphore de la foudre. Son apparition doit &#234;tre comprise comme le r&#233;sultat d'un processus historique contingent o&#249; plusieurs facteurs ont jou&#233; un r&#244;le capital : d'une part, les changements dans la perception scientifique de la foudre &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, ainsi que l'acceptation de certains dispositifs comme le paratonnerre pour &#233;viter ses effets d&#233;vastateurs ; de l'autre, les transformations qui ont eu lieu dans la conduite amoureuse entre la seconde moiti&#233; du XVIIIe et le d&#233;but du XIXe si&#232;cle et qui ont oppos&#233; l'amour con&#231;u comme une passion et celui qui se nourrit d'un sentiment. Enfin, la popularisation du coup de foudre dans la litt&#233;rature du XIXe si&#232;cle a consacr&#233; notre repr&#233;sentation actuelle de l'amour soudain et violent comme une d&#233;charge &#233;lectrique entre le ciel et la terre. Si le coup de foudre est devenu aujourd'hui une expression courante dans notre vie quotidienne, elle r&#233;v&#232;le bien des vicissitudes de la vie affective du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Darnton Robert, &lt;i&gt;La fin des Lumi&#232;res : le mesm&#233;risme et la r&#233;volution&lt;/i&gt;. Paris, Odile Jacob, 1995.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dictionnaire de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Paris, Chez J. J. Smits, 5eme Edition, 1798.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daumas Maurice, &lt;i&gt;Le Mariage amoureux : Histoire du lien conjugal &#224; l'Ancien R&#233;gime&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deluermoz Quentin, Fureix Emmanuel, Mazurel Herv&#233; et Oualdi M'hamed, &#171; &#201;crire l'histoire des &#233;motions : de l'objet &#224; la cat&#233;gorie d'analyse &#187; , &lt;i&gt;Revue d'histoire du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, 47, 2002, pp.155-189.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dictionnaire de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, 5&#232;me Edition, 1798.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dufour Louis, &#171; Note sur un coup de foudre Lausanne &#187; , &lt;i&gt;Bulletin de la Soci&#233;t&#233; vaudoise des sciences naturelles&lt;/i&gt;, n&#176;52, 1865, pp. 213-17.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Flaubert Gustave, &lt;i&gt;L'&#233;ducation sentimentale : histoire d'un jeune homme&lt;/i&gt;, Paris, Michel L&#233;vy Fr&#232;res, vol. 1, 1870.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garrel Louis,&lt;i&gt; Le petit tailleur&lt;/i&gt;, Mezannine Films, 44 min, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grasso Daniele, &lt;i&gt;Innovazioni sintattiche in italiano alla luce della nozione di calco&lt;/i&gt;, Th&#232;se de doctorat, Universit&#233; de Gen&#232;ve, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heering Peter, &#171; Styles of Experimentation and the Attempts to Establish the Lightning Rod in Pre-Revolutionary Paris &#187; , &lt;i&gt;Transactions of the American Philosophical Society&lt;/i&gt;, 99(5), 2009, pp. 121-143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Houbre Gabriel, &lt;i&gt;La Discipline de l'amour. L'&#233;ducation sentimentale des filles et des garcons &#224; l'&#226;ge du romantisme&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huart Louis, &lt;i&gt;La Physiologie de la grisette&lt;/i&gt;, Paris, Aubert/La Vigne, 1841.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunet Jean-Pierre, &lt;i&gt;Le Fabuleux Destin d'Am&#233;lie Poulain&lt;/i&gt;, Victoire Productions/ Tapioca Films/ France 3 Cin&#233;ma/ MMC Independent, 129 min, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lanteires Jean, &lt;i&gt;Quelques avis aux institutrices des jeunes demoiselles. &lt;/i&gt; Lausanne, Chez Jean Mourer, 1788.&lt;br class='autobr' /&gt;
1789, &lt;i&gt;Essai sur le tonnerre consid&#233;r&#233; dans ses effets moraux sur les hommes et sur un coup de foudre remarquable&lt;/i&gt;, Lausanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laacher Smain, &#171; Destins tragiques des coups de foudre. Les archives de M&#233;nie Gr&#233;goire &#187; , &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, n&#176; 27, 1996, pp. 71-80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Etude sur l'histoire de l'humanit&#233; : la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Paris, Marpon et E. Flammarion, 1867-8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Patrick, &#171; D'un pr&#233;alable m&#233;lancolique &#224; l'occurrence du coup de foudre &#187; , &lt;i&gt;L'&#233;volution psychiatrique&lt;/i&gt;, vol. 59, no 4, 1994, pp. 671-682.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mermet L. et al., &#171; La foudre : un ph&#233;nom&#232;ne redout&#233;, des aspects cliniques souvent m&#233;connus &#187; , &lt;i&gt;R&#233;animation Urgences&lt;/i&gt;, 9, 2000, pp. 367-373.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ounis Houda, &#171; De la distinction entre nom d'&#233;motion et nom de sentiment &#187; dans Iva Tutin Novakova et Agn&#232;s (dir.), &lt;i&gt;Le Lexique des &#233;motions.&lt;/i&gt; Grenoble, Ellug, 2009, pp. 39-53.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ounis Houda et Leeman Danielle,&#171; &#8220;Coup de foudre&#8221; : m&#233;taphore ou signifi&#233; dans la langue ? &#187; dans Serge Martin (dir.), &lt;i&gt;Chercher les passages avec Daniel Delas&lt;/i&gt;. Paris, L'Harmattan, 2003, pp.117-133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rey Alain (dir.), &lt;i&gt;Le Robert, Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Paris, Dictionnaires le Robert, tome I, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ribot Th&#233;odule, &lt;i&gt;La psychologie des sentiments&lt;/i&gt;, Paris, F. Alcan, 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richelet Pierre, &lt;i&gt;Dictionnaire de la langue fran&#231;oise, ancienne et moderne&lt;/i&gt; ; augment&#233; de plusieurs additions d'histoire, de grammaire, de critique, de jurisprudence, et d'un nouvel abr&#233;g&#233; de la vie des auteurs citez dans tout l'ouvrage, Lyon, Fr&#232;res Bruyset, tome I, 1728.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romas Jacques de,&lt;i&gt; M&#233;moire, sur les moyens de se garantir de la foudre dans les maisons ; suivi d'une lettre sur l'invention du cerf-volant &#233;lectrique, avec les pi&#232;ces justificatives de cette m&#234;me lettre&lt;/i&gt;, Bordeaux, 1776.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosenwein Barbara H, &#171; Histoire de l'&#233;motion : m&#233;thodes et approches &#187; , &lt;i&gt;Cahiers de Civilisation m&#233;di&#233;vale&lt;/i&gt;, vol. 49, 2006, pp. 33-48.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rousseau Jean-Jacques, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes de Jean-Jacques Rousseau&lt;/i&gt;, Paris, Furne, tome I, 1835.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rousset Jean, &lt;i&gt;Leurs yeux se rencontr&#232;rent : la sc&#232;ne de premi&#232;re vue dans le roman&lt;/i&gt;, Paris, Jos&#233; Corti, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Cyr R&#233;v&#233;roni de,&lt;i&gt; Pauliska ou la perversit&#233; moderne. M&#233;moires r&#233;cents d'une polonaise&lt;/i&gt;, Paris, Desjonqu&#232;res, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schurmans Marie-N&#246;elle, &#171; D'amour et du feu &#187; , &lt;i&gt;SociologieS&lt;/i&gt; [En ligne], Dossiers, &#201;motions et sentiments, r&#233;alit&#233; et fiction, 2013, mis en ligne le 01 juin 2010, consult&#233; le 11 octobre. URL : &lt;a href=&#034;http://sociologies.revues.org/3157&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sociologies.revues.org/3157&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schurmans Marie-No&#235;lle et Dominic&#233; Lorraine, &lt;i&gt;Le Coup de foudre : Essai de sociologie compr&#233;hensive&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1997.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Stewart Philip,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;- Le masque et la parole, le langage de l'amour au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, Jos&#233; Corti, 1973.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Vander Gucht Daniel, &#171; La religion de l'amour et la culture conjugale &#187; , &lt;i&gt;Cahiers internationaux de Sociologie&lt;/i&gt;, 97, 1994, pp. 329-353.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vasak Anouchka, &#171; De l'orage dans l'air &#187; dans Alain Corbin (dir.), &lt;i&gt;La pluie, le soleil et le vent. Une histoire de la sensibilit&#233; au temps qu'il fait.&lt;/i&gt; Paris, Flammarion, 2013, pp. 143-176.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Catastrophes : une histoire culturelle, XVI-XXI si&#232;cles.&lt;/i&gt; Paris, Le Seuil, 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;* Ce travail a &#233;t&#233; pr&#233;alablement pr&#233;sent&#233; lors de la conf&#233;rence &#171; Les &#233;motions dans la culture fran&#231;aise et francophone &#187; qui a eu lieu en novembre 2014 &#224; l'Universit&#233; d'Ha&#239;fa (Isra&#235;l). De plus, j'ai eu l'opportunit&#233; de discuter les th&#232;ses principales de cette &#233;tude avec les &#233;tudiants de mon cours &#171; Emotion, corps et m&#233;decine : un regard historique &#187; de l'Universit&#233; de Gen&#232;ve. Je dois les remercier pour avoir &#233;chang&#233; avec moi autour du coup de foudre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Houda Ounis et Danielle Leeman, &#171; &#8216;Coup de foudre' : m&#233;taphore ou signifi&#233; dans la langue ? &#187;, Serge Martin, Chercher les passages avec Daniel Delas. Paris : L'Harmattan, 2003, pp. 117-132 et Houda Ounis, &#171; De la distinction entre nom d'&#233;motion et nom de sentiment &#187; Iva Novakova et Agn&#232;s Tutin (dir.), Le Lexique des &#233;motions. Grenoble : Ellug, 2009, pp. 39-53. Concernant les calques linguistiques, il faut consulter Daniele Grasso, Innovazioni sintattiche in italiano alla luce della nozione di calco. Th&#232;se de doctorat en linguistique italienne. Universit&#233; de Gen&#232;ve, 2007, p. 33. La foudre est aussi impliqu&#233;e dans plusieurs expressions utilis&#233;es pour se r&#233;f&#233;rer &#224; l'amour en Tha&#239;lande et Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les effets de la foudre sur l'organisme humain, et notamment sur l'apparition des figures de Lichtenberg sur la peau, voir L. Mermet et al., &#171; La foudre : un ph&#233;nom&#232;ne redout&#233;, des aspects cliniques souvent m&#233;connus &#187;, Reanimation Urgences, 9, 2000, pp. 367-373.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Dictionnaire de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, atteste l'existence de la signification du coup de foudre amoureux &#224; la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle. (1798, 5&#232;me &#233;dition, p. 606). D'autres dictionnaires plus contemporains datent l'apparition du nouveau sens plus tard, en 1813. Cf. Alain Rey (dir.). Le Robert, Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise. Paris : Dictionnaires le Robert, 1992, tome I, Voir aussi, Claude Duneton, La Puce &#224; l'oreille : Anthologie des expressions populaires avec leur origine. Paris : Balland, p.44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les transformations de l'amour et de l'institution du mariage dans la France du XVIIIe si&#232;cle, il faut consulter Jean-Louis Flandrin, &#171; Amour et Mariage au XVIIIe si&#232;cle &#187;, Le Sexe et l'Occident : Evolution des attitudes et des comportements. Paris : Le Seuil, 1981, pp. 83-96. Voir aussi &#224; ce sujet, Philippe Ari&#232;s, &#171; L'amour dans le mariage &#187;, Communications, 35, 1982. Sexualit&#233;s occidentales. Contribution &#224; l'histoire et &#224; la sociologie de la sexualit&#233;, pp. 116-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'histoire du coup de foudre, voir Anouchka Vasak, &#171; De l'orage dans l'air &#187;, Alain Corbin (dir.) La pluie, le soleil et le vent. Une histoire de la sensibilit&#233; au temps qu'il fait. Paris, Aubier, 2013, pp. 143-176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir aussi, Quentin Deluermoz, Emmanuel Fureix, Herv&#233; Mazurel et M'hamed Oualdi, &#171; &#201;crire l'histoire des &#233;motions : de l'objet &#224; la cat&#233;gorie d'analyse &#187;, Revue d'histoire du XIXe si&#232;cle, 47, 2002, pp.155-189)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Vander Gucht, &#171; La religion de l'amour et la culture conjugale &#187;, Cahiers internationaux de Sociologie, 97, 1994, pp. 329-353.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Smain Laacher &#171; Destins tragiques des coups de foudre. Les archives de M&#233;nie Gr&#233;goire &#187;, Terrain, n&#176; 27, 1996, p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la n&#233;cessit&#233; de la forme narrative pour comprendre la signification sociale du coup de foudre, voir Marie-No&#235;lle Schurmans et Lorraine Dominic&#233;, Le Coup de foudre : Essai de sociologie compr&#233;hensive. Paris : PUF, 1997 ; Marie-No&#235;lle Schurmans, &#171; D'amour et du feu &#187; SociologieS [En ligne], Dossiers, &#201;motions et sentiments, r&#233;alit&#233; et fiction, mis en ligne le 01 juin 2010, consult&#233; le 11 octobre 2013. URL : &lt;a href=&#034;http://sociologies.revues.org/3157&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sociologies.revues.org/3157&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La structure narrative du coup de foudre est aussi examin&#233;e dans Patrick Martin, &#171; D'un pr&#233;alable m&#233;lancolique &#224; l'occurrence du coup de foudre &#187; L'&#233;volution psychiatrique, 1994, vol. 59, no 4, p. 673.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le r&#244;le du discours litt&#233;raire dans la codification des sentiments au tournant du XIXe si&#232;cle, voir Gabrielle Houbre, La Discipline de l'amour. L'&#233;ducation sentimentale des filles et des gar&#231;ons &#224; l'&#226;ge du Romantisme. Paris : Plon. 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concernant l'utilisation de la terminologie scientifique pour se r&#233;f&#233;rer &#224; l'amour au XVIIIe si&#232;cle, voir Philip Stewart, La masque et la parole, le langage de l'amour au XVIIIe si&#232;cle. Paris : Jos&#233; Corti, 1973, p. 38. Les connotations sexuelles de l'&#233;lectricit&#233; produite par frottement ont &#233;t&#233; immortalis&#233;es dans des romans de l'&#233;poque. Cf. R&#233;v&#233;roni de Saint-Cyr, Pauliska ou la perversit&#233; moderne. M&#233;moires r&#233;cents d'une polonaise. Paris : Desjonqu&#232;res, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concernant l'utilisation du &#171; coup de foudre &#187; pour se r&#233;f&#233;rer &#224; la guerre, voir Fran&#231;ois Laurent, &#201;tude sur l'histoire de l'humanit&#233; : la R&#233;volution fran&#231;aise. Paris : Marpon et E. Flammarion, 1867-8, p. 526. Pour sa part, l'historien suisse Fran&#231;ois Walter indique dans que d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle le coup de foudre est associ&#233; &#224; l'amour de Dieu. Voir Catastrophes : une histoire culturelle, XVI-XXI si&#232;cles. Paris : Le Seuil, 2008, p.141&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A propos de l'important r&#244;le jou&#233; par Rousseau dans le tournant affectif du XVIIIe si&#232;cle, voir Philip Stewart, L'invention du sentiment. Roman et &#233;conomie affective au XVIIIe si&#232;cle. Oxford : Voltaire Foundation, 2010. D'autres exemples pr&#233;alables du coup de foudre dans la litt&#233;rature fran&#231;aise du XVIIIe si&#232;cle peuvent &#234;tre retrac&#233;s dans le roman du Comte de Caylus, Les Manteaux : recueil. Paris, 1745, p. 45 et dans l'ouvrage de Marie-Genevi&#232;ve-Charlotte Thiroux d'Arconville, Des Passions. Londres, 1775, p.26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter, op.cit., pp. 116-7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concernant les intersections entre science populaire et &#233;lectricit&#233;, voir Robert Darnton, La fin des Lumi&#232;res : le mesm&#233;risme et la R&#233;volution. Odile Jacob : Paris, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;I. Bernard Cohen, &#171; A Note concerning Diderot and Franklin &#187;, Isis, 46(3), 1955, p. 269.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Denis Barberet, Dissertation sur le rapport qui se trouve entre les ph&#233;nom&#232;nes du tonnerre et ceux de l'&#233;lectricit&#233;. Bordeaux, 1750.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques de Romas, M&#233;moire, sur les moyens de se garantir de la foudre dans les maisons ; suivi d'une lettre sur l'invention du cerf-volant &#233;lectrique, avec les pi&#232;ces justificatives de cette m&#234;me lettre. Bordeaux, 1776.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Heering, &#171; Styles of Experimentation and the Attempts to Establish the Lightning Rod in Pre-Revolutionary Paris &#187;, Transactions of the American Philosophical Society, 99(5), pp. 121-143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Lanteires, Essai sur le tonnerre consid&#233;r&#233; dans ses effets moraux sur les hommes et sur un coup de foudre remarquable. Lausanne, 1789. Voir aussi, Louis Dufour, &#171; Note sur un coup de foudre Lausanne &#187;, Bulletin de la Soci&#233;t&#233; vaudoise des sciences naturelles, 52, 1865, p. 1-4 ; Daniel Colladon, Sur les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par un coup de foudre d'une intensit&#233; exceptionnelle. Gauthier-Villars : Paris, 1887.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaston Bonnefont, Le r&#232;gne de l'&#233;lectricit&#233;. Alfred Mame : Paris, 1895&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Lanteires, Quelques avis aux institutrices des jeunes demoiselles. Lausanne : Chez Jean Mourer, 1788, p. 247.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustave Flaubert, L'&#233;ducation sentimentale : histoire d'un jeune homme. Michel L&#233;vy Fr&#232;res : Paris, vol. 1, 1870. A propos du topos litt&#233;raire du coup de foudre, voir aussi Jean Rousset, Leurs yeux se rencontr&#232;rent : la sc&#232;ne de premi&#232;re vue dans le roman. Paris : Jos&#233; Corti, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le mariage d'inclination, voir Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, Le nouveau d&#233;sordre amoureux. Paris : Seuil, 1979 ; Maurice Daumas, Le Mariage amoureux : Histoire du lien conjugal &#224; l'Ancien R&#233;gime. Paris : Armand Colin, 2004 et Suzanne Desan, The Family on Trial in Revolutionary France. University of California Press : Berkeley and Los Angeles, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Partager sa conception du patrimoine en situation de conflit. Dimension(s) cognitive(s) en r&#233;gime d'&#233;motions patrimoniales</title>
		<link>https://influxus.eu/article1027.html</link>
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		<dc:date>2015-11-10T09:47:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;line Verguet</dc:creator>


		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Gare du Sud</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Cette verrue&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;cadavre&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>Conscience patrimoniale</dc:subject>
		<dc:subject>La lib&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>Appropriation de l'espace</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Art de faire&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>Patromondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>Processus de petrification</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;motions patrimoniales </dc:subject>
		<dc:subject>Comparaison descendante</dc:subject>
		<dc:subject>Endogroupe</dc:subject>
		<dc:subject>Exogroupe</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;molition</dc:subject>
		<dc:subject>Syndrome du petit poucet</dc:subject>
		<dc:subject>epid&#233;miologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Concernement du public&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Croyance r&#233;flexive&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>Mise en sympathie</dc:subject>
		<dc:subject>crise identitaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction : &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2001, le quartier de la Lib&#233;ration situ&#233; au centre-nord de Nice nourrit la pol&#233;mique. Un vaste projet d'am&#233;nagement conduit par la municipalit&#233; de Jacques Peyrat pr&#233;voit la construction d'une nouvelle Mairie en lieu et place de la Gare du Sud , d&#233;saffect&#233;e depuis 1991 Le projet fait dispara&#238;tre l'ancienne gare des Chemins de fer de Provence. L'annonce de sa d&#233;molition mobilise imm&#233;diatement la population et des acteurs politiques de&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5591.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5603.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5759.html" rel="tag"&gt;Gare du Sud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5761.html" rel="tag"&gt;&#034;Cette verrue&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5763.html" rel="tag"&gt;&#034;cadavre&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5767.html" rel="tag"&gt;Conscience patrimoniale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5769.html" rel="tag"&gt;La lib&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5771.html" rel="tag"&gt;Appropriation de l'espace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5773.html" rel="tag"&gt;&#034;Art de faire&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5775.html" rel="tag"&gt;Patromondialisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5777.html" rel="tag"&gt;Processus de petrification&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5779.html" rel="tag"&gt;&#233;motions patrimoniales &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5781.html" rel="tag"&gt;Comparaison descendante&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5783.html" rel="tag"&gt;Endogroupe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5785.html" rel="tag"&gt;Exogroupe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5787.html" rel="tag"&gt;D&#233;molition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5789.html" rel="tag"&gt;Syndrome du petit poucet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5791.html" rel="tag"&gt;epid&#233;miologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5793.html" rel="tag"&gt;&#034;Concernement du public&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5795.html" rel="tag"&gt;&#034;Croyance r&#233;flexive&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5797.html" rel="tag"&gt;Mise en sympathie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5799.html" rel="tag"&gt;crise identitaire&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2001, le quartier de la Lib&#233;ration situ&#233; au centre-nord de Nice nourrit la pol&#233;mique. Un vaste projet d'am&#233;nagement conduit par la municipalit&#233; de Jacques Peyrat pr&#233;voit la construction d'une nouvelle Mairie en lieu et place de la Gare du Sud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1879, le ministre des Travaux publics, Charles de Freycinet, inclut dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;saffect&#233;e depuis 1991&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, son activit&#233; de transport de marchandises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le projet fait dispara&#238;tre l'ancienne gare des Chemins de fer de Provence. L'annonce de sa d&#233;molition mobilise imm&#233;diatement la population et des acteurs politiques de tout bord dans des conflits o&#249; s'affrontent diff&#233;rents points de vue concernant le devenir de l'&#233;difice. Les m&#233;dias locaux relaient quasi-quotidiennement les faits et rebondissements du projet pendant les ann&#233;es de vives oppositions jusqu'en 2005 puis jusqu'&#224; l'inauguration en janvier 2014 de la nouvelle m&#233;diath&#232;que dans la Gare restaur&#233;e. Il faut dire que &#171; la Lib&#233; &#187; est tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e par des habitants venant des quatre coins de la ville depuis l'installation, en 1922, du plus grand march&#233; maraicher municipal.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce march&#233; s'est install&#233; au pied de la Gare du Sud parce qu'il &#233;tait facile (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le march&#233; comme dans la ville, la situation de la Gare fait l'objet de commentaires et de prises de position oppos&#233;es. Alors que certains se regroupent au sein d'associations ou de comit&#233;s de d&#233;fense de la Gare pour manifester leur m&#233;contentement et leur attachement &#224; l'&#233;difice d'autres, moins nombreux mais tout aussi organis&#233;s, souhaitent que le quartier soit d&#233;barrass&#233; de &lt;i&gt;&#171; cette verrue &#187;&lt;/i&gt; , de ce &lt;i&gt;&#171; tas de poutrelles &#187;&lt;/i&gt; , du &lt;i&gt;&#171; cadavre &#187; &lt;/i&gt; pour redonner vie au quartier. Dans ce conflit aux &#233;chelles et rebondissements multiples,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 7 novembre 2001, Catherine Tasca, Ministre de la culture et de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
un argument revient dans les discours mobilisateurs, avec lui tout un vocabulaire aff&#233;rent, celui de &#171; patrimoine &#187; . Lieu ordinaire, jusque-l&#224; d&#233;laiss&#233; et travers&#233; dans l'indiff&#233;rence voire &#233;vit&#233; par r&#233;pugnance des souillures qui le marquent, la Gare devient un espace quasi sacr&#233; qu'il ne faut pas toucher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moment d'exacerbation propice &#224; une ethnographie des &#233;nonc&#233;s patrimoniaux et des formes d'expression d'une fabrique ordinaire du patrimoine, le conflit a donc attis&#233; des prises de position au travers du partage d'&#233;motions suscit&#233;es par la crainte de la disparition d'un lieu soudain r&#233;v&#233;l&#233; &#224; la conscience patrimoniale. L'enqu&#234;te, conduite aupr&#232;s des pratiquants du quartier, habitants, responsables politiques, commer&#231;ants, mara&#238;chers, chalands, arpenteurs quotidiens, r&#233;guliers ou occasionnels, mobilis&#233;s ou non, a permis une plong&#233;e par le goulot &#233;troit de l'&#233;nonciation patrimoniale ordinaire dans le quotidien de ceux qui n'en sont pas les sp&#233;cialistes mais des usagers de proximit&#233;, par leur exp&#233;rimentation du quartier et des faits de ville, dans le trivial et les crises suscit&#233;es par son incessant renouvellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Poser la question de la fabrique patrimoniale par des pratiquants ordinaires de la ville (De Certeau, 1990), requiert d'accorder une place centrale &#224; l'individu et &#224; ses exp&#233;riences pass&#233;es et pr&#233;sentes, physiques et symboliques, r&#233;elles et imaginaires. Le conflit autour du devenir de la Lib&#233;ration, a &#233;t&#233; pr&#233;texte au r&#233;cit d'exp&#233;riences du site dont l'analyse vient &#233;clairer ce qu'il conviendrait de nommer ici la conception patrimoniale, dans le sens de production de l'esprit, et de souligner les conditions de son partage. Elle s'exprime au travers d'une comp&#233;tence &#224; caract&#233;riser et &#224; qualifier des &#233;l&#233;ments de l'espace urbain. Ce terme n'est pas neutre. Segaud rappelle que la comp&#233;tence est &#171; la capacit&#233; de chacun &#224; d&#233;velopper des pratiques d'appropriation &#187; de l'espace (habitat, ville, etc.) en puisant dans les sch&#233;mas sociaux et culturels &#224; sa disposition (2007, p. 69). Elle doit s'envisager comme un &#171; art de faire &#187; selon l'expression De Certeau (1990), une patrimonialisation ordinaire participant quotidiennement &#224; donner sens &#224; l'environnement urbain dans lequel nous vivons ou que nous sommes amen&#233;s &#224; traverser. Justifier le maintien de la gare revient &#224; &#233;noncer une expertise profane, non institutionnelle, dont Tornatore dit qu'elle est &#171; un ressort d'intelligibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne des &#8220;&#233;motions patrimoniales&#8221; qui seraient une expression contemporaine d'une nouvelle sensibilit&#233; populaire au pass&#233; &#187; (2010, p. 112). Cette expertise s'assied sur une exp&#233;rience de la Gare, du site et plus largement de la ville, du monde et du patrimoine en tant qu'objets et notions. Elle suppose moins des connaissances que chacun serait susceptible d'avoir sur l'objet, ici la Gare, qu'une capacit&#233; &#224; le ressentir, &#224; l'&#233;prouver par le biais des &#233;motions (&lt;i&gt;&#171; ce que &#231;a me fait &#187;&lt;/i&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'annonce de la d&#233;molition puis du d&#233;placement de la Gare a suscit&#233; de nombreuses &#233;motions. Ces &#233;motions se d&#233;clenchent en r&#233;action &#224; une perte c'est-&#224;-dire au moment o&#249; un quelconque support de la m&#233;moire ou d'identification est menac&#233; de destruction, de transformation ou de d&#233;molition (Dassi&#233;, 2007). La col&#232;re, la tristesse mais aussi le regret et la nostalgie concourent ici &#224; l'&#233;dification de la cause collective car elles permettent aux militants de mobiliser le public autour de la cause de la Gare de la Lib&#233;. Comme dans la plupart des actions contestataires, les militants ont mis en avant &#171; la recherche d'un avantage, la lutte contre des d&#233;sagr&#233;ments, la d&#233;nonciation du sort scandaleux r&#233;serv&#233; &#224; d'autres que soi-m&#234;me [qui] implique et engage n&#233;cessairement des &#233;motions telles que le courage de s'opposer aux puissants, la compassion pour les plus faibles, la sympathie pour une lutte men&#233;e par d'autres, etc. &#187; (Tra&#239;ni, 2009, p. 12). Les travaux de G. Marcus (2008) en science politique sur les dispositifs de sensibilisation ont mis en &#233;vidence le lien &#233;tabli entre des &#233;tats affectifs personnels mis &#224; l'&#233;preuve des &#233;motions d'autrui face au constat d'une situation probl&#233;matique. Ces recherches, comme d'autres en psychologie ou m&#234;me en neurosciences par exemple, permettent de relativiser l'opposition entre rationalit&#233; et &#233;motion (Schenk, 2009). Appliqu&#233;e au patrimoine, elles invitent &#224; s'&#233;loigner de l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; prise dans un processus de p&#233;trification.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour N. Heinich, &#171; dans un contexte ordinaire &#8211; celui de l'&#8220;homme de la rue&#8221; ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, du regard profane, non &#233;quip&#233; par les ressources savantes &#8211;, l'&#233;motion semble indissociable de l'exp&#233;rience patrimoniale &#187; (2010, p. 64). Mais quel est le r&#244;le jou&#233; par les &#233;motions dans la prise de conscience et la conception patrimoniales des individus et, surtout, quelles sont les manifestations &#233;motionnelles partag&#233;es &#224; son propos sur le terrain ? Que d&#233;clenchent-elles comme r&#233;actions communes pour faire la preuve du caract&#232;re patrimonial d'un objet ? S'il est n&#233;cessaire de voir comment les &#233;motions s'expriment, il est tout aussi important, dans une perspective proche du programme de recherche sur les &#233;motions patrimoniales dirig&#233; par D. Fabre (2013), de s'attacher &#224; la fa&#231;on dont elles sont utilis&#233;es dans le cadre d'un conflit d'am&#233;nagement. C'est &#224; partir de deux situations concr&#232;tes rencontr&#233;es sur le terrain du quartier de la Lib&#233;ration, plus particuli&#232;rement autour de la sauvegarde de la Gare du Sud, que j'aborderai ces questions. Tout d'abord, j'essaierai de montrer comment certaines &#233;motions ont particip&#233; de fa&#231;on rationnelle &#224; une conception patrimoniale partag&#233;e du b&#226;timent d&#233;saffect&#233;. Ensuite, je m'attacherai au r&#244;le non n&#233;gligeable de la perception des &#233;motions, &#224; la fois celles ressenties par les individus et celles per&#231;ues chez les autres, pour envisager l'id&#233;e d'une contagion de la pens&#233;e patrimoniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Peur de la perte : partage d'&#233;motions et recours &#224; des r&#233;f&#233;rents patrimoniaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re situation que je souhaite aborder est le cas du partage d'&#233;motions similaires face &#224; l'annonce de d&#233;molition de la Gare qui conduit certaines personnes &#224; justifier le caract&#232;re patrimonial de la Gare en s'appuyant sur d'autres r&#233;f&#233;rences patrimoniales locales. En effet, faire la preuve, plaider la cause &#8211; patrimoniale &#8211; de la Gare par affinit&#233; symbolique pour lui &#233;viter le sort de la d&#233;molition ou du d&#233;placement, est un proc&#233;d&#233; commun. Dans les p&#233;titions qui ont circul&#233;es, la phrase : &#171; Arr&#234;tez de d&#233;molir le patrimoine ni&#231;ois ! &#187; a &#233;t&#233; largement mise en avant et reprise dans les discours. Autant que la d&#233;fense du site, il s'agissait de stopper ce qui est jug&#233; comme la r&#233;p&#233;tition d'un geste de destruction du patrimoine local :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu connais l'histoire du Castel des Deux-Rois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Villa Laurenti situ&#233;e au Castel des Deux-Rois, d&#233;molie le 21 novembre 2003 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? L&#224; tu avais un b&#226;timent incroyable avec des fresques majestueuses et un escalier en marbre taill&#233; en un seul bloc. Je me rappelle plus dans quel livre pr&#233;fac&#233; par Peyrat, &#231;a c'est l'ironie, on trouve des photos de l'int&#233;rieur. Ben ce b&#226;timent a &#233;t&#233; laiss&#233; &#224; l'abandon, squatt&#233; pendant des ann&#233;es. Du coup, il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-entendu Jacques Peyrat, S&#233;nateur-Maire de Nice &#224; l'&#233;poque des faits.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a d&#233;cid&#233; de le raser, comme &#231;a ! Alors qu'il parlait &#224; un moment d'y mettre des bureaux de la mairie. Maintenant tu y vas, y a du gazon. C'est dramatique, il nous a pris par surprise. Il a dit que c'&#233;tait &#224; cause de la maladresse d'un bulldozer ! Mais des fresques comme celles-l&#224;, de cette &#233;poque-l&#224;, je t'assure parce que je connais bien le patrimoine de la ville, tu n'en trouves plus ailleurs. On a essay&#233; de se battre tu vois, mais c'&#233;tait peine perdue&#8230; Quel regret pour les gens qui ont connu &#231;a et leurs enfants ! Eh ben la Gare du Sud, &#231;a va &#234;tre pareil ! Mais l&#224; on laissera pas passer, pas de nouvelles pertes ni pour moi ni pour tous les gens &#224; qui &#231;a pla&#238;t et pour qui &#231;a compte. &#187; (Monsieur H., 55 ans, attach&#233; de conservation, originaire du quartier de la Lib&#233;ration o&#249; il v&#233;cut jusqu'&#224; l'&#226;ge de 36 ans)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Gare tout de suite &#231;a m'a rappel&#233;&#8230; Le pire pour moi, m&#234;me avant le Castel des Deux-Rois, c'est le Casino Municipal.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Casino Municipal fut construit entre 1882 et 1884 sur le fleuve Paillon au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#199;a m'a marqu&#233; parce que je l'ai bien connu petit et puis je l'ai fr&#233;quent&#233;, c'&#233;tait splendide. De voir cette grue lancer cette boule contre le b&#226;timent pour le d&#233;molir, &#231;a m'a&#8230; traumatis&#233;. C'est grav&#233;, comme toutes ces d&#233;molitions qui sont presque un sport local. &#187; (Monsieur C., 69 ans, journaliste retrait&#233;, dit ne pas habiter le quartier mais y venir souvent pour y visiter des amis et de la famille)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me suis battu pour la Gare, pour conserver notre patrimoine. Pas faire comme le Casino de Nice ou l'h&#244;tel Rhul. Quand c'est venu &#224; la Gare, alors l&#224; j'ai dit non, c'est trop ! C'&#233;tait notre patrimoine qu'il fallait pas d&#233;molir, c'est ce que nos anc&#234;tres nous ont laiss&#233;, ce que nos vieux ont construit &#224; la sueur de leur front. Et on le jetait &#224; la poubelle comme les autres avant ? &#187; (Monsieur P., 72 ans, restaurateur &#224; la Lib&#233; dont il est originaire, militant hors association, instigateur de manifestations pour la sauvegarde du Sud)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces discours d'habitants opposent un &#171; il &#187; ou &#171; on &#187; d&#233;molisseur (exogroupe) &#224; un &#171; nous &#187; revendicatif et protecteur (endogroupe), le premier &#233;tant incarn&#233; par la figure du Maire - du moment ou pass&#233; - et plus largement par le pouvoir ex&#233;cutif, l'autorit&#233; politique. Le second incarne les habitants, pas seulement ceux mobilis&#233;s et qui se battent pour une cause l&#233;gitime et commune, mais tous ceux qui subissent les d&#233;cisions, sont suppos&#233;s l&#233;s&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'endogroupe (ou groupe interne ou in group) est le groupe d'individus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Si la cat&#233;gorisation intervient comme outil sociocognitif qui permet de d&#233;couper, de classifier et d'ordonner l'environnement physique et social, elle est aussi un processus qui refl&#232;te la structure normative de la soci&#233;t&#233; et de son organisation, les cat&#233;gories &#233;tant alors polaris&#233;es autour de valeurs (bon/mauvais ; bien/mal ; gentil/m&#233;chant). Dans le cadre de la stratification de la soci&#233;t&#233; ni&#231;oise (par le pouvoir, le statut, la richesse), l'appartenance &#224; certains groupes est plus valoris&#233;e par rapport &#224; celles attribu&#233;es &#224; d'autres groupes et inversement. Ceux qui parlent contestent le projet de d&#233;molition de la Gare et ce, m&#234;me s'ils appartiennent, affirment certains, &#224; la m&#234;me famille politique que le Maire. C'est sur l'opposition aux actes de d&#233;molition, pass&#233;s et &#224; venir, que se fonde l'appartenance cat&#233;gorielle. Mais elle repose plus encore sur l'impact &#233;motionnel sur soi et ses incidences suppos&#233;es sur le collectif de la disparition de b&#226;timents consid&#233;r&#233;s comme &#233;tant majeurs et constitutifs de l'identit&#233; de la ville. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'int&#233;r&#234;t patrimonial de la Gare du Sud qui est exprim&#233; s'inscrit dans une chronologie de la d&#233;molition urbaine. C'est au tour de la Gare d'&#234;tre plac&#233;e dans le moment du basculement. Que ce soit &#224; l'annonce de sa d&#233;molition comme &#224; celle du projet de d&#233;montage et de d&#233;placement &#8211; envisag&#233; par beaucoup comme un pr&#233;texte &#224; sa disparition d&#233;finitive et une remise en cause son ancrage dans le quartier &#8211; la peur de la perte et parfois m&#234;me la col&#232;re ou le d&#233;sarroi qui lui sont associ&#233;s se manifestent et se disent. Tout se passe comme si l'&#233;mergence du lieu comme patrimoine supposait l'existence pr&#233;alable de lieux disparus &#233;rig&#233;s en patrimoines fantomatiques (Verguet, 2007). Ces r&#233;f&#233;rences monumentales fantomatiques, rep&#232;res immat&#233;riels de la m&#233;moire de la ville et de la collectivit&#233;, engagent une comparaison &lt;i&gt;descendante&lt;/i&gt;, terme emprunt&#233; au mod&#232;le de comparaison sociale de Festinger (1954)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je n'aborderai pas ici la question de la comparaison ascendante &#224; la Tour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parce qu'elles &#233;voquent avant tout la d&#233;molition et la blessure li&#233;e &#224; la disparition, ce qui est envisag&#233; par certains comme la pire des situations. Le besoin de comparaison est avant tout &#233;valuatif. Il est motiv&#233; par une recherche de stabilit&#233;. La comparaison descendante implique des cibles r&#233;f&#233;rentielles consid&#233;r&#233;es comme inf&#233;rieures &#224; soi ce qui influence l'auto-&#233;valuation et les &#233;tats affectifs. Appliqu&#233;e &#224; la situation de la Gare, la comparaison engage son assimilation &#224; un ensemble caract&#233;ristique par une identification &#224; des r&#233;f&#233;rents partageant des conditions de disparition similaires. Pourtant, au moment de l'enqu&#234;te, la disparition de la Gare n'est pas effective. Il s'agit de comprendre comment, en ayant recours &#224; ces r&#233;f&#233;rents immat&#233;riellement signifiants, certains informateurs plaident la cause de la Gare du Sud et authentifient ainsi sa valeur patrimoniale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble y avoir des liens de cause &#224; effet entre l'annonce du projet et l'irruption dans les m&#233;moires de ces fant&#244;mes urbains. L'annonce, en affectant les individus, a pu d&#233;clencher des &#233;motions telles que la peur de la perte, la col&#232;re, la tristesse, faisant r&#233;sonnance avec des &#233;motions &#233;prouv&#233;es sur le m&#234;me mode par le pass&#233;. Si, comme le dit Le Breton (2004, p. 132) : &#171; l'&#233;motion est la r&#233;sonnance propre d'un &#233;v&#233;nement pass&#233;, pr&#233;sent ou &#224; venir, r&#233;el ou imaginaire dans le rapport au monde de l'individu &#187; , sa remobilisation &#224; partir de l'&#233;valuation n&#233;gative de la situation au sein de laquelle la Gare est impliqu&#233;e entra&#238;ne le rappel m&#233;moriel. Ces &#233;motions s'instituent comme le lien entre pass&#233; et pr&#233;sent en ce qu'elles sont une r&#233;action &#224; un &#233;v&#233;nement qui semble se r&#233;p&#233;ter dans le temps long du d&#233;roul&#233; urbain. L'annonce agit par &#171; amor&#231;age &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En psychologie cognitive, l'amor&#231;age est un ph&#233;nom&#232;ne fond&#233; sur la pr&#233;sence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en r&#233;activant les &#233;motions n&#233;gatives associ&#233;es &#224; l'&#233;v&#233;nement pass&#233; conduisant l'informateur &#224; d&#233;velopper des conduites d'&#233;vitement, pour reprendre la terminologie de Festinger, cela afin de ne plus y &#234;tre de nouveau confront&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action &#233;motionnelle face au risque de d&#233;molition a pour effet le rappel m&#233;moriel des situations pass&#233;es. Ce dernier entra&#238;ne la r&#233;manence des b&#226;timents d&#233;molis. Mais pourquoi ces r&#233;f&#233;rents d&#233;sormais disparus sont-ils monumentalis&#233;s ? La patrimonialisation, a posteriori, des &#233;difices disparus est le fait du traumatisme engendr&#233; par leur d&#233;molition. De cette exp&#233;rience n&#233;gative &#224; forte empreinte &#233;motionnelle, il reste une trace mn&#233;sique, une persistance, que r&#233;active la crainte de voir disparaitre &#224; son tour la Gare. La confrontation de l'&#233;v&#233;nement &#224; venir avec une situation pass&#233;e consid&#233;r&#233;e ou ressentie comme similaire, va redonner une &#233;paisseur symbolique et immat&#233;riellement signifiante. &#171; La trace, en effet, est le signe que quelque chose n'est plus et, en m&#234;me temps, que cette chose n'est pas totalement perdue &#187; (Candau, 1999, p. 12). L'anamn&#232;se r&#233;active et convoque les faits pass&#233;s et les fant&#244;mes patrimoniaux comme t&#233;moins &#224; charge dans le proc&#232;s qui est fait au projet de d&#233;molition ou de d&#233;placement de la Gare, proc&#232;s politique et social intent&#233; &#224; la municipalit&#233; et plus largement aux am&#233;nageurs et &#224; ceux qui les soutiennent. L'exp&#233;rience pass&#233;e est convoqu&#233;e comme preuve authentifiante pour plaider la cause patrimoniale du quartier. L'authentification est une proc&#233;dure d'expertise mise en &#339;uvre pour r&#233;duire l'incertitude face aux objets du monde, pas seulement celle de l'individu mais aussi celle du groupe social. Chacun peut attester, certifier, d&#233;clarer leur conformit&#233;, ici celle, patrimoniale, de la Gare. Le plaidoyer s'envisage comme un acte s'appuyant sur des &#171; faits av&#233;r&#233;s &#187; par l'exp&#233;rience des lieux, l'histoire individuelle, par la connaissance de la ville, du quartier, de son histoire, etc. Cette proc&#233;dure d'expertise intervient comme un processus social renvoyant &#224; un mod&#232;le collectif de penser le patrimoine fond&#233; sur &#171; des modalit&#233;s d'argumentation relevant de la rh&#233;torique et des formes de preuves invoqu&#233;es &#224; l'appui des dires &#187; (Thevenot, 1994, p. 79). Mais comme il existe diff&#233;rents types d'informateurs (plus, moins, pas du tout impliqu&#233;s dans les conflits) et diff&#233;rents types d'arguments (historiques comme les traces de la seconde guerre mondiale, intimes comme la vue de la fen&#234;tre &#224; partir du chez-soi, d'autorit&#233; comme le recours &#224; des paroles d'experts), il existe diff&#233;rentes comp&#233;tences et degr&#233;s d'expertise citoyenne en lien par exemple avec la profession, l'implication associative, les loisirs, les passions des uns et des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
La perception et la r&#233;ception des conditions de la d&#233;molition par ceux qui en ont &#233;t&#233; t&#233;moins (directs ou indirects) instituent la d&#233;molition elle-m&#234;me comme &#233;v&#233;nement traumatique. Ce qui signifie que ce n'est pas la question de l'intensit&#233; pr&#233;tendue de l'&#233;v&#233;nement qui entre en ligne de compte, mais bien son interpr&#233;tation au travers de filtres individuels et son assimilation en termes de digestion &#233;motionnelle. Si la d&#233;molition an&#233;antit toute possibilit&#233; d'interaction physique avec l'objet, elle n'abroge cependant pas la port&#233;e de son rayonnement symbolique et l'inscription de sa puissance embl&#233;matique dans l'espace. La dimension collective de la blessure de m&#233;moire et du traumatisme li&#233; &#224; la perte prend son sens dans le fait que ce b&#226;timent embl&#233;matique de l'identit&#233; locale demeure signifiant pour un grand nombre de membres de la collectivit&#233; apr&#232;s que ceux-ci aient partag&#233; la condition de t&#233;moins de la d&#233;molition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour r&#233;sumer, le traumatisme r&#233;sultant de la d&#233;molition conduit &#224; la cr&#233;ation, comme substituts &#224; l'amputation, de fant&#244;mes. Ces derniers restent pr&#233;sents &#224; l'&#233;tat latent dans les consciences de ceux qui ont connus ces b&#226;timents et d&#233;bordent la lisibilit&#233; du phras&#233; urbain. Ils se r&#233;veillent pour peu d'une nouvelle d&#233;molition soit annonc&#233;e, amplifiant les &#233;motions remobilis&#233;es. Ils se manifestent alors par une r&#233;manence patrimoniale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si l'on devait s'attarder davantage sur le lien entre traumatisme et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recours &#224; la comparaison permet d'inscrire la d&#233;molition dans une s&#233;rie qui donne sens &#224; l'&#233;v&#233;nement &#224; venir. &#171; La s&#233;rie permet &#224; la description de rapprocher des cas &#8220;analogues&#8221; afin d'en d&#233;gager un &#8220;type-id&#233;al&#8221;, c'est-&#224;-dire un nouveau concept descriptif qui permet de pr&#233;ciser et d'interroger la s&#233;rie dont il est issu &#187; (Passeron, 2000, p. 22). Elle a pour effet de projeter la possibilit&#233; du sort commun, de signaler un risque et d'enclencher la volont&#233; d'&#233;vitement. Par le biais de ces comparaisons, un glissement de sens s'op&#232;re et nourrit la similitude en lissant toute diff&#233;rence, m&#234;me celles contextuelles comme la valeur immobili&#232;re des terrains ou m&#234;me l'&#233;poque des d&#233;molitions, autorisant la caract&#233;risation patrimoniale de la Gare du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le regret de ce qui s'est pass&#233; autrefois permet d'anticiper celui qui pourrait r&#233;sulter de la disparition de la Gare. Pour y rem&#233;dier, il faut donc pouvoir agir, d'o&#249; l'id&#233;e d'un combat, d'une bataille dans les propos de Monsieur P. par exemple. Le vocabulaire aff&#233;rent &#224; la guerre revient dans les discours.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vous croyez que si les gens se mobilisent c'est pourquoi ? Nous on s'est battu parce qu'on sait que pour les gens c'est quelque chose la Gare, les souvenirs personnels tout &#231;a c'est important mais y a aussi l'histoire, elle est tr&#232;s repr&#233;sentative du d&#233;veloppement de ce si&#232;cle, l'industrie, et puis aussi de la guerre. &#187; &lt;i&gt;(Madame M., 43 ans, employ&#233;e dans une boutique du quartier mais n'y r&#233;sidant pas, militante hors association pour la sauvegarde de la Gare, passionn&#233;e d'histoire en particulier familiale)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Moi je suis rentr&#233;e dans ce combat par une femme qui s'appelle K. [&#8230;] Elle, elle est professeur &#224; l'Ecole d'architecture de Versailles. Elle a &#233;t&#233; si s&#233;duite par la Gare du Sud ! C'est quelque chose qui l'avait vraiment emball&#233;e, elle la trouvait extraordinaire. Elle avait combattu avec tout son savoir &#8211; et elle en a ! &#8211; et s'&#233;tait &#233;cart&#233;e de la lutte, tr&#232;s g&#234;n&#233;e par le contexte politique, on s'&#233;tait empar&#233; de son travail pour des batailles politiques. &#192; ce moment-l&#224;, elle avait pris le large, elle voulait que &#231;a reste un combat pur, architectural. &#187; (&lt;i&gt;Madame D., 51 ans, professeure d'universit&#233;, n'habite pas la Lib&#233;ration mais fr&#233;quente son march&#233;, militante dans une association de d&#233;fense du quartier et de son patrimoine qu'elle encadre avec 3 autres personnes&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;taphore permet de conceptualiser une situation de d&#233;saccord. Le conflit prend ses dimensions sociale et collective, &#224; travers l'engagement dans une cause commune. Ses protagonistes prennent conscience de faire partie d'un groupe bless&#233;, l&#233;s&#233;, priv&#233; d'&#233;l&#233;ments urbains estim&#233;s &#224; forte valeur historique, esth&#233;tique et/ou identitaire &#224; l'&#233;chelle locale. L'amputation est per&#231;ue comme une atteinte &#224; la collectivit&#233;, La r&#233;action &#233;motionnelle et la mobilisation qui la suit sont une forme de m&#233;canisme de d&#233;fense contre la disparition. La peur, la col&#232;re, la tristesse sont des r&#233;ponses adaptatives au sens attribu&#233; par chacun &#224; ce que la disparition repr&#233;sente &#224; leurs yeux, &#224; partir de la &#171; pertinence pour soi &#187; . Schenk consid&#232;re que c'est par elle que &#171; toute repr&#233;sentation prend un sens pour l'individu, en traduisant son effort adaptatif et en assurant coh&#233;rence et intelligibilit&#233; aux repr&#233;sentations par lesquelles il se situe dans le monde. Une coh&#233;rence fondamentale &#224; la rationalit&#233; d'un choix &#187; (2009, p. 152). La peur est moins celle du changement physique entrain&#233; par la d&#233;molition ou le d&#233;placement de la Gare mais d'un changement qui pourrait alt&#233;rer non seulement la relation entretenue avec l'objet et le lieu o&#249; il se dresse mais aussi toute une sociabilit&#233; mise &#224; jour par la situation conflictuelle. La repr&#233;sentation n&#233;gative du changement donne en quelque sorte corps au collectif habit&#233; par les m&#234;mes fant&#244;mes patrimoniaux. &lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e d'un &lt;i&gt;syndrome de la d&#233;molition r&#233;p&#233;titive&lt;/i&gt; inspir&#233; du &#171; &lt;i&gt;repetitive change syndrome&lt;/i&gt; &#187; avanc&#233; par Abrahamson (2004) en psychologie sociale, permet d'envisager la r&#233;sistance mesur&#233;e sur le terrain non comme le seul r&#233;sultat du malaise suscit&#233; par les projets eux-m&#234;mes (d&#233;molition, d&#233;placement) mais aussi comme la cons&#233;quence de la multitude des d&#233;molitions pass&#233;es au fil du renouvellement urbain. Autrement dit, outre l'attachement affectif &#224; la Gare du Sud et la mise en avant de son int&#233;r&#234;t patrimonial (historique, esth&#233;tique, identitaire&#8230;), outre les divergences sur son avenir, les strat&#233;gies et enjeux politiques et sociaux, les rapports de pouvoir et man&#339;uvres de revendication comme de l&#233;gitimation, un refus symptomatique de la d&#233;molition, issu d'un m&#233;canisme de d&#233;fense comme r&#233;action &#224; la r&#233;p&#233;tition de la situation, intervienne dans le fait de s'opposer au(x) projet(s) pour sauvegarder. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le recours &#224; la &lt;i&gt;comparaison descendante&lt;/i&gt; laisse toutefois penser que ce syndrome pourrait &#234;tre un facteur pr&#233;pond&#233;rant des conflits patrimoniaux et un d&#233;terminant important de l'initialisation du processus de patrimonialisation. La piste du &lt;i&gt;syndrome de la d&#233;molition r&#233;p&#233;titive&lt;/i&gt; permet d'envisager les questions de patrimonialisation comme ph&#233;nom&#232;nes de soci&#233;t&#233; qui mettent en jeu des logiques d'acteurs, sociaux, politiques, urbanistiques &#224; condition de ne pas d&#233;-contextualiser le projet de ses enjeux contemporains et de le replacer &#224; l'&#233;chelle de la ville ou du territoire. Ce syndrome peut &#234;tre rapproch&#233; du &lt;i&gt;syndrome du petit Poucet &lt;/i&gt; Ce syndrome correspond &#224; &#171; l'hypertrophie m&#233;morielle qui se donne &#224; voir dans la prolif&#233;ration des traces [&#8230;] comme le c&#233;l&#232;bre personnage du conte, individus et groupes ont une forte propension &#224; fabriquer et laisser des traces et, surtout, ils consacrent aujourd'hui d'immenses efforts pour les conserver sous la forme d'empreintes, de reliques, de vestiges, de ruines, d'archives et d'objets plus ou moins envahissants &#187;.(Candau 1998, p. 47), manifestation de l'angoisse de la perte et de l'incapacit&#233; &#224; la ma&#238;triser. Si l'un con&#231;oit qu'il n'est plus acceptable de perdre, donc de d&#233;truire, l'autre con&#231;oit de tout garder. Ces deux syndromes ont en commun la peur de la perte et donc l'impossible digestion &#233;motionnelle de la disparition qui semble faire de la patrimonialisation le moyen de se maintenir contre le temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;molitions r&#233;p&#233;titives, en modifiant les attitudes et les comportements vis-&#224;-vis de l'environnement, du territoire, de la collectivit&#233;, des d&#233;cideurs, en mobilisant l'opinion publique, pourraient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une source d'influence de la repr&#233;sentation sociale du patrimoine et de l'&#233;volution de sa conception mais aussi des dynamiques locales sous-jacentes qui, nous allons le voir, passe par une contagion patrimoniale. Il para&#238;t en effet tout &#224; fait concevable que les exp&#233;riences de pertes multiples et successives soient impliqu&#233;es dans la repr&#233;sentation (culturelle) de la perte telle que l'envisage notre soci&#233;t&#233;. Transposer cette angoisse dans les mythes urbains en faisant appara&#238;tre des fant&#244;mes comme compensations mn&#233;siques &#224; la disparition mat&#233;rielle, c'est construire une m&#233;moire locale de la d&#233;molition. S'y r&#233;f&#233;rer c'est avoir recours &#224; sa fonction et &#224; sa valeur pr&#233;ventive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Emotions et contagion de la repr&#233;sentation patrimoniale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;motions, sur le terrain de la Lib&#233;ration, ont aussi jou&#233; un r&#244;le important dans les r&#233;gulations interpersonnelles, plus particuli&#232;rement dans la contagion de la repr&#233;sentation patrimoniale de la Gare par le biais de la transmission de savoirs et donc, sur la constitution et le renforcement du groupe.&lt;br class='autobr' /&gt;
La constitution d'un collectif repose sur la capacit&#233; des individus &#224; formuler une expertise profane. Cette expertise est aliment&#233;e par la circulation de savoirs &#233;rig&#233;s, nous l'avons vu, en preuves authentifiantes. Elles doivent susciter l'adh&#233;sion de ceux qui les re&#231;oivent. Certaines personnes interviennent donc comme autant d'agents de transmission, autrement dit des sociotransmetteurs (Candau, 1998), dans l'&#233;laboration d'une l&#233;gitimit&#233; qui se fonde sur le jugement et la reconnaissance du savoir par le collectif. Si le discours a interpel&#233; le r&#233;cepteur et entraine une adh&#233;sion, alors une &#233;pid&#233;miologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Sperber, une &#233;pid&#233;miologie des repr&#233;sentations se fonde sur &#171; deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la valeur patrimoniale peut s'envisager. La contagion est possible gr&#226;ce au partage de l'&#233;motion et lorsque &#171; les repr&#233;sentations mentales de plusieurs individus sont assez semblables les unes aux autres pour &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des versions les unes des autres &#187; (Sperber, 1996, p. 113).&lt;br class='autobr' /&gt;
Or les conflits patrimoniaux exigent et organisent un rapport de force qui n&#233;cessite avant tout l'&#233;largissement de la base du collectif pour peser dans le conflit face aux &#233;diles et &#224; ceux qui les soutiennent. Sur le terrain de la Lib&#233;ration, les initiatives ont &#233;t&#233; nombreuses, individuelles ou port&#233;es par des associations ou des comit&#233;s de d&#233;fense du quartier, pour mobiliser les habitants autour du devenir de la Gare du Sud, certains devenant les porte-parole de sa cause. Que ce fut dans des actions de rue telles les signatures de p&#233;titions, le rassemblement pour accueillir la visite du Ministre de la culture, le marquage des pierres de la Gare par exemple, ou dans des sociabilit&#233;s du quotidien, ils se sont institu&#233;s en promoteurs du groupe d&#233;favorable &#224; sa disparition, s'assignant un r&#244;le de sensibilisation et de formation de l'opinion publique, de &#171; concernement du public &#187; (Mel&#233;, 2003, p. 8). Pour cela, les habitants du quartier proc&#232;dent &#224; une v&#233;ritable &#233;ducation du regard des visiteurs :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; J'ai fait remarquer &#224; des clients r&#233;cemment la vari&#233;t&#233; de d&#233;tails sur la Gare. Les influences parisiennes, ce caract&#232;re industriel majestueux tr&#232;s repr&#233;sentatif de l'&#233;poque, h&#233;t&#233;roclite c'est s&#251;r, tr&#232;s travaill&#233;. Les gens ne font pas attention. Mais ce monsieur m'a dit : &#8220;oh la la, mais maintenant je vais la regarder. Effectivement vous avez raison, c'est tr&#232;s beau, il faut la garder&#8221;. Et si vous voulez, nous on s'est battu &#8211; je dis &#8220;nous&#8221; parce qu'on &#233;tait quand m&#234;me quelques-uns &#8211; pour se battre pour cette coh&#233;rence, pour conserver cet ensemble [&#8230;] Moi je crois sinc&#232;rement &#224; la mobilisation. &#187; &lt;i&gt;(Madame O., 48 ans, d&#233;coratrice d'int&#233;rieur, repr&#233;sentante d'une association nationale de d&#233;fense du patrimoine, fortement engag&#233;e pour la sauvegarde de la Gare et dans l'am&#233;nagement du quartier de la Lib&#233;ration dans lequel elle habite depuis 22 ans. Proche de personnages politiques oppos&#233;s au Maire au sein du m&#234;me parti)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui m'a frapp&#233;e c'est que j'avais l'impression d'arriver &#224; changer leur regard. Ils arrivaient et ils disaient : ouais, bon, cette Gare&#8230; Je leur montrais. Je leur faisais regarder, je leur expliquais et puis ils disaient : &#231;a a de l'allure, c'est vrai que c'est beau. Je faisais signer des p&#233;titions, ils signaient la p&#233;tition et en partant ils disaient : ben, c'est vrai dans le fond, j'ai jamais bien regard&#233;. Et &#231;a je trouvais que c'&#233;tait une victoire. &#187; &lt;i&gt;(Mme D.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Moi, quand j'ai des informations, je les relaye aux gens. Au march&#233; ou dans les petites courses dans le quartier, des gens que je connais je leur dit : &#8220;alors vous avez vu pour la mairie il se passe &#231;a et ils vont faire &#231;a, il faut se battre ! Il faut se battre, il faut aller aux r&#233;unions, il faut regarder la Gare, il faut dire, on peut pas rester comme &#231;a&#8221;. Et puis je leur dis que c'est du patrimoine et qu'on va leur d&#233;molir. J'explique l'architecture, l'histoire du train des pignes, j'&#233;coute et je retiens, comme &#231;a apr&#232;s je raconte. &#187; &lt;i&gt;(Mme C., 64 ans, retrait&#233;e de l'EDF, ayant toujours v&#233;cu &#224; la Lib&#233;ration, engag&#233;e pour la sauvegarde de la Gare aux c&#244;t&#233;s d'une association de d&#233;fense du quartier. Elle a archiv&#233; tout au long de sa vie les coupures de journaux concernant le quartier. Elle insiste souvent sur le fait qu'elle est peu instruite)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a mis en &#233;vidence P. Mel&#233;, les habitants s'engagent dans la d&#233;fense de leur quartier parce qu'il pense que leur implication portera ses fruits. Peu &#224; peu, ils acqui&#232;rent des savoirs et savoir-faire qui renforcent un processus &#171; d'expertification &#187; (Lochard et Simonet, 2007, p. 277) et en fait des &#171; experts de proximit&#233; &#187; . Leur comp&#233;tence repose sur un m&#233;lange de formation professionnelle, d'activit&#233; patrimoniale et/ou politique, d'int&#233;r&#234;t passionn&#233;, d'exp&#233;rience des lieux et du quartier, de celle de l'activit&#233; ferroviaire r&#233;volue, etc., soit un alliage issu de la mise en commun des savoirs. Ce savoir est une construction fond&#233;e sur la proximit&#233; &#233;tablie avec le site et qui implique sa fr&#233;quentation, des pratiques r&#233;p&#233;t&#233;es de son environnement, tant sur le plan physique que social. &lt;br class='autobr' /&gt;
La plaidoirie publique, intime dans son inter-individualit&#233; restreinte, parce qu'il ne s'agit pas de s'adresser &#224; la foule mais de fa&#231;on particuli&#232;re &#224; un cercle d'individus privil&#233;gi&#233;s, s'impose n&#233;anmoins comme un v&#233;ritable savoir-faire militant bien qu'il ne passe pas par un engagement associatif. Il se fonde essentiellement sur des savoirs d'usage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; S'appuyant sur l'exp&#233;rience et la proximit&#233;, ils se r&#233;f&#232;rent &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tout autant que techniques. Quand il communique, cet expert de proximit&#233; &#171; produit une perturbation dans l'environnement destin&#233;e tout d'abord &#224; attirer et retenir l'attention d'un destinataire, puis &#224; donner &#224; ce destinataire les moyens de construire une repr&#233;sentation mentale semblable &#224; celle qu'il voulait transmettre &#187; (Sperber, 2001, p. 33). Ainsi, l'argumentation mise en place revient &#224; donner &#224; l'interlocuteur la possibilit&#233; d'envisager le caract&#232;re patrimonial de la Gare en l'exposant &#224; sa perception, le but premier &#233;tant de l'interpeller et de lui montrer ce qu'il n'a jamais su voir seul. Cela exige un effort qui conduit l'interlocuteur &#224; se faire &#224; son tour le t&#233;moin de la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; racont&#233;e, de se rendre compte par lui-m&#234;me. L'impliquer physiquement est une mani&#232;re de faire appel &#224; son autonomie de jugement et de devenir &#224; son tour apte &#224; rep&#233;rer le caract&#232;re patrimonial de l'&#233;difice.&lt;br class='autobr' /&gt; Les experts de proximit&#233; mettent donc ainsi en avant leur aptitude &#224; faire changer les regards d'autrui. Si &#171; un message peut initier une transformation &#187; (Gaffi&#233;, 2005, p. 12) &#8211; sous-entendu, de la repr&#233;sentation &#8211;, le message est, dans cette situation particuli&#232;re, tout &#224; la fois ce qui est entendu et ce qui transite par la vue ainsi que toutes les informations contextuelles filtr&#233;es par son interm&#233;diaire. Le recours &#224; la perception et &#224; l'exp&#233;rience donne corps au message transmis. L'investissement patrimonial est, dans ces circonstances, l'aboutissement d'une &#171; croyance r&#233;flexive &#187; (Sperber, 1996, p. 123), c'est-&#224;-dire d'une interpr&#233;tation et d'une appropriation de la repr&#233;sentation de l'expert. Accepter ce savoir, c'est devenir d&#233;positaire, d'une m&#233;moire collective attach&#233;e &#224; la Gare, et participer, de ce fait, &#224; sa diffusion et &#224; son entretien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;cepteur d'un acte de transmission peut &#224; son tour devenir un transmetteur, dans le cadre de discussions familiales, amicales ou d'&#233;changes fortuits comme Madame C., plus haut, ou Mme P. ici : &#171; &lt;i&gt;ah oui, &#231;a j'en ai parl&#233; autour de moi ! Les r&#233;unions par exemple, c'est bien pour s'informer. Apr&#232;s&#8230; parce que moi j'ai des amis, voyez ? Alors on en parle. On se raconte ce qu'on a entendu&lt;/i&gt; &#187; . Toutes les deux, dans leur vie quotidienne, sont devenues des agents actifs du processus de contagion. Leur transmission rime, on le voit bien, avec une responsabilisation des individus et une prise de position publique vis-&#224;-vis du devenir de la Gare et leur engagement dans le conflit patrimonial. Comme l'a remarqu&#233; Colette P&#233;tonnet, &#171; il suffit d'un instant pour que les hommes &#233;changent ou partagent jusqu'&#224; leurs convictions. La parole qui jaillit dans l'espace public est rarement anodine, et c'est un truisme de dire qu'il n'est pas m&#234;me besoin d'elle pour que la communication s'&#233;tablisse et s'expriment les sentiments &#187; (1987, p. 255). Une piste para&#238;t importante dans la contagion de la pens&#233;e patrimoniale, c'est celle de la sympathie pour les acteurs (les narrateurs) qui peut na&#238;tre, chez les destinataires, de la congruence per&#231;ue entre les expressions &#233;motionnelles (les &#233;tats mentaux) et &#171; l'histoire &#187; racont&#233;e (Decety, 2004). Les &#233;motions qui parcourent le narrateur au cours du plaidoyer &#8211; produit du contexte conflictuel g&#233;n&#233;ralement connu des personnes interpell&#233;es dans la rue &#8211; restent saisissables durant le processus interindividuel de communication. Ainsi, ces formes de sensibilisation du public, tr&#232;s souvent r&#233;duites au face &#224; face, ne peuvent &#234;tre entendues seulement comme une recherche de sympathisants mais bien comme une d&#233;marche intentionnelle de production d'un effet : une mise en sympathie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces exemples mettent en &#233;vidence le r&#244;le majeur de ce type de transmission pour grossir les rangs des sympathisants. Dans ce plaidoyer de proximit&#233;, le narrateur a une chance de susciter la sympathie en interpellant autrui physiquement dans l'espace public plut&#244;t que par t&#233;l&#233;phone parce qu'il le place en capacit&#233; de saisir son &#233;tat &#233;motionnel au travers de manifestations telle la gestuelle. L'&#233;pouse de Monsieur De., tend le bras vers la Gare, la pointe du bout sa main ouverte vers le ciel puis, la rabattant, vient taper sur sa cuisse. Elle discute avec deux passants qu'elle a interpell&#233;s &#224; l'angle de la place o&#249; elle a install&#233; une table. Son mari dit l'avoir &lt;i&gt;&#171; mise sur le trottoir par besoin de main-d'&#339;uvre &#187;&lt;/i&gt; pour faire signer la p&#233;tition lanc&#233;e par le comit&#233; de d&#233;fense du quartier et de sauvegarde de la Gare qu'il dirige. Son regard navigue entre le b&#226;timent et les yeux de ses interlocuteurs. Elle secoue la t&#234;te en un l&#233;ger martellement alors que ses &#233;paules se soul&#232;vent r&#233;guli&#232;rement ; son visage est un peu renfrogn&#233; mais elle a plus souvent l'air d&#233;pit&#233;e. L'homme lui r&#233;pond, pointant son index et ses sourcils vers le haut en s'approchant d'elle puis recule, l'&#233;coute et acquiesce. Il donne l'impression que ce que Madame De. vient de dire est &#233;vident. La perception des expressions &#233;motionnelles dans le champ de la communication en action tient une place non n&#233;gligeable dans la contagion de la pens&#233;e patrimoniale et dans le d&#233;veloppement du lien social autour de l'objet qui suscite l'&#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La manifestation publique de la tristesse par les pleurs ou par le r&#233;cit des &#233;v&#233;nements tragiques imput&#233;s aux projets est aussi un argument r&#233;current de la raison patrimoniale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La nouvelle mairie&#8230; On n'a pas compris quand on a vu le nouveau projet sans la fa&#231;ade&#8230; Les gens se sont beaucoup int&#233;ress&#233;s &#224; l'avenir de leur quartier. Et y en a qui pleuraient, ils disaient : on veut pas que ce soit d&#233;moli, c'est trop de souvenir. &#187; &lt;i&gt;(Mme A., 73 ans, cadre retrait&#233;e de la fonction publique, vit dans le quartier depuis 28 ans, militante dans une association de d&#233;fense du quartier et de son patrimoine qu'elle encadre avec 3 autres personnes. Son p&#232;re et son grand-p&#232;re &#233;taient architectes, elle dit &#234;tre passionn&#233;e d'architecture depuis son enfance)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; (En parlant de la Gare du Sud) J'ai vu un Monsieur pleurer en me disant : mais c'est ce qui me relie &#224; ma m&#232;re, &#224; ma grand-m&#232;re ! Je ne veux pas qu'ils d&#233;molissent &#231;a ! &#187; &lt;i&gt;(Madame M.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; On m'a dit que des gens pleuraient parce que la Gare allait dispara&#238;tre ! Tu te rends compte en arriver l&#224; ? Enfin, quand les gens pleurent, c'est que c'est s&#233;rieux quand m&#234;me, non ? &#187; &lt;i&gt; (Madame G., 36 ans, coach sportif, n'habite pas la Lib&#233;ration mais fr&#233;quente le march&#233;, n'est pas mobilis&#233;e dans les conflits autour de l'am&#233;nagement du quartier)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les larmes, des trag&#233;dies personnelles semblent se jouer. Ces pleurs participent du r&#233;cit intime et prennent, dans l'espace public, une dimension dramatique qui appellent l'implication &#233;motionnelle de ceux qui les voient mais aussi, dans une autre mesure, de ceux qui en ont entendu parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les &#233;motions aient &#233;t&#233; vues &#8211; les pleurs ont &#233;t&#233; constat&#233;s &#8211; ou rapport&#233;es par un tiers &#8211; &#171; on m'a dit que &#187; &#8211;, elles constituent la r&#233;f&#233;rence absolue en termes d'impact. Ces &#171; mises &#224; l'&#233;preuve &#187; individuelles, ces r&#233;actions &#233;motionnelles d'un soi ressentant et les raisons personnelles qui en sont la cause s'envisagent chez certains interlocuteurs comme autant d'arguments martel&#233;s pour faire la preuve du caract&#232;re patrimonial de la Gare. Le degr&#233; de l'&#233;motion mesur&#233;e chez ces autres au travers des pleurs est l'indicateur ultime (en termes de visibilit&#233;) de l'attachement &#224; l'objet et de sa fonction identitaire. Il donne un ton solennel au discours patrimonial. Plus l'&#233;motion est per&#231;ue comme forte, plus l'objet pour lequel les personnes pleurent se voit investi par ceux qui y assistent de valeur patrimoniale. Les pleurs relatifs &#224; la perte envisag&#233;e peuvent attester &#8211; ce n'est pas syst&#233;matique &#8211; pour l'homme ordinaire qui les saisit, la v&#233;racit&#233; de cette valeur. En tout cas, les &#233;voquer est un bon moyen d'en tenter la d&#233;monstration et de susciter l'empathie n&#233;cessaire dans ce cas &#224; la contagion de la pens&#233;e patrimoniale. L'information peut ainsi &#234;tre relay&#233;e par ceux qui l'ont re&#231;ue et y ont &#233;t&#233; sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont autant de situations de crise identitaire que ces &#233;nonc&#233;s accusent. Mais la crise identitaire dont il est question est bien subjective, elle se rapporte aux rapports d'un individu &#224; l'objet dont la disparition prochaine a &#233;t&#233; annonc&#233;e. La crise vient du fait que dans la projection de la perte, chacune des personnes concern&#233;es envisage l'alt&#233;ration d'un aspect de sa construction identitaire. C'est le fait de ces constatations multiples qui donne &#224; cette crise identitaire sa dimension collective.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Moi j'ai connu, je prenais le train pour arriver &#224; la Gare du Sud. J'ai per&#231;u l'annonce de la disparition tristement, c'est ma jeunesse, c'est mon pass&#233;, c'est triste&#8230; &#199;a repr&#233;sentait, j'avais mon p&#232;re qui prenait le train, j'allais le chercher. &#187; &lt;i&gt;(Madame P., 64 ans, secr&#233;taire &#224; la retraite, n'habite pas la Lib&#233;ration mais fr&#233;quente le march&#233;, a sign&#233; une p&#233;tition pour la sauvegarde de la Gare)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La Gare du Sud, c'est un rep&#232;re, j'en ai besoin. Pour le matin quand je sors &#224; 7 h, je vais prendre le caf&#233;, je passe en face. Ah, je la vois et puis en plus l&#224; je la regarde, je la surveille, parfois avec les copains. Parfois j'en fais le tour, c'est d&#233;gueulasse&#8230; Ou alors on va au pied et on la regarde attentivement pour voir les d&#233;gradations et comptabiliser tout ce qu'il manque et tout ce qu'il faudrait faire pour la sortir de cet &#233;tat. &#187; &lt;i&gt;(Monsieur De., 70 ans, retrait&#233; de la fonction publique territoriale (urbanisme), a cr&#233;&#233; un comit&#233; de d&#233;fense qu'il encadre avec 3 autres personnes, a lanc&#233; une p&#233;tition pour la sauvegarde de la Gare)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'emploi de tels arguments, forts, renforce l'id&#233;e que la caract&#233;risation patrimoniale &#8211; pour ne pas dire le patrimoine &#8211; ne se fonde pas tant sur l'&#233;motion collective que sur le partage d'&#233;motions similaires mais qui n'ont pas le m&#234;me motif d'un individu &#224; l'autre, la peur de la perte renvoyant chacun &#224; sa propre histoire, &#224; sa propre exp&#233;rience signifiantes socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objectif g&#233;n&#233;ral de la recherche engag&#233;e sur le terrain de la Lib&#233;ration &#233;tait de mettre en exergue la place prise par l'id&#233;e de patrimoine, sa repr&#233;sentation et son op&#233;rativit&#233; dans les vies citadines quotidiennes, celui de l'article &#233;tait de montrer l'impact des &#233;motions et de leur rationalisation sur la conception ordinaire du patrimoine des individus et plus particuli&#232;rement son caract&#232;re social et socialisant. Les &#233;motions ressenties en situation de conflit patrimonial, peuvent &#234;tre rationalis&#233;es, c'est-&#224;-dire pass&#233;es au filtre de la &#171; pertinence pour soi &#187; , socialement et culturellement marqu&#233;e, au point de constituer un savoir sur le patrimoine. C'est cette &#233;laboration cognitive tant des &#233;motions que des discours suscit&#233; par l'annonce de l'&#233;v&#233;nement qui &#339;uvre au profit du caract&#232;re &#233;minemment partag&#233;e et partageable de la conception patrimoniale ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si l'&#233;tude met r&#233;guli&#232;rement en lumi&#232;re l'existence des &#233;motions patrimoniales et leur fonctionnement, il semble toutefois qu'elles s'effacent devant la r&#233;action qu'elles paraissent d&#233;clencher. Ainsi, il n'est pas tant question dans ce cas d' &#171; &#233;motion patrimoniale &#187; (Fabre, 2013) que d' &#171; &#233;motion patrimonialisante &#187; . Pourrait-on penser que l'&#233;motion patrimoniale est d&#233;sormais &#224; ce point acquise qu'elle participerait au r&#233;gime de l'ordinaire ? &#201;prouver ces &#233;motions et les reconna&#238;tre parmi ses &#233;tats face au monde qui l'entoure pourrait conduire l'individu, par le fait d'un apprentissage fruit de ses exp&#233;riences du monde et du patrimoine, &#224; injecter de la valeur patrimoniale &#224; des objets de son environnement quotidien. S'il n'y a pas d'&#233;motion sans m&#233;moire de cette &#233;motion (Damasio, 1995), on l'a bien vu dans le cas de la &lt;i&gt;comparaison descendante&lt;/i&gt; &#224; des monuments fantomatiques, les individus gardent intimement les traces de son fonctionnement. Les &#233;motions patrimoniales participeraient donc &#224; l'&#233;laboration d'un savoir sur le patrimoine et, en tant qu'outil mis &#224; la disposition d'une comp&#233;tence &#171; profane &#187; , conduiraient &#224; caract&#233;riser et qualifier, c'est-&#224;-dire &#224; fabriquer du patrimoine. Autrement dit, la dimension &#233;motionnelle de l'exp&#233;rience de l'objet, &#171; &lt;i&gt;ce que cela me fait&lt;/i&gt; &#187; , contribue de mani&#232;re fondamentale, &#224; mon avis, &#224; la rationalit&#233; de l'identification de cet objet comme patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ABRAHAMSON E., &#171; Avoiding repetitive change syndrome &#187; , &lt;i&gt;MIT Sloane manager review&lt;/i&gt;, winter 45(2), 2004, p. 93-95.&lt;br class='autobr' /&gt;
AUZAS Vincent, JEWSIEWICKI Bogumil (Ed.), &lt;i&gt;Traumatisme collectif pour patrimoine. Regards sur un mouvement transnational&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, Presse de l'Universit&#233; Laval, 390 p., 2010.&lt;br class='autobr' /&gt;
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CANDAU Jo&#235;l, (&lt;i&gt;&#224; para&#238;tre&lt;/i&gt;), &#171; La m&#233;moire et le principe de perte &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1879, le ministre des Travaux publics, Charles de Freycinet, inclut dans son programme deux lignes ferroviaires allant de Nice &#224; Draguignan et de Nice &#224; Puget-Th&#233;niers dans l'optique de desservir et d&#233;senclaver, par un moyen de transport public rapide et commode pour l'&#233;poque, toute la r&#233;gion de l'arri&#232;re-pays ni&#231;ois, en mettant en relation les bassins de la Durance et du Var. Cela permettait aussi de structurer toute la Provence par un maillage ferroviaire. Construite au nord de la ville en 1892, la Gare du Sud, t&#233;moin de l'&#226;ge d'or des chemins de fer, se trouve aujourd'hui au centre-nord de la cit&#233; ni&#231;oise. Le b&#226;timent est l'&#339;uvre de Prosper Bobin. Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, son activit&#233; de transport de marchandises d&#233;cline. La Gare du Sud et les terrains adjacents font alors l'objet de nombreuses convoitises immobili&#232;res voyant les projets d'urbanisme se multiplier au fil des municipalit&#233;s. Les 37 000 m&#178; d'emprise de la Gare repr&#233;sentent la seule superficie &#171; libre &#187; et centrale, la plus grande zone pouvant &#234;tre envisag&#233;e comme am&#233;nageable dans cette ville coinc&#233;e entre mer et montagnes. Au gr&#233; de ces projets, nombre de sc&#233;narios seront imagin&#233;s pour l'avenir de la Gare. Elle repr&#233;sente, depuis plus de soixante ans, un enjeu important du d&#233;veloppement urbain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, son activit&#233; de transport de marchandises d&#233;cline. La Gare du Sud et les terrains adjacents font alors l'objet de nombreuses convoitises immobili&#232;res voyant les projets d'urbanisme se multiplier au fil des municipalit&#233;s. Les 37 000 m&#178; d'emprise de la Gare repr&#233;sentent la seule superficie &#171; libre &#187; et centrale, la plus grande zone pouvant &#234;tre envisag&#233;e comme am&#233;nageable dans cette ville coinc&#233;e entre mer et montagnes. Au gr&#233; de ces projets, nombre de sc&#233;narios seront imagin&#233;s pour l'avenir de la Gare. Elle repr&#233;sente, depuis plus de soixante ans, un enjeu important du d&#233;veloppement urbain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce march&#233; s'est install&#233; au pied de la Gare du Sud parce qu'il &#233;tait facile d'y proposer les produits de l'arri&#232;re-pays transport&#233;s par le train des pignes, nom donn&#233; au train de la ligne Nice-Digne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 7 novembre 2001, Catherine Tasca, Ministre de la culture et de la communication d&#233;cide de placer la Gare du Sud sous instance de classement parmi les monuments historiques. Suite &#224; cette d&#233;cision, le Maire de Nice envisage de d&#233;monter et d&#233;placer le b&#226;timent. Ce nouveau projet soul&#232;ve un toll&#233; de critiques, de moqueries et de contestations au sein de la population et des dirigeants politiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Villa Laurenti situ&#233;e au Castel des Deux-Rois, d&#233;molie le 21 novembre 2003 &#224; la suite d'une d&#233;lib&#233;ration du conseil municipal en date du 23 mai de la m&#234;me ann&#233;e. La d&#233;molition de ce b&#226;timent de la Belle Epoque intervient alors que le projet de nouvelle mairie a remis en question l'int&#233;grit&#233; de la Gare du Sud et que le conflit est d&#233;sormais engag&#233; autour de son maintien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous-entendu Jacques Peyrat, S&#233;nateur-Maire de Nice &#224; l'&#233;poque des faits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Casino Municipal fut construit entre 1882 et 1884 sur le fleuve Paillon au niveau de ce qui est aujourd'hui la place Mass&#233;na. Le b&#226;timent, prolong&#233; par une immense verri&#232;re contenant un jardin d'hiver, &#233;tait un complexe de divertissements avec, entre autres, des salles de jeux des Le restaurants et salles de spectacles. Transform&#233; en 1939 pour le mettre en harmonie avec son environnement de style turinois, il fut d&#233;moli en juin 1979 pour laisser place &#224; un jardin public faute de ne pouvoir, comme pr&#233;vu, y construire le Palais des congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'endogroupe (ou groupe interne ou in group) est le groupe d'individus qu'une personne a cat&#233;goris&#233;s comme membres de son propre groupe (groupe d'appartenance) et &#224; qui elle a tendance &#224; s'identifier (ex : nous les&#8230;), alors que l'exogroupe (ou groupe externe ou out group) est le groupe d'individus qu'une personne a cat&#233;goris&#233;s comme ne faisant pas partie de son groupe d'appartenance et &#224; qui elle n'a pas tendance &#224; s'identifier (ex : eux les&#8230;) &#187; (Baugnet, 1998, p. 79).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je n'aborderai pas ici la question de la comparaison ascendante &#224; la Tour Eiffel ou &#224; la Gare d'Orsay, s&#233;miophores au rayonnement symbolique d&#233;passant les fronti&#232;res, monuments qui se pr&#233;sentent comme des supports majeurs de &#171; l'identit&#233; nationale &#187; telle que d&#233;finie par Pomian (2010, p. 55). Cette question est trait&#233;e dans ma th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En psychologie cognitive, l'amor&#231;age est un ph&#233;nom&#232;ne fond&#233; sur la pr&#233;sence pr&#233;alable d'un stimulus et l'utilisation automatique des repr&#233;sentations contextuelles (ex : le mot &#171; pompier &#187; pr&#233;-active les concepts &#171; rouge &#187; et &#171; &#233;chelle &#187; qui sont ensuite rapidement reconnus).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si l'on devait s'attarder davantage sur le lien entre traumatisme et patrimonialisation, il serait int&#233;ressant d'approfondir l'id&#233;e d'une patrimonialisation du traumatisme m&#234;me, en l'envisageant comme un h&#233;ritage utilis&#233; &#224; des fins de l&#233;gitimation des demandes de reconnaissance identitaire au travers du maintien des objets. L'exploration a &#233;t&#233; conduite lors du 2e colloque annuel de l'Institut du patrimoine culturel, tenu dans le cadre de l'ACFAS, &#224; Trois-Rivi&#232;res au Qu&#233;bec (Canada), les 7 et 8 mai 2007 et qui a donn&#233; lieu &#224; une publication. (Auzas et Jewsiewicki, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Sperber, une &#233;pid&#233;miologie des repr&#233;sentations se fonde sur &#171; deux classes de processus pertinents : les processus intra-individuels de la pens&#233;e et de la m&#233;moire, et les processus interindividuels dans lesquels les repr&#233;sentations d'un individu affectent celles d'autres individus par le moyen de modifications de l'environnement physique qui leur est commun &#187; (Sperber, 1996, p. 87).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; S'appuyant sur l'exp&#233;rience et la proximit&#233;, ils se r&#233;f&#232;rent &#224; la connaissance qu'a un individu ou un collectif de son environnement imm&#233;diat. Ce savoir local donne aux habitants une fine connaissance des usages et du fonctionnement permanent de leur territoire &#187; (Nez, 2011, p. 392).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Identit&#233; subjective et travail &#233;motionnel dans la cr&#233;ation chor&#233;graphique contemporaine </title>
		<link>https://influxus.eu/article1023.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://influxus.eu/article1023.html</guid>
		<dc:date>2015-11-10T10:16:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Virginie Valentin</dc:creator>


		<dc:subject>Creative Commons</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>travail identitaire</dc:subject>
		<dc:subject>subjectivation</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;motions</dc:subject>
		<dc:subject>chor&#233;graphie contemporaine</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire</dc:subject>
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		<dc:subject>Vaslav Nijinsky</dc:subject>
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		<dc:subject>Angelin Preljocaj</dc:subject>
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		<dc:subject>Processus de sublimation</dc:subject>
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		<dc:subject>esth&#233;tique de soi</dc:subject>
		<dc:subject>l'autrui gn&#233;ralis&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>auto-chor&#233;graphie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Marcel Mauss avait d&#233;montr&#233; au d&#233;but du si&#232;cle dernier que le corps est le premier outil technique de l'homme (Mauss, 1995) et Jean-Marc Leveratto a relu ce texte fondateur de l'anthropologie du corps en soulignant qu'il mettait au centre de l'&#233;tude anthropologique la valeur affective et la r&#233;alit&#233; &#233;motionnelle des techniques du corps (Leveratto, 2006 : 34). La technique corporelle de la danse sculptant le corps des danseurs, la cr&#233;ation chor&#233;graphique &#171; r&#233;v&#232;le &#187; le sujet, pour utiliser la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot1104.html" rel="tag"&gt;Creative Commons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5591.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5603.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5629.html" rel="tag"&gt;travail identitaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5631.html" rel="tag"&gt;subjectivation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5633.html" rel="tag"&gt;&#233;motions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5635.html" rel="tag"&gt;chor&#233;graphie contemporaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5637.html" rel="tag"&gt;m&#233;moire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5651.html" rel="tag"&gt;contemporary choregraphy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5653.html" rel="tag"&gt;memory&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5657.html" rel="tag"&gt;artistic recognition&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5661.html" rel="tag"&gt;langage non verbal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5663.html" rel="tag"&gt;disjonction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5665.html" rel="tag"&gt;nouvelle danse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5667.html" rel="tag"&gt;Vaslav Nijinsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5669.html" rel="tag"&gt;Souci de soi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5671.html" rel="tag"&gt;Pulsion Scopique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5673.html" rel="tag"&gt;Recherche identitaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5675.html" rel="tag"&gt;Angelin Preljocaj&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5683.html" rel="tag"&gt;Joseph Nadj&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5687.html" rel="tag"&gt;Processus de sublimation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5691.html" rel="tag"&gt;head spin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5697.html" rel="tag"&gt;esth&#233;tique de soi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5735.html" rel="tag"&gt;l'autrui gn&#233;ralis&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5737.html" rel="tag"&gt;auto-chor&#233;graphie&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Marcel Mauss avait d&#233;montr&#233; au d&#233;but du si&#232;cle dernier que le corps est le premier outil technique de l'homme (Mauss, 1995) et Jean-Marc Leveratto a relu ce texte fondateur de l'anthropologie du corps en soulignant qu'il mettait au centre de l'&#233;tude anthropologique la valeur affective et la r&#233;alit&#233; &#233;motionnelle des techniques du corps (Leveratto, 2006 : 34). La technique corporelle de la danse sculptant le corps des danseurs, la cr&#233;ation chor&#233;graphique &#171; r&#233;v&#232;le &#187; le sujet, pour utiliser la m&#233;taphore du d&#233;veloppement photographique. Freud d&#233;crivait le moi, instance du sujet en ces termes : &#171; Le moi est avant tout un moi corporel, il n'est pas seulement un &#234;tre de surface, mais lui-m&#234;me la projection d'une surface &#187; (Freud, 1991 : 270). Il pr&#233;cisait que le moi est d&#233;riv&#233; des sensations corporelles et repr&#233;sente l'appareil mental. C'est dire la place que le corps occupe dans le processus de subjectivation. Par ailleurs, Vincent De Gaulejac a largement mis en &#233;vidence le fait que la narration est un mode de subjectivation cr&#233;ative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le sociologue Vincent De Gaulejac a en effet th&#233;oris&#233; la question dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (De Gaulejac, 2009 : 67-70). Il a en effet montr&#233; que le processus de subjectivation est li&#233; &#224; un tri dans l'histoire personnelle de chaque sujet, &#224; une construction identitaire r&#233;alis&#233;e &#224; travers un r&#233;cit de soi passant par la cr&#233;ation artistique et par l'utilisation de la langue comme du langage non-verbal. Pour le sociologue clinicien, il s'agit d'une recr&#233;ation de soi qui donne un sens &#224; sa propre histoire (De Gaulejac, 2009 : 184-185). &lt;br class='autobr' /&gt;
Je montrerai ici que la chor&#233;graphie en solo permet aux danseurs de penser leur identit&#233;, en particulier lorsque les n&#233;cessit&#233;s d'une biographie prise dans les remous de l'Histoire obligent &#224; &#034;s'inventer&#034;. Cette &#233;tude est l'occasion d'approfondir la r&#233;flexion sur le processus de construction identitaire et de subjectivation : s'il est effet de la narration, la pr&#233;cision du travail de terrain, en croisant observations et entretiens, permet de mettre en &#233;vidence qu'il est ins&#233;parable d'un travail des affects du chor&#233;graphe par lui-m&#234;me, si l'on s'en tient au vocabulaire psychanalytique ou, pour le dire avec un terme plus g&#233;n&#233;rique, des &#233;motions. J'ai d&#233;j&#224; eu l'occasion de montrer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article publi&#233; dans la revue Civilisations (Valentin, 2011) qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans quelles mesures la pratique de la danse peut constituer un &#171; processus de subjectivation mat&#233;rielle &#187; comme Thierry Bartholeyns l'a soulign&#233; (Bartholeyns, 2011 : 31). A partir d'une enqu&#234;te de terrain men&#233;e durant deux ans aupr&#232;s de quelques danseurs-chor&#233;graphes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article se fonde sur une ethnographie de terrain qualitative r&#233;alis&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;alisant des chor&#233;graphies en solo, je propose de poursuivre cette r&#233;flexion en mettant ici en &#233;vidence comment ceux-ci s'emparent de la fiction chor&#233;graphique comme moyen de subjectivation. Dans une premi&#232;re partie, on s'int&#233;ressera &#224; des chor&#233;graphes qui ont choisi de &#171; performer &#187; leur identit&#233; sur sc&#232;ne. J'exposerai ensuite la fa&#231;on dont, &#224; travers ces fictions chor&#233;graphiques, certains hommes porteurs d'une double culture effectuent un travail identitaire qui passe par l'expression sc&#233;nique des &#233;motions li&#233;es au pass&#233; et leur transformation. &lt;br class='autobr' /&gt;
En s'auto-chor&#233;graphiant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Luc Nancy d&#233;finit l'auto-chor&#233;graphie comme le geste artistique o&#249; &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les hommes font de leur corps et de leur danse un outil pour dire et transformer leur propre identit&#233; en art figuratif, dans un langage sensible, &#224; la fois kinesth&#233;sique (Suquet, 2006 : 396-398) et &#233;motionnel (Leroi-Gourhan, 1964 : 207-208). En effet, la danse, moyen d'expression non-verbal, permet de faire passer des &#233;motions. Sa sp&#233;cificit&#233;, par rapport aux autres arts est de pouvoir sinon incarner, du moins pr&#233;sentifier des &#233;motions ou comme Jean-Luc Nancy le dit, de faire exister en exposant (Nancy, 2002 : 55). Dans un r&#233;cent ouvrage sociologique, plusieurs propos concordent pour dire que l'affect fait le lien entre corps et esprit et serait une forme de jugement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Julie Church les &#233;motions sont des interm&#233;diaires entre le corps et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pour la psychanalyse l'affect fait lien entre inconscient et conscient (Freud, 1968 :85) et lorsqu'il passe de l'inconscient (refoul&#233;) au conscient, il est l'op&#233;rateur d'une transformation de soi. On tentera donc de saisir de quelle mani&#232;re les chor&#233;graphes que j'ai pu rencontrer mettent en sc&#232;ne leurs &#233;motions et par quel processus le travail de ces &#233;motions leur permet d'&#233;laborer leur identit&#233;. On s'interrogera, en particulier, sur la nature de l'&#233;laboration psychique qu'entra&#238;ne ce travail sp&#233;cifique qui passe par le corps et le non verbal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des modalit&#233;s d'acc&#232;s &#224; l'autre : de la disjonction au je(u)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la cr&#233;ation chor&#233;graphique, la question du genre se pose d'une mani&#232;re sp&#233;cifique car la danse est un domaine qui reste, dans notre soci&#233;t&#233;, majoritairement consid&#233;r&#233; comme &#034;f&#233;minin&#034; et un lieu de construction de l'identit&#233; f&#233;minine comme j'ai pu le montrer dans un travail pr&#233;c&#233;demment publi&#233; (Valentin, 2013). De ce fait, et malgr&#233; la r&#233;apparition des hommes dans les danses savantes depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle, l'&#233;tude des modalit&#233;s de mise en sc&#232;ne du masculin dans la cr&#233;ation chor&#233;graphique est aussi celle de la r&#233;affirmation paradoxale de la masculinit&#233;. La r&#233;apparition des hommes au premier plan dans l'art chor&#233;graphique correspond &#224; l'apparition de la Nouvelle danse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La nouvelle danse est le style chor&#233;graphique qui se d&#233;veloppe au tournant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui r&#233;volutionne l'art chor&#233;graphique au tournant du XXe si&#232;cle. Ce nouveau style &#171; une v&#233;ritable r&#233;volution esth&#233;tique et &#233;thique &#187; en mettant en sc&#232;ne des &#171; personnalit&#233;s uniques qui d&#233;finissent de nouveaux modes expressifs et performatifs, et se pr&#233;sentent comme des mod&#232;les au sein de leur discipline artistique mais aussi de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; &#187;. (Casini Ropa, 2002 : 13) Une personnalit&#233; masculine se d&#233;gage en particulier : Vaslav Nijinsky, le soliste des ballets Russes de Diaghilev, qui fit scandale en 1912 avec des chor&#233;graphies mettant en sc&#232;ne le d&#233;sir sexuel masculin dans L'apr&#232;s midi d'un faune puis Le Sacre du printemps. Le solo chor&#233;graphique devient une figure de la modernit&#233; dont on peut suivre l'&#233;volution depuis le XXe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article d'Eugenia Casini Ropa (2002 : 13-24) et celui de Bernard R&#233;my (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Avec l'accroissement de l'individualisme et l'injonction sociale de &#171; devenir soi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la r&#233;flexion sur l'individu et la soci&#233;t&#233; men&#233;e par Norbert Elias, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , on assiste, comme le souligne Eug&#233;nia Casini Ropa, au &#171; retour en force du solo &#187; dans l'art chor&#233;graphique. Le d&#233;sir d'individuation dont t&#233;moigne ce travail en solo entre en r&#233;sistance contre l'id&#233;ologie conformiste et &#224; la culture de masse. Mais c'est sous une forme plus intimiste, introspective et autobiographique qu'il se pr&#233;sente (Casini Ropa , 2002 : 24). C'est ainsi un v&#233;ritable &#171; souci de soi &#187; au sens Foucaldien qui se propage dans la danse. Pour Foucault, &#171; La catharsis de soi permet de d&#233;couvrir ce que l'on est et ce que l'on sait gr&#226;ce &#224; la m&#233;moire car c'est ce que l'on a toujours su &#187; (2001 : 169-170). Comme je me propose de le d&#233;montrer ici, ces danseurs que j'ai pu voir &#224; l'oeuvre, utilisent l'espace chor&#233;graphique essentiellement pour dire la possible masculinit&#233; chor&#233;graphique et, se faisant, pour en d&#233;finir les contours et les valeurs. C'est dans un style performatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme de performance d&#233;signe un mode d'expression dans les arts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'ils ont choisi de travailler cette question. La performance laissant place &#224; l'improvisation, &#224; &#171; ce qui arrive &#187; dans l'instant, et, donc aux &#233;motions qui peuvent surgir. Pour Fr&#233;d&#233;ric Lordon, l'homme est guid&#233; par ses affects&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Lordon reprend la philosophie de Spinoza pour qui les corps sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , il est ce qu'il nomme un automate affectif (2013 : 148), on comprend d&#232;s lors tout l'enjeu d'un travail des &#233;motions pour devenir ma&#238;tre de soi. &lt;br class='autobr' /&gt; Voyons donc comment ces chor&#233;graphes mettent en sc&#232;ne leurs affects et comment ils parviennent &#224; travailler, &#224; transformer ces &#233;motions et &#224; faire ainsi oeuvre artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Un affect primordial&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans son solo Marc, remet clairement en cause, de mani&#232;re humoristique, les mod&#232;les masculins, tant ceux &#034;sc&#233;niques&#034; de l'homme-danseur, en caricaturant &#224; plusieurs reprises les pas de la danse classique dans des &#034;diagonales&#034; qu'il traverse sur sc&#232;ne, que ceux de la vie quotidienne, &#224; travers l'&#233;vocation du mod&#232;le de l'homme viril sugg&#233;r&#233; par la chanson d'Edith Piaf &#171; L'homme &#224; la moto &#187; et &#171; Souvenirs, souvenirs &#187; de Johnny Halliday qui se font entendre alors. Deux mod&#232;les masculins qu'il renvoie ainsi dos &#224; dos, effet renforc&#233; par le changement incessant de costumes sur sc&#232;ne. Entre sa caricature de l'homme eff&#233;min&#233;, alternant marche lente et &#034;pr&#233;cieuse&#034; de la danse classique et celle de l'homme &#034;roulant des m&#233;caniques&#034;, une autre image d'homme se dessine, celle de l'homme qui comble les d&#233;sirs de l'autre &#224; travers la r&#233;f&#233;rence au personnage du p&#232;re No&#235;l, barbu habill&#233; de rouge Ce dernier introduit l'id&#233;e d'une autre d&#233;finition possible de la masculinit&#233;, &#224; la fois plus singuli&#232;re et bienveillante que celle h&#233;rit&#233; des mod&#232;les occidentaux traditionnels.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est &#224; travers la mani&#232;re dont Marc se meut et d&#233;coupe l'espace sc&#233;nique, c'est-&#224;-dire en &#233;crivant avec son corps, que le danseur exprime cette recomposition du masculin. Le danseur a d&#233;plac&#233; les coulisses sur sc&#232;ne, brouillant le sch&#233;ma classique de l'espace th&#233;&#226;trale, et se d&#233;shabille de nombreuses fois devant le spectateur tournant ainsi en d&#233;rision les conventions. Il impose ainsi sa vision du cadre du spectacle et, le red&#233;finit. Son corps devient l'instrument d'une &#233;criture spatiale par laquelle il r&#233;fute tous les mod&#232;les masculins, autant celui de la virilit&#233; st&#233;r&#233;otyp&#233;e que du danseur eff&#233;min&#233;. On pourrait dire qu'il prend ainsi le terme chor&#233;graphie phon&#233;tiquement : corps et graphie, il &#233;crit avec son corps. Ce d&#233;coupage sc&#233;nique qui fait est &#233;cho &#224; celui du titre de la pi&#232;ce &#224; savoir le terme circoncision scind&#233; en trois, &#171; Cir con cis &#187;. Jouant avec le terme, il s'instaure &#171; d&#233;coupeur &#187;. Qu'est-ce &#224; dire ? &lt;br class='autobr' /&gt; Dans la culture juive dont Marc est issu, les hommes sont, &#224; travers cette inscription sur leur corps, les t&#233;moins et porteur de la loi. Marquer la loi sur le corps est une mani&#232;re de s'y soumettre et de contraindre &#224; la transmettre. Dans cette mise en sc&#232;ne, le chor&#233;graphe met en correspondance deux types de d&#233;coupages : celui de l'espace spectaculaire dont il montre le c&#244;t&#233; d&#233;risoire pour soumettre au spectateur la question du d&#233;coupage rituel, inscription d'une loi sur le corps masculin. Apparemment, il s'agit pour le danseur-chor&#233;graphe de r&#233;futer &#233;galement cette interpr&#233;tation en soulignant que la perception des choses et du cadre de la repr&#233;sentation est fondamentale et relative. Il ram&#232;ne ainsi l'homme &#224; un des &#233;l&#233;ments de sa condition humaine, c'est-&#224;-dire &#224; son appr&#233;hension visuelle du monde. Au cours de sa performance, en changeant ainsi le cadre, il se met &#224; nu devant le spectateur. Comme si, en &#233;change de cette libert&#233;, il devait passer par ce d&#233;pouillement face au spectateur, s'offrir &#224; la pulsion scopique. Dans son ouvrage sur les arts du visuel, Jean Clair a rappel&#233; l'importance majeure du regard et le fait que le sens visuel est celui par lequel l'homme se saisit non pas dans une unit&#233; mythique mais comme s&#233;par&#233; (Clair, 1989 : 25). Rappelons que le terme s&#233;paration a une &#233;tymologie commune avec celle du terme sacr&#233;. Reprenant le texte de la Bible, Jean Clair rappelle que le d&#233;sir de connaissance pousse Adam et Eve &#224; ouvrir les yeux et qu'ainsi ils d&#233;couvrent leur diff&#233;rence sexuelle. Ce faisant, le principe de la connaissance est introduit au c&#339;ur de l'&#234;tre : premier savoir, mais aussi soumission &#224; la mort. Selon Freud, cette diff&#233;rence premi&#232;re, serait d'ailleurs l'origine de la plupart des n&#233;vroses, que l'homme et la femme se sentent pour la premi&#232;re fois affect&#233;s (Freud, 1987 : 124). C'est donc ce d&#233;coupage sexuel et le premier affect qu'il entra&#238;ne, qui serait la loi premi&#232;re, non pas une loi culturellement fa&#231;onn&#233;e (comme dans le rite juif de la circoncision) mais une loi li&#233;e &#224; la vision de la r&#233;alit&#233; du monde et &#224; la condition humaine de la s&#233;paration des sexes qu'il s'agit de s'approprier dans un mouvement subjectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La danse comme effet &#233;motionnel de la musique : s'accorder&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jules est un danseur d'une trentaine d'ann&#233;es, reconnu par ses pairs, qui a d&#233;j&#224; compos&#233; de nombreuses chor&#233;graphies. Il se met en sc&#232;ne en compagnie d'un grand nom du jazz dans une performance solo qui prend la forme d'une joute artistique improvis&#233;e. Le jazzman, joue du saxophone et du piano tandis que le danseur se meut sur sc&#232;ne. Voyons comment. &lt;br class='autobr' /&gt; Jules semble tout d'abord comme agi, hypnotis&#233; par la musique, il se d&#233;bat et hurle, cach&#233; sous un piano pr&#233;sent sur la gauche de la sc&#232;ne. Le musicien entonne alors un air connu de l'Op&#233;ra Carmen de Bizet : &#171; L'amour est enfant de Boh&#232;me&#8230; &#187;. Le danseur esquisse alors quelques pas dans la p&#233;nombre au fond de la salle et chantonne l'air. L'autre se met alors au piano et joue un morceau qui &#233;voque une course r&#233;guli&#232;re. Jules se met &#224; courir en cercle puis avance doucement comme un somnambule. Le musicien reprend le saxophone et semble &#233;veiller le danseur qui, &#224; nouveau, comme hypnotis&#233; par la musique, effectue des mouvements lents parfois d&#233;s&#233;quilibr&#233;s. Puis il semble tenir en &#233;quilibre un court instant avant de glisser au sol comme soutenu par la sonorit&#233; musicale. Silence. Un chant s'&#233;l&#232;ve mais il est difficile de saisir qui chante. C'est le musicien qui entonne maintenant l'air de Carmen un bref instant avant de se remettre au saxophone. Le danseur tourne en rond, agit&#233;. Le musicien prend un saxophone alto et joue d'un rythme tr&#232;s lent, le danseur accorde ses gestes avec la musique. Il danse en silence puis, apr&#232;s une l&#233;g&#232;re agitation, se laisse aller, berc&#233; par la m&#233;lodie. Lorsque la musique devient tr&#232;s vive, le danseur se propulse et, tel un singe apeur&#233;, se retrouve accroch&#233; &#224; une poutre. Le moment est cocasse. Enroul&#233; autour de la poutre, il semble chercher &#224; se fondre dans le d&#233;cor comme un cam&#233;l&#233;on. Puis il laisse tomber ses jambes, se met &#224; trembloter et fait un geste comme s'il voulait taper sur quelque chose. Il respire difficilement comme s'il fallait que quelque chose sorte. Il met ses mains sous son menton et va s'asseoir au piano, se mettant alors &#224; en jouer. Le musicien semble l'y encourager. Ils jouent alors en duo. Le musicien esquisse &#224; nouveau l'air de Carmen. Puis Jules se met &#224; taper sur le piano, c'est une v&#233;ritable cacophonie. Il se met &#224; crier puis se l&#232;ve brusquement, tr&#232;s &#233;mu, embrasse le jazzman et le remercie. Il se met alors &#224; clamer un texte dont le th&#232;me central est : &#171; Si &#231;a ne suffit pas, changez &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans cette performance, on per&#231;oit le plaisir du danseur &#224; &#233;changer avec un artiste qu'il estime. Il appara&#238;t tr&#232;s &#233;mu. Son admiration est aussi perceptible. Ces artistes proposent une transposition des r&#232;gles du jeu musical, et, en particulier du jeu tel qu'il se pratique dans le jazz, avec une attention et une &#233;coute port&#233;es aux partenaires. L'&#233;motion musicale s'incarne pour ainsi dire dans le danseur. La recherche d'harmonie &#224; travers cette mise en sc&#232;ne empathique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Decety a d&#233;fini cette notion comme une capacit&#233; d'&#233;pouser la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , se lit en filigrane dans le d&#233;sir de transmettre au spectateur les moyens de changer. Et l'effort pour s'accorder avec l'autre est aussi celui pour s'accorder avec l'Autre anonyme qu'est le spectateur. Il cherche &#224; transmettre, par tous les moyens que son art lui offre, la possibilit&#233; de changer aux spectateurs, comme si cette performance &#233;tait le lieu &#233;ph&#233;m&#232;re d'une relation th&#233;rapeutique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'empathie est en effet la base de toute relation th&#233;rapeutique comme le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &lt;br class='autobr' /&gt; L'observation ethnographique permet de saisir l'enjeu de la performance empathique : les &#233;motions suscit&#233;es par la musique produisent la gestuelle du danseur. Le terme &#233;motion a pour &#233;tymologie le terme latin &#8216;movere' qui signifie se mouvoir. Les &#233;motions constituent la source de tout mouvement et celle de l'art, comme Andr&#233; Leroi-Gourhan l'a soulign&#233; dans son analyse de l'art pari&#233;tal (Leroi-Gourhan, 1964 : 226), mais si elles sont envahissantes, elles &#171; agissent &#187; l'humain plut&#244;t qu'elles ne lui permettent d'agir. C'est bien ce que le danseur met en sc&#232;ne dans cette chor&#233;graphie. Comment ne pas se laisser envahir, comment arriver &#224; &#171; jouer &#187; avec l'autre surtout lorsqu'il s'agit d'un artiste d'une grande qualit&#233;, d'un homme remarquable ? Seul l'amour serait capable de temp&#233;rer les choses et d'amener l'harmonie : en entonnant l'air de Carmen, c'est bien ce que sugg&#232;rent les deux artistes au cours de cette performance. C'est aussi ce qu'affirme Norbert Elias, lorsqu'il souligne que le rapport entre le &#171; je &#187; et le &#171; nous &#187; tel qu'il appara&#238;t, dans nos soci&#233;t&#233;s modernes, ne permet pas un d&#233;veloppement affectif satisfaisant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son riche ouvrage, La soci&#233;t&#233; des individus, il rappelle en effet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travail m&#233;moriel : sublimer les &#233;motions&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Donnant une interview, Angelin Preljocaj, danseur d'origine albanaise affirmait avoir &#233;t&#233; &#233;duqu&#233; par son p&#232;re pour &#171; devenir un homme albanais &#187;, or &#233;tant n&#233; et ayant grandi en France, cette identit&#233; ne correspondait pas &#224; ce qu'il pouvait devenir dans ce contexte. L'exemple n'est pas isol&#233;. En entretien, d'autres chor&#233;graphes rencontr&#233;s expliquent que leur cheminement professionnel vers la danse est li&#233; &#224; une recherche identitaire ainsi qu'&#224; la n&#233;cessit&#233; de s'inventer une identit&#233; d'homme, parce que le mod&#232;le qui leur a &#233;t&#233; transmis ne leur permettait pas de se construire. L'histoire de ces hommes se superpose souvent avec la grande Histoire et ses ruptures, rendant difficile la cr&#233;ation d'une identit&#233; stable et univoque. Comme Preljocaj, un certain nombre de danseurs utilisent la chor&#233;graphie comme moyen de se forger leur identit&#233; et, pour ce faire, ils travaillent les &#233;motions rest&#233;es inscrites en eux. C'est le cas d'un autre danseur c&#233;l&#232;bre, Joseph Nadj, n&#233; dans une r&#233;gion de Yougoslavie (actuelle Serbie) frontali&#232;re de la Hongrie et de la Roumanie, la Vo&#239;vodine. Il explique lui-m&#234;me sa trajectoire vers la danse comme une issue face &#224; une identit&#233; qui, malgr&#233; la transmission paternelle, n'&#233;tait pas la sienne &#8212; son p&#232;re, charpentier, voulait lui transmettre son m&#233;tier, Nadj fut donc apprenti-charpentier un temps comme l'a not&#233; Myriam Bloed&#233; dans sa biographie (1999 : 67), avant de se diriger vers la chor&#233;graphie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai aussi pu m'entretenir avec ce chor&#233;graphe &#224; ce sujet.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Deux autres danseurs rencontr&#233;s m'ont dit avoir ressenti comme une n&#233;cessit&#233; profonde le fait de penser leur pass&#233; pour construire leur avenir : Karim et R&#233;da.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La travers&#233;e du pire ou le temps retrouv&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Karim est n&#233; et a grandi dans un village du sud de l'Alg&#233;rie, il a commenc&#233; la danse dans les rues de son quartier avec son fr&#232;re et des amis. Il explique s'&#234;tre essay&#233; &#224; divers sports mais seule la danse l'int&#233;ressait. La danse hip-hop cimentait les liens entre les gar&#231;ons de son village. Contre le gr&#233; de ses parents et surtout de son p&#232;re, le jeune homme qui avait rencontr&#233; la directrice d'une compagnie tunisienne, est engag&#233; rapidement par celle-ci. Puis il arrive en France o&#249; il entre au Conservatoire National de Danse Contemporaine, &#224; Angers. Le solo qu'il &#233;labore par la suite &#233;voque volontairement la m&#233;moire de son p&#232;re, ce qui reste insaisissable par le public. J'ai assist&#233; &#224; certaines r&#233;p&#233;titions et &#224; la conception de ce travail qu'il avait d&#233;j&#224; dans&#233; mais voulait transformer. Dans cette chor&#233;graphie, des images fortes se d&#233;tachent. Lors de ses pauses, le danseur me confie sa danse est inspir&#233;e par la volont&#233; de rendre hommage &#224; son p&#232;re d&#233;funt. Il explique que ce dernier a combattu pendant la guerre. Karim, dernier enfant d'une famille nombreuse, dit l'avoir finalement peu connu et regrette de n'avoir pu lui parler davantage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces propos me permettent de comprendre alors la radicalit&#233; du travail qu'il impose &#224; son corps. Karim n'h&#233;site pas &#224; passer d'une posture debout &#224; une posture allong&#233;e, en une fraction de seconde, &#224; se jeter au sol ou se tenir en &#233;quilibre sur la t&#234;te. M&#234;me si les figures acrobatiques et extr&#234;mes font partie des figures de style incontournables du hip-hop, elles traduisent ici concr&#232;tement &#224; la fois la violence et la souffrance v&#233;cues. Elles prennent donc ici un sens particulier. Le chor&#233;graphe cherche des postures et des mouvements, m&#233;lange de danse contemporaine et de hip hop. Sa danse est, &#224; l'image de sa culture actuelle, une danse m&#233;tiss&#233;e, travers&#233;e d'influences diverses. Le rapport au sol rappelle celui des danseurs de hip hop mais le travail tr&#232;s personnel qu'il y apporte inscrit son travail dans le mouvement de la &#171; danse contemporaine &#187;. Les entretiens r&#233;alis&#233;s avec le danseur me permettent de saisir que la force et la beaut&#233; de sa danse &#233;manent de l'intensit&#233; de son investissement affectif et d'une recherche de traduction corporelle de ses propres affects.&lt;br class='autobr' /&gt; Il s'agit d'un travail de deuil et de recueillement : d&#232;s l'ouverture des images de guerres, de lutte sugg&#233;r&#233;es par la danse apparaissent dans son solo : le corps contorsionn&#233; et tendu se d&#233;bat, se bat. Un temps de pause o&#249; il regarde le public, t&#233;moigne d'une volont&#233; d'impressionner, premier contact direct pr&#233;figurant un d&#233;sir d'&#233;changer avec le public : un geste, la main tendue, o&#249; il semble appeler quelqu'un de ses v&#339;ux. Appelle-t-il son p&#232;re, son pass&#233; ou bien, au contraire, appelle-t-il le public, du nouveau ? Il m'explique alors : &#171; Je ne suis pas seul, je ne suis pas seul. &#187; Cette image est un carrefour entre pass&#233; et avenir. Comme l'exprime le chor&#233;graphe troubl&#233; : &#171; Je ne sais pas si c'est pass&#233; ou si c'est maintenant. &#187; Le travail sur ses souffrances pass&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fait que son p&#232;re est &#233;t&#233; au front constitue &#233;videmment une souffrance, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les &#233;motions qu'elles suscitent, engag&#233; dans la cr&#233;ation artistique, constitue un mouvement d'actualisation. C'est ce qu'en terminant sa chor&#233;graphie, le danseur exprimait par cette confusion des temps que je lisais comme une ouverture vers autrui. Comme l'&#233;crit Gaetano Ciarcia, la m&#233;moire consiste en une vectorisation du pass&#233; vers le pr&#233;sent : &#171; La m&#233;moire serait la condition latente du pr&#233;sent, le souvenir qui se r&#233;actualise cesserait d'&#234;tre souvenir mais redeviendrait perception. &#187; (Ciarcia, 2006 : 10). On pense &#224; l'exp&#233;rience paradigmatique de la madeleine d&#233;crite par Marcel Proust, mod&#232;le du recouvrement des capacit&#233;s perceptives qui passe par la remont&#233;e d'&#233;motions enfouies. Ces retrouvailles seraient la condition de la cr&#233;ativit&#233; et de la reconnaissance comme le soulignait Moreau Carbone reprenant Merleau-Ponty dans son ouvrage Proust et les id&#233;es sensibles (Carbone, 2008 : 165). Une reconnaissance qui peut-&#234;tre, comme on le verra, une reconnaissance socio-professionnelle. Cette op&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le processus de reconnaissance, voir Merleau-Ponty, 1995 : 351.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est une alchimie des &#233;motions pass&#233;es en lien avec l'environnement actuel car, comme l'explique la philosophe Jennifer Church, les &#233;motions sont des formes d'&#233;valuation qui se font par le corps plut&#244;t que sur le corps en reliant des dimensions &#233;loign&#233;es, voire oppos&#233;es, telles que le jugement et la sensation, le corps et l'esprit. (Church : 1995, 222). M&#233;diatrices entre diff&#233;rentes instances, et, notamment, comme Freud le soulignait entre inconscient et conscient, les &#233;motions constituent ainsi la mati&#232;re privil&#233;gi&#233;e pour faire de son pass&#233; une &#339;uvre d'art, notamment en pacifiant des &#233;motions violentes. C'est l&#224; le principe m&#234;me du processus de sublimation, processus &#224; l'origine des talents artistiques &#233;crivait-il (Freud, 1987 : 190). Une autre &#339;uvre t&#233;moigne &#233;galement de la place des &#233;motions dans le processus cr&#233;atif de ce chor&#233;graphe o&#249; un m&#234;me travail de m&#233;moire est &#224; l'&#339;uvre : il a r&#233;alis&#233; pour son examen de fin d'&#233;tudes au CNDC d'Angers un solo en hommage &#224; sa s&#339;ur d&#233;c&#233;d&#233;e. Apr&#232;s la cr&#233;ation de ces deux oeuvres, le jeune chor&#233;graphe est rapidement remarqu&#233;, engag&#233; par diverses compagnies pour des projets en Europe et en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hommage en forme d'incarnation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le travail chor&#233;graphique du dernier danseur dont je pr&#233;senterai une pi&#232;ce, R&#233;da m&#234;me s'il se fait &#224; travers deux solos chor&#233;graphi&#233;s successivement, pr&#233;sente des similitudes de construction avec celui que je viens d'exposer. On trouve, en effet, le m&#234;me processus de vectorisation du pass&#233; vers le pr&#233;sent-futur. Sa premi&#232;re pi&#232;ce est aussi un hommage &#224; son p&#232;re d&#233;c&#233;d&#233;. Ce travail en solo co&#239;ncide pour ce danseur avec la volont&#233; de cr&#233;er sa propre compagnie. Danseur de hip hop, il a travaill&#233; de longues ann&#233;es dans le cadre de diff&#233;rentes compagnies dans lesquelles la solidarit&#233; et le sentiment d'appartenance &#224; un groupe soud&#233; sont forts. Il d&#233;sire &#224; la fois s'&#233;manciper de ce cadre et rendre hommage &#224; son p&#232;re. Cet homme alg&#233;rien fut un homme absent, qui ne s'occupait que bien peu de ses enfants, jouait aux cartes et battait sa femme. Le danseur me raconte cela dans sa loge, apr&#232;s que j'ai assist&#233; une premi&#232;re fois au spectacle qui &#233;voque son p&#232;re. Il me dit avoir la rage et r&#233;prouve violemment l'attitude de son p&#232;re. J'assiste ensuite &#224; nouveau &#224; la repr&#233;sentation de son spectacle dans lequel il incarne litt&#233;ralement son p&#232;re, tout en jouant aussi son propre r&#244;le. Les deux personnages se distinguent simplement par le port d'un gilet et d'un chapeau lorsqu'il interpr&#232;te son p&#232;re. Les mouvements qu'il ex&#233;cute sont des mouvements typiques du hip hop, tr&#232;s saccad&#233;s, avec des tours sur lui-m&#234;me au sol. On per&#231;oit dans sa danse, tr&#232;s nerveuse, et dans la mise en sc&#232;ne, sa rage qui est aussi li&#233;e &#224; la perte de son p&#232;re lorsqu'il &#233;tait encore tr&#232;s jeune. Il exprime ce m&#233;lange de col&#232;re contre celui-ci notamment &#224; travers le maniement d'un grand nombre de jeux de cartes symbolisant le go&#251;t paternel pour le jeu. Il les jette avec hargne sur la sc&#232;ne, bient&#244;t jonch&#233;e de cartes, &#233;parses au sol. Puis il d&#233;ploie autour de lui d'autres cartes, plus grandes, qu'il sort de sa valise, telles les cartes de son propre jeu. On voit appara&#238;tre un roi, un valet, une dame&#8230; qu'il monte en ch&#226;teau. Ensuite, il referme sa valise, apr&#232;s y avoir pli&#233; les v&#234;tements et glisse sur le sol &#224; reculons, le corps et le visage tourn&#233;s vers ce lieu symbolisant la vie de son p&#232;re. Lors de la derni&#232;re s&#233;quence, debout sur la valise, il ex&#233;cute des mouvements de break dance qu'il appelle des micro-pulsations, mouvements tr&#232;s saccad&#233;s qui &#233;voquent ceux de l'automate. En les voyant, je pense qu'il s'incarne alors en tant que ce qu'il est aujourd'hui : celui qui, en r&#233;alisant cet hommage, a fait le deuil de son p&#232;re et de sa vie d'enfant. Mais lorsque je l'interroge, il pr&#233;cise que ces mouvements symbolisent la souffrance. Il &#233;voque ainsi &#224; la fois sa propre souffrance et celle de son p&#232;re de mani&#232;re m&#234;l&#233;e. Bien qu'il m'ait confi&#233; la violence de ses &#233;motions envers son p&#232;re, ce solo respecte la forme de l'hommage : des images vid&#233;o montrent des paysages d'Alg&#233;rie. &#192; la fin, des t&#233;moignages de femmes de la famille rappellent la m&#233;moire du d&#233;funt : &#171; Il avait un regard, c'&#233;tait l'homme de la famille. &#187; (J'avais, pour ma part, interpr&#233;t&#233; cela comme des propos le d&#233;finissant lui.) Ainsi, cette premi&#232;re chor&#233;graphie, en mettant notamment en sc&#232;ne la ma&#238;trise des &#233;motions li&#233;es aux souvenirs pass&#233;s (col&#232;re, tristesse), malgr&#233; les traces qu'elles ont laiss&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que le danseur mette en sc&#232;ne ces &#233;motions, et il a raison de le souligner (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , signe la fin d'une &#233;poque et le d&#233;but d'une autre : les mettre en sc&#232;ne c'est en effet donner une forme partageable et socialisable &#224; cette m&#233;moire affective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Yves et Marc Tadi&#233; parlent en effet de &#171; m&#233;moire affective &#187;. Ils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec cet hommage &#224; son p&#232;re, le danseur inscrit son nom en haut de l'affiche. Et il ne cache pas la fiert&#233; qu'il retire d'avoir cr&#233;&#233; sa compagnie et de pouvoir ainsi inscrire publiquement son nom. Ce travail de socialisation par l'&#339;uvre d'art constitue l'essence de la sublimation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La sublimation est un processus qui d&#233;rive le jeu pulsionnel de son but (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais c'est aussi le moyen de s'affirmer comme un artiste accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Trouver son style&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reda r&#233;alise sa deuxi&#232;me chor&#233;graphie en solo en compagnie d'une chor&#233;graphe contemporaine reconnue. La danseuse, dont la compagnie est install&#233;e dans la m&#234;me ville du nord de la France que lui, a appr&#233;ci&#233; son premier solo et soutient sa compagnie par un contrat dit de &#171; compagnonnage &#187;. Emue par sa danse, elle l'a qualifi&#233; de po&#232;te. Peu habitu&#233; &#224; cela, le jeune chor&#233;graphe lui demande alors d'&#233;crire pour lui, pr&#233;cis&#233;ment, des po&#232;mes et de le d&#233;crire. Il en fait la mati&#232;re premi&#232;re de cette pi&#232;ce. Marchant sur un papier &#224; la mani&#232;re du moon-walk, le danseur continue sa route. Des chaussures pos&#233;es de part et d'autre de ses pieds figurent un lieu, un corps qu'il quitte. On entend une musique tr&#232;s rythm&#233;e avec des sons aquatiques, humides, des bruits de bouches. Puis, la voix de la danseuse qui d&#233;clame un po&#232;me. Elle &#233;voque des images diverses : un cheval sauvage, le vent, le matin tandis que le danseur tourne de plus en plus rapidement sur lui. Jusqu'&#224; tourner sur la t&#234;te. Ce qu'il nomme &#171; head spin &#187; (Tour sur la t&#234;te). Les mots que l'on entend sont calligraphi&#233;s sur une bande de papier japonais. &#171; I am the wind that enter into the soul of the other circles around. &#187; Le danseur se d&#233;tache en ombre chinoise, il se met &#224; danser en faisant des mouvements plus fluides et plus d&#233;tendus que lors de son premier solo, comme si les mots de la chor&#233;graphe modelaient son corps de mani&#232;re plus harmonieuse. Puis, il s'arr&#234;te, fait un geste en direction de la calligraphie sur laquelle elle a aussi r&#233;alis&#233; quelques dessins, invitant les spectateurs &#224; lire les inscriptions et rendant ainsi hommage &#224; celle qui le parraine. Cette d&#233;marche &#034;lunaire&#034; signe cette renaissance symbolique qui passe par la reconnaissance artistique. &lt;br class='autobr' /&gt; D'un solo &#224; l'autre, le corps du danseur s'est d&#233;li&#233; ; sa danse &#233;volue. La gestuelle se d&#233;tache de la rh&#233;torique purement hip hop pour se contemporan&#233;&#239;ser et devient un m&#233;tissage de hip hop et de la danse contemporaine. La transformation identitaire profonde, indissociable d'un travail de m&#233;moire sur leur pass&#233; et d'un hommage rendu &#224; leur p&#232;re, va, chez ces danseurs, avec la recherche d'un langage et donc d'une gestuelle personnelle. Elle est trouvaille d'un style. Ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments t&#233;moignent d'une &#171; refonte identitaire &#187; (terme utilis&#233; par Karim concernant l'hommage &#224; son p&#232;re lors des entretiens). Une refonte de soi en int&#233;grant corporellement la m&#233;moire du pass&#233;, tel est le mouvement du souvenir vers l'avenir pour ces deux derniers danseurs &#233;voqu&#233;s. Par le travail de sublimation r&#233;alis&#233;, qui porte essentiellement sur la mise en sc&#232;ne des &#233;motions, le corps du danseur et sa gestuelle deviennent &#224; la fois objets esth&#233;tiques et lieux de m&#233;moire. On peut, d'une certaine mani&#232;re, &#233;tablir un parall&#232;le avec des peintres &#233;tudi&#233;s par Daniel Fabre dont il a montr&#233; qu'ils se mettaient &#224; voir leur lieu d'enfance et &#224; faire &#339;uvre picturale en peignant cet espace familier (Fabre, 2005 : 251-276). Le cadre fictionnel de la chor&#233;graphie contemporaine, gr&#226;ce au langage &#233;motionnel de la danse, permet ainsi de se red&#233;finir par un travail de tri m&#233;moriel, analogue &#224; celui que dans un autre contexte le travail psychanalytique permet. Selon Marie Balmary, la cure analytique a en effet pour enjeu la s&#233;paration de deux &#234;tres vivants afin de retrouver son propre d&#233;sir et de stopper l'envahissement par une m&#233;moire non symbolis&#233;e qui est transmission d'une douleur (Balmary, 2000 : 51). Le processus de sublimation de l'&#339;uvre d'art occupe ici une fonction similaire et permet ainsi un v&#233;ritable travail de subjectivation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On remarquera que les &#339;uvres artistiques &#233;voqu&#233;es ici constituent toutes un travail sur le rapport entre soi et autrui, que ce soit dans le jeu performatif ou dans la fiction narrative : la question de l'&#233;motion se pose ainsi toujours comme construction du rapport &#224; autrui qui est aussi rapport &#224; soi. L'&#233;laboration de ce rapport &#224; l'autre, le p&#232;re, un autre artiste admir&#233; ou encore de mani&#232;re g&#233;n&#233;rique, le public, appara&#238;t en effet essentielle dans le processus d'autonomisation du sujet dont ces &#339;uvres t&#233;moignent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent De Gaulejac estime que le r&#233;cit de soi permet &#224; la fois de sortir de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Plus pr&#233;cis&#233;ment, on l'a vu, le processus cr&#233;atif de la chor&#233;graphie permet l'&#233;laboration des affects li&#233;s &#224; ces autres qu'ils soient morts (les traces laiss&#233;es par la pr&#233;sence de ces autres) ou bien vivants. L'enjeu de la plupart de ces chor&#233;graphies en solo est ainsi de transformer les &#233;motions qui sont du domaine de l'intime et du personnel en une &#233;motion esth&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'&#233;motion esth&#233;tique, voir Vincent et Nahoume-Grappe, 2004.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;motion qui appara&#238;t socialement acceptable et partageable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Hanna Arendt il s'agit du go&#251;t qu'elle estime &#234;tre un jugement et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de passer d'&#233;motions priv&#233;es &#224; des &#233;motions publiquement recevables ce qui constitue l'essence de la sublimation pour Corn&#233;lius Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corn&#233;lius Castoriadis d&#233;finit ainsi la sublimation : par le fait de s'ancrer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Par le travail &#233;motionnel et en particulier ce processus cr&#233;ateur, ces danseurs-chor&#233;graphes op&#232;rent ainsi une v&#233;ritable transformation d'eux-m&#234;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut citer ici le travail d'interpr&#233;tation r&#233;alis&#233; par Judith Butler sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , devenant sujets &#224; par enti&#232;re : c'est ainsi que Foucault concevait &#171; le souci de soi &#187;, qui &#233;tait pour lui une &#171; esth&#233;tique de soi &#187; (Foucault, 2001 : 31). Aussi, &#224; travers leurs solos, ces chor&#233;graphes se r&#233;alisent-ils en tant qu'homme -en affirmant leurs propres valeurs- et en tant qu'artiste dans un m&#234;me mouvement. Ils n'est pas anodin qu'ils acc&#232;dent dans le m&#234;me temps &#224; une reconnaissance professionnelle, le processus de transformation des affects &#233;tant valid&#233; par la communaut&#233; de ce que G.H. Mead appelle &#171; l'autrui g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187; et qui repr&#233;sente l'universalit&#233; du comportement humain et relie chacun &#224; l'unit&#233; du soi, &#224; la somme des possibles (Barrier, 1963 : 462). Les cr&#233;ations de ces chor&#233;graphes sont &#171; une praxis sociale r&#233;sultant de l'effort collectif en vue d'un enrichissement de la communaut&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Honneth, 2000 : 144.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; car si leurs &#339;uvres sont accueillies par le public c'est qu'elles correspondaient &#224; ce qu'Axel Honneth appelle &#171; les attentes intuitives de la communaut&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou, pour le dire avec Bruno P&#233;quignot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#233;quignot, 2007 : 28&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , s'ils rencontrent un public, c'est qu'ils participent au processus cr&#233;atif collectif d'une &#233;poque.&lt;/p&gt;
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Paris, Centre national de la Danse, pp. 51-62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paperman, P. (1995) &#171; L'absence d'&#233;motion comme offense &#187; in Ogien R. et Paperman P. (dir.), La couleur des pens&#233;es : sentiments, &#233;motions, intentions, Paris, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, pp. 175-188.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;quignot, B. (2007) La question des &#339;uvres en sociologie des arts et de la culture, Paris, l'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roudinesco, E. et Plon, M. (dir.) (2007) Dictionnaire de la psychanalyse. Paris, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;my, B. (2002) &#171; Solos-Multitude &#187; in La danse en solo. Une figure singuli&#232;re de la modernit&#233;. Paris, Centre national de la Danse, pp. 37-48.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suquet, A. (2006) &#171; Sc&#232;nes. Le corps dansant un laboratoire de la perception &#187; in Courtine, J.-J. (dir.) Le corps, T. III, le XXe si&#232;cle. Les mutations du regard. Paris, Le Seuil, pp. 393-415.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin, V (2011) &#171; Esth&#233;tique et &#233;laboration du f&#233;minin &#187;, in Civilisations, 59/2, pp. 125-143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin, V. (2013) L'art chor&#233;graphique occidental, une fabrique du f&#233;minin. Essai d'anthropologie esth&#233;tique. Paris, &#233;ditions l'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tadi&#233;, J.-Y. &amp; Tadi&#233; M. (1999) Le sens de la m&#233;moire, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Van Gennep, A. (1909) Les rites de passage, Paris, Picard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le sociologue Vincent De Gaulejac a en effet th&#233;oris&#233; la question dans plusieurs ouvrages. Citons notamment Qui est Je ? et La n&#233;vrose de classe et Trajectoires sociales et conflits d'identit&#233;, deux ouvrages qui t&#233;moignent de l'importance de la mise en r&#233;cit du pass&#233; pour en devenir sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article publi&#233; dans la revue Civilisations (Valentin, 2011) qui reprend un chapitre de mon ouvrage sur l'&#233;laboration du f&#233;minin dans la danse (Valentin, 2013), o&#249; je montre la mani&#232;re dont la pratique amateur de la danse mod&#232;le les corps par la technique mais aussi par les costumes et parures indissociables des diff&#233;rentes techniques chor&#233;graphiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet article se fonde sur une ethnographie de terrain qualitative r&#233;alis&#233;e entre 2006 et 2008 aupr&#232;s de huit chor&#233;graphes qui interpr&#233;taient un solo qu'ils avaient cr&#233;&#233;. Le terrain a consist&#233; &#224; la fois en une observation des r&#233;p&#233;titions et du travail de cr&#233;ation chor&#233;graphique. Des entretiens ont &#233;t&#233; &#233;galement effectu&#233;s durant le temps de r&#233;alisation et/ou de r&#233;p&#233;tition des &#339;uvres. J'ai assist&#233; &#224; chaque fois &#224; plusieurs r&#233;p&#233;titions d'une dur&#233;e d'environ deux heures ainsi qu'&#224; au moins une repr&#233;sentation du spectacle et donc aussi &#224; la r&#233;ception des chor&#233;graphies par le public. Parce que cette ethnographie implique des aspects personnels et intimes de la biographie des danseurs et selon l'&#233;thique de la m&#233;thode ethnographique, j'ai conserv&#233; l'anonymat pour l'ensemble des chor&#233;graphes dont les &#339;uvres sont pr&#233;sent&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Luc Nancy d&#233;finit l'auto-chor&#233;graphie comme le geste artistique o&#249; &#171; l'interpr&#232;te est son propre chor&#233;graphe &#187; et il ajoute &#171; C'est tout son corps qu'il chor&#233;graphie. Un danseur en solo est sans doute le seul artiste qui rassemble enti&#232;rement sur lui le moyen, la forme, la fin, l'instrument &#187; ( 2002 : 53).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour Julie Church les &#233;motions sont des interm&#233;diaires entre le corps et l'esprit, entre la sensation et le jugement (Church, 2009 : 222) et pour Patricia Paperman, davantage que des sensations les &#233;motions sont des interpr&#233;tations, voire des jugements (Paperman, 2009 : 188).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La nouvelle danse est le style chor&#233;graphique qui se d&#233;veloppe au tournant du XXe si&#232;cle se juxtaposant ainsi &#224; une danse acad&#233;mique devenue alors beaucoup moins cr&#233;ative. Elle t&#233;moigne des aspirations d'autonomie des danseurs et de l'id&#233;ologie individualiste de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article d'Eugenia Casini Ropa (2002 : 13-24) et celui de Bernard R&#233;my (2002 : 37-50).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la r&#233;flexion sur l'individu et la soci&#233;t&#233; men&#233;e par Norbert Elias, celui-ci a soulign&#233; que le passage &#224; des soci&#233;t&#233;s &#233;tatiques avait entra&#238;n&#233; une pouss&#233;e d'individualisation (1991 : 301) Jean-Claude Kaufmann rappelle &#233;galement dans L'invention de soi que la qu&#234;te de soi est li&#233;e &#224; la modernit&#233; (2004 :62).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme de performance d&#233;signe un mode d'expression dans les arts contemporains qui consiste &#224; produire des gestes, des actes, au cours d'un &#233;v&#233;nement dont le d&#233;roulement temporel constitue l'&#339;uvre, et qui contient souvent une part d'improvisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon reprend la philosophie de Spinoza pour qui les corps sont mus essentiellement par le conatus, qu'il d&#233;finit comme &#171; [&#8230;] une force d'activit&#233; g&#233;n&#233;rique qui a besoin d'&#234;tre affect&#233;e pour trouver ses orientations concr&#232;tes et &#234;tre d&#233;termin&#233;e comme d&#233;sir de poursuivre tel objet plut&#244;t que tel autre (Lordon, 2013 : 78).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Decety a d&#233;fini cette notion comme une capacit&#233; d'&#233;pouser la perspective subjective d'autrui (2004, 54).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'empathie est en effet la base de toute relation th&#233;rapeutique comme le rappelle Jean Decety (2004 : 58).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son riche ouvrage, La soci&#233;t&#233; des individus, il rappelle en effet l'importance d'aimer et d'&#234;tre aim&#233; et de la relation affective entre les &#234;tres. Mais il estime que la structure de la personnalit&#233; sociale des individus de l'&#233;poque, penchant vers l'instinct de conservation, ne permet pas vraiment l'&#233;tablissement de cette harmonie entre le je et le nous : l'individualisme entra&#238;nerait une r&#233;pression de la relation affective. (Elias, 1991 : 261-262). Elias rejoint ici Freud qui soulignait la r&#233;pression pulsionnelle due &#224; la civilisation. Voir l'expos&#233; que fait Paul-Laurent Assoun de la th&#233;orie freudienne de la culture dans l'ouvrage Freud et les sciences sociales. ( Assoun, 2008 : 168)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai aussi pu m'entretenir avec ce chor&#233;graphe &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le fait que son p&#232;re est &#233;t&#233; au front constitue &#233;videmment une souffrance, m&#234;me si elle est en partie imaginaire. Il s'agit d'une forme de traumatisme familial.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le processus de reconnaissance, voir Merleau-Ponty, 1995 : 351.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que le danseur mette en sc&#232;ne ces &#233;motions, et il a raison de le souligner lors de notre entretien, t&#233;moigne du fait que c'est bien la ma&#238;trise &#233;motionnelle qui est en jeu dans ce travail artistique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Yves et Marc Tadi&#233; parlent en effet de &#171; m&#233;moire affective &#187;. Ils montrent que ce sont les &#233;v&#233;nements les plus charg&#233;s d'affects qui la constituent m&#233;moire car c'est l'intensit&#233; du stimulus qui prime (Tadi&#233; &amp; Tadi&#233;, 1999 : 104-105).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La sublimation est un processus qui d&#233;rive le jeu pulsionnel de son but imm&#233;diatement sexuel et en place l'&#233;nergie &#224; la disposition du d&#233;veloppement culturel. &#187; Les auteurs pr&#233;cisent qu'il s'agit &#171; d'investir des objets socialement valoris&#233;s &#187;. (Roudinesco E. et Plon M. (dir.), 1997 : 1503-1504.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent De Gaulejac estime que le r&#233;cit de soi permet &#224; la fois de sortir de l'assujettissement et de devenir auteur de sa propre histoire. (De Gaulejac, 2009 : 126).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'&#233;motion esth&#233;tique, voir Vincent et Nahoume-Grappe, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour Hanna Arendt il s'agit du go&#251;t qu'elle estime &#234;tre un jugement et t&#233;moigne du fait que le monde est partageable et partag&#233;. C'est, &#233;crit-elle, le &#171; partager-le-monde-avec-autrui &#187; qui est &#171; l'oppos&#233; des sentiments priv&#233;s &#187;. (1954 : 283). Hans Robert Jauss parle de fonction cognitive de l'art qu'il d&#233;crit comme une fonction d'ouverture sur l'autre par le canal &#233;motionnel (2007 : 59).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corn&#233;lius Castoriadis d&#233;finit ainsi la sublimation : par le fait de s'ancrer dans le &#171; principe de r&#233;alit&#233; &#187;, par le fait de remplacer des &#171; objets priv&#233;s &#187; &#224; des &#171; objets publics &#187; et &#171; l'instauration d'une intersection non vide du monde priv&#233; et du monde public &#187;. ( 1975 : 454-460).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut citer ici le travail d'interpr&#233;tation r&#233;alis&#233; par Judith Butler sur l'herm&#233;neutique du sujet de Michel Foucault (Butler, 2007). Elle souligne que dans la pens&#233;e du philosophe, &#171; le compte rendu est l'occasion sociale et linguistique d'une transformation de soi &#187; (2007 : 132). Car c'est aussi toujours une exhibition de soi, une v&#233;rification que le compte rendu tient, bref une performance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Honneth, 2000 : 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P&#233;quignot, 2007 : 28&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les textures affectives de l'habillement</title>
		<link>https://influxus.eu/article1015.html</link>
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		<dc:date>2015-10-15T11:34:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Berqui&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Creative Commons</dc:subject>
		<dc:subject>Investiture</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement</dc:subject>
		<dc:subject>Enveloppe psychique</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Des histoires de linge et de v&#234;tements viennent r&#233;guli&#232;rement interroger les relations et les liens dans ma pratique de psychologue et de th&#233;rapeute. Ayant travaill&#233; dans des services de soin psychiatrique, en consultation th&#233;rapeutique individuelle et familiale et actuellement dans des Maisons d'Enfants et services d'accueil et d'accompagnement de jeunes ainsi que de familles, j'ai souvent rencontr&#233; des histoires autour des v&#234;tements. Dans les institutions d'accueil o&#249; le soin du linge (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5385.html" rel="tag"&gt;First not-me possession&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5435.html" rel="tag"&gt;Handling&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5445.html" rel="tag"&gt;Interaffectivit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5455.html" rel="tag"&gt;Conception solipsiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5465.html" rel="tag"&gt;&#034;Se faire habiller&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5475.html" rel="tag"&gt;&#034;S'habiller&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5485.html" rel="tag"&gt;Habit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5495.html" rel="tag"&gt;Vestim&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5591.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5603.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des histoires de linge et de v&#234;tements viennent r&#233;guli&#232;rement interroger les relations et les liens dans ma pratique de psychologue et de th&#233;rapeute. Ayant travaill&#233; dans des services de soin psychiatrique, en consultation th&#233;rapeutique individuelle et familiale et actuellement dans des Maisons d'Enfants et services d'accueil et d'accompagnement de jeunes ainsi que de familles, j'ai souvent rencontr&#233; des histoires autour des v&#234;tements. Dans les institutions d'accueil o&#249; le soin du linge &#233;tait confi&#233; &#224; des professionnels, c'est parfois un sujet de tensions, de conflits entre la personne accueillie, sa famille et les &#233;quipes : cela &lt;i&gt;fait des histoires&lt;/i&gt;. Lorsque j'ai commenc&#233; &#224; partager mes r&#233;flexions lors de conf&#233;rences ou de d&#233;bats, j'ai toujours &#233;t&#233; surpris que des inconnus, mais aussi des coll&#232;gues, qui ne partagent pas habituellement leur intimit&#233; viennent me confier des histoires personnelles, des moments intimes, des souvenirs, des &#233;motions suscit&#233;s par des objets textiles. Il est rare que la question de l'habillement laisse indiff&#233;rent. Comment vient-elle faire vibrer les affects ? Si, comme le dit Serge Lebovici, &#171; nous naissons dans un bain d'affect &#187; (Lebovici, 1998, p. 19 ), nous naissons aussi dans un bain d'objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces objets, et parmi eux le linge et l'habit, n'ont pas tous la m&#234;me fonction, le m&#234;me statut ni la m&#234;me valeur affective dans les relations intersubjectives et dans la construction des liens. En tant qu'enveloppe textile le v&#234;tement peut contenir l'histoire de ces liens, de l'investissement affectif ainsi que la mani&#232;re dont l'individu s'inscrit dans une famille, dans une culture. Le terme &lt;i&gt;investir&lt;/i&gt; vient de &lt;i&gt;vestim&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;renvoie &#224; rev&#234;tir, entourer &#233;troitement&lt;/i&gt;. Dans le mod&#232;le de la m&#233;tapsychologie de Freud, l'investissement implique une charge d'affect et de repr&#233;sentations qui circulent dans la relation &#224; l'autre et dans les liens intrapsychiques. Mon propos est de montrer comment ce processus affectif qui participe &#224; la construction des assises narcissiques trouve un objet privil&#233;gi&#233; dans l'habillement. L'id&#233;e d'habillement en tant que processus fait r&#233;f&#233;rence &#224; Roland Barthes, c'est-&#224;-dire une &#171; forme actualis&#233;e, individualis&#233;e, port&#233;e &#187; (Barthes, 1967, p. 28 ) qui met l'accent sur la relation &#224; l'autre. On peut trouver diff&#233;rents termes, chacun porteur de nuances s&#233;mantiques : &lt;i&gt;Habit&lt;/i&gt; renvoie &#224; habiter, se tenir, en rapport avec l'&#234;tre ; &lt;i&gt;V&#234;tement&lt;/i&gt; serait du c&#244;t&#233; du voile, &lt;i&gt;velum&lt;/i&gt;, se couvrir, plut&#244;t en rapport avec l'avoir et le d&#233;voilement. Et linge est proche des langes, des premi&#232;res couches, au plus pr&#232;s du corps, se r&#233;f&#232;re aussi &#224; la mati&#232;re, le lin. J'utiliserai parfois ces termes de fa&#231;on &#233;quivalente, consid&#233;rant que ce qui nous int&#233;resse ici est le lien d'habillement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens intersubjectifs restent op&#233;rants en l'absence de l'autre et je suppose qu'il y a un rapport intime entre la mani&#232;re dont le sujet a &#233;t&#233; port&#233;, enfant, ce qu'on lui a fait porter, et l'enveloppe vestimentaire. Comment nous nous portons et sommes port&#233;s participe du lien maternel o&#249; l'on pourrait dire que le tissu prend un statut d' &#171; annexes du corps &#187;. Maternel est &#224; entendre ici comme environnement maternel, en liens aux figures d'attachement. La psychanalyse familiale et de groupe (Serge Lebovici, Andr&#233; Ruffiot, Alberto Eiger, Ren&#233; Ka&#235;s) d&#233;veloppe une conception des processus psychiques qui associe le sujet singulier, les liens intersubjectifs et l'ensemble qui les tient, en s'inscrivant dans un environnement social, culturel. Issu de l'h&#233;ritage des th&#233;ories syst&#233;miques, les constructionnistes (Gergen) posent que tout commence avec la relation et le social : &#171; ce ne sont pas les individus qui s'appliquent &#224; cr&#233;er ensemble des relations, mais c'est plut&#244;t &#224; ses relations que nous devons la perception m&#234;me de notre individualit&#233; &#187; (Gergen, 2005, p. 25). Ces deux approches bien que diff&#233;rentes permettent, &#224; mon avis, de se d&#233;centrer d'une conception trop &#171; solipsiste &#187; du psychisme et de l'individu. Le terme &lt;i&gt;affects&lt;/i&gt; qui sera plus g&#233;n&#233;ralement utilis&#233; ici est un concept psychanalytique issu de l'allemand. Selon Andr&#233; Green d&#233;signe affect comme &#171; un terme cat&#233;goriel groupant tous les aspects subjectifs qualificatifs de la vie &#233;motionnelle au sens large, comprenant toutes les nuances que la langue allemande (Empfindung, gef&#252;hl) ou la langue fran&#231;aise (&#233;motion, sentiment, passion, etc.) rencontrent sous ce chef. Affect sera donc &#224; comprendre comme un terme m&#233;tapsychologique plus que descriptif &#187; (Green, 1973, p. 20). Le mode d'expression de ces affects prend des voies qui peuvent aller d'un mouvement de d&#233;charge tr&#232;s archa&#239;que du point de vue psychique, vers des nuances &#233;motionnelles corporelles, et des repr&#233;sentations verbales des sentiments, en passant par des palettes de symbolisation plus ou moins riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;senter quelques facteurs affectifs en jeu dans l'habillement &#224; travers diff&#233;rents extraits de consultations th&#233;rapeutiques, ainsi qu'&#224; travers des exemples de relations &#233;ducatives et de soin par des professionnels qui entourent des jeunes ou des enfants. Je n'aborderai pas le choix, l'achat du v&#234;tement de mani&#232;re individuelle, ind&#233;pendante, la mode, mais les situations o&#249; l'habillement s'inscrit dans une relation o&#249; est pr&#233;sent le &#171; se faire habiller &#187; qui t&#233;moigne d'un Autre pass&#233; ou actuel, pr&#233;sent ou absent, qui se tient en tiers. Cela peut passer par l'habillage, par le cadeau, par le don, les &#233;changes ou par la transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'habiller implique d'autres personnes qui peuvent &lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt; cette enveloppe avec toute la charge d'amour ou de haine, de tendresse, de tristesse, d'ambivalence que cela induit. L'habit est une enveloppe s&#233;parable qui a la propri&#233;t&#233; de circuler : il vient de l'autre et va vers l'autre. Il &lt;i&gt;contient&lt;/i&gt; l'autre, absent ou pr&#233;sent, avec qui il continue d'entretenir des liens qui le plus souvent restent en sommeil. La relation famili&#232;re que nous entretenons avec les habits renvoie g&#233;n&#233;ralement &#224; une fonction de repr&#233;sentation sociale. Il sera plut&#244;t question ici de situations douloureuses de l'existence, abandon, pertes, deuil, s&#233;paration, maladie, changement de statut, ou moment de crise de l'existence, qui r&#233;v&#232;lent parfois les d&#233;p&#244;ts affectifs contenus dans cet objet. Qu'est-ce qu'ils peuvent contenir de traces conscientes ou inconscientes, d'affects et d'&#233;motions qui n'&#233;mergent que dans certaines circonstances ? Il y a des situations qui nous d&#233;logent de la familiarit&#233; du commerce avec nos habits. Nous revivons alors le lien originel entre habit et habiter : Joseph Delteil a &#233;crit de tr&#232;s belles pages sur ses habits desquels il nous dit &#171; j'y suis &#233;trangement chez moi &#187; (Delteil, 1963, p. 42). Mais il est aussi habit&#233; par d'autres avec qui nous entretenons un dialogue intime, &#233;motionnel, souvent &#224; notre insu. L'habit est un passeur qui accompagne les affects des s&#233;parations. Il porte toujours en germe les mouvements, les va et vient entre &#171; se faire habiller &#187; qui est du plut&#244;t sur le versant de la d&#233;pendance, et &#171; s'habiller &#187;, sur celui de l'autonomie, entre r&#233;f&#233;rence aux rapports groupe et individualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma r&#233;flexion n'a pas pour cadre une enqu&#234;te ou d'une observation comme dans le cas d'une recherche en sciences sociales, et &#171; le terrain &#187; de la pratique clinique est diff&#233;rent. Jean Bazin &#233;crit de l'intervention de l'anthropologue : &#171; dans la mesure o&#249; leur monde n'est pas le mien, il est pour moi objet de savoir. Mais c'est un objet qui m'est donn&#233; dans une situation que eux moi partageons. Cette tension entre co-pr&#233;sence et distance d&#233;finit ce qu'on appelle (par opposition au laboratoire ou au cabinet de travail) &#171; le terrain &#187; (Bazin, 2008, p. 409). L'id&#233;e d'&lt;i&gt;objet donn&#233; dans une situation partag&#233;e&lt;/i&gt; rapproche les anthropologues de cette exp&#233;rience malgr&#233; des contextes de travail diff&#233;rents. Si la tentation est grande parfois d'interroger l'habillement, il s'agit toutefois dans une pratique clinique et th&#233;rapeutique, d'&#233;couter un lien singulier dans une posture de non-savoir et une implication transf&#233;rentielle. Ce n'est donc pas une investigation directe et une recherche &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; de production d'un savoir. L'&lt;i&gt;objet donn&#233;&lt;/i&gt; serait ici le lien aux v&#234;tements au sens ph&#233;nom&#233;nologique, c'est-&#224;-dire tel qu'il se manifeste et m'interpelle. Toutefois, ma propre affinit&#233; avec cet objet qu'est l'habillement offre une r&#233;ceptivit&#233; particuli&#232;re en qu&#234;te de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Enveloppes en souffrance&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jane, hospitalis&#233;e dans un service de psychiatrie, n&#233;gligeait son hygi&#232;ne et son apparence. On pourrait dire qu'elle mettait un soin tout particulier &#224; s'enlaidir et &#224; exposer une enveloppe corporelle et vestimentaire repoussante. Les soignants qui l'aidaient &#224; la toilette recevaient beaucoup d'agressivit&#233; alors que paradoxalement elle leur demandait de l'aide et venait m&#234;me s'agripper physiquement &#224; eux. Ces situations d&#233;clenchaient des &#233;tats de crise et un profond sentiment d'&#233;chec chez les soignants objets de son rejet. Jane provoquait un sentiment de d&#233;gout et des r&#233;actions &#233;motionnelles intenses qui devaient &#234;tre r&#233;guli&#232;rement partag&#233;es en r&#233;union d'&#233;quipe afin de r&#233;guler des contre-attitudes n&#233;gatives. Les relations m&#232;re-fille &#233;taient tr&#232;s &#171; &#233;lectriques &#187;, pouvant aller jusqu'&#224; l'agression physique et les entretiens familiaux &#233;taient souvent &#224; &lt;i&gt;fleur de peau&lt;/i&gt;. Jane avait parfois des plaques d'ecz&#233;ma qui apparaissaient et disparaissaient pendant les entretiens. Lors d'un rendez-vous avec Jane et ses parents o&#249; il &#233;tait question de son hyper&#233;activit&#233; au toucher et aux soins physiques, sa m&#232;re fit le lien avec les premiers soins donn&#233;s &#224; son enfant et sa propre angoisse du contact physique avec sa fille : &#171; J'ai pas eu beaucoup de contact &#187;. Cette difficult&#233; concernait aussi l'habillage : &#171; Je pouvais pas l'habiller d&#232;s la maternit&#233;. Les langes, j'y arrivais pas. J'achetais des v&#234;tements mais c'est mon mari qui l'habillait &#187;. Elle r&#233;p&#233;tait &#171; on m'avait pas appris &#187;, signifiant d'une part sa difficult&#233; &#224; devenir m&#232;re, d&#233;rout&#233;e par ce b&#233;b&#233;, et d'autre part mettant en cause la relation avec sa propre m&#232;re. Elle reconnaissait son incapacit&#233; &#224; toucher, entourer corporellement sa fille car cela g&#233;n&#233;rait un &#233;tat de tension et une lutte avec sa haine. Le p&#232;re avait donc d&#251; prendre soin de Jane, la materner, mais ce corps &#224; corps les confrontait encore aujourd'hui &#224; des fantasmes et d&#233;sirs incestueux. Avant l'hospitalisation, Jane, qui &#233;tait retourn&#233;e vivre chez ses parents, se n&#233;gligeait, ne se lavait plus, ce qui amenait le p&#232;re &#224; intervenir et r&#233;activait un conflit entre les parents et des sc&#232;nes de m&#233;nage. Le corps de Jane &#233;tait un sympt&#244;me &#224; vif, ne trouvant pas d'autre voie que l'excitation d&#233;bordante ou le rejet du contact. Les &#233;motions des soignants, rejet, col&#232;re, d&#233;gout, s'associaient &#224; un sentiment de culpabilit&#233; de la faire souffrir. Leur r&#233;ponse bienveillante &#224; l'avidit&#233; de sa demande d'aide se finissait toujours par : &#171; Pourquoi vous me faites mal ? &#187; r&#233;p&#233;t&#233; jusqu'au point de rupture de la relation. L'intensit&#233; des affects exprim&#233;s dans un registre pulsionnel tr&#232;s archa&#239;que laissait peu de place &#224; d'autres modes d'expression, de repr&#233;sentations verbales. Le travail th&#233;rapeutique, individuel et familial, ainsi que les soins donn&#233;s ont demand&#233; plusieurs ann&#233;es avant que Jane puisse se d&#233;faire de cette enveloppe repoussante, disharmonieuse, et se d&#233;gager d'une relation qui appelle l'autre pour le rejeter d&#232;s qu'il r&#233;pond. Elle a pu peu &#224; peu prendre soin d'elle-m&#234;me, rechercher d'autres mani&#232;re de s'habiller et acc&#233;der &#224; des affects de plaisir dans ses relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ethnologues entretiennent un rapport particulier avec les objets et leurs usages. Les chemins de l'ethnologie et de la psychanalyse peuvent se retrouver pour questionner les rapports entre le v&#234;tement et le lien. Bien que de g&#233;n&#233;rations et de champs de disciplines diff&#233;rentes, Marcel Mauss pourrait se rapprocher de Winnicott : &#171; Ainsi, l'objet, s'il doit &#234;tre utilis&#233; doit n&#233;cessairement &#234;tre r&#233;el, au sens o&#249; il fait partie de la r&#233;alit&#233; partag&#233;e, et non pas simplement &#234;tre un faisceau de projections &#187;. Ce qui est important n'est pas l'objet mais l'utilisation de l'objet en tant que &#171; first not-me possession &#187; (Winnicott, 1975, p. 123) qui ouvrira un champ de recherche sur la fonction de l'objet dans les relations m&#232;re-enfant, tant sur le plan du fantasme que dans sa mat&#233;rialit&#233;. Du cot&#233; de Mauss, &#171; la chose re&#231;ue n'est pas inerte &#187; (Mauss, 1993, p. 159). Dans son analyse du don, l'anthropologue fait de l'objet un acteur &#224; part enti&#232;re. On pourrait relier ces deux auteurs en paraphrasant Winnicott qui disait souvent qu' &#171; un enfant tout seul &#231;a n'existe pas &#187;, en proposant qu' &#171; un objet tout seul &#231;a n'existe pas &#187;. N'oublions pas que ce dernier a aussi travaill&#233; sur le don et la capacit&#233; &#224; recevoir. Le psychanalyste et l'anthropologue se rapprochent autour de l'importance qu'ils accordent au corps, l'un au niveau de la fonction maternante et l'autre au niveau des &#171; techniques du corps &#187;. &lt;i&gt;L'investissement de l'enveloppe textile par l'enfant d&#233;pend de l'investissement de cet objet par la m&#232;re&lt;/i&gt;, de sa valeur affective, des &#233;motions, du plaisir et du d&#233;plaisir, qui s'associent &#224; son jeu relationnel. Les observations des relations m&#232;re-b&#233;b&#233; du psychanalyste Daniel L. Stern, qui est &#224; l'origine du concept d' &#171; accordage affectif &#187;, ont montr&#233; que &#171; les affects sont &#224; la fois le premier &lt;i&gt;v&#233;hicule&lt;/i&gt; et le premier &lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; de la communication &#187; et cette &#171; interaffectivit&#233; peut &#234;tre la premi&#232;re, la plus envahissante et la plus imm&#233;diatement importante des exp&#233;riences subjectives partageables &#187; (Stern, 2011, p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habillement est aussi d&#233;positaire de traces douloureuses qui peuvent interpeller l'autre mais dont le message parfois lui &#233;chappe. Plusieurs adolescentes ont ainsi amen&#233; les professionnels qui les entouraient &#224; se questionner sur leur relation. J'ai fait une synth&#232;se de ces histoires assez proches par un personnage, Sattifa, en rapport bien s&#251;r avec s'attifer. Accueillie dans le cadre d'une d&#233;cision de protection &#224; la suite de maltraitance physique et psychologique de la part de sa m&#232;re, Sattifa reproduisait dans ses relations ce lien de d&#233;pendance destructeur. Il se donnait &#224; voir entre autres par des v&#234;tements d&#233;mod&#233;s, d'une autre g&#233;n&#233;ration. Les autres jeunes lui renvoyaient que &#231;a faisait vieux et essayaient de lui donner des conseils pour &#171; &#234;tre dans le coup &#187;. Elle mettait en avant &#171; sa pauvret&#233; &#187;. Ses timides tentatives de suivre leurs conseils ne faisait qu'aboutir &#224; un affublement qui tournait au ridicule, g&#233;n&#233;rant des moqueries. Les propositions, le soutien et le regard des &#233;ducatrices et &#233;ducateurs dans les choix vestimentaires la conduisirent peu &#224; peu &#224; essayer d'autres mani&#232;res de s'habiller. Mais elle reprenait rapidement ses habits familiers. Elle n'&#233;tait pas pr&#234;te &#224; s'en d&#233;faire, &#224; en changer. Elle vint me voir un jour avec une chemise qui n'&#233;tait pas &#224; sa taille et se mit &#224; rougir au moment o&#249; je la regardais s'assoir dans le bureau. Il y eut un instant de trouble entre nous quand venait de se r&#233;v&#233;ler que quelque chose clochait dans sa tenue. La confiance &#233;tablie, bien que toujours fragile, me permettait de poser la question de cette surprise et cette &#233;motion. Elle me dit apr&#232;s un moment de malaise, de honte, qu'elle portait une chemise que sa m&#232;re lui avait donn&#233;e. Ce n'est pas le fait qu'elle s'habille d'un v&#234;tement maternel, et de surcroit d&#233;mod&#233; qui posait probl&#232;me mais l'intrusion de mon regard. Il y avait l&#224; quelque chose que je n'aurais pas d&#251; voir et elle se sentait d&#233;couverte, d&#233;masqu&#233;e. Avait-elle besoin de continuer &#224; &#171; &#233;prouver &#187; le lien &#224; sa m&#232;re en portant ce don ali&#233;nant, comme une enveloppe qui contenait cet attachement masochiste &#224; l'abri des regards ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mythologie grecque rec&#232;le de nombreuses histoires d'enveloppes vestimentaires, Harmonie, D&#233;janire, M&#233;d&#233;e, qui sont des cadeaux empoisonn&#233;s : &#171; leurs habits charm&#233;s&#8230;, sont des brasiers secrets attach&#233;s &#224; leur corps &#187; (Corneille, 1999, p. 99). Une patiente envahie par des angoisses parano&#239;des avait re&#231;u un don de v&#234;tements en tr&#232;s bon &#233;tat. S'habiller de ses v&#234;tements d&#233;clencha un d&#233;lire pers&#233;cutoire sur le th&#232;me de l'empoisonnement. Elle sentait des pr&#233;sences &#233;trang&#232;res qui &#171; lui voulaient la peau &#187;. La particularit&#233; de ses habits est qu'ils avaient &#233;t&#233; port&#233;s par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre jeune femme, Alicia, venait &#224; chaque rendez-vous avec des tenues et toilettes tellement diff&#233;rentes qu'elle &#233;tait m&#233;connaissable et provoquait du moins au d&#233;but un effet de surprise. Apr&#232;s que je m'y sois familiaris&#233;, j'ai pu faire part de mon &#233;tonnement, elle me r&#233;pondit ces mots qui m'ont toujours marqu&#233;s : &#171; Je m'habille pour qu'on ne me voie pas ! &#187;. Depuis son adolescence, Alicia cherchait donc ainsi &#224; masquer les traumas de l'histoire familiale en d&#233;jouant tout risque de ressemblance avec sa famille et la honte d'&#234;tre reconnue lui collait en quelque sorte &#224; la peau. Son projet &#233;tait de devenir mannequin. Combien de jeunes filles ont pu exprimer leur recherche quotidienne &#233;puisante dans le miroir pour trouver un compromis qui n'attire pas trop les regards de l'autre ? Elles se d&#233;fendaient du danger incestueux pr&#233;sent dans leur histoire personnelle, soit dans l'histoire familiale au niveau transg&#233;n&#233;rationnel. Ce sont des strat&#233;gies, souvent inconscientes, de trompe l'&#339;il qui d&#233;tournent, repoussent ou neutralisent le regard afin de se prot&#233;ger. Dans le conte de Perrault, Peau d'&#226;ne, la parure occupe une fonction centrale. L'infante qui cherchait repousser les d&#233;sirs incestueux de son p&#232;re est guid&#233;e par sa marraine : &#171; Pour vous rendre m&#233;connaissable la d&#233;pouille de l'&#226;ne est un masque admirable&#8230; On ne croira jamais tant elle est effroyable qu'elle referme rien de beau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intimit&#233; d'un tissu &lt;i&gt;&#224; l'endroit-&#224; l'envers&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; les violences sexuelles de son p&#232;re sur ses s&#339;urs, Ectride, des ann&#233;es apr&#232;s le jugement et la condamnation de ce dernier, traversa une p&#233;riode de d&#233;pression importante alors qu'elle avait cru s'en &#234;tre sortie. Un pull-over chaud, offert par son p&#232;re et qu'elle portait lors de certaines consultations, avait r&#233;activ&#233; toute sa douleur traumatique. L'angoisse portait sur l'intention et le d&#233;sir de ce cadeau et son incapacit&#233; &#224; s'en d&#233;faire, hant&#233;e par cette question : &#171; pourquoi avait-elle &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e ? &#187;. Elle se d&#233;battait avec un sentiment de culpabilit&#233; en rapport avec l'attrait et l'horreur de ce pull. Les &#233;motions li&#233;es au d&#233;go&#251;t se manifestaient par l'irritation de la peau ou des vomissements quand elle sentait &lt;i&gt;sa pr&#233;sence&lt;/i&gt; sur son corps. La relation &#224; cet objet a pris place dans le travail th&#233;rapeutique pour ce qu'il repr&#233;sentait du lien au p&#232;re et de la transgression de l'interdit de l'inceste dans laquelle j'&#233;tais aussi impliqu&#233; car &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; &#8211; l'image du p&#232;re sur le corps d'Ectride - &#233;tait omnipr&#233;sent et je ne pouvais pas ne pas le voir. Le trouble que cela provoquait chez moi et ce que nous pouvions partager de ce que je ressentais, ainsi que mes associations, lui permirent de sortir de la sid&#233;ration et de la fascination mortif&#232;re des souvenirs traumatiques pour se sentir vivante et acc&#233;der &#224; une parole possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces histoires l&#232;vent un voile sur la possibilit&#233; de subvertir les territoires de l'intime. Quelque chose d'inattendu surgit sous mes yeux quand un autre me fait entendre que &#171; &#231;a ne me regarde pas &#187;. L'&#233;motion qui surgit signe alors un bouleversement des cat&#233;gories int&#233;rieur-ext&#233;rieur comme le souligne Bachelard : &#171; l'en dehors et l'en dedans sont tous deux intimes ; ils sont toujours pr&#234;ts &#224; se renverser ; &#224; &#233;changer leur hostilit&#233; &#187;. Le philosophe pose la question auxquels ces d&#233;sordres vestimentaires tentent de r&#233;pondre avec inqui&#233;tude ou angoisse : &#171; Dans ce drame de la g&#233;om&#233;trie intime, o&#249; faut-il habiter ? &#187; (Bachelard, 1998, p. 196), le v&#234;tement &#233;tant une interface r&#233;versible, un &#171; &#224; l'endroit &#8211; &#224; l'envers &#187;. L'intime court toujours le risque de s'exposer. L'habit r&#233;v&#232;le les plis de cette tension entre en dehors et en dedans et de la relation du &#171; je &#187; avec &#171; l'autre &#187;. S'appr&#234;terait-il &#224; l'exp&#233;rience de l'&lt;i&gt;unheimlich&lt;/i&gt;, l'&#233;trangement inqui&#233;tant ou l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, d&#233;velopp&#233;e par Freud o&#249; &#171; tout ce qui devait rester un secret, dans l'ombre, et qui est sorti &#187; (Freud, 1916, p. 222), quand des personnages familiers de la sph&#232;re intime surgissent sur la sc&#232;ne face &#224; des spectateurs &#233;trangers. Dans ces exemples, l'enveloppe en souffrance cherche un destinataire qui re&#231;oive ce qui de ce drame de la g&#233;om&#233;trie intime restait en attente, en souffrance. Quand ce qui surgit peut &#234;tre re&#231;u dans un cadre th&#233;rapeutique, le th&#233;rapeute doit retraiter ce qu'il re&#231;oit d'angoisse, d'&#233;motion, ce qui l'affecte, pour permettre de lui donner une issue qui lie les affects et les repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens maternels o&#249; &#171; se faire habiller &#187; reste toujours actif peuvent se manifester &#224; travers des gestes discrets ind&#233;pendamment parfois de l'&#226;ge. Cela peut aller d'une expression de bienveillance, de tendresse jusqu'&#224; une emprise sur le corps de l'autre. Combien de fois ai-je &#233;t&#233; pris &#224; t&#233;moin d'une m&#232;re qui ajuste le v&#234;tement de son enfant, adulte, en cherchant mon regard, signifiant qu'il y a l&#224; quelque chose qui ne m'appartient pas. Il arrive aussi que des enfants suffisamment autonomes s'habillent sens dessus dessous cherchant ou attendant ainsi une r&#233;action maternelle. Parmi des enfants qui ont pu vivre des troubles des premiers liens d'attachement, j'ai pu en rencontrer &#224; diff&#233;rentes &#233;tapes de leur vie, &#224; des &#226;ges et dans des contextes diff&#233;rents. Ils &#233;taient autonomes pour s'habiller, se faire les lacets des chaussures. Des circonstances de changement de leur environnement relationnel proche, ou bien des s&#233;parations, pouvait r&#233;activer une profonde ins&#233;curit&#233; ou des angoisses d'abandon. Certains perdaient cette autonomie, faisant r&#233;agir leur nouvel entourage qui s'indignait qu'on ne se soit pas occup&#233; d'eux et mettaient en cause les carences d'apprentissage. Ces situations qui se r&#233;p&#233;taient r&#233;veillaient les blessures du lien maternel et un mouvement d'empathie imm&#233;diate : &lt;i&gt;On ne s'est pas occup&#233; de lui !&lt;/i&gt; Alors, ceux qui entouraient cet enfant, ou adolescent, ou parfois jeune adulte, se mettaient &#224; amorcer un in-vestissement. Le terme &#171; amorcer &#187; renvoie ici au fait que cela peut &#234;tre imm&#233;diat, passager, ou bien durable d'un point de vue affectif, selon les situations. Ces formes de r&#233;gression sont autant d'appels &#224; &#171; se faire habiller &#187;, &#224; &lt;i&gt;repriser un lien&lt;/i&gt; rest&#233; en souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous am&#232;ne &#224; poser la question de la formation de cette enveloppe textile et des traces qui s'y inscrivent comme un palimpseste ou ne cesse de s'&#233;crire un sc&#233;nario avec des variantes ou des transformations li&#233;es aux diff&#233;rentes rencontres. &#171; L'investissement psychique du v&#234;tement s'&#233;taye sur l'exp&#233;rience primitive v&#233;cue du corps de la m&#232;re en ses qualit&#233;s de surface sensorielle de contenant &#187; comme l'indique Patricia Thaon ouvre des perspectives que nous allons d&#233;velopper (1986, p. 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel d&#233;sir nous habille ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le r&#233;cit Biblique, la premi&#232;re d&#233;r&#233;liction se manifeste quand Yavh&#233; demande &#224; Adam &#171; o&#249; es-tu ? &#187; et qu'il r&#233;pond &#171; j'ai eu peur &#187;. Le premier &#233;l&#233;ment qui marque la perte du statut &#233;d&#233;nique se fonde sur le sentiment de nudit&#233; apr&#232;s que le partage du fruit interdit leur ouvrit les yeux : ils d&#233;couvrent alors que quelque chose leur manque. Dans l'urgence, Adam et Eve, se couvrent d'un cache-sexe. Ils vivent pour la premi&#232;re fois l'exp&#233;rience du d&#233;nuement, c'est-&#224;-dire &#171; l'absence de v&#234;tement &#187; comme le montre Giorgio Agamben : &#171; La nudit&#233; n'est pas un &#233;tat mais un &#233;v&#232;nement &#187; (2009, p. 24) montrant combien le v&#234;tement - et son absence - est une &#233;tape fondatrice. Agamben insiste le lien entre &#171; nudit&#233; comme premier objet et comme contenu de la connaissance &#187; comme &#233;tant &#171; seulement une absence de voile, seulement une possibilit&#233; de conna&#238;tre &#187; (2009, p. 115). Avant leur exil, Yahv&#233; &#171; fit &#224; l'homme et &#224; sa femme des tuniques de peau et les en rev&#234;tit &#187; pour pallier au d&#233;nuement. L'acte qui marque leur s&#233;paration est le don d'un v&#234;tement m&#234;me s'il s'agit d'une pelisse qui rappelle l'animalit&#233;. Ils ne partent pas sans rien, ils ne sont pas totalement d&#233;pouill&#233;s - de-spoliare - et cela inaugure les rapports entre l'habillement et tout ce dont il va &#234;tre d&#233;positaire, pouvant devenir un repr&#233;sentant de ce lien. Ce geste fonde la dialectique entre d'une part un geste maternant &#171; attention couvres-toi ! &#187; et d'autre part un manque &#171; je n'ai rien &#224; me mettre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les multiples sens que nous indique ce r&#233;cit biblique, je retiendrais ici l'id&#233;e d' &#171; in-vestiture &#187; et d' &#171; in-vestissement &#187;. L'in-vestiture oriente d'une part vers l'acc&#232;s &#224; un statut et d'autre part vers le lien, dans une inscription culturelle o&#249; costume et coutume se rejoignent &#233;tymologiquement. Le v&#234;tement est un objet de repr&#233;sentation sociale et un syst&#232;me de signes distinctifs. Le rev&#234;tir appelle une efficacit&#233; symbolique qui peut &#234;tre mise ne perspective avec la notion d'acte d'institution propos&#233;e par Bourdieu : &#171; Il signifie &#224; quelqu'un son identit&#233; au sens o&#249; il la lui exprime et la lui impose en l'exprimant &#224; la face de tous &#187; (Bourdieu, 1982, p. 59). Fran&#231;oise Loux avait not&#233; dans plusieurs r&#233;gions un rituel du p&#232;re qui enveloppait le nouveau-n&#233; de sa chemise : &#171; c'est sur ce terrain concret de la chaleur que s'enracine l'efficacit&#233; symbolique. En effet, le p&#232;re donnait ainsi &#224; l'enfant son premier v&#234;tement, transformant ce petit &#234;tre nu &#8211; de nature - en futur homme social car porteur de v&#234;tements. En m&#234;me temps il s'agissait d'un geste de s&#233;paration &#187; (Loux, 1990, p. 134). Van Gennep donne des exemples o&#249; le don de v&#234;tement marque l'acc&#232;s &#224; un autre statut, proposant la fonction de rite de passage qui conna&#238;tra un grand succ&#232;s associ&#233; au concept de &#171; pubert&#233; sociale &#187; qui noue le biologique et le social &#224; l'adolescence. Le v&#234;tement participe &#224; l'in-vestiture en contribuant &#224; l'acc&#232;s &#224; un statut marqueur &#224; diff&#233;rents niveaux : d'humanit&#233; et de culture (L&#233;vi-Strauss, 1971), de &#171; mani&#232;re de se distinguer &#187; (Bourdieu, 1979), de syst&#232;me de signes linguistiques (Barthes, 1967), de territoires (Goffman, 1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens Ph. Perrot (1981) et D. Roche (1989) ont montr&#233; que l'essor de la &#171; culture des apparences &#187; a pris un nouvel essor d&#232;s le XVIIe si&#232;cle pour charger l'enfant de &#171; repr&#233;senter l'honneur de la famille &#187;. On peut analyser le statut du v&#234;tement au regard de cette dimension sociale en l'articulant au narcissisme des parents projet&#233; sur &#171; his majesty the baby &#187; &#233;voqu&#233; par Freud en 1914 dans &#171; Pour introduire le narcissisme &#187;. Notons qu'en Europe l'habillement est le premier poste budg&#233;taire des parents pour leur enfant, avec de l&#233;g&#232;res variations selon les pays (IPSOS, 2003). C'est ce narcissisme projet&#233; que l'adolescence viendra mettre en question ou contester au moment o&#249; la s&#233;duction et est au c&#339;ur de ses pr&#233;occupations. On peut constater combien ces variations vestimentaires parfois discr&#232;tes ou au contraire tr&#232;s visibles touchent les parents en introduisant une fracture avec leurs propres d&#233;sirs et ouvre la voie &#224; l'adolescent pour se d&#233;battre avec ses propres d&#233;sirs. Un exemple repr&#233;sentatif de cet impact a pris la forme d'un &#171; acte manqu&#233; &#187; lors d'une consultation de th&#233;rapie familiale. En s'installant dans le bureau, des parents constatent que leur fille adolescente, assise face &#224; moi, a sa braguette ouverte. Ils r&#233;agissent en m'interpellant : &#171; Vous voyez, elle se laisse aller, avec vous ! &#187;. Si l'on enlevait la c&#233;sure de la virgule &#171; vous voyez elle se laisse aller avec vous ! &#187;, les r&#233;sonances d'une sc&#232;ne de s&#233;duction n'en seraient que plus explicites. Or l'&#233;pisode se produisit &#224; un moment o&#249; l'&#233;mergence de la sexualit&#233; de leur fille venait troubler les relations familiales. Cet acte pourrait illustrer un processus d'adolescence ou ce qui est en jeu est que cette jeune fille commence &#224; &#233;chapper &#224; ses parents et nous reviendrons sur ce sujet plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'habillement&lt;/i&gt; fait corps&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habillement est un &#233;cran de projections imaginaires et symboliques maternelles et paternelles, une pellicule qui contribue &#224; l'investissement affectif du monde de l'enfant, ses premiers liens d'attachement. Les m&#233;taphores d'enveloppe et d'articulation contenant-contenu ont largement &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es par le courant psychanalytique anglo-saxon et fran&#231;ais (Wilfred Bion, Esther Bick, Jean Laplanche, Didier Anzieu). Toutes ces approches s'int&#233;ressent aux liens primordiaux, &#224; la mani&#232;re dont s'inscrivent les premiers modes d'attachement qui se font dans &#171; un bain d'affects &#187; : &#171; le d&#233;veloppement de l'enfant ne peut se faire qu'&#224; travers la richesse de ses &#233;motions et de ses affects qui sont d&#233;plac&#233;s dans le cadre interrelationnel &#187; (Lebovici, 1998 , p. 20). Cet investissement prend forme d&#232;s l'attente de la naissance d'un l'enfant, ce que Mallarm&#233; appelle dans la revue &#171; La derni&#232;re mode &#187;, &#171; l'horizon des r&#234;ves maternels&#8230; Avec quelle joie, &#233;gal&#233;e seulement par la coquetterie native de ce mignon, la jeune femme ne pr&#233;pare-t-elle pas la layette du nouveau-n&#233; m&#234;me point encore n&#233; &#187; (Mallarm&#233;, 1998, p. 245 ). La naissance marque la perte de l'amnios : &#171; ce que le nouveau-n&#233; perd, ce n'est pas sa m&#232;re mais son compl&#233;ment anatomique, la d&#233;livre &#187; (Lacan, 2004, p. 391). La perte de &#171; la premi&#232;re chemise de la m&#232;re &#187; pourrait &#234;tre con&#231;ue comme prototype des enveloppes futures qui vont contribuer &#224; entourer l'enfant, dont il aura parfois &#224; se d&#233;faire. Dans les relations pr&#233;coces, l'enveloppement va ensuite donner au v&#234;tement un r&#244;le important dans la construction des premiers liens. On conna&#238;t toute la richesse que Didier Anzieu va donner au concept de Moi-peau et d'Enveloppe psychique &#224; partir de l'exp&#233;rience de la surface du corps : &#171; Le moi-peau est une surface qui relie entre elles les sensations de diverses nature et qui les fait ressortir comme figures sur ce fond originaire qu'est l'enveloppe tactile : c'est la fonction d'intersensorialit&#233; du moi-peau qui aboutit &#224; la construction d'un sens commun dont la r&#233;f&#233;rence de base se fait toujours au toucher &#187; (Anzieu, 1995, p. 61). Il consid&#232;re que &#171; le v&#234;tement en tant que conteneur redouble la fonction protectrice de la peau &#187; (Anzieu, 1993, p. 37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette enveloppe textile est un r&#233;ceptacle de la sensorialit&#233; tactile, olfactive et visuelle, accessoirement sonore. Ce registre c&#233;nesth&#233;sique a un fort pouvoir d'&#233;veiller des traces mn&#233;siques par la voie du corps et de l'&#233;motion. Le textile est un r&#233;ceptacle d'odeur, sa propre odeur mais aussi l'odeur de l'autre. L'odorat a &#233;t&#233; mainte fois relev&#233;, d'abord par Freud, comme frapp&#233; de refoulement et de d&#233;sodorisation sociale. Il porte un pouvoir d'&#233;vocation, de plaisir, &#171; il pourrait &#234;tre la voie privil&#233;gi&#233;e par laquelle l'inconscient fait trace &#187; (Assoun, 1997, p. 48 ). Le linge r&#233;ceptacle des odeurs &#224; un pouvoir d'attraction ou de r&#233;pulsion. Il a une potentialit&#233; hyperesth&#233;sique et &#233;rotis&#233;e. Il y a un plaisir &#224; sentir le linge, &#224; ressentir la pr&#233;sence de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a une fonction de filtre, comme le dit Serge Tisseron : &#171; le textile am&#233;nage la distance : celle de la relation et de l'amour &#224; la fois. Il est le capiton de la surexcitation maternelle et le duvet r&#233;parateur du manque &#187; (Tisseron, 1987, p. 21). Habiller un b&#233;b&#233; invite &#224; un corps &#224; corps tiss&#233; de sensations, d'&#233;motions, de partage, de plaisir. Des observations des b&#233;b&#233;s ont montr&#233; combien l'habillement peut avoir un effet apaisant (Bick, 1967) qui participe du &#171; holding &#187; et du &#171; handling &#187;, mani&#232;re dont l'enfant est port&#233; et manipul&#233; dont parle Winnicott. Les t&#233;moignages rapport&#233;s dans les travaux de Jean-Claude Kauffmann rendent compte de cette exp&#233;rience associ&#233;e au plaisir du toucher, de la caresse du linge qui &#171; s'int&#232;gre dans un imaginaire des corps aim&#233;s caress&#233;s : &#8220;J'ai l'impression de d&#233;shabiller ma famille&#8221; (lettre n&#176; 11) [&#8230;]. Boutonner cette m&#234;me chemise rappelle ce geste maternel, protecteur, que l'on avait oubli&#233; car tr&#232;s vite les enfants vous interdisent de les habiller. repasser la layette d'un b&#233;b&#233; que l'on pr&#233;pare avant la naissance c'est visualiser ce petit &#234;tre qui sera bient&#244;t l&#224;. Et quand il est bien pr&#233;sent, repasser ses fins habits permet le prolongement de toutes les caresses &#187; (Kauffmann, 1997, p. 172).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant est aussi habill&#233; par le regard maternel qui constitue l'enveloppe scopique : cet aspect de l'enveloppe privil&#233;gie le regard, le miroir, la s&#233;duction, la dimension visuelle du Moi. Le regard permet &#224; l'enfant de construire son narcissisme par le regard de la m&#232;re quand &#171; ce que son visage exprime est en relation directe avec ce qu'elle voit &#187; (Lacan, 1978). L'habillement peut l'en d&#233;tourner. Un enfant va vers sa m&#232;re en qu&#234;te de son regard et elle lui dit : &#171; Que tu es beau habill&#233; comme &#231;a ! &#187;, ouvrant une incertitude structurelle dans le narcissisme : qu'est-ce-que de moi elle regarde ? A l'extr&#234;me l'enfant peut &#234;tre r&#233;duit &#224; une poup&#233;e qu'on habille, c'est-&#224;-dire un objet. Le v&#234;tement introduit un trompe-l'&#339;il constitutif du Moi et de la relation &#224; l'Autre, un art de s'habiller pour ne pas &#234;tre vu dans lequel excellent les mannequins, projet qu'Alicia r&#234;vait de r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner que tous ces gestes maternels s'accompagnent d'un bain de parole, de la langue maternelle qui vient unifier l'affect et la repr&#233;sentation, &#171; qui &#233;tablit une relation &lt;i&gt;charnelle&lt;/i&gt; entre les mots et les choses, une &#233;vidente affinit&#233; entre le signifiant et le signifi&#233; allant jusqu'&#224; la co&#239;ncidence parfaite &#187; (Sami-Ali, 1997, p. 147).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Conflits et garde-robes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#234;tement a cette propri&#233;t&#233; de circuler : il vient de l'autre et va vers l'autre dans une fonction de t&#233;moin. Les parents et tous ceux qui &#233;l&#232;vent un enfant peuvent &#234;tre touch&#233;s avec un grand &#233;moi lorsqu'il revient vers eux habill&#233; autrement ou avec sa tenue ab&#238;m&#233;e. La seule mat&#233;rialit&#233; de l'objet ne suffit pas &#224; rendre compte de ce qui est en jeu dans l'intensit&#233; de ces r&#233;actions. Un exemple fr&#233;quemment rencontr&#233; est li&#233; aux s&#233;parations conflictuelles des parents. Il peut y avoir deux trousseaux bien s&#233;par&#233;s afin de ne pas se pr&#233;senter &#224; un parent avec les habits de l'autre. L'enfant qui va devoir composer avec &#171; les habits de papa &#187; et &#171; les habits de maman &#187; per&#231;oit tr&#232;s vite combien cet objet est sensible et l'am&#232;ne &#224; une gestion complexe de sa garde-robe, de son armoire, confront&#233; &#224; ce que &#171; l'ordre s'y souvient de l'histoire de la famille &#187; (Bachelard, 1998, p. 83). Les enfants d&#233;veloppent des ressources &#233;tonnantes pour avoir &lt;i&gt;la tenue de composition&lt;/i&gt;, quand ils peuvent la choisir, soit pour prot&#233;ger, soit pour provoquer, soit pour tenter de faire reconna&#238;tre la part de l'autre. C'est un travail qui demande une prise en compte et un d&#233;codage des &#233;motions. William, d&#233;chir&#233; par le divorce puis les conflits violents du couple parental, s&#233;pare dans son armoire les habits du c&#244;t&#233; du p&#232;re, et de l'autre c&#244;t&#233; de la m&#232;re. Tant que les habits de l'un ne peuvent &#234;tre port&#233;s chez l'autre parent, il doit g&#233;rer deux trousseaux et toute erreur est une faille visible aussit&#244;t rep&#233;r&#233;e. Il va les investir de mani&#232;re fluctuante en fonction des mouvements d'ambivalence de ses sentiments pour l'un ou pour l'autre des parents, en fonction de ce qu'il ressent d'obligation et de droit de regard. J'ai pu en &#234;tre t&#233;moin lors d'un rendez-vous o&#249; le visage de la m&#232;re changea lorsque les &lt;i&gt;chaussures du p&#232;re&lt;/i&gt; lui &#171; saut&#232;rent aux yeux &#187;, en se sentant agress&#233;e. William reconnut que c'&#233;tait d&#233;lib&#233;r&#233; pour la provoquer et aborder ce sujet. C'est une gestion &#233;puisante sur le plan affectif et souvent source de conflit. Les enfants per&#231;oivent bien l'enjeu implicite de ce qu'ils portent et ce que cela peut toucher &#233;motionnellement. Le roman de Henry James, &#171; Ce que savait Maisie &#187; raconte avec beaucoup de perspicacit&#233; la vie d'une enfant qui n'est que l'objet de la haine entre ses parents. Au moment o&#249; Maisie va &#234;tre accompagn&#233;e pour retourner chez sa m&#232;re, la gouvernante qui est devenue entre temps la compagne du p&#232;re &#171; rectifia un pli du manteau de l'enfant, non sans contempler l'ensemble d'un &#339;il m&#233;content. Elle n'est pas arrang&#233;e comme je le voudrais ; sa m&#232;re va la d&#233;monter pi&#232;ce par pi&#232;ce&#8230; Elle est en tout cas bien mieux que le jour o&#249; elle est arriv&#233;e &#187; (H. James, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie l'enfant quand, parfois, il d&#233;signe son v&#234;tement comme &#171; le pantalon de maman &#187;, par exemple. Il signifie ce qui le relie &#224; cet autre. Mais nous pouvons pousser plus loin cette question. Dans des situations d'enfants s&#233;par&#233;s de leurs parents dans le cadre d'une mesure de protection et confi&#233;s &#224; des professionnels, famille d'accueil ou &#233;tablissement &#233;ducatifs, les enfants nous racontent la qualit&#233; de la relation quand ils disent &#171; le pantalon de Pierrette &#187;, &#171; la chemise de Jacques &#187;, parfois avec le r&#233;cit du moment privil&#233;gi&#233; de l'achat avec celui ou celle qui s'occupe de lui. Cela t&#233;moigne de la part d'investissement dans un cadre professionnel qui rel&#232;ve du transfert, &#171; du d&#233;sir d'&#234;tre l&#224; dans ce qu'il fait &#187; comme le psychanalyste Jean Oury aimait &#224; le r&#233;p&#233;ter. &#171; La chose re&#231;ue n'est pas inerte &#187;, elle devient une histoire partag&#233;e de d&#233;sirs, d'&#233;motions, de souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction du don me semble repr&#233;sentative de la probl&#233;matique de l'implication professionnelle. Elle peut prendre des formes multiples o&#249; s'emm&#234;lent les affects dans cette question omnipr&#233;sente mais rarement pos&#233;e directement : &lt;i&gt;Pourquoi fais-tu ce m&#233;tier ? Est-ce seulement financier ?&lt;/i&gt; On peut entendre en sourdine la question de l'amour de transfert : &lt;i&gt;qu'est-ce qu'il en est de ton d&#233;sir d'&#234;tre avec moi ?&lt;/i&gt; L'assistante familiale, par exemple, est mandat&#233;e dans un cadre institutionnel de protection de l'enfance pour accueillir un enfant. Des liens d'attachement non-filiatifs pourront se greffer dans cette rencontre qui s'op&#232;re au sein m&#234;me de l'espace priv&#233; de sa propre famille. La &#171; v&#234;ture &#187;, terme ancien issu de l'assistanat, fait partie d'un contrat et d'un budget sp&#233;cifique pour &#233;lever l'enfant. Mais une part qui ne peut &#234;tre contractualis&#233;e concerne l'investissement de cet enfant et le lien que l'enfant et sa famille d'accueil vont greffer. Il arrive que la &lt;i&gt;m&#232;re d'accueil&lt;/i&gt; soit prise par le d&#233;sir d'habiller l'enfant, je veux dire de lui offrir des v&#234;tements ou de compl&#233;ter financi&#232;rement pour leur ajouter de la valeur. Ce geste, ne peut se r&#233;duire &#224; la seule responsabilit&#233; que l'enfant soit bien tenu. On voit bien qu'ici se pose la complexit&#233; du don : &#171; un don est un bien qui n'est pas l'objet d'un contrat &#187; comme le montre Jacques Godbout. Les d&#233;sirs, les sentiments, prennent une part importante &#224; l'habillement de l'enfant. Il y a l&#224; quelque chose qui touche &#224; &lt;i&gt;L'esprit du don&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#171; ce qui circule de fa&#231;on non ind&#233;pendante du lien, par opposition &#224; ce qui circule en s'appuyant d'abord sur une logique et une dynamique plus ind&#233;pendante du lien social comme le principe du droit ou l'appareil &#233;tatique... &#187; (Godbout, 2007, p. 14). On per&#231;oit bien alors dans ce geste l'ambigu&#239;t&#233; d'une l&#233;gitimit&#233; qui puisse s'accorder avec un d&#233;sir de reconnaissance affective lorsque le donataire laisse &#233;chapper &#171; je lui offre sans le dire &#187;, &#171; je triche quelquefois, je lui offre des habits &#187;. Ce pr&#233;sent est d&#233;sign&#233; comme un cadeau ou non. Mais dans tous les cas, il n'aura pas la m&#234;me valeur affective que ceux de la v&#234;ture : la question sous-jacente serait&lt;i&gt; au nom de quoi ou de qui cet habit est donn&#233; et re&#231;u ?&lt;/i&gt; Ou plus simplement &lt;i&gt;pourquoi ou pour qui tu fais &#231;a ?&lt;/i&gt; Ainsi l'habit est-il v&#233;hicule d'&#233;motions, de projections, d'empathie, de compassion. Port&#233;, il devient le t&#233;moin d'un attachement, signe de gratitude ou de reconnaissance. On peut penser que si &#171; il n'y a pas de don gratuit &#187; comme l'&#233;crit Mary Douglas (1999, p. 163), le port du v&#234;tement rend en retour un b&#233;n&#233;fice narcissique. Mais il peut aussi &#234;tre porteur de dette quand s'exerce un &lt;i&gt;droit de regard&lt;/i&gt; ou quand s'affirme de mani&#232;re ostensible je ne l'ai fait que pour toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;S'essayer&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La texture de l'habillement noue des fils sociaux, des fils individuels et familiaux pour construire la trame de la subjectivation. Comme nous l'avons vu dans plusieurs exemples, elle se compose d'une enveloppe psychique et d'une enveloppe sociale qui sont &#224; penser en terme structurels et non comme diff&#233;rentes couches. Nous avons beaucoup plus d&#233;velopp&#233; la premi&#232;re &#224; travers la notion de lien et de processus intersubjectifs en partie inconscients et fantasmatiques. Se changer s'accompagne dans certaines circonstances ou crises d'un processus de transformation o&#249; se condense l'image sociale, l'image sp&#233;culaire mais aussi les premiers liens d'attachement. Dans d'autres textes, j'ai montr&#233; (Berqui&#232;re, 1999, p. 2007) comment dans Le &lt;i&gt;Conte du Graal&lt;/i&gt;, roman inachev&#233; de Chr&#233;tien de Troyes &#224; la fin du XIIe si&#232;cle, le r&#233;cit de &lt;i&gt;Perceval&lt;/i&gt; raconte le travail de perte des enveloppes maternelles dans la s&#233;paration m&#232;re-fils &#224; l'adolescence et comment ils en sont l'un et l'autre affect&#233;s. Un passage &#233;mouvant relate le moment o&#249; la m&#232;re habille son fils pour la derni&#232;re fois. Plus tard, oblig&#233; de recevoir une nouvelle tunique pour rev&#234;tir les habits de chevalier, Perceval r&#233;siste : &#171; Le diable l'&#233;touffe celui qui veut, d'une fa&#231;on ou d'autre, changer les bons habits qui sont &#224; lui pour de mauvais qu'un autre poss&#232;de ! &#187; (Chr&#233;tien de Troyes, 1990, p. 101).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'habiller est un processus de cr&#233;ation &#224; la fois individuel et groupal par lequel il s'agit de &lt;i&gt;s'essayer&lt;/i&gt;, &#224; entendre sous sa &lt;i&gt;forme r&#233;fl&#233;chie&lt;/i&gt;, sp&#233;culaire. Un tel processus est de l'ordre de ce que Winnicott pr&#233;sente comme &#171; espace potentiel &#187; qui trouve dans un objet et une exp&#233;rience culturelle une possibilit&#233; de cr&#233;ativit&#233;, &#171; si nous avons un lieu o&#249; mettre ce que nous trouvons &#187; (Winnicott,1975). Cet espace potentiel, ou espace transitionnel, &#171; permet l'exploration par le jeu des objets, des autres et de soi, dans un entre-deux o&#249; fluctuent sans conflit ni angoisse les limites entre le dedans et le dehors, le moi et le non-moi, ce qui est mien et ce qui n'est pas mien &#187; (Ka&#235;s, 2012, p. 66). Dans sa qu&#234;te identificatoire, dans sa recherche de mod&#232;les et d'id&#233;aux hors du champ familial, l'adolescent va pousser &#224; l'exc&#232;s ce que repr&#233;sente le v&#234;tement dans une tension pour se d&#233;faire des enveloppes d'enfance. C'est la p&#233;riode de la vie o&#249; l'on s'&#233;change le plus de v&#234;tements, essentiellement entre pairs mais aussi entre g&#233;n&#233;rations. Ce processus de formation du Moi et du Je &#224; l'adolescence est de l'ordre &#171; d'une qu&#234;te du soi en &lt;i&gt;self-service&lt;/i&gt; &#187; (Berqui&#232;re, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets familiers, ces &#171; figurants humbles et r&#233;ceptifs &#187;, et au commerce &#8211; au sens originel &#8211; que nous entretenons avec eux, aux chemins qu'ils peuvent nous indiquer, sont porteurs d'&#233;motions, de sentiments. Ils ont &#171; une valeur affective qu'on est convenu d'appeler leur &#8220;pr&#233;sence&#8221; &#187; (Baudrillard, 1968, p. 22 ). &lt;i&gt;Ils font corps&lt;/i&gt;, et dans des contextes de s&#233;paration, d'abandon, sont une pellicule affect&#233;e hypersensible. Y toucher sans pr&#233;cautions peut faire surgir des &#233;motions intenses, surtout quand ils sont confi&#233;s &#224; des &#233;trangers, qui vont jusqu'au sentiment de d&#233;pouillement, dont l'&#233;tymologie li&#233;e &#224; spoliation renvoie &#224; l'id&#233;e de v&#234;tement comme premier bien. Etre &#224; leur &#233;coute demande de ne pas faire effraction, c'est-&#224;-dire d'&#234;tre dans un climat de confiance &lt;i&gt;suffisamment bon&lt;/i&gt;, d'autant que les personnes rencontr&#233;es ont des fragilit&#233;s narcissiques. Leurs dans lesquelles les &#233;motions sont soit verrouill&#233;es et peu accessibles, soit difficiles &#224; contenir et d&#233;stabilisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; de pr&#233;senter des situations o&#249; le v&#234;tement est venu affecter une relation dans un cadre th&#233;rapeutique qui est celui que j'exerce mais aussi celui d'autres professionnels &#233;ducatifs et de soin. Nous sommes travaill&#233;s par les r&#233;sonances &#233;motionnelles &#224; l'&#339;uvre dans les processus d'empathie, avec l'id&#233;e que l'&#233;motion est une &#233;nergie qui circule, se transmet et &#224; laquelle nous sommes plus ou moins perm&#233;ables. La psychanalyse avec la premi&#232;re th&#233;orie de l'&#233;nergie psychique est n&#233;e &#224; l'&#233;poque de la thermodynamique qui repose sur l'id&#233;e qu'il y l&#224; une force &#224; r&#233;guler, &#224; contenir, et sur le concept de &#171; pare-excitations &#187;. Alors que les &#233;motions constituent un des moteurs du travail du psychologue, il lui est difficile de qualifier ces &#233;motions et de les partager. La palette de mots pour les d&#233;signer, pour dire ses sentiments, serait-elle plus riche aujourd'hui que celle des trait&#233;s sur les caract&#232;res, les humeurs, les passions, des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents alors que le XIXe si&#232;cle a ouvert le chemin de l'int&#233;riorit&#233;, du ressenti, du v&#233;cu ? Il arrive que des &#233;tudiants qui se confrontent aux premi&#232;res exp&#233;riences pratiques demandent s'il y a quelque chose d'artificiel dans ce travail. Le cadre th&#233;rapeutique est effectivement un artefact, un dispositif cr&#233;&#233;, mais le contenu singulier de ce qui s'y transf&#232;re ne l'est pas. La particularit&#233; du traitement de ces affects est d'&#234;tre reli&#233; &#224; &lt;i&gt;Un Tiers&lt;/i&gt; qui peut &#234;tre compos&#233; de r&#233;f&#233;rents th&#233;oriques et cliniques enrichis de l'exp&#233;rience, d'espaces confidentiels o&#249; se partagent, s'&#233;changent, se r&#233;gulent la complexit&#233; de ce qui est en jeu dans une relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; l'habillement, chacun d'entre nous a pu faire l'exp&#233;rience des traces, des souvenirs qu'il peut r&#233;v&#233;ler dans les deuils, les pertes, les s&#233;parations. Il nous relie et nous s&#233;pare de l'absent, comme nous bouleverse le texte de Mallarm&#233;, d&#233;j&#224; cit&#233; plus haut dans l'horizon des r&#234;ves maternels, qui &#233;crira plus tard, apr&#232;s le deuil de son fils : &#171; trouver absence seule - en pr&#233;sence de petits v&#234;tements - etc-m&#232;re &#187; (1961, p. 184). Ils font partie des objets privil&#233;gi&#233;s d'affection qui, avec le linge de famille, habitent, comme l'a montr&#233; V&#233;ronique Dassi&#233;, les &#171; territoires de l'intime &#187; : &#171; Il n'est pas une gardienne d'objet qui n'est au moins une pi&#232;ce textile &#224; soumettre &#224; son inventaire. Draps, v&#234;tements, mouchoirs, couvertures ne manquent jamais &#224; l'appel de l'affection domestique &#187; (Dassi&#233;, 2010, p. 311). Si les v&#234;tements &#233;taient encore r&#233;cemment les premiers objets de cadeaux intrafamiliaux, ils sont peut-&#234;tre supplant&#233;s aujourd'hui par les nouvelles technologies de l'information. L'habillement reste cependant une des plus anciennes &#171; technique du corps &#187; dans laquelle &#171; en relation avec la famille et dans le contexte des soins et de l'&#233;ducation de l'enfant, la m&#232;re est en position de donatrice et l'enfant &#233;prouvera en cons&#233;quence un sentiment de dette &#187; (Eiguer, 2006, p. 25). Et Perceval de courir &#224; la recherche d'attributs et costumes paternels lorsque sa m&#232;re lui dit &#171; je vous croyais si bien garder &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assoun P. L., &lt;i&gt;Corps et sympt&#244;me&lt;/i&gt;, Tome 2, &#201;dition Economica, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anzieu D., &lt;i&gt;Les enveloppes psychiques&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anzieu D., &lt;i&gt;Les contenants de pens&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anzieu D., &lt;i&gt;Le Moi-peau&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bachelard G., &lt;i&gt;La po&#233;tique de l'espace&lt;/i&gt;, Paris, Presses Universitaires de France, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barthes R., &lt;i&gt;Syst&#232;me de la mode&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Seuil, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudrillard J., &lt;i&gt;Le syst&#232;me des objets&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Gallimard, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bazin J., &lt;i&gt;Des clous dans la Joconde&lt;/i&gt;, Toulouse, Anacharsis &#201;ditions, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berqui&#232;re T., &#171; Habillement d'adolescence &#187;, &lt;i&gt;Soins-P&#233;diatrie&lt;/i&gt;, n&#176; 185, 1998, Paris, &#201;dition Masson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berqui&#232;re T., &#171; L'habillement entre attachement et perte &#187;, in &lt;i&gt;Prado P. et Tricaud A., Passeurs de linge : trousseaux et famille&lt;/i&gt;, 1999, Paris, &#201;dition de la R&#233;union des mus&#233;es nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berqui&#232;re T., &#171; Perceval se change &#187;, &lt;i&gt;Le Sociographe&lt;/i&gt;, 2007, n&#176; 17 : s'habiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berqui&#232;re T., &#171; Adolescents customis&#233;s ? &#187;, &lt;i&gt;in Droit &#224; l'enfance et soci&#233;t&#233; marchande, actes du colloque du 26 mars 2013, 2013&lt;/i&gt;, Montpellier. url : collectifprotectionenfance34.fr/colloque_2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bick E., &#171; L'exp&#233;rience de la peau dans les relations d'Objet pr&#233;coces &#187;, &lt;i&gt;in Les &#233;crits de Martha Harris et d'Esther Bick. Larmor plage&lt;/i&gt;, 1998, &#201;dition du Hublot.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Mauss M., &lt;i&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/i&gt;, Paris, Presses Universitaires de France, 1993.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Stern D., &lt;i&gt;Le mode interpersonnel du nourrisson&lt;/i&gt;, Paris, Presses Universitaires de France, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thaon P., &#171; R&#233;flexions sur le v&#234;tement &#187;, &lt;i&gt;in Actes de la journ&#233;e d'&#233;tude organis&#233;e par le C.O.R&lt;/i&gt;, : l'&#339;uvre ouverte, Autour du concept de Moi-Peau et des travaux de Didier Anzieu, 1986.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Van Gennep A., &lt;i&gt;Le folklore fran&#231;ais, du berceau &#224; la tombe, cycles de carnaval, car&#234;me de p&#226;ques&lt;/i&gt;, Paris, &#201;dition Robert Laffont, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Winnicott D. W., &lt;i&gt;Jeu et r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, &#201;dition Gallimard, 1975.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le Terrain Vertigineux du Fl&#226;neur</title>
		<link>https://influxus.eu/article1031.html</link>
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		<dc:date>2015-12-03T11:07:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Laviolette</dc:creator>


		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;motions</dc:subject>
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		<dc:subject>existential phenomenology</dc:subject>

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&lt;p&gt;Quand l'&#233;motion d'une peur tombante n'est pas toujours &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;ambule &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son livre La force de l'&#226;ge (1960), Simone de Beauvoir rapporte son exp&#233;rience apr&#232;s une chute d'une corniche durant l'escalade des Trois-&#201;v&#234;ch&#233;s. Elle rapporte un &#233;v&#233;nement v&#233;cu lors d'un &#233;t&#233; pass&#233; dans le sud-est de la France pendant les ann&#233;es 1930 : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Eh bien voil&#224; ! me dis-je. &#199;a arrive, &#231;a m'arrive, c'est fini ! &#187; Je me retrouvai au fond du ravin, la peau de la cuisse arrach&#233;e mais les os indemnes ; je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5603.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5633.html" rel="tag"&gt;&#233;motions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5827.html" rel="tag"&gt;hyper-fl&#226;nerie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5829.html" rel="tag"&gt;l'intimit&#233; du risque&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5831.html" rel="tag"&gt;territoire dangereux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5833.html" rel="tag"&gt;ph&#233;nom&#233;nologie existentielle&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5839.html" rel="tag"&gt;the intimacy of risk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5841.html" rel="tag"&gt;dangerous territory&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5843.html" rel="tag"&gt;existential phenomenology&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand l'&#233;motion d'une peur tombante n'est pas toujours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article est bas&#233; en partie sur la pr&#233;sentation de mes travaux &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;ambule&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;La force de l'&#226;ge&lt;/i&gt; (1960), Simone de Beauvoir rapporte son exp&#233;rience apr&#232;s une chute d'une corniche durant l'escalade des Trois-&#201;v&#234;ch&#233;s. Elle rapporte un &#233;v&#233;nement v&#233;cu lors d'un &#233;t&#233; pass&#233; dans le sud-est de la France pendant les ann&#233;es 1930 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Eh bien voil&#224; ! me dis-je. &#199;a arrive, &#231;a m'arrive, c'est fini ! &#187; Je me retrouvai au fond du ravin, la peau de la cuisse arrach&#233;e mais les os indemnes ; je m'&#233;tonnai d'avoir &#233;prouv&#233; si peu d'&#233;motion quand j'avais cru fr&#244;ler la mort. Je ramassai mon sac, je galopai jusqu'au Lauzet, j'arr&#234;tai une auto de l'autre c&#244;t&#233; de la montagne, au chalet-h&#244;tel du Col d'Allos ou je m'endormis en me disant sombrement : &#171; j'ai perdu une journ&#233;e ! &#187;'. (1960 : 240-241).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En tant que chercheur qui, entre autres choses, &#233;tudie les lieux vertigineux et les pratiques &#224; haut risque, j'ai &#233;galement rat&#233; des ascensions et subi de telles chutes. En fait, une vision obs&#233;dante me hante continuellement &#8211; celle de quelqu'un qui hisse mon corps entrav&#233; du fond d'un pr&#233;cipice abrupt que je viens d'explorer seul. L'objet de la recherche anthropologique n'a pas vocation &#224; se pencher sur ce type d'obsessions individuelles, ni m&#234;me de comprendre pourquoi des gens s'adonnent &#224; de telles pratiques &#224; titre singulier. Cela serait plut&#244;t le domaine du psychologue. Ce qui int&#233;resse l'anthropologue, c'est l'aspect social de la question, son contexte et les interconnexions entre le &#171; comment &#187;, le &#171; quand &#187; et le &#171; o&#249; &#187; de telles activit&#233;s. L'id&#233;e de recourir &#224; une introspection personnelle, comme l'invite &#224; le faire l'exp&#233;rience de Simone de Beauvoir, est d'ouvrir sur des questions plus larges que pose le choix de courir des risques, le d&#233;sir d'&#233;prouver des frissons et de se divertir par le biais d'exp&#233;riences aventureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La distorsion du temps est souvent la principale justification de tout amateur cherchant &#224; apprivoiser le p&#233;ril (Laviolette 2007, 2011). De plus, ces exp&#233;riences ancrent des &#233;motions dans des environnements spatiaux v&#233;cus de mani&#232;re intime (Sachs 1992). De ce fait, elles rappellent l'esprit du fl&#226;neur de Balzac, de Baudelaire ou encore de Benjamin &#224; travers le rapport &#224; l'imm&#233;diat, au sensible et &#224; leur d&#233;clinaison corporelle, m&#234;me si le fl&#226;neur est souvent consid&#233;r&#233; comme un &#234;tre r&#234;veur et l&#233;thargique. Cela m'am&#232;ne &#224; voir dans la prise de risque une sorte de fl&#226;nerie acc&#233;l&#233;r&#233;e, un aspect ph&#233;nom&#233;nologique au sujet desquels une r&#233;flexion m&#233;riterait d'&#234;tre d&#233;velopp&#233;e. C'est en faisant moi-m&#234;me de telles exp&#233;riences que j'ai pu acc&#233;der aux modalit&#233;s intimes de ce type de fl&#226;nerie. Un accident &#233;vit&#233; de justesse, exp&#233;rience similaire &#224; celle d&#233;crite plus haut, m'a offert l'occasion d'une premi&#232;re rencontre avec le vertige pur, le sentiment de vivre une &#233;motion 'quasi-incorpor&#233;e' (Gorevan 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re corniche &#8211; pris au pi&#232;ge de la peur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant l'&#233;t&#233; qui a pr&#233;c&#233;d&#233; ma derni&#232;re ann&#233;e d'&#233;tudes de premier cycle, en 1993, un ami et moi avions lou&#233; une voiture &#224; Amsterdam pour traverser l'Europe afin d'aller chez son oncle &#224; Prato, dans les banlieues de Florence. Apr&#232;s quelques semaines de route, nous nous sommes dirig&#233;s vers Monaco dans le sud de la France. Nous sommes ainsi arriv&#233;s &#224; Monte-Carlo un apr&#232;s-midi, juste apr&#232;s le Grand Prix, ayant rat&#233; sans le savoir cet &#233;v&#233;nement de quelques heures. Notre statut d'&#233;tudiants allant de pair avec des moyens financiers tr&#232;s r&#233;duits, les Beds and Breakfast et auberges de jeunesse &#233;taient un luxe rare le long de notre parcours. Comme vous pouvez vous imaginer, pendant l'une des nuits les plus fr&#233;quent&#233;es dans tout Monaco, les h&#233;bergements se sont av&#233;r&#233;s inaccessibles et, faute d'amis ou de relations dans cette ville, nous avons donc choisi ce soir-l&#224; de dormir dans notre voiture. Nous avons d&#233;but&#233; la soir&#233;e avec quelques verres sur une place publique, ce qui nous a valu d'&#234;tre invit&#233;s par de nouvelles connaissances &#224; prolonger la nuit autour d'un feu de camps. Epuis&#233; par la conduite &#224; travers la montagne de la journ&#233;e, mon compagnon a d&#233;cid&#233; de retourner se coucher vers minuit &#224; la voiture. J'ai donc continu&#233; la soir&#233;e sans lui pendant une heure ou deux avant de le rejoindre dans notre petite Fiat Cinquecento o&#249; il dormait d&#233;j&#224; profond&#233;ment. Nous &#233;tions gar&#233;s un peu hors de la ville, dans un d&#233;fil&#233; qui suit la plage, &#224; quelques m&#232;tres de la M&#233;diterran&#233;e. Contre le trottoir, derri&#232;re notre point de vue, dominait une falaise abrupte. Il &#233;tait difficile d'en distinguer avec pr&#233;cision la hauteur dans les t&#233;n&#232;bres, mais elle culminait au moins &#224; 40 m&#232;tres. Apr&#232;s environ 30 m&#232;tres, la paroi rocheuse verticale semblait s'aplatir, de l'herbe et de la v&#233;g&#233;tation colonisant les biefs sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Surexcit&#233; et ne voulant pas d&#233;ranger mon compagnon, l'id&#233;e me vint alors que la vue du haut de ce morceau de falaise devait &#234;tre superbe car elle dominait le port illumin&#233; et les petites maisons creus&#233;es dans les collines alentour qui contournaient mer. J'ai donc commenc&#233; l'escalade de ce qui semblait &#234;tre une partie assez facile de ce surplomb maritime. Apr&#232;s environ 20 m&#232;tres, la situation se compliqua n&#233;anmoins. La surface devenait moins verticale de sorte que la paroi rocheuse y &#233;tait moins stable. Une pierre se lib&#233;ra soudain sous ma prise. Regardant vers le bas, je d&#233;couvris une altitude relativement &#233;lev&#233;e. Toute la fatigue accumul&#233;e se fit alors soudain sentir et je pris conscience de mon ivresse &#8211; j'&#233;tais loin d'&#234;tre sobre. Du point de vue des &#233;motions, l'ivresse que je d&#233;cris peut-&#234;tre traduite comme l'incorporation simultan&#233;e d'une sensation de bravoure excessive telle que l'&#233;prouve une t&#234;te-br&#251;l&#233;e et celle d'un profond m&#233;pris vis-&#224;-vis de soi-m&#234;me. Autrement dit la possibilit&#233; de se dire &#171; merde j'suis vraiment con &#187;, m&#233;lang&#233; avec le sentiment d'insouciance &#171; ce n'est pas possible, tout va bien se passer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je d&#233;cidai donc de rebrousser chemin mais apr&#232;s plusieurs tentatives infructueuses pour d&#233;crocher mon seul point d'appui stable de la paroi, je restai fig&#233;, pour ainsi dire gel&#233; sur place. La combinaison de ces &#233;tats de conscience m'avait conduit dans un &#233;tat de panique grave. Le c&#339;ur battant et la t&#234;te en &#233;bullition, toutes sortes de pens&#233;es d&#233;filaient dans mon esprit, an&#233;antissant tous mes efforts de penser clairement. Ma bravade na&#239;ve et le sentiment de contr&#244;le de la situation s'&#233;taient tous enfuis. De multiples visions de catastrophe m'envahissaient au contraire. Regardant vers le bas la petite Fiat bleu, je m'imaginais par exemple atterrir dessus, me cassant les deux jambes, sinon le cou, laissant mon ami traumatis&#233; par un bruit violent et la d&#233;couverte de mon corps d&#233;sarticul&#233; sur le capot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s quelques minutes d'angoisse je retrouvai n&#233;anmoins un certain calme. Je pus alors envisager les diff&#233;rentes options qui s'offraient &#224; moi. Monter encore pour atteindre le plateau en &#233;tait une, mais une chute de plus haut serait certainement fatale. En outre, il &#233;tait difficile de pr&#233;dire les conditions &#224; l'arriv&#233;e en haut et je pouvais tout simplement finir par &#234;tre oblig&#233; de rebrousser chemin. Les effets de l'alcool se dissipant peu &#224; peu, une autre pens&#233;e rassurante me vint &#224; l'esprit &#8211; il me serait toujours possible de rester sur place et de crier &#224; l'aide. J'avais probablement assez d'endurance pour tenir une heure ou deux. Mais l'id&#233;e de convoquer les pompiers n'&#233;tait &#233;videmment pas id&#233;ale. Avec une certaine appr&#233;hension, je r&#233;solus finalement de faire un demi-tour sur moi-m&#234;me pour r&#233;aliser mon objectif initial : profiter de la vue du port. Ce mouvement &#233;tait assez facile &#224; g&#233;rer et m&#234;me si c'&#233;tait sans doute un autre risque inutile, la vue, spectaculaire, s'av&#233;ra &#233;trangement rafra&#238;chissante. La r&#233;ussite de cette action me rendit la confiance n&#233;cessaire pour redescendre. J'y parvins sans trop de heurts. Au total, toute cette m&#233;saventure s'&#233;tait d&#233;roul&#233;e en moins d'une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;Territoires et th&#233;ories pour moquer l'horizontalit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une optique diff&#233;rente qui consid&#232;re, n&#233;anmoins, la vitesse et le vertige, l'ethnographe Synthia Sydnor a analys&#233; le plongeon en plein ciel, dans le cadre de l'aspect performant, imaginaire, irr&#233;el et onirique de l'exp&#233;rience procur&#233;e par un mouvement et une descente rapide. Sa chor&#233;graphie de la chute libre se fonde sur les r&#233;flexions de Walter Benjamin &#224; propos de la dimension fantasmagorique de l'exp&#233;rience, &#171; le concept de progression imperceptible entre des espaces physiques et des espaces environnementaux &#187; (Sydnor 2003 : 103). Gilles Deleuze (1985) s'est &#233;galement inspir&#233; de Benjamin (1980) dans ses r&#233;flexions sur les espaces cat&#233;goriques des sports &#224; travers le processus de d&#233;veloppement de l'extr&#234;me pour traduire l'appropriation de l'&#233;nergie cin&#233;tique par le participant. Les r&#234;veries de Benjamin sont en effet cruciales pour saisir les contractions du temps et de l'espace qui se manifestent lors de ces exp&#233;riences &#233;motionnelles intenses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La mobilit&#233; est bien s&#251;r une notion cruciale ici, tout comme le sont les dimensions kinesth&#233;siques du mouvement et en fin de compte l'exp&#233;rience physique et &#233;motionnelle du monde urbain. La d&#233;finition que donne Benjamin de la modernit&#233; est celle d'une rupture avec le pass&#233;, fond&#233;e sur le regard et la libert&#233; de mouvement. Il faut aussi remarquer que mobilit&#233; et mouvement sont intrins&#232;quement li&#233;s &#224; l'&#233;tude ph&#233;nom&#233;nologique. C'est de cette mani&#232;re que certains anthropologues en sont venus &#224; cr&#233;er et &#224; conceptualiser l'id&#233;e d'un &#234;tre chez soi dans un monde o&#249; la migration devient une fa&#231;on de cr&#233;er sa propre identit&#233; (Jackson 1995 ; Dawson &amp; Rapport 1998). En ce sens, l'accent n'est plus mis n&#233;cessairement sur la formulation d'une l'identit&#233; forg&#233;e &#224; partir d'une origine, mais d'une identit&#233; envisag&#233;e par une action ou comme une destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur le plan conceptuel, cet article questionne les notions de peur et d'euphorie, li&#233;es &#224; l'acc&#233;l&#233;ration du v&#233;cu, pour autant qu'elles soient associ&#233;es &#224; une prise de risque volontaire, aux formes de loisirs hasardeux, et &#224; une fa&#231;on d'explorer, souvent illicitement, certains lieux de risques. L'approche est motiv&#233;e par des consid&#233;rations d'imm&#233;diatet&#233; sociale (Tomlinson 2007). Comment se manifestent la construction culturelle de la vitesse et de la rapidit&#233;, ainsi que les conditions de la modernit&#233; et de la postmodernit&#233; ? Et comment l'ethnographe y acc&#232;de-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour d&#233;buter, il faut avouer que les r&#233;flexions de Benjamin s'appuient pourtant sur un contexte a priori &#233;loign&#233; des pratiques extr&#234;mes que nous venons d'&#233;voquer. L'auteur invite en effet &#224; red&#233;couvrir les tranquilles arcades parisiennes d'un paysage urbain, exemples parfaits d'une &#171; architecture panoramique &#187; originale, dont le but &#233;tait d'orienter le flux des individus vers la place du march&#233; dans le sillage des changements sociaux provoqu&#233;s par la R&#233;volution fran&#231;aise. Avec l'&#233;closion du capitalisme, il avait fallu cr&#233;er de nouveaux espaces propices aux transactions &#233;conomiques. Ces passages traversaient donc des quartiers couverts de toits de verre et dont les parois &#233;taient couvertes de marbre, ce qui donnait une dimension &#233;trange &#224; l'environnement cr&#233;&#233;, rendu &#224; la fois int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#232;me litt&#233;raire sous les plumes d'Honor&#233; de Balzac et de Charles Baudelaire, cet espace g&#233;n&#233;rique, ainsi que le personnage du fl&#226;neur qui lui est associ&#233;, ont fait l'objet de perspectives th&#233;oriques de la part de Benjamin dans les ann&#233;es 1930. Dans leurs &#339;uvres, ces trois auteurs traitent le d&#233;veloppement d'une nouvelle classe sociale en constante progression, qui repr&#233;sentait en fait un des groupes-clefs d'une nouvelle forme d'exp&#233;rience publique de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Babel d'escaliers et d'arcades,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'&#233;tait un palais infini,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Plein de bassins et de cascades&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tombant dans l'or mat ou bruni ;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Extrait de : R&#234;ve Parisien, Baudelaire ([1857] 1961 : 122).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement des hommes, les fl&#226;neurs, se baladaient en ville pour tuer le temps que l'aisance et l'&#233;ducation leur offraient (Wilson 1992). Leur inclination &#224; la nonchalance les conduisait &#224; consid&#233;rer les individus de la foule environnante &#224; la mani&#232;re d'objets, qu'ils traitaient comme les indices d'une &#233;nigme que l'on prend plaisir &#224; r&#233;soudre. L'acte de fl&#226;ner &#233;tait un privil&#232;ge. La libert&#233; de parcourir la ville en tant que spectateur, et non pas en tant que partie prenante, leur permettait de profiter d'un spectacle offert non seulement par les objets mis en vente mais aussi par les &#234;tres, scrut&#233;s &#224; partir d'un regard inquisiteur rarement avou&#233; (Friedberg 1993 ; Tester 1994 ; Gluck 2003). Le fl&#226;neur, personnage anonyme dans la foule, &#233;tait ainsi libre d'envisager les autres passants comme des nigauds, des caricatures d'&#234;tres domestiques. En r&#233;v&#233;lant l'inversion spatiale entre le public et le priv&#233; dans ce contexte, Benjamin ext&#233;riorisa l'int&#233;rieur et int&#233;riorisa l'ext&#233;rieur. L'objectif de cette inversion &#233;tait de produire une subversion sociale, dans laquelle le loisir devenait un des outils principaux n&#233;cessaire &#224; la cr&#233;ation d'une image durable du fl&#226;neur, une personne qui n'est pas confin&#233;e &#224; la sph&#232;re domestique, toujours plus contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat, mais qui a la capacit&#233;, la libert&#233; et le capital culturel pour vivre le monde pleinement (Polanyi, 1966 ; Rapport 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un trait important &#224; cet &#233;gard est que le fl&#226;neur, dans son &#233;tat supr&#234;me de loisir, est la personnification d'un entre-deux mondes. Par son comportement d&#233;ambulatoire, il se trouve &#224; la fronti&#232;re du somnambulisme et d'une conscience ivre de r&#233;forme. Cette particularit&#233; s'est bien entendu pr&#234;t&#233;e parfaitement aux id&#233;es des surr&#233;alistes qui ont fait du fl&#226;neur une esp&#232;ce de mascotte de la po&#233;sie en mouvement. Pour Benjamin, les r&#234;ves &#233;taient les indices d'une libert&#233; propice au changement utopique (Caillois, 1958). Par cons&#233;quent, le fl&#226;neur &#233;tait une pr&#233;sence transcendantale qui symbolisait ce que Thorstein Veblen (1899) a plus tard nomm&#233; &#171; le loisir manifeste &#187;. Les r&#233;flexions de Veblen ont &#233;t&#233; fortement influenc&#233;es par le mouvement populiste qui a pr&#233;valu de 1887 &#224; 1908 en Am&#233;rique. Sous l'influence des courants socialistes, la distinction entre ceux qui produisaient et les autres permit alors d'opposer deux mondes sociaux. Les populistes allaient &#224; l'encontre des valeurs des principaux leaders du monde des affaires, et partageaient le m&#234;me sentiment d'urgence, &#224; la limite du d&#233;sespoir, de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;forme. Et c'est bien ce lien entre le d&#233;sir de changement et de d&#233;veloppement des loisirs d'une part, et la capacit&#233; d'&#233;voluer dans des espaces diff&#233;rents, d'autre part, qui relie le fl&#226;neur &#224; l'aventure. Mais bien qu'il soit mobile, le fl&#226;neur n'en est pas moins l'incarnation de l'oisivet&#233;, tout au moins si l'on consid&#232;re les crit&#232;res de production socio-&#233;conomique. Il nous faut donc introduire un autre &#233;l&#233;ment avant de pouvoir assurer la pertinence de cette cat&#233;gorisation dans le domaine de l'aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Inspir&#233;s par les r&#233;flexions impressionnistes de Simmel, des intellectuels fran&#231;ais, comme Michel de Certeau (1980) et Henri Lefebvre (1974) ont prolong&#233; ces r&#233;flexions sur le fl&#226;neur en se penchant sur la pratique de la marche en ville. Bien que leurs travaux traitent plus de citoyens ordinaires que de bourgeois exceptionnellement &#233;duqu&#233;s et qui prennent plaisir &#224; se promener en ville en observant les autres sans jamais communiquer avec eux, leurs &#233;tudes r&#233;v&#232;lent une certaine h&#233;g&#233;monie dans le contr&#244;le et la restriction du mouvement en milieu urbain. Pour sa part, David Le Breton (2000 ; 2012) consacre quelques ouvrages importants &#224; &#171; l'&#201;loge de la marche &#187; et la revue Urbanisme traite de l'action de &#171; marcher &#187; (Acquier 2008). Les marcheurs existent dans les limites de l'espace construit qu'ils explorent, tout en se voyant refuser certaines possibilit&#233;s et en en voyant d'autres s'offrir &#224; eux (Featherstone 1998 ; Ingold, 2004). De Certeau appelle cela &#171; la rh&#233;torique de la marche &#187;, ce qui suppose une certaine cr&#233;ativit&#233; pour contourner les obstacles. Appliqu&#233;es au domaine du &#8216;buildering', qui consiste &#224; escalader des immeubles, ou au &#171; parkour &#187;, qui pr&#244;ne un d&#233;placement libre et efficace dans tous types d'environnements, de telles perspectives prennent tout leur sens. Ces deux pratiques se basent en effet sur l'id&#233;e de contourner les restrictions d'une organisation, urbaine ou naturelle, par des acrobaties et des mouvements acc&#233;l&#233;r&#233;s. C'est ici que la vitesse du d&#233;placement et du faufilement &#233;l&#233;gant met en &#233;vidence un lien important entre fl&#226;nerie et pratiques aventureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;strong&gt;Deuxi&#232;me corniche : au-dessus du bord&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es apr&#232;s mes premi&#232;res exp&#233;riences pu&#233;riles &#224; Monte Carlo, je d&#233;cidai de commencer une recherche plus formelle sur ce type d'activit&#233;s. Au d&#233;but, j'&#233;tais int&#233;ress&#233; par ce genre d'activit&#233;s dans un environnement rural. En 2003, je partis donc en stop pour me rendre en Cornouailles, mon champ d'exp&#233;rimentation ethnographique d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Imaginez-vous &#224; 9h30 du matin au rond-point de Gunnersbury &#224; Chiswick, Londres, sur l'aire de stationnement de l'autoroute M4 en direction de l'ouest. En un rien de temps, moins de 15 minutes, un v&#233;hicule s'arr&#234;ta. &#171; O&#249; tu vas, mon gars ? &#187;, dit un homme &#224; la t&#234;te ras&#233;e, d'une petite quarantaine d'ann&#233;es, dont les &#233;paules avaient l'air bien larges, et qui devait mesurer au moins 1,80 m&#232;tres. Il n'avait cependant pas du tout l'air mena&#231;ant. En fait, il semblait m&#234;me &#234;tre plut&#244;t sympathique, v&#234;tu simplement d'un jeans et d'un T-shirt. Sa voiture &#233;tait plut&#244;t correcte &#8211; non pas qu'il faille se montrer trop prudent, ou trop exigeant sur le confort quand on fait du stop, surtout quand on est sur le point de se lancer dans le projet d'une &#233;tude pilote sur l'aventure, les sports &#224; risques et les endroits p&#233;rilleux. Le frisson de l'aventure commence donc d&#232;s ce moment-l&#224;, avec une certaine peur de l'&#233;tranger. Et nous devons alors nous demander quelles &#233;motions sont d&#233;j&#224; pr&#233;sentes et si elles n'interf&#232;rent pas d'une mani&#232;re ou d'une autre sur l'analyse de l'objet de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus vous irez vers le sud-ouest, mieux ce sera pour moi &#187;, r&#233;pondis-je. &#171; Tu as trouv&#233; la bonne voiture, mon gars, je vais vers l'ouest &#187;, continua-t-il avec un fort accent de Cornouailles. Je ne mesurais pas encore la chance que j'avais, et ce n'&#233;tait que le d&#233;but. D&#232;s les minutes suivantes, il s'av&#233;ra que mon nouveau compagnon de voyage travaillait dans l'ouest de Londres comme pompier, au rythme de quatre jours de service, et quatre jours de repos. Il avait r&#233;cemment pris cette nouvelle voie professionnelle, car la possibilit&#233; d'avoir un week-end prolong&#233; lui permettait de s'adonner &#224; son passe-temps favori, son obsession, le surf. Il s'expliqua mieux en disant que ce changement radical et soudain dans son parcours professionnel correspondait &#224; une n&#233;cessit&#233; de changer de mode de vie. Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sa sant&#233; s'&#233;tait d&#233;grad&#233;e, et il lui fallait absolument trouver une fa&#231;on de favoriser ce qu'il appelait &#171; une d&#233;pendance croissante au surf &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comme tu vois, je suis un type plut&#244;t lourd [&#8230;] &#231;a m'a pris trois ans pendant le week-end de temps en temps pour m'initier au bon surf, avant de pouvoir tenir sur une planche [&#8230;] c'&#233;tait vraiment frustrant. Mais une fois que j'ai pris le coup, pas moyen de faire marche arri&#232;re [&#8230;] Alors j'ai pass&#233; un certain temps &#224; trouver un boulot qui me permette d'avoir un week-end de quatre jours.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait vraiment un jour o&#249; j'aurais d&#251; acheter un billet de loterie ! Et les choses all&#232;rent de mieux en mieux. Apr&#232;s un peu plus d'une heure de route, mon chauffeur, appelons-le Martin, re&#231;ut un coup de t&#233;l&#233;phone d'un de ses amis qui l'attendait d&#233;j&#224;. &#171; [&#8230;] Qu'est-ce qu'y a mon gars ? Je suis &#224; trois pas de la c&#244;te nord [ &#8230; ] Je me d&#233;p&#234;che, je serai l&#224; vers les trois heures. Je dois m'arr&#234;ter chez ma s&#339;ur dans le Somerset, mais je resterai pas plus d'un quart d'heure, le temps d'une tasse de th&#233; &#187;. Il raccrocha, et expliqua que c'&#233;tait un petit peu hors de notre chemin, mais il avait promis &#224; sa s&#339;ur de lui apporter quelques DVDs, et il ne pourrait pas y passer sur le chemin du retour. Il me demanda si &#231;a me d&#233;rangeait, et s'inqui&#233;ta de savoir si je voyais un inconv&#233;nient &#224; ce que cela soit le seul arr&#234;t pour nous restaurer. &#171; On n'a pas le temps de s'arr&#234;ter pour d&#233;jeuner, j'en ai peur. &#187;, continua-t-il, &#171; Mais tu pourras toujours emprunter une planche une fois l&#224;-bas, si &#231;a te chante &#187;. Eh bien oui, c'&#233;tait le genre de jour id&#233;al dont tout chercheur r&#234;ve en se lan&#231;ant dans un nouveau projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La cerise sur le g&#226;teau fut la mise en pratique du mode de vie de &#8216;l'accro du surf' apr&#232;s deux heures de surf puis trois heures de beuverie, qui pourrait &#234;tre traduit &#224; travers l'id&#233;e de pouvoir &#171; se d&#233;foncer &#187;, terme familier qui d&#233;signe &#224; la fois l'id&#233;e de donner toute son &#233;nergie dans une pratique physique et l'acc&#232;s &#224; un &#233;tat d'ivresse par la consommation de substances psychoactives. Le terme lui-m&#234;me &#233;tablit ainsi un lien entre les deux sph&#232;res de pratiques a priori oppos&#233;es puisque si l'une appara&#238;t du c&#244;t&#233; de l'action, l'autre sugg&#232;re plut&#244;t la passivit&#233;. Au moment de nous dire au revoir, Martin m'offrit quelques pr&#233;cieuses bribes humoristique : &#171; [&#8230;] une dr&#244;le de journ&#233;e, je suppose, hein ? Rouler toute la matin&#233;e &#224; une moyenne de plus de 160km/h, pour ensuite aller se frotter &#224; la mer froide pendant un moment, et puis de la bi&#232;re bien chaude encore plus longtemps ? &#187; De tels &#233;carts et une telle d&#233;formation des sens est bien-s&#251;r une justification importante de la prise de risques que de nombreux adeptes des activit&#233;s p&#233;rilleuses mettent en avant (Davidson 2008 ; Stranger 2011). De plus, c'est souvent cette sensation, forme d&#233;form&#233;e d'exp&#233;rience, qui est recherch&#233;e par les participants qui entreprennent de telles activit&#233;s radicales et extr&#234;mes, &#224; des moments o&#249; leur &#233;tat d'esprit est modifi&#233; par la prise de drogues ou d'alcool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'une fa&#231;on &#233;l&#233;gante, et comme soigneusement pr&#233;par&#233;e, Martin &#233;non&#231;a le principe du &#8216;work hard, play hard'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Travailler dur, s'amuser un maximum &#187;, cette devise britannique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , en disant &#171; Regarde, contrairement &#224; ce que les gens pensent, je ne vis pas sur le bord de mer, je vis sur la corniche au-dessus du bord &#187;. Content de lui, il expliqua, plus &#224; ses copains qu'&#224; mon attention, cette derni&#232;re vantardise. &#171; Oui, les gars, on parle bien de ce m&#233;lange de sexe, de drogue et surfer sur les vagues ! La corniche au-dessus du bord &#187; ! Si tout n'&#233;tait pas encore clair pour moi &#224; ce moment-l&#224;, cette devise fournit le mot de la fin pour d&#233;crire un mode de vie qui apparaissait, non pas une esp&#232;ce de r&#234;ve romantique &#8216;hippy' d'&#233;chapper aux pressions de la vie moderne, mais plut&#244;t comme la qu&#234;te d'un exc&#232;s &#224; travers une pratique superlative des loisirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fl&#226;nerie hyper-intime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y avait un danger contre lequel mes coll&#232;gues m'avaient amplement mise en garde ; mes randonn&#233;es solitaire d&#233;fiaient toutes les r&#232;gles [...] &#187; (de Beauvoir 1960 : 108). En revenant &#224; un existentialisme autobiographique, mon intention est d'assumer le choix de ne rien dire &#224; propos de la notion de risque malgr&#233; les dangers potentiels de tels modes de vie. Vous ne trouverez rien sur les dangers encourus pour participer aux activit&#233;s que j'ai d&#233;crites. Mais je ne me fais pas le promoteur du risque &#224; tout prix pour autant. Il faut plut&#244;t comprendre que, ce que j'ai laiss&#233; entendre, c'est qu'il y a un besoin urgent de mieux saisir comment l'humanit&#233; approche le risque dans toutes ses diversit&#233;s possibles, qu'il s'agisse d'&#233;tudier les pratiques sexuelles les plus libres, les transactions &#233;conomiques sur les march&#233;s financiers, ou de tentatives de mod&#233;lisation pour pr&#233;dire des catastrophes environnementales et technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De telles discussions et recherches doivent d&#233;sormais inclure les pratiques de sports alternatifs qui ont aid&#233; bon nombre d'entre nous &#224; d&#233;velopper les capacit&#233;s personnelles n&#233;cessaires pour aborder le risque de fa&#231;on confiante, et aussi &#224; surmonter la peur (Le Breton, 1991). Ces occupations d'activit&#233; extr&#234;me ont rapidement vu le jour au c&#339;ur des contre-courants culturels, &#224; tel point qu'elles ne peuvent &#234;tre dissoci&#233;es des valeurs occidentales car elles sont loin de leur &#234;tre &#233;trang&#232;res. L'&#233;tude des sports et des lieux alternatifs peut donc aider &#224; comprendre ce qui forme notre monde d'aujourd'hui, &#224; travers la qu&#234;te de plaisirs et d'aventure. Consid&#233;rant les pr&#233;occupations croissantes au sujet des sites de loisir (Palang 2011), il a &#233;t&#233; possible d'envisager dans un premier temps des activit&#233;s telles que le parapente ou le ski hors-piste en h&#233;licopt&#232;re comme une affaire d'envie personnelle excentrique. Mais avec le d&#233;veloppement de la gestion des consommateurs, de clubs organis&#233;s et de l'attention des m&#233;dias, ces passe-temps ont pu devenir des pratiques populaires embl&#233;matiques d'une culture jeune en une p&#233;riode relativement courte. De leur position marginale, exotique et m&#234;me &#233;litiste, ils sont devenus des activit&#233;s de loisir courantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En tant qu'&#233;v&#233;nements en rapport avec la cr&#233;ation et l'affirmation de l'identit&#233; et de l'appartenance sociale, des activit&#233;s telles que le surf, les plongeons en grottes et du haut des falaises sont clairement li&#233;es &#224; la performance. Cependant, ces jeux ont leur propre conception du sens de l'environnement, quoique pas pr&#233;cis&#233;ment id&#233;ologiquement parlant. En r&#233;alit&#233;, le saut de falaise ou la plong&#233;e de caverne fonctionne comme un &#171; mod&#232;le en action &#187; incarn&#233; et tacite, guid&#233; par une logique concr&#232;te qui m&#232;ne &#224; un rapport d'intimit&#233;, in&#233;vitable et total, dont le r&#233;sultat actif est un d&#233;fi. Donc, le paysage &#224; risque offre &#224; l'acteur &#224; la recherche de ce risque le but m&#234;me du jeu : le gratte-ciel &#224; escalader, la falaise de laquelle on doit sauter, la paroi rocheuse &#224; gravir, les profondeurs aquatiques dans lesquelles on doit plonger ou le ciel dans le vide duquel on doit se lancer. De la m&#234;me fa&#231;on, les aventuriers, tels que les surfeurs de dunes de sable, les escaladeurs d'icebergs, les plongeurs de grottes sous-marines, donnent une valeur culturelle suppl&#233;mentaire au paysage, par une transformation physique minime, l'attribution d'un nom, le r&#233;cit d'histoires, ou m&#234;me parfois la protection qu'ils lui offrent. Dans ce sens, la qu&#234;te de sensations fortes &#224; travers la pratique de loisirs dangereux engendre une forme atypique distincte du jeu humain et naturel, englobant de fa&#231;on spectaculaire le temps, le lieu et les &#234;tres sociaux (Huizinga 1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'imm&#233;diatet&#233; sociale, la construction culturelle de la vitesse et de la rapidit&#233;, ainsi que des r&#233;flexions sur les conditions de la fin ou de la post-modernit&#233;, en particulier en ce qui concerne la compr&#233;hension de la flamboyance et de la folie des personnages hyper-acc&#233;l&#233;r&#233;s, tous cela peut laisser confus (Bertman, 1998). Nous devons donc questionner les processus qui s'op&#232;rent durant la travers&#233;e d'espaces &#224; risque aseptis&#233;s, de lieux prot&#233;g&#233;s urbains ou ruraux et nous demander ce qu'il y advient des concepts de fl&#226;nerie, de risque et de temps. Interroger nos propres exp&#233;riences sensorielles dans des contextes vari&#233;s le rend possible. D&#233;crypter l'exp&#233;rience sensible &#224; travers ses propres sensations favorise l'acc&#232;s &#224; l'intersubjectivit&#233; quand les questions peuvent &#234;tre d&#233;plac&#233;es de leur contexte initial. Est-il possible d'&#234;tre un fl&#226;neur &#224; la campagne ? D'&#234;tre un fl&#226;neur post-sovi&#233;tique ? Le Fl&#226;neur est certainement un personnage imaginaire qui dans ces formes acc&#233;l&#233;r&#233;es et post-modernes peut renvoyer aussi &#224; celui du &#8216;stalker'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie le professeur JS Marcoux de l'HEC pour ses remarques &#224; ce sujet. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , harceleur et transgresseur qui explore les zones interdites, arch&#233;type sovi&#233;tique du guide mercenaire qui se retrouve &#233;galement chez les n&#233;o-fl&#226;neurs des aires r&#233;cr&#233;atives en Estonie (Laviolette 2014). Ces &#233;tats hyper-modernes de l'acc&#233;l&#233;ration sensorielle ont &#233;t&#233; envisag&#233;s par des penseurs tels que Helmut Rosa (2013) ou Georg Simmel (1911). Leur impressionnisme (fond&#233; scientifiquement et sociologiquement) consid&#232;re que les effets et les affectations qui d&#233;coulent des exp&#233;riences dangereuses co&#239;ncident avec des rythmes de vie plus rapides dans un contexte de globalisation propice aux exp&#233;riences aventureuses cosmopolites. Les &#233;motions de loisir vertigineux des amateurs de sensations n'y sont pas visibles seulement dans un v&#233;cu individuel, elles sont &#233;galement collectives. Elles se mat&#233;rialisent dans des environnements particuliers propices au risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coda heuristique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saisir l'inflation collective de pratiques centr&#233;es sur la qu&#234;te d'&#233;motions personnelles am&#232;ne &#224; consid&#233;rer &#171; l'infection commune &#187; &#8211; une certaine contamination sociale, laquelle incite paradoxalement au d&#233;sir de la peur chez les autres. C'est effectivement une partie du dilemme moral abord&#233; dans mes recherches. Cela engendre une question catalytique que l'on pourrait formuler comme suit : comment les activit&#233;s de jeux dangereux peuvent-elles fermer ou ouvrir un questionnement sur les d&#233;veloppements th&#233;matiques r&#233;cents en mati&#232;re de sport d'aventure, de tourisme sombre, de risques de l'exploration urbaine, et de la peur/vertige dans les visites d'&#233;difice en ruines (Garrett 2011 ; Stone 2012). Plusieurs de ces ouvrages &#233;voquent une esth&#233;tique du macabre. La port&#233;e rituelle et sacrificielle d'une telle esth&#233;tique fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'imagination incorpor&#233;e et &#224; un existentialisme de la vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette r&#233;flexion s'inscrit implicitement dans la tradition Maussienne relative aux techniques du corps car le mouvement, la performance, l'apprentissage des actions physiques et l'interaction experte entre le corps et l'environnement se manifestent constamment dans les pratiques de loisir dangereuses. Les rituels &#224; risques (spontan&#233;s et calcul&#233;s) et le nexus &#171; corps-esprit &#187;, nid de l'&#233;motion, permettent de saisir comment certaines exp&#233;riences existentielles se placent sur l'&#233;chelle des loisirs d'aventures. Or ces &#233;motions extr&#234;mes, marginales, ou m&#234;me parfois radicales, font partie d'un champ de recherche qui reste souvent ignor&#233; par les anthropologues.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut cependant rappeler les travaux de Daniel Fabre sur la place de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En m'inspirant de mes propres souvenirs ainsi qu'en relevant des anecdotes autobiographiques, l'id&#233;e a &#233;t&#233; de consid&#233;rer &#224; la fois le point de vue de l'individu et les angoisses sociales &#8211; en mettant l'accent sur les &#233;motions radicales &#224; propos de risques tabous et par l&#224; m&#234;me peu accessibles &#224; l'observation en dehors d'une introspection. Dans ce sens, les &#233;motions comme l'intuition, font partie de tout travail de terrain. Leur &#171; ma&#238;trise &#187; (&#224; la fois spontan&#233;e et calcul&#233;e en termes descriptifs est essentielle &#224; la ma&#238;trise de l'art de la recherche sur le terrain. Nos comptes-rendus de ce processus requi&#232;rent d'en saisir les r&#232;gles du jeu (Bourdieu 1987). Ici, la r&#232;gle est d'utiliser les &#233;motions extr&#234;mes comme outil pour rendre objective une situation en dehors des structures normatives de l'habitus du quotidien. Par cons&#233;quent, il devrait y avoir un &#233;talonnage entre l'exp&#233;rience &#233;motionnelle v&#233;cue et l'attestation du rev&#233;cu que ces &#233;v&#233;nements rappellent dans notre m&#233;moire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;cemment des anthropologues comme Ehn &amp; L&#246;fgren (2010) ou Nigel Rapport (&#224; para&#238;tre) ont utilis&#233; cette approche m&#233;thodologique &#224; partir de l'introspection. Nigel Rapport se penche, par exemple, sur l'int&#233;r&#234;t m&#233;thodologique d'entrevues imaginaires et de conversations fictives avec des auteurs du pass&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans le paysage de la pratique de recherche contemporain je veux faire valoir le droit, pour l'Anthropologie, (p2) [...] de se procurer les donn&#233;es qui permettront &#224; l'individualit&#233; et &#224; l'humanit&#233; de se parler mutuellement. Comment cette vie individuelle a-t-elle d&#233;ploy&#233; les capacit&#233;s humaines dont elle est compos&#233;e ? Qu'est-ce que cette modalit&#233; corporelle de r&#233;alisation individuelle rend manifeste de l'humanit&#233; dont elle est une instance ? &#187; (2010, p. 23).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction par P.L. : &#171; In the landscape of contemporary research practice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s aventureuses facilitent l'accueil de nouveaux types de r&#233;cits et le soutien de nouvelles vari&#233;t&#233;s de solidarit&#233;s sociales. Mes propres travaux sont donc largement inspir&#233;s de leurs recherches. L'&#233;tude pr&#233;sent&#233;e ici a examin&#233; tout d'abord les perceptions intimes, sensorielles et &#233;motionnelles qui se manifestent dans des &#171; zones de danger &#187;. Elle fait la chronique de quelques-uns des mouvements qui ont lieu sur ou en contournant, les bords escarp&#233;s. En d'autres termes, par le r&#233;sidu de l'action incarn&#233;e, cette d&#233;marche visait &#224; concilier voire &#224; d&#233;passer certaines des dichotomies structurelles entre le lieu et les non-lieux, la division corps-esprit, les risques individuels vis-&#224;-vis les dangers de ceux qui sont collectivement connus, socialement construits et v&#233;cus en commun. Ainsi, de tels efforts pourraient nous aider &#224; renouveler la pratique de l'ethnographie et sa port&#233;e euristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Palang, H. 2011. &#8220;The landscape playground&#8221; (Keynote Lecture, 21 Sept). &lt;i&gt;Atlas Annual Conference &#8211; Landscape and tourism : The Dualistic Relationship. &lt;/i&gt; Valmiera : Latvia. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.atlas-euro.org/event_valmiera/tabid/145/language/en-US/Default.aspx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.atlas-euro.org/event_valmiera/tabid/145/language/en-US/Default.aspx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mireault, M. 2013. &#171; Red&#233;couvrir l'art d'&#234;tre inutile avec l'aide d'un explorateur urbain &#187;.&lt;i&gt; Anthropologie de la consommation.&lt;/i&gt; Montreal : HEC.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Rapport, N. (&#224; para&#238;tre). &#8220;Voice, history, and vertigo : Doing justice to the dead through imaginative conversation&#8221;, in &lt;i&gt;Living with Data.&lt;/i&gt; Smart, C., James, A. &amp; J. Hockey (eds). London : Palgrave.&lt;/p&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet article est bas&#233; en partie sur la pr&#233;sentation de mes travaux &#224; l'occasion de la conf&#233;rence de la EASA (Uncertainty and Disquiet) en 2012 &#224; l'Universit&#233; Paris Ouest Nanterre La D&#233;fense. Je remercie Manon Istasse et V&#233;ronique Dassi&#233; pour avoir organis&#233; le panneau W109 et V&#233;ronique Dassi&#233; et Virginie Valentin pour leur aide &#233;ditoriale. Merci aussi &#224; Jean Fran&#231;ois Minot, Jean-S&#233;bastien Marcoux, et Alexandre Nurit. Cette recherche a b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien de l'agence de recherche estonien pour le financement du projet (IUT3-2) &#8216;Culturescapes in Transformation, et du Centre d'Excellence en Th&#233;orie Culturelle (CECT) avec l'assistance du Fonds de D&#233;veloppement de l'Union Europ&#233;enne&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Travailler dur, s'amuser un maximum &#187;, cette devise britannique initialement associ&#233;e &#224; un mode d'apprentissage universitaire avant d'&#234;tre d&#233;tourn&#233;e dans les ann&#233;es 1980 comme mode de management associ&#233; &#224; une culture d'entreprise organisationnelle dans le monde du travail, a &#233;t&#233; r&#233;cemment popularis&#233;e par le rappeur am&#233;ricain Wiz Khalifa (2012) et par le DJ fran&#231;ais David Ghetta (2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie le professeur JS Marcoux de l'HEC pour ses remarques &#224; ce sujet. Voir aussi l'&#233;tude de son &#233;tudiant (Mireault, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut cependant rappeler les travaux de Daniel Fabre sur la place de la prise de risque et du jeu avec la mort dans la construction sociale des sexes (CF. Fabre 1999).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction par P.L. : &#171; In the landscape of contemporary research practice I want to make the claim, for Anthropology, (p2) [&#8230;] to procure the data that will enable individuality and humanity to speak to one another. How has this individual life deployed the human capacities of which it is comprised ? What does this individual embodiment make manifest the humanity of which it is an instantiation &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La proximit&#233; confuse des semblables</title>
		<link>https://influxus.eu/article995.html</link>
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		<dc:date>2015-10-16T06:41:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nasser Tafferant</dc:creator>


		<dc:subject>Creative Commons</dc:subject>
		<dc:subject>Imperities situationnelles</dc:subject>
		<dc:subject>Politesse du regard</dc:subject>
		<dc:subject>Conversion des regards</dc:subject>
		<dc:subject>Bizness</dc:subject>
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		<dc:subject>Emotion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;prouve la r&#233;sistance et j'entends la rumeur des distances travers&#233;es &#187; , Marcel Proust. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article revient sur une &#233;tape d&#233;cisive qu'il a fallu franchir au cours de ma th&#232;se, laquelle portait sur l'exp&#233;rience de l'&#233;conomie souterraine par des adolescents et de jeunes adultes dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Un quartier qui avait pour particularit&#233; d'&#234;tre celui de mon enfance, l&#224; o&#249; je fus &#233;duqu&#233; familialement, o&#249; je re&#231;us l'instruction &#233;l&#233;mentaire, o&#249; je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot1104.html" rel="tag"&gt;Creative Commons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5175.html" rel="tag"&gt;Imperities situationnelles&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5195.html" rel="tag"&gt;Conversion des regards&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5603.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; J'&#233;prouve la r&#233;sistance et j'entends la rumeur des distances travers&#233;es &#187; ,&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article revient sur une &#233;tape d&#233;cisive qu'il a fallu franchir au cours de ma th&#232;se, laquelle portait sur l'exp&#233;rience de l'&#233;conomie souterraine par des adolescents et de jeunes adultes dans un quartier populaire de la banlieue parisienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nasser Tafferant, Le Bizness. Une &#233;conomie souterraine, PUF, Paris, 2007.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un quartier qui avait pour particularit&#233; d'&#234;tre celui de mon enfance, l&#224; o&#249; je fus &#233;duqu&#233; familialement, o&#249; je re&#231;us l'instruction &#233;l&#233;mentaire, o&#249; je tra&#238;nais mes baskets dans l'ascenseur, la cage d'escalier et la cave de l'immeuble (autant de terrains de jeu), o&#249; je fis mes premiers jobs, bref, o&#249; j'avais une myriade d'amis qui constituaient potentiellement des ressources pour mon travail de terrain. Fort de ce r&#233;seau dense, il me parut &#233;vident de sonder des connaissances famili&#232;res pour interroger ce qui, d'ordinaire, ne se livre pas au grand jour. L'&#233;tape d&#233;cisive dont il est question ici renvoie &#224; l'op&#233;ration d'une conversion du regard &#224; laquelle les enqu&#234;t&#233;s et moi-m&#234;me avions du nous livrer pour pouvoir discuter librement de quelques &#233;nigmes &#233;conomiques dans la cit&#233;. Ainsi, j'allais confiant dans cette d&#233;marche consistant &#224; glaner des contacts &#171; fiables &#187; jusqu'au moment o&#249;, assez vite, je butais contre un mutisme et des regards d&#233;fiant aussi bien l'&#233;tude que les relations &#233;tablies. Un constat s'imposait &#224; moi : mon terrain d'&#233;tude n'&#233;tait pas celui du &#171; bizness &#187; , entendu par l&#224; que le &#171; bizness &#187; dans mon quartier d'enfance ne se livrait pas aussi ais&#233;ment &#224; l'&#233;tude sociologique. La cons&#233;quence fut que des camarades ignor&#232;rent mes questions, ce qui plombait l'ambiance car leur silence op&#233;rait comme une sentence pudique toute aussi brutale qu'amicale. Ainsi, je devais comprendre par moi-m&#234;me que je d&#233;rogeais &#224; certaines r&#232;gles de la civilit&#233; ordinaire en pratiquant l'enqu&#234;te sociologique comme si de rien n'&#233;tait, et cette relation duelle qui &#233;mergeait de ces situations d'enqu&#234;tes avort&#233;es alertaient sur l'&#233;quilibre &#224; la fois fragile et insoup&#231;onn&#233;e de nos rapports amicaux. L'&#233;conomie souterraine, souffrant d'une mauvaise image dans les m&#233;dias et, rappelons-le, r&#233;pr&#233;hensible par la loi, &#233;tait un terrain min&#233; qu'on ne foulait pas la fleur au fusil. En parler entre amis ou entre voisins signifiait respecter les limites d'une conversation localement et confidentiellement situ&#233;e. Autrement dit, en faire un objet d'&#233;tude sociologique et le rendre public n'avaient pas de sens, si ce n'&#233;tait, aux yeux du voisinage, prendre le risque de conforter la stigmatisation des grands ensembles en les exposant &#224; une politique locale r&#233;pressive soutenue. Poursuivre l'&#233;tude du &#171; bizness &#187; impliquait donc l'&#233;dification d'une hospitalit&#233; de la parole donn&#233;e au double sens du terme : un respect du dire (et du non-dit) sociologique, ainsi que le rappel &#224; l'ordre d'une confiance mutuelle rendant possible l'exercice inhabituel de la relation d'enqu&#234;te entre gens familiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur un plan &#233;motionnel, cette conversion du regard n'a pas &#233;t&#233; simple. La relation duelle &#224; des amis de longue date m'inclinait &#224; la peur de d&#233;cevoir et d'&#234;tre d&#233;&#231;u. Ainsi, j'eus l'impression d'&#234;tre trahi lorsque des camarades n'h&#233;sitaient pas &#224; enterrer mon &#233;tude en tenant des propos vexatoires tels que : &#171; Laisse tomber, ton &#233;tude &#231;a ne sert &#224; rien &#187;. Consolation minimale cependant : j'interpr&#233;tais ces railleries comme une salve amicale. Autrement dit, en r&#233;f&#233;rence &#224; l'adage populaire : &#171; Qui aime bien ch&#226;tie bien &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, je me sentais coupable de les trahir en les sollicitant derechef, au risque de les vexer &#224; mon tour, car insister signifiait dans ce cas vouloir forcer la parole tout en faisant la sourde oreille &#224; leurs r&#233;ticences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nul n'est proph&#232;te en son pays &lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En relisant cette introduction, il me vient en t&#234;te les d&#233;fis du terrain que les &#233;tudiants, &#224; qui j'enseigne depuis plusieurs ann&#233;es les techniques d'enqu&#234;te qualitatives, tentent de relever alors qu'ils exp&#233;rimentent pour la premi&#232;re fois la pratique sociologique. Apr&#232;s une phase exploratoire, beaucoup d'entre eux &#233;voquent la g&#234;ne qui consiste &#224; poser un regard plus ou moins insistant sur des personnes se promenant dans la rue, ou encore solliciter l'attention d'un passant pour t&#233;moigner d'une habitude qui lui appartient. Cette g&#234;ne, les &#233;tudiants la justifient par une impression de d&#233;router le passant de ses habitudes ordinaires, ce qu'ils interpr&#232;tent comme une atteinte &#224; sa tranquillit&#233;. Qui d'entre nous en effet n'a jamais &#233;t&#233; curieux d'observer la r&#233;action d'un passant frein&#233; dans sa d&#233;marche anonyme par une sollicitation quelconque (un sondeur, un mendiant, une personne demandant son chemin), avec notre air amus&#233; de se demander si le protagoniste sortira victorieux de la situation qui s'impose &#224; lui ou si, &#224; l'inverse, il se sentira offusqu&#233;, embarrass&#233;, apeur&#233;, sans d&#233;fense ? Il n'est donc pas difficile d'imaginer ce qu'ont pu ressentir ces apprentis chercheurs, lesquels, lest&#233;s de leur savoir-vivre, d&#233;fient les r&#232;gles ordinaires de l'anonymat, en allant conqu&#233;rir l'espace public dans lequel ils se sentent eux-m&#234;mes menac&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une solution &#224; ce probl&#232;me a &#233;t&#233;, chez certains &#233;tudiants, de privil&#233;gier un terrain suppos&#233; conquis &#224; l'avance pour accomplir leurs travaux tel que les pratiques sportives sur le campus universitaire, les relations de plaisanterie entre amis... Les choses all&#232;rent bon train pendant quelques jours jusqu'au moment o&#249; la question de l'embarras fut de nouveau pos&#233;e en classe. On exemplifiait dr&#244;lement le manque de s&#233;rieux de certains interview&#233;s, certains prenant un malin plaisir &#224; retourner syst&#233;matiquement la question &#224; l'enqu&#234;teur, d'autres d&#233;tournant le mat&#233;riel d'enregistrement pour y laisser l'emprunte de quelques plaisanteries saugrenues qu'il nous plaisait de r&#233;&#233;couter en classe. On relatait, en outre, des situations d'entretien qui, au contraire, drapaient d'un voile de m&#233;lancolie l'ambiance du cours. On &#233;voquait la mani&#232;re dont, &#171; sans le vouloir &#187; ni &#171; le chercher &#187; (selon les termes des &#233;tudiants), l'exercice de l'entretien avait exhum&#233; des souvenirs personnels douloureux qui jusque-l&#224; reposaient en silence, en d&#233;pit d'une complicit&#233; durable qui, pourtant, eut donn&#233; licence &#224; partager moult confidences. Ces &#233;changes avec les &#233;tudiants ont eu comme m&#233;rite de soulever une question int&#233;ressante dans l'appr&#233;hension que ressent l'enqu&#234;teur avec son terrain. Comment g&#233;rer, accepter et faire accepter (aux participants de l'&#233;tude) l'expression d'une vuln&#233;rabilit&#233; dans l'interaction sans pour autant bl&#226;mer et vouer au m&#233;pris la maladresse de ces enqu&#234;teurs de bonne foi ? Il y a comme une morale dans ces affaires de m&#233;thode qui souligne la modestie de l'enqu&#234;teur face &#224; ces imp&#233;rities situationnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Marc Breviglieri, Joan Stavo-Debauge, &#171; L'hypertrophie de l'&#339;il. Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette modestie, lorsqu'elle est perceptible, voire dans un meilleur cas, lorsqu'elle est reconnue par une politesse de la franchise, devient en de nombreux cas une vertu dans la mesure o&#249; l'apprenti chercheur ne se ment pas &#224; lui-m&#234;me et, par cons&#233;quent, ne triche pas avec la personne qu'il interroge. Un peu comme dans les situations de drague, ces maladresses peuvent avoir un effet de s&#233;duction. La non intentionnalit&#233; de la question maladroite et la r&#233;v&#233;lation tardive, apr&#232;s-coup, d'une attitude incongrue autorisent non seulement le pardon mais aussi la bienveillance de l'enqu&#234;t&#233; qui se sent en devoir de venir en aide &#224; l'apprenti chercheur embourb&#233; dans son malaise et une situation dans laquelle, contrairement &#224; ce qu'il croit, le ridicule le menace aucunement.&lt;br class='autobr' /&gt;
A les entendre, je repensai &#224; mes exp&#233;riences de jeune chercheur au cours des nombreuses ann&#233;es pass&#233;es dans mon quartier d'enfance et dans les b&#226;timents de l'universit&#233;, fixant mon attention sur les transactions marchandes des produits dont on dit po&#233;tiquement &#171; qu'ils sont tomb&#233;s du camion &#187;. Mon terrain &#233;tait, pareil aux leurs, battu par des rafales de doutes sur le discours &#224; tenir et la posture &#224; adopter dans des situations qui, hors cadre de l'&#233;tude, me semblaient effectivement sous contr&#244;le. La familiarit&#233; d'un cadre de vie et de ses habitants, de leur quotidiennet&#233;, avait n&#233;cessit&#233; un p&#233;rilleux travail de r&#233;flexivit&#233; afin de barrer la possibilit&#233; de toute une s&#233;rie de pr&#233;notions que j'accumulais aussi bien en dehors que sur les bancs de la facult&#233;. En effet, jusqu'&#224; ma th&#232;se, j'&#233;tais convaincu que &#171; chacun est ma&#238;tre en son royaume &#187;, ce qui me conduisit souvent &#224; narguer pr&#233;tentieusement les observateurs ext&#233;rieurs venus s'enqu&#233;rir de nos fa&#231;ons de vivre dans les quartiers populaires. Dans l'espace public, carnet de note en mains, j'&#233;tais pris d'un doute lorsque des semblables firent de moi le point fixe de leurs pr&#233;occupations. Plusieurs fois, on m'abordait ainsi : &#171; Nasser, qu'est-ce que tu fais ? &#187;. L'air ing&#233;nu, je leur r&#233;pondais : &#171; Rien de sp&#233;cial, c'est juste pour mon travail &#187;. Une r&#233;ponse insuffisante, une r&#233;action de panique, un euph&#233;misme d'aucun secours. Nommer cela &#171; enqu&#234;te &#187; ou &#171; &#233;tude &#187; n'aurait certainement pas arrang&#233; mes affaires et aurait ajout&#233; au trouble de mes interlocuteurs. Enqu&#234;teur illusoire, je ne sauvais m&#234;me pas les apparences, et mon malaise ne faisait que s'agrandir &#224; mesure qu'on m'interrogeait sur ces &#233;tranges mani&#232;res de voir un quotidien a priori insignifiant. Un jour, sur la place du centre commercial, une connaissance me morig&#233;na : &#171; H&#233; ! Ca ne se fait pas ce que tu fais ! Tu mates les gens en skr&#232;d &#187;. En traduisant litt&#233;ralement la derni&#232;re phrase, l'on obtient : &#171; Tu nous observes en secret &#187;. Ainsi, ce qui &#233;tait remis en cause, c'&#233;tait l'indiscr&#233;tion du regard ou, plut&#244;t, son ind&#233;cence manifeste comme pour dire : &#171; Tu ne manques pas d'air &#224; nous observer ainsi sans notre consentement &#187;, dans la mesure o&#249; pr&#233;cis&#233;ment je faisais partie de ces gens-l&#224;, mais ayant pris le parti soudain de m'en &#233;loigner &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; le point de vue de l'observateur sociologique, je transgressais une r&#232;gle fondamentale de la politesse du regard : la sym&#233;trie et la r&#233;ciprocit&#233; du coup d'&#339;il. Voir et &#234;tre vu en train de voir sans mot dire, c'est ouvrir une liaison salutaire. Au contraire, voir intentionnellement sans &#234;tre vu, par le jeu suppos&#233; du recul et de la distance, c'est neutraliser toute liaison possible qui rend par cons&#233;quent vuln&#233;rable l'observ&#233;. De ce point de vue, l'observateur (in)discret est per&#231;u comme un voyeur obsc&#232;ne et condescendant. Il n'impose pas seulement son regard, il dicte aussi sa mani&#232;re de voir. Face aux troubles que je causais, je quittais les lieux d'observation sans viatique, charg&#233; du sentiment honteux d'avoir troubl&#233; l'intimit&#233; de la routine, et manquant cruellement de courage pour revenir poursuivre mon enqu&#234;te de crainte de me &#171; tailler une r&#233;putation d'emmerdeur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'autres diront, sur le mode du d&#233;nigrement, &#171; faire le sociologue &#187;.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De retour &#224; la facult&#233;, je rapportais ma d&#233;convenue &#224; des professeurs. Certains avaient sous-estim&#233; ces difficult&#233;s compte tenu de mes attachements &#224; ce quartier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas rare, pour l'avoir &#233;prouv&#233; tout au long des mes &#233;tudes, qu'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tandis que d'autres me recommand&#232;rent quelques lectures dans lesquelles les auteurs n'h&#233;sitaient pas &#224; &#233;voquer l'ambivalence de leur rapport affectif au terrain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;tude de Philippe Bourgeois sur la vie des dealers d'East-Harlem m'avait, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, j'entrevoyais la possibilit&#233; de tenir un journal de terrain propice &#224; concevoir un d&#233;nouement r&#233;flexif &#224; mes pr&#233;occupations, et &#224; admettre l'&#171; affection r&#233;ciproque &#187; de l'empathie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; En marge du dossier sur l'empathie en anthropologie. Entretien avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'&#233;rigeais aussi en principe de recherche les propos d'Abdelmalek Sayad : &#171; Le sociologue qui est toujours le sociologue des autres sait ou devrait savoir qu'il se trahit toujours en parlant des autres ou dans ce qu'il dit des autres. Ce n'est pas l&#224;, un parler subjectif : le savoir et le ma&#238;triser est la condition m&#234;me de l'objectivit&#233;, la condition d'un vrai discours objectif sur les autres. L'acte de sociologie, discours sur l'autre, est aussi un acte d'auto-sociologie, discours sur soi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdelmalek Sayad, Histoire et recherche identitaire suivi d'un entretien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La l&#233;gitimit&#233; de mon &#233;tude dans ce quartier d'enfance d&#233;pendait donc fortement de la fa&#231;on dont j'allais op&#233;rer la conversion des regards, en invitant ces autres semblables &#224; faire de m&#234;me, non pas pour intervertir les r&#244;les (l'enqu&#234;teur enqu&#234;t&#233;), mais pour mieux nous cerner, nous comprendre et sans doute nous prot&#233;ger (l'enqu&#234;teur confiant, l'enqu&#234;t&#233; rassur&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un terrain min&#233; de surprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t pour le &#171; bizness &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son acception locale, le &#171; bizness &#187; renvoie &#224; l'activit&#233; de recel de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; trouvait son origine dans ce qui faisait la singularit&#233; de certains receleurs que je c&#244;toyais aussi bien dans mon quartier d'enfance que sur les bancs de la facult&#233;. Leur fr&#233;quentation me conduisit rapidement &#224; relativiser le st&#233;r&#233;otype du jeune voyou se professionnalisant dans une carri&#232;re d&#233;linquante, s&#233;duit par l'app&#226;t du gain sans efforts, se d&#233;robant aux conventions morales de toute sorte, soupesant parcimonieusement chaque sou. A mon &#233;tonnement, je leur trouvais d'autres motivations comme celle d'apparenter l'exp&#233;rience de l'&#233;conomie souterraine &#224; une &#233;cole de commerce de la rue dont on pourrait sortir enrichi de savoir-faire et de savoir-&#234;tre marchands transposables sur le march&#233; du travail conventionnel. Certains se persuadaient que le &#171; bizness &#187; contribuerait &#224; les remettre &#171; sur les rails &#187;, leur ouvrant la perspective de se mettre &#224; leur compte en toute l&#233;galit&#233;. D'autres receleurs &#233;taient appr&#233;ci&#233;s pour l'oblativit&#233; dont ils faisaient preuve avec les pairs tel qu'&#224; l'occasion d'offrandes de surplus de marchandise, contredisant &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; la figure du petit voyou avare et commun&#233;ment appel&#233; &#171; crevard &#187; (pr&#233;f&#233;rant &#171; crever &#187;, mourir ou &#234;tre enterr&#233; avec ses richesses plut&#244;t que de les partager avec ses proches).&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les informateurs, certains &#233;taient des connaissances de longue date. A leurs yeux j'&#233;tais un &#171; pote &#187;, &#171; un gars du coin &#187;. L'invitation &#224; collaborer &#224; mon &#233;tude ne les d&#233;rangeait pas outre mesure. Pour eux, l'exercice de l'entretien &#233;tait &#224; la fois un service rendu ainsi que l'occasion d'&#233;voquer quelques succ&#232;s marchands ou le regret &#171; d'un mauvais coup &#187;. L'&#233;vocation de leur parcours scolaire, de leur histoire familiale, de la morale sous-jacente de leur d&#233;lit&#8230; ne semblait pas non plus leur poser probl&#232;me. Mais cette confiance, quasi aveugle, suscita, pour commencer, de la perplexit&#233;. Je me demandais s'ils avaient conscience des cons&#233;quences possibles de mon enqu&#234;te, des risques que je leur faisais prendre en suivant leurs pas dans leurs &#171; trafics &#187; tout en notant minutieusement les op&#233;rations marchandes dont ils ne laissaient &#233;videmment aucune trace. On me disait de ne pas m'en faire, que conjecturer sur des risques contingents causait une perte de temps et un stress inutile, et que, quoiqu'il arrive, il fallait se montrer beaucoup plus discret que ceux qui se pavoisent fi&#232;rement de signes ext&#233;rieurs de richesse au pied des H.L.M. attisant curiosit&#233; et comm&#233;rages. Plus &#233;trangement, on invoquait ma qualit&#233; d'&#233;tudiant ou, pour reprendre un le&#239;tmotiv, d'&#171; intello &#187;, comme un gage de professionnalisme en d&#233;pit de mon inexp&#233;rience tangible. Jusque-l&#224;, mon esprit se rebellait contre la possibilit&#233; qu'un jour on puisse m'apparenter &#224; la figure de l'&#171; intello &#187; telle qu'il hanta mes repr&#233;sentations, c'est-&#224;-dire plein de morgue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A l'&#233;vidence, cette repr&#233;sentation n&#233;gative de la figure de l'intellectuel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le fait d'avoir &#171; pouss&#233; loin mes &#233;tudes &#187; me r&#233;servait ce qui, dans les propos de mes camarades, relevait plut&#244;t d'un compliment. Per&#231;ant mon malaise et me rattachant &#224; leur amiti&#233;, certains ne manquaient pas de pr&#233;ciser : &#171; Mais toi tu n'es pas un intello comme les autres &#187;. J'entrepris par cons&#233;quent de passer au peigne fin cette appellation qui, pour dire vrai, me tourmenta plusieurs fois au point de douter parfois des propos de ces camarades. Je me disais que peut-&#234;tre, sans m'en rendre compte, j'affichais des allures d'&#171; intello &#187; &#224; travers ma fa&#231;on de parler, de marquer une profonde r&#233;flexion par le silence, de relater les &#233;v&#233;nements de la facult&#233;, etc. Voulant r&#233;primer ce malaise, je me d&#233;courageais parfois de l'&#233;tude, renvoyant sine die un entretien ou une s&#233;ance d'observation. En outre, comme pour neutraliser l'effet d'&#171; intello &#187;, j'usais parfois abondamment de l'argot et du verlan au cours de certains entretiens, ce qui laissait cois certains informateurs qui d&#233;claraient tout de go : &#171; Ah bon ? C'est comme &#231;a qu'on interroge les gens ! Eh ben ! S'il fallait faire autant d'&#233;tudes pour &#231;a, moi aussi je peux faire le sociologue &#187;. &#201;videmment, ces remarques ne me tranquillis&#232;rent pas davantage. D'apr&#232;s eux, je &#171; singeais &#187; l'enqu&#234;teur malgr&#233; lui, ce qui relevait de l'absurde. On me sommait par cons&#233;quent de &#171; faire l'intello &#187;, c'est-&#224;-dire d'accepter l'id&#233;e d'une repr&#233;sentation plurielle, positive et n&#233;gative, de la figure de l'intellectuel. De sorte que, pour rendre l'enqu&#234;te concevable, il devint essentiel de se rappeler continuellement la place diff&#233;rente qu'occupaient observateur et observ&#233;s au point que l'&#233;trang&#233;it&#233; m&#234;me de l'enqu&#234;teur &#233;tait assign&#233;e par les enqu&#234;t&#233;s eux-m&#234;mes, comme par n&#233;cessit&#233; de pouvoir se situer clairement dans une interaction rendue ambigu&#235; par la &#171; double appartenance &#187; de l'enqu&#234;teur. En somme, chacun &#224; sa place, pour y voir clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres modalit&#233;s de pr&#233;sentation de soi &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le temps qu'il accorde &#224; l'objectivation de l'exp&#233;rience ethnographique en milieu populaire, G&#233;rard Mauger pr&#233;sente trois modalit&#233;s d'interaction du chercheur avec les jeunes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Mauger, &#171; Espace des styles de vie d&#233;viants des jeunes des milieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Face au capital culturel incorpor&#233; du premier qui le fait apparenter &#224; la figure du &#171; prof &#187;, de l'&#171; intello &#187;, de l'institution scolaire personnifi&#233;e, les jeunes opposent (ou rapprochent selon le cas de figure) trois registres de valeurs li&#233;es &#224; leurs caract&#233;ristiques sociales. Ces trois registres sont les suivantes : 1) Les valeurs de virilit&#233; d&#233;finies par l'intimidation de la corpulence et/ou la fulgurance des joutes oratoires, 2) La bonne volont&#233; culturelle op&#233;rant comme un gage de valorisation r&#233;ciproque entre l'enqu&#234;teur et le jeune qui tend tous ses efforts pour r&#233;ussir &#224; l'&#233;cole (le jeune consid&#233;rant le chercheur comme un mod&#232;le de r&#233;ussite, ce dernier l'encourageant, en guise de retour, par diverses formes de soutien scolaire), 3) Les signes ext&#233;rieurs d'une richesse mise en sc&#232;ne par l'appropriation ou le v&#339;u de s'approprier un bien on&#233;reux, l'adh&#233;sion aux valeurs h&#233;donistes ou, au contraire, l'inclination &#224; la th&#233;saurisation, &#244;tant ainsi la valeur distinctive des loisirs et des professions &#224; vocation culturelle per&#231;us comme non rentables. Dans mon cas personnel, je m'interrogeais sur la pertinence de cette g&#233;om&#233;trie variable des valeurs dans la mesure o&#249;, face &#224; ces jeunes, c'est moi, cherchant &#224; demeurer l'un des leurs, qui incarnais la figure de l'intellectuel. Cela m'a conduit &#224; dresser quatre portraits types de l'&#171; intello issu du coin &#187;, me permettant de me situer dans l'&#233;chelle des valeurs et des &#233;motions relatives au regard des autres (et de soi) sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'aubaine de la bourse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les repr&#233;sentations des pairs, j'&#233;tais positivement assimil&#233; au boursier. Je donnais ainsi le sentiment de vivre sous la bonne &#233;toile des longues &#233;tudes qui pr&#233;serve de la &#171; gal&#232;re &#187; du quotidien et de l'avenir puisque l'on me pr&#233;disait un avenir radieux gr&#226;ce aux dipl&#244;mes. La fac &#233;tait en outre per&#231;ue comme un &#171; &lt;i&gt;eldorado&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une description autrement d&#233;taill&#233;e de ce rapport h&#233;doniste, on peut se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans lequel on supposait pouvoir acc&#233;der &#224; une multitude de richesses : la bourse, les &#171; bons plans &#187; pas chers tels que les vacances ou les soir&#233;es &#233;tudiantes, fr&#233;quemment des offres de petits &#171; boulots &#187;. Ce confort mat&#233;riel redoublait avec le fait d'&#234;tre toujours domicili&#233; chez ses parents, &#233;pargn&#233; de devoir sacrifier une grande partie de ses ressources dans les charges locatives. La bourse &#233;tait per&#231;ue comme une rente, laquelle, amass&#233;e au fil des semestres, rendait possible la r&#233;alisation de divers achats qui rajoutaient au prestige de soi, tel que s'offrir une voiture ou explorer un coin du monde &#224; la venue des vacances scolaires. Pour toutes ces raisons, l'inscription durable &#224; l'universit&#233; constituait la toile de fond d'une jeunesse &#233;panouie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fiert&#233; de tous&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La t&#234;te &#187; ou &#171; le cerveau du quartier &#187; brillant par ses talents d'orateur et d'&#233;crivain, c'est ainsi qu'on se repr&#233;sentait positivement l'&#233;tudiant qui n'h&#233;site pas &#224; se mettre au service de ses proches et du voisinage, ces services op&#233;rant comme un devoir et la contrepartie de cette reconnaissance. On le sollicite pour demander des pr&#233;cisions sur un article paru dans la presse, une fiche de paie, une lettre du bailleur social&#8230; On saisit sa main pour r&#233;diger un mandat ou une lettre destin&#233;e &#224; des cousins lointains&#8230; Il offre g&#233;n&#233;reusement ses talents d'&#233;crivain public. Cet &#171; intello &#187; ne se clo&#238;tre ni dans sa chambre ni &#224; la biblioth&#232;que municipale sous une pile de livres. Il est, au contraire, visible, disponible et accessible. Ses camarades se confient plus facilement &#224; lui, assur&#233;s qu'il ne portera pas de jugement h&#226;tif et d&#233;plac&#233; sur leurs tourments, leurs exc&#232;s. Au service des autres, il est un mod&#232;le de r&#233;ussite que les parents souhaitent &#224; leurs enfants. B&#233;ni du voisinage, il est l'exemple &#224; suivre et &#224; prot&#233;ger des mauvaises langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;tudiant &#171; bal&#232;ze &#187; &lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Costaud&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; intello du coin &#187; est par ailleurs reconnu pour un savoir qu'il peut investir dans des luttes ou comp&#233;titions de diverses natures, recourant &#224; la force physique uniquement en cas de dernier recours. Ici, l'intelligence est le vice qui fait vertu. S'imposant dans le groupe de pairs par sa ruse et sa sagacit&#233;, il est le plus malin, capable d'extirper la bande des situations de porte-&#224;-faux. L'&#171; intello &#187; viril est appr&#233;ci&#233; pour ses joutes oratoires qui facilitent les situations de drague, abordant les filles avec d&#233;licatesse, sans rentre dedans, sans brusquer la voix, sans obsc&#233;nit&#233;, &#171; bluffant &#187; par sa culture g&#233;n&#233;rale contrairement &#224; l'image d&#233;pr&#233;ci&#233;e de la &#171; racaille &#187;. Ses pairs l'appellent &#224; la rescousse d&#232;s que les jolies filles &#171; se pointent &#187;, ou pour n&#233;gocier le droit d'entr&#233;e d'une discoth&#232;que parce qu'il a cette &#171; tchatche &#187; qui brise certaines portes de verre qui ouvre l'acc&#232;s d'un monde onirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'intello d&#233;nigr&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distant ! Voil&#224; ce qui le r&#233;sume. Distant par ses proc&#233;d&#233;s de diversion lorsqu'il se d&#233;tourne, sous toutes sortes de pr&#233;textes, des espaces qu'il juge &#224; risque tels que l'entr&#233;e d'immeuble o&#249; bloquent &#171; les gars du quartier &#187; lesquels, &#224; son passage, impose un silence qui en dit long. Une fois le seuil de la porte franchi, c'est un hourvari de moqueries qui l'accable &#224; mesure qu'il s'&#233;loigne. Distant &#233;galement par son &#233;gocentrisme qui l'incline &#224; la h&#226;blerie. &#171; Il saoule &#187;, &#171; il prend la t&#234;te &#187;, &#171; il croit nous faire la le&#231;on ! &#187;, ainsi le fustige-t-on. Les enqu&#234;t&#233;s, qui marquent particuli&#232;rement leur distance avec le monde scolaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit parce qu'ils ne fr&#233;quentent plus l'&#233;cole, soit parce qu'ils ont &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne supportent pas les &#233;changes avec lui parce qu'il repr&#233;sente l'ordre scolaire par ses fa&#231;ons d'&#234;tre, de parler, de professer, de tout rapporter au m&#233;rite, aussi bien les actes que les hommes. En d&#233;pit de son succ&#232;s scolaire, il n'est pas du tout l'exemple &#224; suivre parce qu'il sert uniquement ses propres int&#233;r&#234;ts. Il est l'antith&#232;se du gaillard qui fr&#244;le avec les &#171; 400 coups &#187;, tandis que lui feuillette ses &#171; 400 pages &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du fait des histoires et des exp&#233;riences que j'avais partag&#233;es avec certains informateurs, mais aussi de mes mani&#232;res d'&#234;tre, de la r&#233;putation qui me collait &#224; la peau dans les quartiers populaires de mon enfance, de mes valeurs et de mes r&#233;f&#233;rents culturels, de mes repr&#233;sentations ambivalentes du monde scolaire &#8211; entre attachement et d&#233;convenue &#8211;, tout me portait &#224; &#234;tre rang&#233; dans les trois premiers registres de l'&#233;tudiant appr&#233;ci&#233;. Toutefois, je n'&#233;tais pas &#233;pargn&#233; des soup&#231;ons de la part de certains dont je d&#233;sirais suivre l'exp&#233;rience d&#233;lictueuse. Car avec eux, c'est une double relation de confiance qui devait &#234;tre &#233;chafaud&#233;e : relation d'homme &#224; homme et relation d'enqu&#234;teur &#224; enqu&#234;t&#233;. D'embl&#233;e, les propositions que je leur soumettais de participer &#224; mon enqu&#234;te les rendaient m&#233;fiants, au point de me suspecter d'imposture ou de trahison (jouer le faux enqu&#234;teur ou jouer le faux &#233;tudiant/gars du coin). Il me fallait par cons&#233;quent redoubler de sinc&#233;rit&#233; sans fausses notes afin de gagner leur confiance, misant par ailleurs sur la recommandation de certaines connaissances avec lesquels ils traitaient affaire &#224; l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure : parler de soi entre soi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de favoriser d'embl&#233;e la relation d'enqu&#234;te, la proximit&#233; des semblables peut constituer, en r&#233;alit&#233;, l'inverse d'une valeur heuristique. C'est le cas notamment lorsque l'informateur, qui se sent en affinit&#233; &#233;lective avec l'enqu&#234;teur parce que li&#233; par leur biographie sociale, attend que ce dernier lui facilite la t&#226;che de l'entretien en faisant l'&#233;conomie d'un ensemble de discours pr&#233;sum&#233;s valides. Cette tendance &#224; la r&#233;tention d'information est souvent exprim&#233;e par le leitmotiv : &#171; Toi m&#234;me tu sais ! &#187;. Rec&#233;lant une intention performative, cette expression marque un coup de frein voire un coup d'arr&#234;t au dialogue sur l'objet questionn&#233; (selon l'intention ou non de vouloir en dire plus). Et il n'est pas ais&#233; de vouloir conqu&#233;rir une r&#233;ponse d&#233;taill&#233;e par un : &#171; Non, je n'en sais rien. Veux-tu m'en dire plus ? &#187;, car cela comporte le risque de surprendre l'informateur, lequel, inclin&#233; &#224; confondre l'enqu&#234;teur au semblable, peut suspecter celui-ci de vouloir brouiller les pistes de l'&#233;change en donnant l'air de ne pas accorder suffisamment de cr&#233;dit aux demi r&#233;ponses apport&#233;es. L'implicite, suppos&#233; ici par le &#171; toi-m&#234;me tu sais &#187;, devient un gage de confiance dont l'informateur a besoin pour s'assurer des bonnes intentions de l'enqu&#234;teur. Notons que se met en perspective l'axe moral de la fid&#233;lit&#233; et de la trahison. On voit ici que ce ne sont pas les &#171; chartes &#233;thiques &#187; du chercheur qui vont r&#233;gler la question. A ce propos, il n'est pas rare que l'informateur justifie la r&#233;tention d'information par un : &#171; Qu'est-ce que tu m'embrouilles ? &#187; ou &#171; C'est moi qui te le dis ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Pinto, &#171; C'est moi qui te le dis &#187;. Les modalit&#233;s sociales de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Lors de mon &#233;tude sur le &#171; bizness &#187; et plus tard sur d'autres terrains, j'ai souvent &#233;t&#233; confront&#233; &#224; ce cas de devoir r&#233;clamer des explications sur un &#233;v&#233;nement ou une habitude dont on supposait qu'ils n'avaient aucun secret pour moi. Et pour fuir le propos, il arrivait que l'informateur extirpe le dialogue (le d&#233;veloppement des th&#232;mes, le rituel du tour de parole) de la communication ainsi que le d&#233;montre Erving Goffman au sujet des exclamations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erving Goffman, Fa&#231;ons de parler, Les &#233;ditions de Minuit, coll. Le sens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'&#233;tais par cons&#233;quent enlis&#233; dans une profonde intention contradictoire : tandis que je recherchais le t&#233;moignage, on me prenait &#224; t&#233;moin d'un &#233;v&#233;nement que j'aurais pu vivre, d'une d&#233;cision que j'aurais pu prendre, d'une &#233;motion qui aurait pu me saisir du simple fait des origines sociales et r&#233;sidentielles communes avec l'informateur. C'est rappeler ici toute la complexit&#233; de faire la sociologie des autres en m&#234;me temps que faire sa propre sociologie dans le contexte particulier d'un retour en terre d'origine, une double introspection qui, pour se r&#233;aliser, doit &#233;galement tenir compte des r&#232;gles de la civilit&#233; ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St&#233;phane Beaud, &lt;i&gt;80% au bac&#8230; et apr&#232;s ? Les enfants de la d&#233;mocratisation scolaire&lt;/i&gt;, &#201;ditions La D&#233;couverte, coll. Textes &#224; l'appui/enqu&#234;tes de terrain, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Ce que parler veut dire. L'&#233;conomie des &#233;changes linguistiques&lt;/i&gt;, Fayard, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Bourgeois, &lt;i&gt;En qu&#234;te de respect. Le crack &#224; New York&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, coll. Liber, mars 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Breviglieri, Joan Stavo-Debauge, &#8220;L'hypertrophie de l'&#339;il. Pour une anthropologie du &#171; passant singulier qui s'aventure &#224; d&#233;couvert &#187;&#8221;, in Cefa&#239;, D. &amp; Saturno, C. (dir.), &lt;i&gt;Itin&#233;raires d'un pragmatiste. Autour d'Isaac Joseph&lt;/i&gt;. Paris, Economica, 2007, pp. 79-98.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erving Goffman, &lt;i&gt;Fa&#231;ons de parler&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, coll. Le sens commun, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyril Isnart, Jeanne Favret-Saada, &#171; En marge du dossier sur l'empathie en anthropologie. Entretien avec Jeanne Favret-Saada r&#233;alis&#233; par Cyril Isnart &#187; in &lt;i&gt;Journal des anthropologues&lt;/i&gt;, n&#176; 114-115, 2008, pp. 203-219.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rard Mauger, &#171; Espace des styles de vie d&#233;viants des jeunes des milieux populaires &#187; in &lt;i&gt;Jeunesses populaires. Les g&#233;n&#233;rations de la crise,&lt;/i&gt; Textes r&#233;unis par Christian Baudelot et G&#233;rard Mauger, L'Harmattan, coll. Logiques sociales, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Pinto, &#171; C'est moi qui te le dis. Les modalit&#233;s sociales de la certitude &#187;, in &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, Vol. 52-53, 1984, pp. 107-108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abdelmalek Sayad,&lt;i&gt; Histoire et recherche identitaire suivi d'un entretien avec Hassan Arfaoui&lt;/i&gt;, &#201;ditions Bouch&#232;ne, 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nasser Tafferant, &lt;i&gt;Le Bizness. Une &#233;conomie souterraine&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Marc Breviglieri, Joan Stavo-Debauge, &#171; L'hypertrophie de l'&#339;il. Pour une anthropologie du &#171; passant singulier qui s'aventure &#224; d&#233;couvert &#187;, in Cefa&#239;, D. &amp; Saturno, C. (dir.), &lt;i&gt;Itin&#233;raires d'un pragmatiste. Autour d'Isaac Joseph&lt;/i&gt;. Paris, Economica, 2007, pp. 79-98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'autres diront, sur le mode du d&#233;nigrement, &#171; faire le sociologue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas rare, pour l'avoir &#233;prouv&#233; tout au long des mes &#233;tudes, qu'une partie du corps professoral continue de croire et de transmettre &#224; certains &#233;tudiants, souvent sur le mode de la confidence entre deux portes ou &#224; l'issue d'un cours, l'illusion du &#171; petit plus qui fait la diff&#233;rence &#187; &#224; la limite de l'essentialisation. Certains produisent cette illusion de bonne foi lorsqu'ils m&#233;connaissent le terrain et/ou le temp&#233;rament de l'&#233;tudiant, citant g&#233;n&#233;reusement des travaux de r&#233;f&#233;rence pour gagner en confiance et se donner du courage sur le terrain. D'autres, en revanche, saisissent l'opportunit&#233; d'approfondir leurs travaux personnels en encourageant ces jeunes chercheurs d&#233;sireux d'enqu&#234;ter leur cadre de vie, les apparentant &#224; des &#171; &#233;missaires &#187; qu'il est facile de convaincre, gr&#226;ce &#224; l'effet de fascination que provoque l'agent d'institution. Il est, en revanche, moins ais&#233; d'extirper les &#233;tudiants de leurs d&#233;sillusions empiriques et des drames cons&#233;cutifs une fois que le mal est fait (d&#233;couragement de poursuivre dans le travail d'enqu&#234;te, voire dans la fili&#232;re d'&#233;tude ou, &#224; l'inverse, croire pr&#233;tentieusement pouvoir faire autorit&#233; scientifiquement pour la raison simpliste d'&#234;tre issu du coin/terrain d'&#233;tude).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;tude de Philippe Bourgeois sur la vie des dealers d'East-Harlem m'avait, &#224; ce titre, beaucoup int&#233;ress&#233; et aid&#233; &#224; clarifier certains de mes tourments &#233;thiques et m&#233;thodologiques. Philippe Bourgeois, En qu&#234;te de respect. &lt;i&gt;Le crack &#224; New York&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, coll. Liber, mars 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#171; En marge du dossier sur l'empathie en anthropologie. Entretien avec Jeanne Favret-Saada r&#233;alis&#233; par Cyril Isnart &#187; in &lt;i&gt;Journal des anthropologues&lt;/i&gt;, n&#176; 114-115, 2008, pp. 203-219.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdelmalek Sayad, &lt;i&gt;Histoire et recherche identitaire suivi d'un entretien avec Hassan Arfaoui&lt;/i&gt;, Editions Bouch&#232;ne, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son acception locale, le &#171; bizness &#187; renvoie &#224; l'activit&#233; de recel de produits non stup&#233;fiants par opposition au &#171; deal &#187;. En d'autres lieux, le m&#234;me terme peut d&#233;finir les deux types de trafic ill&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A l'&#233;vidence, cette repr&#233;sentation n&#233;gative de la figure de l'intellectuel m&#233;riterait de faire l'objet d'une &#171; ontogen&#232;se &#187; de l'exp&#233;rience scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Mauger, &#171; Espace des styles de vie d&#233;viants des jeunes des milieux populaires &#187; in &lt;i&gt;Jeunesses populaires. Les g&#233;n&#233;rations de la crise&lt;/i&gt;, Textes r&#233;unis par Christian Baudelot et G&#233;rard Mauger, L'Harmattan, coll. Logiques sociales, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une description autrement d&#233;taill&#233;e de ce rapport h&#233;doniste, on peut se r&#233;f&#233;rer &#224; la description qu'offre St&#233;phane Beaud de &#171; quatre copains perdus &#224; la fac &#187;. St&#233;phane Beaud, &lt;i&gt;80% au bac&#8230; et apr&#232;s ? Les enfants de la d&#233;mocratisation scolaire&lt;/i&gt;, &#201;ditions La D&#233;couverte, coll. Textes &#224; l'appui/enqu&#234;tes de terrain, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Costaud&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soit parce qu'ils ne fr&#233;quentent plus l'&#233;cole, soit parce qu'ils ont &#171; arr&#234;t&#233; l'&#233;cole avant de l'avoir quitter &#187; pour paraphraser le rappeur Oxmo Puccino (&lt;i&gt;&#171; Tirer des traits &#187;&lt;/i&gt;, chanson extraite de l'album &lt;i&gt;&#171; Larmes de paix &#187;&lt;/i&gt;, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Pinto, &#171; C'est moi qui te le dis &#187;. Les modalit&#233;s sociales de la certitude &#187;, in &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, Vol. 52-53, 1984, pp. 107-108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erving Goffman, &lt;i&gt;Fa&#231;ons de parler&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions de Minuit, coll. Le sens commun, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ethnologue entre deux terrains : sentiments contrast&#233;s de T&#233;h&#233;ran &#224; Paris</title>
		<link>https://influxus.eu/article1025.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://influxus.eu/article1025.html</guid>
		<dc:date>2015-11-10T10:23:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sepideh Parsapajouh</dc:creator>


		<dc:subject>Creative Commons</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Comparaison contrastive</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;thodologie</dc:subject>
		<dc:subject>Participation observante</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;flexivit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Terrain</dc:subject>
		<dc:subject>Contrastive comparison</dc:subject>
		<dc:subject>Field</dc:subject>
		<dc:subject>Observant observation</dc:subject>
		<dc:subject>Methodology reflexivity</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Parent&#233;s&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>Notion de d&#233;rangement</dc:subject>
		<dc:subject>Observateur</dc:subject>
		<dc:subject>Observ&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Non personne</dc:subject>
		<dc:subject>Retranchement</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; sociale</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Observation en chair et en os&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>Observation participante</dc:subject>
		<dc:subject>Retenue</dc:subject>
		<dc:subject>Renoncement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Je me suis souvent demand&#233; quelle serait mon attitude s'il m'arrivait d'&#234;tre interrog&#233; par un ethnologue ; aujourd'hui je n'h&#233;site gu&#232;re sur la r&#233;ponse : je le mettrais &#224; la porte sans autre forme de proc&#232;s &#187; ! (Emmanuel Terray, 1988, p. 42). &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Faire du terrain &#187; en suivant le parcours des sentiments contrast&#233;s, est un exercice &#233;prouvant dont je voudrais &#233;voquer dans cet article la perspective d'une remise en cause, ind&#233;pendamment du contenu scientifique des acquis du terrain, dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot1104.html" rel="tag"&gt;Creative Commons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5591.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5603.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5677.html" rel="tag"&gt;Comparaison contrastive&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5689.html" rel="tag"&gt;M&#233;thodologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5695.html" rel="tag"&gt;Participation observante&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5699.html" rel="tag"&gt;R&#233;flexivit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5701.html" rel="tag"&gt;Terrain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5703.html" rel="tag"&gt;Contrastive comparison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5707.html" rel="tag"&gt;Field&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5709.html" rel="tag"&gt;Observant observation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5711.html" rel="tag"&gt;Methodology reflexivity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5713.html" rel="tag"&gt;&#034;Parent&#233;s&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5715.html" rel="tag"&gt;Notion de d&#233;rangement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5717.html" rel="tag"&gt;Observateur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5719.html" rel="tag"&gt;Observ&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5721.html" rel="tag"&gt;Non personne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5723.html" rel="tag"&gt;Retranchement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5725.html" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; sociale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5727.html" rel="tag"&gt;&#034;Observation en chair et en os&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5729.html" rel="tag"&gt;Observation participante&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5731.html" rel="tag"&gt;Retenue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5733.html" rel="tag"&gt;Renoncement&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me suis souvent demand&#233; quelle serait mon attitude s'il m'arrivait d'&#234;tre interrog&#233; par un ethnologue ; aujourd'hui je n'h&#233;site gu&#232;re sur la r&#233;ponse : je le mettrais &#224; la porte sans autre forme de proc&#232;s &#187; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
(Emmanuel Terray, 1988, p. 42).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faire du terrain &#187; en suivant le parcours des sentiments contrast&#233;s, est un exercice &#233;prouvant dont je voudrais &#233;voquer dans cet article la perspective d'une remise en cause, ind&#233;pendamment du contenu scientifique des acquis du terrain, dans l'int&#233;r&#234;t du travail ethnographique pratiqu&#233; sur un chantier qui m&#233;riterait d'&#234;tre r&#233;vis&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aurai recours &#224; mon exp&#233;rience personnelle v&#233;cue, successivement, sur deux terrains dissemblables, le premier en Iran, le second en France, pour tenter de r&#233;aliser cette analyse contrastive dans ses dimensions affectives : en partant des circonstances o&#249; celles-ci peuvent na&#238;tre, s'installer ou devenir peut-&#234;tre l'enjeu des rapports r&#233;ciproques entre &#171; l'enqu&#234;teur &#187; et les &#171; enqu&#234;t&#233;s &#187;. Car, lorsque nous ethnographes, ethnologues, anthropologues, pr&#233;tendons &#171; faire du terrain &#187;, nous posons-nous la question de savoir &#171; qui fait quoi et pour quoi &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant ce n'est pas une question facile &#224; laquelle j'ai d&#233;cid&#233; de r&#233;pondre, car il ne s'agit pas tant d'une ethnologie des &#233;motions, que d'une analyse de ses propres &#233;motions dans l'exp&#233;rience ethnologique, ce qui requiert de d&#233;voiler ses propres affects (donn&#233;s ou re&#231;us) afin de les faire devenir objet de r&#233;flexion pour l'ethnologie. Soudi&#232;re &#233;crit : &#171; Le terme &#8220;terrain&#8221; est g&#233;n&#233;rateur de culpabilisation &#187;. Cette notion, je vais essayer de l'aborder en vivant ma premi&#232;re exp&#233;rience de terrain, consciente qu'elle exigera de moi des r&#233;visions et des r&#233;ponses &#224; certaines questions qui nous pr&#233;occupent dans notre pratique du terrain, puisqu'il est attest&#233; que nos tentatives et notre pr&#233;tention &#224; conna&#238;tre l'autre nous perturbent bien plut&#244;t en nous confrontant &#224; nous-m&#234;me. &#171; Il est une chose importante, &#233;crit Leonardo Piasere, que partagent ethnographes et psychanalystes : l'ethnographe ne peut conna&#238;tre les autres sans en &#234;tre &#8220;perturb&#233;&#8221;, c'est-&#224;-dire sans se conna&#238;tre soi-m&#234;me &#187; (Piasere, 2010, p. 151).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des r&#233;sultats obtenus sur le terrain d'un ancien bidonville iranien, que j'ai fr&#233;quent&#233; durant de longues ann&#233;es, la d&#233;couverte d'un terrain parisien, o&#249; j'ai pass&#233; six ans, m'a permis de soulever de nouvelles questions et d'en approfondir d'anciennes, en ressaisissant et en r&#233;interrogeant mes pr&#233;c&#233;dentes conclusions par une mise en contraste, aussi bien au plan &#171; scientifique &#187; que m&#233;thodologique. Ce ne fut pourtant pas le projet d'une &#233;tude comparative, mais bien le hasard de la vie qui m'a amen&#233;e sur ce nouveau terrain (j'y reviendrai). Afin d'int&#233;grer l'&#233;cole doctorale et de r&#233;diger ma th&#232;se sur le quartier iranien &#224; l'universit&#233; de Paris Ouest La D&#233;fense, j'ai d&#251; quitter T&#233;h&#233;ran pour m'installer &#224; Paris o&#249; je trouvai, gr&#226;ce &#224; une connaissance, un petit logement dans le 20e arrondissement, dont une partie est consacr&#233;e &#224; de grands ensembles et &#224; des logements sociaux : le quartier Saint Blaise. J'ai alors exp&#233;riment&#233; concr&#232;tement par moi-m&#234;me, pour la premi&#232;re fois dans mon parcours de chercheuse, la marginalit&#233; et la fragilit&#233; de la condition d'immigr&#233;e, une r&#233;alit&#233; enfouie depuis toujours au c&#339;ur de mon objet d'&#233;tude. Je me trouvais &#224; Paris dans une situation r&#233;ellement analogue &#224; celle des gens du bidonville iranien que je m'&#233;tais efforc&#233;e de comprendre en Iran. C'est alors que j'ai voulu mettre &#224; l'&#233;preuve les d&#233;couvertes faites dans le quartier iranien (le th&#232;me de ma recherche &#233;tait alors : la solidarit&#233; sociale et l'humanisation de l'espace), en analysant dans cette perspective les mani&#232;res de vivre en vigueur, discordantes dans ce nouveau quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, la mani&#232;re de communiquer avec ce terrain devait &#234;tre toute diff&#233;rente de celle qu'induisait ma position de chercheuse dans la soci&#233;t&#233; iranienne. Au regard des gens dont je voulais &#233;tudier l'organisation de la vie sociale en vivant parmi eux, j'&#233;tais naturellement int&#233;gr&#233;e dans ce quartier de Saint Blaise comme je ne l'avais jamais &#233;t&#233; dans le quartier iranien ; paradoxalement, je devenais moins &#233;trang&#232;re sur le terrain parisien que je ne l'avais &#233;t&#233;, malgr&#233; mon identit&#233; nationale, sur le terrain iranien. Pour les habitants fran&#231;ais du quartier Saint Blaise en particulier, mon image ne pouvait &#234;tre celle d'une chercheuse en sciences sociales, mais seulement celle d'une &#171; m&#232;re iranienne isol&#233;e &#187;, une cat&#233;gorie associ&#233;e dans l'imaginaire commun &#224; une s&#233;rie de traits path&#233;tiques (j'y reviendrai).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses questions, que j'estimais trait&#233;es, se sont donc repos&#233;es &#224; partir de ce contraste v&#233;cu entre deux terrains, deux situations, deux exp&#233;riences de recherche et de vie. D'une observation participante de longue dur&#233;e dans le quartier iranien, j'ai &#233;t&#233; conduite &#224; une participation observante dans le quartier parisien de Saint Blaise. C'est ainsi que me sont apparus de multiples d&#233;tails t&#233;nus, &#171; fragiles &#187;, dont je n'aurais sans doute jamais per&#231;u autrement l'importance. Dans cette &#171; alt&#233;rit&#233; proche &#187;, ma d&#233;marche d'anthropologue devait n&#233;cessairement sortir des limites de l'ethnographie conventionnelle, remettre en question la neutralit&#233; et la distance traditionnelle avec le sujet d'&#233;tude, induire une attitude plus r&#233;flexive et des strat&#233;gies d'observation plus complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;motions re&#231;ues dans le cadre de ces deux terrains contrast&#233;s m'ont, en cons&#233;quence, inspir&#233; des r&#233;flexions sur une remise en cause globalisante, dont je consid&#233;rais n&#233;cessaire d'&#233;tayer mon analyse, &#224; savoir : celle de mon statut de chercheuse sur le terrain, autrement dit l'existence de son bien- fond&#233; dans l'&#233;tude d'une soci&#233;t&#233; ; de la pertinence, du point de vue scientifique, de l'implication subjective cr&#233;&#233;e par cette situation ou sinon du sens &#224; donner &#224; la l&#233;gitimit&#233; scientifique ; de l'interrogation permanente pos&#233;e par la signification que rev&#234;tent les notions d'int&#233;riorit&#233; et d'ext&#233;riorit&#233; quant au statut de chercheur ; du moyen de g&#233;rer la tension entre conscience professionnelle et &#233;motions personnelles ; de la notion de conscience morale. En r&#233;sum&#233; : Comment prendre en compte sa subjectivit&#233; et ses &#233;motions sans perdre en scientificit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions soulev&#233;es par cette attitude r&#233;flexive se posent en effet davantage dans la situation o&#249; &#171; le chercheur n'est plus l'incarnation du savoir scientifique, mais surtout porteur d'une tradition culturelle, de valeurs particuli&#232;res, d'&#233;motions personnelles. Comme, r&#233;ciproquement, l'autochtone n'est pas uniquement un transmetteur passif de sa culture, mais une personnalit&#233; active, r&#233;flexive, questionnant sa propre soci&#233;t&#233;, et celui qui l'observe &#187; (Raulin, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re circonstance. Pr&#232;s de T&#233;h&#233;ran, un ancien bidonville. Une observation participante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur d'un terrain de recherche, c'est d'abord &#234;tre pris dans des &#233;motions ind&#233;finissables qui nous attirent ou nous repoussent, nous troublent ou nous emportent ; des &#233;motions par rapport &#224; &#171; l'esprit du terrain &#187;, qui se cristallisent ensuite dans nos rapports personnels avec des individus. Tel fut du moins mon cas, quand je fis mes premiers pas d'apprentie-anthropologue vers la fin des ann&#233;es 1990, sur le terrain d'un bidonville. C'&#233;tait un bidonville, comme des milliers d'autres, dont on conna&#238;t peu ou prou la condition. Je le pr&#233;senterai tr&#232;s rapidement car sa particularit&#233; n'est pas importante pour cet article, contrairement &#224; la question m&#233;thodologique sur laquelle je m'attarderai davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lieu nomm&#233; Islam&#226;b&#226;d, s'est form&#233; peu &#224; peu durant une quarantaine d'ann&#233;es en bordure de Karaj, ville de moindre importance &#224; l'&#233;poque de la constitution du bidonville, dans la banlieue de T&#233;h&#233;ran. Marginal et circonscrit sur lui-m&#234;me, organis&#233; selon des valeurs traditionnelles, il pr&#233;sente, d'un c&#244;t&#233;, une divergence notable avec la ville relativement ais&#233;e et moderne ; de l'autre, une sorte d'autonomie et de coh&#233;rence interne, bricol&#233;es finement par les gens dans leur vie quotidienne, &#224; travers des pratiques de solidarit&#233; effectives et spontan&#233;es. Le quartier pr&#233;sente un dynamisme social ordonn&#233;, malgr&#233; son apparence et sa r&#233;putation ; une organisation cr&#233;&#233;e de toutes pi&#232;ces par des liens de solidarit&#233; qui se sont form&#233;s et reproduits dans une situation de n&#233;cessit&#233; ; des rapports d'&#233;change permanent fond&#233;s sur le principe du don et du contre-don. Cette micro-soci&#233;t&#233; s'est constitu&#233;e sur la base m&#234;me des interconnaissances et d'une &#171; parent&#233; &#187; remontant parfois &#224; des anc&#234;tres communs parmi les voisins actuels, les parents et les gens originaires des m&#234;mes villages, ce qui a engendr&#233; une sorte de rapprochement dans le temps et l'espace g&#233;ographique. Dans la proximit&#233; spatiale et temporelle, les &#171; parent&#233;s &#187; (terme auquel je voudrais associer celui de &#171; familiarit&#233; &#187;) se multiplient et les habitants partagent plus ou moins volontiers leur vie. Tout le monde se conna&#238;t et, gr&#226;ce &#224; l'&#233;tendue de ce r&#233;seau de connaissances, chacun se trouve en confiance et se sent en s&#233;curit&#233; au milieu des autres &#224; l'int&#233;rieur du lieu. Comme chacun peut compter sur l'aide, le savoir-faire, le temps et la pr&#233;sence des autres, tous se sentent, finalement, plus riches, tant qu'ils restent &#224; l'int&#233;rieur du quartier. La vie quotidienne se d&#233;roule dans une forme de collectivit&#233; o&#249; les notions de vie priv&#233;e et d'espace individuel, r&#233;duites au &#171; monde clos &#187; d'une seule famille, comme celle de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, individuelle ou familiale, n'ont pas de sens. De sorte que les activit&#233;s quotidiennes de chaque famille interagissent sans cesse avec celles des autres. Personne n'est jamais d&#233;rang&#233; par le bruit ou les odeurs provenant du voisinage, car personne ne se sent assez s&#233;par&#233; de ses voisins pour que la notion de d&#233;rangement ait un sens. La densit&#233; de peuplement et la promiscuit&#233; ne p&#232;sent donc pas sur les habitants de ce quartier ; bien au contraire, comme ils sont habitu&#233;s &#224; cette pr&#233;sence permanente, ils se sentent entour&#233;s et en s&#233;curit&#233;. On pourrait presque leur appliquer cette observation de Mauss sur les sous-groupes : &#171; ils sont constamment imbriqu&#233;s les uns dans les autres, et sentent qu'ils se doivent tout &#187; (Mauss, 1924, p. 194). Dans les rapports sociaux, cette relation, mat&#233;riellement ind&#233;finie et floue, reste tout &#224; fait invisible. C'est pourtant &#224; travers elle que se d&#233;veloppent les rapports d'entraide et que se voit assur&#233; l'&#233;quilibre de la soci&#233;t&#233; dite &#171; pr&#233;caire &#187; d'Islam&#226;b&#226;d. Il s'agit donc d'une forme de conglom&#233;rat uni et solide &#224; l'int&#233;rieur, mais qui demeure marginale et isol&#233;e depuis l'ext&#233;rieur, autour de laquelle circulent beaucoup de st&#233;r&#233;otypes n&#233;gatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai commenc&#233; mon travail, ce lieu m'attirait et me rejetait tout &#224; la fois. Jeune &#233;tudiante, habitante de la m&#234;me ville, passionn&#233;e de d&#233;couvrir cette communaut&#233; dans laquelle je voyais, d&#232;s le d&#233;but de ma recherche, une forme tr&#232;s naturelle de la vie campagnarde, bariol&#233;e et joyeuse malgr&#233; la pauvret&#233; apparente, l'esprit de ce quartier me fascinait, en d&#233;pit de sa condition mat&#233;rielle hasardeuse, puisque, &#224; l'&#233;poque, la soci&#233;t&#233; urbaine iranienne portait encore tr&#232;s fortement les traces am&#232;res des ann&#233;es de guerre et de r&#233;volution. Je ne savais pas encore tr&#232;s clairement ce que je voulais apprendre de cette soci&#233;t&#233;. M&#233;thodologiquement, il allait de soi dans mon esprit que, conform&#233;ment aussi &#224; ce que l'on nous apprenait &#224; la fac, le droit et la raison m'&#233;taient donn&#233;s de choisir cette soci&#233;t&#233; comme terrain et d'en faire l'objet de mon enqu&#234;te ; comme si seul le fait qu'elle m'attirait, suffisait pour que je la choisisse. J'ignorais totalement la profondeur de la r&#233;ciprocit&#233; des rapports dans la construction d'une ethnographie et le fait (aujourd'hui &#233;vident) que la&#171; participation est un probl&#232;me objectif avant d'&#234;tre &#233;ventuellement un ph&#233;nom&#232;ne volontariste et subjectif &#187; (Roulau, 1988, pp. 38-39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais commenc&#233;, &#233;quip&#233;e d'un appareil photo, &#224; explorer le quartier (cette na&#239;vet&#233; me fait sourire aujourd'hui) avec enthousiasme et empathie, mais en retour je ne recevais que de l'antipathie. Mes premi&#232;res tentatives de contacts (regards, sourires, petits et modestes mots comme bonjour, questions br&#232;ves, etc.) restaient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vaines : les portes, habituellement ouvertes, des petites maisons se fermaient devant moi ; &#224; leur pied, les femmes d'habitude joyeusement volubiles, me voyant arriver, interrompaient brutalement leurs conversations. Mes questions, d'une grande discr&#233;tion pourtant, semblaient &#234;tre per&#231;ues comme totalement inad&#233;quates et tombaient dans le vide. Pour toute r&#233;ponse ne me parvenaient que des regards interrogatifs et m&#233;fiants. Le souvenir d'une sc&#232;ne p&#233;nible m&#233;rite d'&#234;tre &#233;voqu&#233; : &#171; un jour, apr&#232;s avoir gravi le raidillon et pass&#233; devant des groupes de femmes qui s'&#233;taient soit tues subitement soit cach&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des maisons, me sentant perdue et repoussante dans cette atmosph&#232;re un peu hostile, j'arrive pr&#232;s d'une jeune fille, debout devant une porte entrouverte, qui r&#233;pond &#224; mon salut chaleureusement. Ravie, je m'approche d'elle, mais avant m&#234;me de pouvoir prononcer un mot, j'entrevois une silhouette dans l'entreb&#226;illement de la porte, qui l'attire &#224; l'int&#233;rieur de la maison et me ferme brutalement la porte au nez&#8230; &#187; (Automne, 1995). La m&#233;fiance de ces gens, je pouvais la comprendre, compte tenu de leur occupation irr&#233;guli&#232;re du lieu et de toutes les menaces de destruction &#233;manant des autorit&#233;s. Entre ma tenue de ville et les costumes traditionnels de ces femmes, l'&#233;cart &#233;tait m&#234;me visuel. Mais je ne voyais pas comment je pouvais repr&#233;senter un menace, alors que, dans mon inexp&#233;rience de jeune &#233;tudiante, je me r&#233;fugiais candidement dans leur monde &#224; part comme dans un havre de paix, o&#249; r&#233;gnaient de grands d&#233;brouillards. Dans ma perception diffuse, il ne pouvait pas s'agir d'un effet de crainte. Ce message &#233;tait douloureux mais, s'il me d&#233;sarmait, curieusement il ne me convainquait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en conclus par la suite que ma d&#233;marche avait &#233;t&#233; maladroite et d&#233;cidai de proc&#233;der autrement. J'ai eu la chance de me faire accepter par le seul coll&#232;ge de filles du quartier, en &#233;change de quelques heures d'enseignement suppl&#233;mentaire du persan (pr&#233;cisons que la population du quartier &#233;tait compos&#233;e d'ethnies non persanophones). Ce fut une entr&#233;e l&#233;gitime (!). Des relations se sont nou&#233;es ensuite, tr&#232;s intens&#233;ment, avec les adolescentes qui, &#233;videmment, ne me voyaient pas comme une chercheuse au sein de l'&#233;cole. Ces relations se sont &#233;largies puis enrichies &#224; l'occasion de f&#234;tes et de c&#233;l&#233;brations diverses organis&#233;es chez elles, o&#249; je rencontrais les autres membres de la famille : les m&#232;res et les s&#339;urs a&#238;n&#233;es, les cousines, les p&#232;res et autres parent&#233;s. Je leur expliquais qui j'&#233;tais, quel &#233;tait mon objectif, ce que je cherchais &#224; savoir en observant leur mode de vie. Mais ce faisant, puisque j'&#233;tais dans un effort de compr&#233;hension &#171; depuis l'int&#233;rieur &#187;, en me mettant &#224; leur place, je prenais conscience de l'absurdit&#233; de mes pr&#233;occupations scientifiques ! J'ai lou&#233; plus tard une chambre, &#224; l'&#233;tage de la maisonnette d'une famille devenue amie, pour y passer plus de temps, pour voir de plus pr&#232;s, mais cette sensation de mal-&#234;tre ne me l&#226;chait pas. Plus je me faisais une place, plus je ressentais cette avanc&#233;e comme un acte d&#233;plac&#233;. J'effectuais s&#233;rieusement mes &#171; enqu&#234;tes de terrain &#187;, tous le savaient. Mais comment pouvais-je leur expliquer la raison et l'int&#233;r&#234;t de cette enqu&#234;te, autrement qu'en all&#233;guant mes devoirs de fac ? Dignes et g&#233;n&#233;reux, ces gens ne me repoussaient plus, ils essayaient au contraire de m'aider en r&#233;pondant &#224; mes questions. En m&#234;me temps, ils cherchaient un int&#233;r&#234;t objectif dans ce que je faisais ; combien de fois ne m'a-t-on pas demand&#233; : &#171; Voil&#224; notre vie, nos probl&#232;mes, pourras-tu les transmettre aux autorit&#233;s, qu'ils sachent ?... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quotidien, ils me posaient des questions pour lesquelles je n'avais gu&#232;re de r&#233;ponses convaincantes : &#171; Pourquoi tu vis ici, alors que tu as une maison en ville ? Pourquoi tu pr&#233;f&#232;res louer cette chambre sans confort, y rester toute seule, te donner la peine de te d&#233;placer en plein hiver et descendre un &#233;tage pour aller aux toilettes en bas dans la cour, alors que ta famille est ailleurs ? &#187;, &#171; Tu n'as pas encore compris notre vie ! Que veux-tu savoir de plus ?&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'avaient pas tort.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. de la Soudi&#232;re &#233;crit &#224; ce propos : &#171; il est d'autres m&#233;tiers confront&#233;s &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement toutes mes r&#233;ponses restaient incompr&#233;hensibles, mais aussi leur propre incompr&#233;hension m'interpelait puisque, me mettant &#224; leur place, je les comprenais au point m&#234;me que mes raisonnements et motivations pr&#233;tendument scientifiques perdaient de leur sens. L'image de moi qu'ils me renvoyaient, &#233;tait tr&#232;s difficile &#224; int&#233;grer et &#224; assumer. Je restais, malgr&#233; toutes mes tentatives et mes enthousiasmes, ext&#233;rieure &#224; la situation. Je demeurais une observatrice &#224; qui tous ses propres efforts de compr&#233;hension ne permettaient pas de toucher &#224; la profondeur de la situation &#233;prouvante de leur vie, alors que je pr&#233;tendais m'&#234;tre bas&#233;e sur des observations participantes pour y parvenir et r&#233;aliser une &#233;criture descriptive comme venue de l'int&#233;rieur : initiative pourtant reconnue par l'universit&#233; comme novatrice, susceptible de changer quelque part les id&#233;es re&#231;ues inh&#233;rentes &#224; des conditions semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette reconnaissance universitaire ne satisfaisait vraiment mon attente. Comme si j'&#233;tais plut&#244;t &#224; la recherche d'une l&#233;gitimit&#233; autre, d'un t&#233;moignage venant des gens m&#234;me d'Islam&#226;b&#226;d. Quand mon livre, d&#233;di&#233; &#224; une quinzaine de jeunes filles du quartier, est sorti, contente et fi&#232;re du r&#233;sultat, je voulus en offrir &#233;galement un exemplaire &#224; quelques amis Islam&#226;b&#226;dis comme un hommage &#224; leur dignit&#233; et leur courage. Quelques mois plus tard, cependant, alors que je me trouvais de passage dans une des familles que je connaissais bien&#8230; On me fait entrer. On boit le th&#233; en parlant de choses et d'autres, quand, par hasard, j'aper&#231;ois le livre pos&#233; dans un coin pr&#232;s de moi. Je le prends dans mes mains et demande &#224; mes amis ce qu'ils en pensent (les parents ne pouvaient pas lire). On me dit que Nahid, alors jeune &#233;tudiante en sciences sociales, l'a lu. Je l'ouvre et, le feuilletant, je constate qu'il est annot&#233; d'inscriptions contestataires, plus ou moins charg&#233;es d'amertume et de ressentiments, dont la densit&#233; emplit les marges de nombreuses pages. Je me mets &#224; les lire sans les comprendre vraiment, mais j'en re&#231;ois un message : Nahid a &#233;t&#233; m&#233;contente de ce que j'avais &#233;crit. J'avais pourtant pens&#233; avoir tout v&#233;rifi&#233; en commun, et &#234;tre rest&#233;e fid&#232;le &#224; ce qui m'avait &#233;t&#233; dit. Je relis, et relis pour mieux comprendre, mais je me sens envahie par un sentiment de culpabilit&#233; qui me paralyse. En fait, juste au moment o&#249;, apr&#232;s des ann&#233;es d'efforts consacr&#233;es &#224; un travail de compr&#233;hension et de rapprochement, je m'&#233;tais imagin&#233;e avoir d&#233;pass&#233; la barri&#232;re qui se dressait si infranchissable entre eux - les &#171; enqu&#234;t&#233;s &#187; (terme si d&#233;sobligeant) - et moi - l'enqu&#234;teur (notion brutale et si inadapt&#233;e &#224; la confrontation avec certaines &#233;motions), je surprends d'aventure ce monologue confi&#233; &#224; la seule &#233;criture (les parents n'&#233;taient pas au courant). Nous nous &#233;tions pourtant vue et parl&#233; maintes fois avec cette jeune fille accueillante et aimable durant toutes mes ann&#233;es de recherche, que je connaissais d'ailleurs depuis qu'elle &#233;tait au coll&#232;ge. Je la consid&#233;rais comme une amie et une interlocutrice. Je lui avais d&#233;di&#233; mon livre. Mais jamais elle n'avait dialogu&#233; ainsi avec moi. Cela me brisa le c&#339;ur. La recherche r&#233;flexive visant &#224; comprendre introspectivement d'o&#249; &#233;tait venue cette &#233;motion, quand et comment elle s'&#233;tait construite, et o&#249; r&#233;sidait mon erreur, ma faute, me hantait. Cette fois, c'&#233;tait moi-m&#234;me qui me d&#233;testais et la honte m'envahissait d'autant plus que je ne pouvais pas en comprendre imm&#233;diatement les raisons. J'ai essay&#233; &#224; plusieurs reprises de parler &#224; nouveau avec Nahid : discussions impossibles. Elle me respectait, je la respectais ; j'&#233;tais d&#233;sol&#233;e, elle &#233;tait d&#233;sol&#233;e ; je ne voulais pas insister par peur de la d&#233;ranger davantage&#8230; : &#171; Ainsi envahi, colonis&#233; par l'id&#233;e m&#234;me d'autrui, on n'est pas dupe ; et certains soirs d'enqu&#234;te vous laissent &#224; c&#244;t&#233; de vous-m&#234;me &#187; (Soudi&#232;re, 1988). C'&#233;tait comme si je me mettais trop &#224; sa place et elle trop &#224; la mienne pour que nous nous comprenions vraiment et qu'ensuite, quand chacune de nous retournait &#224; son monde et &#224; sa r&#233;alit&#233;, cette &#171; mise en sc&#232;ne &#187; disparaissait. Alors ni elle, ni moi, ne nous comprenions d&#233;cid&#233;ment plus. Martin de la Soudi&#232;re &#233;crit &#224; ce propos : &#171; [&#8230;] Demandeur, sans avoir rien &#224; donner ni &#224; &#233;changer, on s'ab&#238;me dans la compr&#233;hension de l'autre comme pour r&#233;duire et compenser l'inconfort de cette relation &#187; (&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;) Sa r&#233;action pourtant me poursuivait, ma culpabilit&#233; grandissait, tandis que Nahid commen&#231;ait &#224; devenir - pour moi, l'incarnation absolue, l'esprit m&#234;me du quartier. -&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin de la Soudi&#232;re &#233;crit : &#171; L'esprit de terrain ne s'apprend pas, il se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. se demandait : &#171; Y avait-il jamais eu la moindre communication et compr&#233;hension entre nous ? [...] Un ab&#238;me nous s&#233;parait [lui et Malik, son informateur] qui ne pourrait jamais &#234;tre combl&#233; &#187; (&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demandais si tous les efforts de compr&#233;hension &#224; l'&#233;gard de l'autre ne sont pas que des jeux de mise en sc&#232;ne, passagers et &#233;ph&#233;m&#232;res : je cr&#233;e &#224; partir de cet autre ce que je veux en croyant l'avoir compris, et il cr&#233;e de moi ce qu'il veut, sans m'avoir vraiment comprise. Ne l'aurai-je pas trahi cet autre, juste en faisant de l'ethnographie ? Je cherchais au fond de moi &#224; savoir si je n'avais pas camoufl&#233; inconsciemment le moi - ethnologue derri&#232;re une apparence d'amiti&#233; qu'il m'avait accord&#233;e et qui me confortait tout aussi bien : c'&#233;tait tr&#232;s flatteur d'&#234;tre ainsi int&#233;gr&#233;e parmi des gens qui me fascinaient, alors que je n'avais rien &#224; rendre en contrepartie de tout ce qui m'&#233;tait offert en information. Au fond, on pense pouvoir &#234;tre un, c'est-&#224;-dire &#224; la fois ami et ethnologue : &#171; l'ethnologue veut se placer &#224; la fois au milieu et &#224; l'&#233;cart des autres : c'est une ambition impossible ! &#187; (Terray, 1988, p. 42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partag&#233;e entre ces deux &#233;tats aussi inconfortables qu'ambigus : celui d'&#171; amie &#187; (ce que je d&#233;sirais &#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais c'est souvent l'&#233;chec, &#233;crit Soudi&#232;re, car cette amiti&#233; que l'on donne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et d'&#171; ethnographe &#187; (ce que j'&#233;tais de fait mais me procurait mal-&#234;tre et inconfort face &#224; la r&#233;alit&#233; de vie de ces gens), j'ai commenc&#233; &#224; remettre en cause l'ethnographie m&#234;me ! &#171; [&#8230;] Venu de la ville avec l'autorisation [&#8230;], l'ethnologue apparait comme un homme - ou une femme - riche, et, compar&#233; aux pauvres gens qu'il harc&#232;le de ses questions, il l'est. Pour satisfaire ses curiosit&#233;s, ses interlocuteurs doivent lui r&#233;server une partie de leur temps, quelles que soient les formules de rigueur sur la restitution du savoir et l'utilit&#233; d'une connaissance exacte de soi, ils sont sceptiques sur les bienfaits qu'eux-m&#234;mes retireront de son travail [&#8230;] je ne crois pas au total que les man&#339;uvres de l'ethnologue conduisent &#224; une v&#233;ritable connaissance de l'autre&#8230; &#187; ! (Terray, 1988, p. 42)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas vrai que &#171; le terrain est donc violence. On se fait violence pour faire violence &#224; l'autre &#187; (Rabinow, 1987, p. 117) ? &#171; Sur le terrain, comme dans la cour d'&#233;cole un &#233;ternel nouveau, on ne trouve jamais le ton &#187; [&#8230;] &#171; Le terrain nous rappelle d'abord de fa&#231;on exemplaire la difficult&#233; de toute communication, et de tout essai de compr&#233;hension de l'autre [&#8230;] Il n'y a pas de &#8220;bonne&#8221; distance ; on en fait toujours trop ou trop peu&#8230; Pr&#233;tendre par postulat &#234;tre &#224; m&#234;me d'&#233;prouver soi-m&#234;me ce qu'&#233;prouve autrui est un leurre &#187; (Soudi&#232;re, 1988). &#171; Mes gestes &#233;taient fautifs, mon langage maladroit, mes questions saugrenues, et bien trop fr&#233;quemment dominait un sentiment de malaise dans mes rapports avec autrui &#187; (Rabinow, 1987, p. 77). Dans une telle situation o&#249; je restais &#233;ternellement &#233;trang&#232;re par mon &#171; statut de chercheur &#187;, je me demandais si ce que je cherchais n'&#233;tait pas plut&#244;t une implication non pas dans la recherche, mais plut&#244;t &#171; dans ce qui nie la recherche - la vie &#187; (Roulau, 1988, p. 35) ? Pour paraphraser Rabinow : &#171; Diverses images de mon sur-moi d'ethnologue venaient me hanter tandis que l'air se faisait plus pur et le jeu plus libre &#187; (in Soudi&#232;re, 1988).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Terray sugg&#232;re que &#171; pour franchir l'obstacle, nous devrions sortir de notre statut de parasite, &#233;tablir avec nos h&#244;tes une relation moins artificielle, moins fausse : il faudrait des activit&#233;s communes, des &#233;motions et des int&#233;r&#234;ts partag&#233;s&#8230; &#187; ! Cela n'aboutirait-il pas au final &#224; une forme d'abolition du travail d'ethnographie m&#234;me ? Lorsque, juste en tant que chercheur sur un terrain, on cherche une place, en fait on la perd plut&#244;t : &#171; Perdre la place qui est la sienne &#233;quivaut &#224; perdre sa &#8220;valeur&#8221;. La personne &#8220;d&#233;plac&#233;e&#8221;, celui ou celle qui ne se conduit pas selon les exigences de sa &#8220;place&#8221;, perd son statut moral mais, plus important encore, elle perd le sentiment intime de sa propre valeur ; un d&#233;placement effectif est socialement r&#233;v&#233;lateur d'une faute morale grave, d'une faute qui touche au substrat &#233;motionnel de l'individu : qui r&#233;v&#232;le son incapacit&#233; &#224; conna&#238;tre sa place et &#224; agir en cons&#233;quence &#187; (Papataxiarchis, 1994). En revanche &#171; est-il utile de penser, &#233;crit Anne Raulin, en terme d'anthropologie collaborative, o&#249; l'anthropologie travaille en partenariat avec ses sujets pour &#233;laborer les questions partantes et l'analyse qui s'ensuit, brouillant &#224; la fois la distinction entre observateur et observ&#233;s et celle entre sujet et public ? &#187; (Raulin, 2012, p. 10). &#171; Enfin, elle continue plus loin, qu'est-ce que la connaissance proprement anthropologique peut ajouter &#224; l'ensemble des connaissances d&#233;j&#224; acquises par ailleurs [&#8230;] ? &#187; (&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ressentiments, &#224; travers cette exp&#233;rience et apr&#232;s tant d'efforts, restent identiques &#224; ce qu'ils &#233;taient au point de d&#233;part, comme si le terrain me refusait, comme si je ne pouvais y trouver une place, et cela toujours de la m&#234;me mani&#232;re tacite et discr&#232;te. Enqu&#234;ter suppose de &#171; devenir une sorte de non-personne, ou plus exactement une personne dans toute l'acception du terme &#187; (Rabinow, 1988, p. 52). &#171; Retranchement, retenue, renoncement : cette mise en sommeil d'une part de soi (spontan&#233;it&#233; de ses attitudes ordinaires) devient douleur, quand elle dure &#187; (Soudi&#232;re, 1988).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pars, abandonn&#233;e &#224; moi-m&#234;me, pour faire revivre, seule, ce que j'avais appris de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais &#224; Paris pour r&#233;diger ma th&#232;se sur ce quartier d'Islam&#226;b&#226;d ; r&#233;aliser ce travail en analysant les donn&#233;es dont je dispose, les compl&#233;ter si n&#233;cessaire, mais surtout ne pas faire de terrain avant que ne soit achev&#233;e cette phase. Je m'installe dans un quartier de l'Est parisien (Saint Blaise). Je ne veux plus endosser le r&#244;le de l'ethnologue dans mes rapports avec les gens, sentir toujours le go&#251;t &#226;pre de cette exp&#233;rience de l'enqu&#234;teur. Ce fut &#224; ce moment-l&#224; que survint un incident m&#233;thodologique bien r&#233;v&#233;lateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me circonstance. Paris, quartier de Saint Blaise. Une participation observante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Blaise est situ&#233; &#224; l'extr&#233;mit&#233; est du 20e arrondissement de Paris. J'y ai v&#233;cu six ann&#233;es durant. Je m'y suis install&#233;e avec mes deux enfants parce que j'y avais lou&#233; un logement conforme &#224; mon budget (tr&#232;s modeste) par l'interm&#233;diaire d'une amie depuis l'Iran. Je ne connaissais gu&#232;re Paris, et ignorais totalement &#171; le haut &#187; et &#171; le bas &#187; de la mentalit&#233; parisienne. Mais une urbaniste nous avait fait, &#224; l'Institut Fran&#231;ais de Recherche en Iran, un expos&#233; sur la situation et les d&#233;fauts urbanistico-socio-&#233;conomiques de la &#171; cit&#233; &#187; qui s'y trouvait (cit&#233;, disait-on, &#224; cause d'une forte concentration d'immigr&#233;s et d'une population majoritairement d&#233;pendante des aides sociales). Cela restait &#233;videmment tr&#232;s vague dans ma pens&#233;e, qui &#233;tait assez d&#233;tach&#233;e de cette probl&#233;matique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les aides sociales n'existent pas en Iran, comme &#224; Paris.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Au premier abord, je ne per&#231;us pas les inconv&#233;nients annonc&#233;s, je voyais un quartier bien construit, tout &#224; fait en ordre, et repr&#233;sentant plut&#244;t les formes architecturales modernes r&#234;v&#233;es par l'esprit iranien.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Iran, l'urbanisme, tr&#232;s soucieux par la question de l'hygi&#232;ne, tend &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Aucune ressemblance avec le bidonville iranien. Mais au fur et &#224; mesure de mon s&#233;jour, je n'entendais parler que des probl&#232;mes du quartier, de son apparence physique comme de sa substance sociale. Cette fois, ce n'&#233;tait pas sur un terrain ext&#233;rieur, mais dans un quartier que je devais vivre et scolariser mes enfants. Ma situation &#233;tait pour le moins scabreuse : je ne ma&#238;trisais pas tout &#224; fait la langue dans ses usages quotidiens ; mes enfants et moi &#233;tions avant tout class&#233;s dans la cat&#233;gorie qualifi&#233;e de path&#233;tique, repr&#233;sentative de la condition d'&#171; immigr&#233;e &#187; ; mon fils ain&#233; devait int&#233;grer une classe CLIN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Classe d'initiation pour non-francophones, obligatoire pour les nouveaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (ne connaissant pas le fran&#231;ais) ; j'&#233;tais, personnellement, oblig&#233;e de passer par une assistante sociale afin de trouver une place pour mon fils cadet &#224; la cr&#232;che, n'ayant pas de fiche de paye ni la cotisation de la CAF (n&#233;cessaire pour la cantine scolaire ou la moindre participation des enfants aux sorties ou activit&#233;s culturelles), pas plus qu'une &#171; carte de s&#233;jour de longue dur&#233;e &#187;, de droit de &#171; regroupement familial &#187;, etc. Aussi commen&#231;ais-je &#224; vivre en chair et en os la situation de &#171; l'immigr&#233;e &#187; dont ma longue approche th&#233;orique ne m'avait pas permis de sonder jusqu'alors les sinuosit&#233;s. Je commen&#231;ais, seulement &#224; ce moment-l&#224;, &#224; Paris, &#224; comprendre ce que je pensais avoir d&#233;j&#224; compris en Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ann&#233;e a pass&#233;, consacr&#233;e uniquement &#224; d&#233;penser tous mes efforts dans la mise en place d'une vie tr&#232;s simple et modeste en r&#234;vant que cela me permettrait de me concentrer un peu sur mon travail. Mais c'&#233;tait sans compter avec l'obligation o&#249; je me trouvais, au bout de cette premi&#232;re ann&#233;e, de renouveler tous mes droits. Prise, concr&#232;tement, dans la r&#233;alit&#233; de ma condition, j'&#233;tais devenue, au fils du temps, l'immigr&#233;e ; dans un mouvement d'oscillation permanent, je me d&#233;finissais, alternativement, tant&#244;t comme &#171; la chercheuse en perte progressive de son sens qu'&#233;touffait inexorablement sa vie locale &#187;, tant&#244;t comme la &#171; m&#232;re iranienne isol&#233;e &#187; que les braves gens du quartier faisaient de moi &#171; affect&#233;e &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;f&#233;rence &#224; J. Favret-Saada, 1990&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le rem&#232;de ? Il vint, je pense, de ma d&#233;cision de m'extraire, co&#251;te que co&#251;te, de cette circularit&#233;, en prenant de la distance avec l'imm&#233;diatet&#233; de mon environnement, que je me mis &#224; observer, comme si je n'en faisais pas partie. Redevenir chercheuse, observatrice ! J'ai commenc&#233; d&#232;s lors &#224; distinguer certains points communs entre Saint Blaise et Islam&#226;b&#226;d : une concentration de populations immigr&#233;es, une relative grande pauvret&#233; au regard de la soci&#233;t&#233; globale (le niveau de vie restant bien sup&#233;rieur en France), une situation de marginalit&#233; et la circulation d'id&#233;es re&#231;ues autour de la notion de &#171; cit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de mon &#233;tude iranienne &#233;tait : la solidarit&#233; sociale, l'analyse du processus de l'organisation d'un quartier, et l'humanisation d'un espace par les liens de solidarit&#233; effectifs. En retrouvant ce terme de solidarit&#233; au c&#339;ur des discussions quasi-journali&#232;res dans le quartier de Saint Blaise (&#224; l'&#233;cole, au centre de loisir, au centre socio-culturel, dans les jardins partag&#233;s, les programmes de la m&#233;diath&#232;que, etc.), je me demandais d'une part, si la solidarit&#233; sociale et la triple obligation maussienne de donner, recevoir et rendre sont bien des ph&#233;nom&#232;nes sociaux universels, tout particuli&#232;rement pr&#233;sents en situation de pauvret&#233;, comme en t&#233;moignent de multiples recherches et comme j'ai pu l'observer moi-m&#234;me &#224; Islam&#226;b&#226;d et, d'autre part, comment ces pratiques peuvent s'articuler dans un quartier parisien populaire d'aujourd'hui. L&#224; o&#249; je voyais, en tant que migrante, constamment et partout les innombrables signes de l'&#171; Etat providence &#187; &#224; travers divers sigles d'organismes et institutions (HLM, RSA, CMU, CAF, etc. ) totalement inconnus en Iran. Je m'interrogeais sur ce que la solidarit&#233; pouvait encore signifier d'essentiel dans un tel contexte. Autrement dit, si la solidarit&#233; se manifeste d'abord dans ce rapport &#233;troit entre don et contre-don, un rapport qui se noue, comme chez les Islam&#226;b&#226;dis, dans le besoin r&#233;ciproque. Mais sur la base de quel besoin les habitants de ce quartier parisien pourraient-ils cr&#233;er entre eux des liens de solidarit&#233; ? Avec la pr&#233;sence d'un Etat qui assiste, mais aussi surveille et contr&#244;le, quelle n&#233;cessit&#233; peut pousser les habitants &#224; &#233;tablir de tels liens &#224; l'&#233;chelle locale d'un quartier et quelles formes peuvent donc prendre ces liens ? Dans des rapports de voisinage o&#249; le besoin r&#233;ciproque se r&#233;duit &#224; de menus services et &#224; la nostalgie d'une convivialit&#233; perdue dans &#171; l'anonymat urbain &#187;, qu'est-ce qui motive encore l'acte de donner ? Qu'est-ce qui justifie l'obligation de recevoir ? Et au fait, que donner ou recevoir ? La solidarit&#233; serait-elle devenue un mythe, un mot d'ordre superflu sans effectivit&#233;, l&#224; o&#249; l'Etat semble avoir pris en charge les r&#244;les et les responsabilit&#233;s que les gens pourraient assumer les uns envers les autres dans une situation de fragilit&#233; sociale ? Dans de telles conditions, commun&#233;ment consid&#233;r&#233;es comme &#171; parfaites &#187; ou &#171; id&#233;ales &#187; par l'immigr&#233; fra&#238;chement arriv&#233; de son pays et r&#233;ellement meilleures que tout ce qu'il a connu, pourquoi parle-t-on encore autant, parmi les travailleurs sociaux ou les militants politiques, de la solidarit&#233; et de sa n&#233;cessit&#233; ? Formulerait-on cette exigence si le besoin n'en &#233;tait pas ressenti individuellement et collectivement par les acteurs sociaux &#224; l'&#233;chelle locale ? Quelle r&#233;alit&#233; recouvre ici ce mot, prononc&#233; par tant d'acteurs sociaux dans un contexte qui semble pourtant devoir le rendre obsol&#232;te ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien qu'ici mon objectif ne soit d'entrer dans les d&#233;tails des r&#233;sultats sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de &#171; l'observation en chair et en os &#187; au quotidien, cette fois-ci tr&#232;s diff&#233;rente, m'incita &#224; prendre conscience de la n&#233;cessit&#233; d'une nouvelle m&#233;thodologie &#224; adopter. Plus je m'int&#233;grais dans le quartier (comme je n'avais jamais pu le faire &#224; Islam&#226;b&#226;d), plus, lui aussi, s'int&#233;grait dans ma r&#233;flexion et, finalement, jusque dans ma th&#232;se. De nombreuses personnes venaient &#224; moi sans que j'aie &#233;t&#233; tenue d'en prendre l'initiative, ce qui m'offrait le meilleur moyen de r&#233;pondre &#224; mes questions de d&#233;part par rapport &#224; la &#171; solidarit&#233; &#187;. Au d&#233;but, en aucun cas, je ne pouvais me soustraire &#224; cette image pour me pr&#233;senter seulement comme chercheuse afin de conna&#238;tre le quartier. M&#234;me si l'on savait que je r&#233;digeais une th&#232;se et projetais d'y inclure la vie du quartier, cet argument ne faisait pas le poids en regard de l'image path&#233;tique d'une m&#232;re iranienne avec deux enfants, sans travail ni papiers de long s&#233;jour. Souvent, les entretiens que je menais &#233;taient d&#233;tourn&#233;s de leur but, la relation entre la chercheuse et l'habitant se trouvait renvers&#233;e : je devenais le sujet des questions de mon interlocuteur ; on voulait me conseiller pour la scolarisation de mes enfants, pour mes papiers et ma r&#233;gularisation sur le territoire fran&#231;ais, pour trouver un logement, un travail, etc. Au fur et &#224; mesure de l'&#233;laboration de mon terrain et du d&#233;veloppement de ma curiosit&#233; anthropologique, je me voyais davantage remarqu&#233;e et observ&#233;e. Aussi d&#233;cidai-je d'assumer ce statut qu'on m'attribuait et d'appr&#233;hender ce terrain tel qu'il se pr&#233;sentait &#224; moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience de mon arriv&#233;e &#224; Paris dans le quartier Saint Blaise m'a permis de saisir r&#233;trospectivement pourquoi, &#224; Islam&#226;b&#226;d, l'observation participante s'&#233;tait av&#233;r&#233;e si difficile : ma condition de chercheuse venant de l'ext&#233;rieur, appartenant &#224; la classe socioculturelle sup&#233;rieure, ne me permettait pas, alors, malgr&#233; tous mes efforts, de comprendre la d&#233;tresse de la population observ&#233;e. Je m'&#233;tais m&#234;me pos&#233; cette question sur le terrain d'Islam&#226;b&#226;d : &#171; Quelle distance conserver face &#224; la &#8220;d&#233;tresse humaine&#8221; ? &#187; Question absurde ! Je me r&#233;pondais alors : soit la d&#233;tresse nous incorpore, et il n'y a donc pas de distance, soit elle nous &#233;pargne, et il n'y a que de la distance. Il ne s'agit pas en fait d'&#233;valuer le degr&#233; de distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#233;motions que j'ai v&#233;cues au cours de ces six ann&#233;es pass&#233;es dans le quartier Saint Blaise, elles furent li&#233;es essentiellement aux &#233;preuves engendr&#233;es par les probl&#232;mes concrets de la vie quotidienne ou indissolubles du cycle de vie. Ce fut une v&#233;ritable vie, m&#234;l&#233;e &#224; la vie du quartier, scand&#233;e par la pr&#233;sence et le soutien de nombre d'amis ou voisins, qui s'av&#233;r&#232;rent d&#233;cisifs. Or, au fil de ces relations tiss&#233;es au quotidien, je sentais que je perdais toute connotation autre que moi-m&#234;me : je n'&#233;tais plus ni la repr&#233;sentante de la ville (comme sur le premier terrain), ni celle de l'universit&#233;, voire m&#234;me de la m&#232;re iranienne ; je versais dans l'anonymat, je devenais comme l'une de ces centaines d'autres, plus ou moins capable de me d&#233;brouiller dans la vie au cours des jours. Mais au milieu de tous, un petit &#234;tre bien lumineux &#233;clairait g&#233;n&#233;reusement mon cheminement. Ce fut une dame plus ou moins du m&#234;me &#226;ge que ma m&#232;re, qui m'avait presque adopt&#233;e (peut-&#234;tre &#224; la place d'un fils qu'elle avait perdu juste avant mon arriv&#233;e, &#224; cause du Sida), et que j'avais presque adopt&#233;e (peut-&#234;tre &#224; la place de ma m&#232;re partie durant ces ann&#233;es-l&#224; &#224; cause du cancer). Sa famille habitait le quartier depuis quatre g&#233;n&#233;rations. Je me confiais &#224; elle et elle m'amenait &#224; l'exploration de cet univers voil&#233; au fond de sa m&#233;moire tandis que nous parcourions interminablement les recoins et les ruelles de Saint Blaise et ses alentours (tant&#244;t vers le boulevard Davout, Montreuil, Bagnolet, Bois de Vincennes, tant&#244;t vers le P&#232;re Lachaise et &#224; l'arri&#232;re des vestiges des anciennes usines, tant&#244;t en montant vers M&#233;nilmontant ou longeant les voies ferr&#233;es). Je vivais avec elle son pass&#233;, elle vivait avec moi mon pr&#233;sent. Je voyais dans son pass&#233; des traces de mon pr&#233;sent et elle me dit que c'&#233;tait r&#233;ciproque. Nos voyages se sont prolong&#233;s jusqu'en Iran (elle y a &#233;galement rencontr&#233; Nahid). Nous sommes all&#233;es jusqu'au Meyd&#226;n-e Vanak o&#249; elle a observ&#233; les manifestations de 2009, en &#233;voquant des souvenirs de mai 68 &#224; Paris, en parlant de notre participation aux manifestations dans l'Est parisien pour une famille de sans-papiers du quartier. Il en r&#233;sulta pour elle une sorte d'autobiographie, rest&#233;e in&#233;dite, qu'elle nomma &#171; de la place Saint Blaise &#224; Meyd&#226;n-e Vanak &#187;, et pour moi une th&#232;se comparatiste, mais surtout un changement quasi-radical de regard et de vision du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es se sont succ&#233;d&#233;es. Nahid a r&#233;dig&#233; un m&#233;moire assez remarquable sur son quartier et les cons&#233;quences des projets urbains sur la vie des habitants ; elle est aujourd'hui experte en sciences sociales, sp&#233;cialis&#233;e en urbanisme et dirige des projets de d&#233;veloppement local &#224; T&#233;h&#233;ran et dans sa banlieue. Nous sommes en contact assez r&#233;guli&#232;rement et &#233;changeons des id&#233;es et des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la dame de Saint Blaise, notre amiti&#233; ne s'est jamais d&#233;mentie. Elle reste aussi pour moi un rep&#232;re. Lors de notre derni&#232;re conversation t&#233;l&#233;phonique, il y a quelques jours, elle a eu cette phrase que j'aimerais citer en guise de conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu sais, ce mur qui est &#224; c&#244;t&#233; de chez nous, que j'aime bien ; bon, ils ont commenc&#233; &#224; le d&#233;truire, j'ai vu l'autre jour ! Eh bien, puisque c'est comme &#231;a, on ne peut rien faire &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le quartier de Saint Blaise, depuis les reconstructions issues des projets (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Mais &#231;a me fait de la peine ! Alors, tu sais quoi, G&#233;rard, un matin, eh bien, il m'en a apport&#233; une pierre ! Je trouve &#231;a plein de tendresse ! (elle rit)&#8230; J'aime les pierres, &#231;a continue !&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a continue pour moi aussi qui garde, &#233;parses dans ma m&#233;moire de chercheuse, les pierres des murs de terrains infinis, comme des jalons pour de nouvelles constructions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crapanzano V., &#171; R&#233;flexions sur une anthropologie des &#233;motions &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, n&#176; 22, 1994, pp. 109-117.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Favret-Saada J., &#171; &#202;tre affect&#233; &#187;, &lt;i&gt;Gradhiva&lt;/i&gt;, n&#176; 8, 1990, pp. 3-10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piasere L., &lt;i&gt;L'ethnographe imparfait, Exp&#233;rience et cognition en anthropologie&lt;/i&gt;, &#233;ditions EHESS, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lourau R., &lt;i&gt;Le Journal de recherche. Mat&#233;riaux d'une th&#233;orie de l'implication&lt;/i&gt;, Paris, M&#233;ridiens-Klincksieck, coll. &#171; Analyse institutionnelle &#187;, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauss M., &#171; Essai sur le don. Forme et raison de l'&#233;change dans les soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques &#187;, dans &lt;i&gt;Sociologie et Anthropologie&lt;/i&gt;, (2009), Paris, PUF, 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papataxiarchis E., &#171; &#201;motions et strat&#233;gies d'autonomie en Gr&#232;ce &#233;g&#233;enne &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt; [En ligne], 22 mars 1994, mis en ligne le 15 juin 2007, consult&#233; le 08 septembre 2015. URL : &lt;a href=&#034;&#034;&gt;http://terrain.revues.org/3081 ; DOI : 10.4000/terrain.3081&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parsapajouh S., &lt;i&gt;Humanisation de l'espace et solidarit&#233;s dans deux quartiers populaires de T&#233;h&#233;ran et de Paris&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat, Universit&#233; de Paris Ouest-Nanterre, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parsapajouh S., &#171; De la construction de l'abri &#224; l'humanisation du logement dans deux quartiers populaires iranien et fran&#231;ais &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de sociologie &#233;conomique et culturelle&lt;/i&gt;, n&#176; 55, 2013, pp.49-72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rabinow P., &lt;i&gt;Ethnologue au Maroc, r&#233;flexion sur une enqu&#234;te de terrain&lt;/i&gt;, Paris, Hachette, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raulin A. et S.- C., Rogers, &lt;i&gt;Parallaxes transatlantiques : vers une anthropologie r&#233;ciproque&lt;/i&gt;, Paris, CNRS &#233;ditions, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raulin A., communication orale &#171; A propos de &#8220;Parallaxes transatlantiques&#8221;. Vers une anthropologie r&#233;ciproque &#187; : terrain post-traumatique et &#171; contamination du sujet &#187;, Rencontre sur la r&#233;flexivit&#233; du chercheur, organis&#233;e par Melody Buhr, l'INED le 4 avril 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa&#239;di-Sharouz M., &lt;i&gt;T&#233;h&#233;ran des quartiers populaires. Transformation urbain et soci&#233;t&#233; civile en R&#233;publique Islamique&lt;/i&gt;, Paris, Karthala, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudi&#232;re M. de la, &#171; L'inconfort du terrain. &#8220;Faire&#8221; la Creuse, le Maroc, la Loz&#232;re&#8230; &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt; [En ligne], 11 novembre 1988, mis en ligne le 04 janvier 2012, consult&#233; le 08 septembre 2015. URL : &lt;a href=&#034;http://terrain.revues.org/3316 ; DOI : 10.4000/terrain.3316&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://terrain.revues.org/3316 ; DOI : 10.4000/terrain.3316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terray E., &lt;i&gt;Lettre &#224; la fugitive&lt;/i&gt;, Paris, O. Jacob/Seuil, 1988.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. de la Soudi&#232;re &#233;crit &#224; ce propos : &#171; il est d'autres m&#233;tiers confront&#233;s &#224; de tels d&#233;racinements chroniques : assistantes sociales, m&#233;decins, avocats, etc., mais leur l&#233;gitimation s'impose n&#233;anmoins par la finalit&#233; m&#234;me &#8212; explicite, reconnue &#8212; de leur action. Mais, &#171; chercheur &#187; ! Profession sans nom : chercheur ? Enqu&#234;teur ? Sociologue ? Ethnographe ? Le plus souvent, sur le terrain, nous ne d&#233;clinons aucune de ces qualit&#233;s, nous r&#233;fugiant prudemment &#8212; l&#226;chement &#8212; derri&#232;re une fonction mieux &#233;tablie et plus famili&#232;re (enseignant), ou un travail plus tangible (&#233;crire une th&#232;se, un livre) &#187; (1988).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin de la Soudi&#232;re &#233;crit : &#171; L'esprit de terrain ne s'apprend pas, il se d&#233;couvre. S'invente &#224; chaque fois &#187;, [&#8230;] &#171; L'esprit de terrain se moque du terrain &#187; (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais c'est souvent l'&#233;chec, &#233;crit Soudi&#232;re, car cette amiti&#233; que l'on donne &#8212; sinc&#232;rement &#8212; est le plus souvent biais&#233;e par la repr&#233;sentation que les habitants se font de vous, ou par les b&#233;n&#233;fices qu'ils attendent de cette relation affective (ibid.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les aides sociales n'existent pas en Iran, comme &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En Iran, l'urbanisme, tr&#232;s soucieux par la question de l'hygi&#232;ne, tend &#224; la recherche d'am&#233;nagements standards modernistes. Le livre T&#233;h&#233;ran des quartiers populaires, &#233;dit&#233; par M. Sa&#239;di-Shahrouz, pr&#233;sente une s&#233;rie d'articles int&#233;ressants sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Classe d'initiation pour non-francophones, obligatoire pour les nouveaux arrivants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;f&#233;rence &#224; J. Favret-Saada, 1990&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien qu'ici mon objectif ne soit d'entrer dans les d&#233;tails des r&#233;sultats sur cette question, je tiens &#224; pr&#233;ciser que dans mon travail de th&#232;se, j'ai mis en lumi&#232;re la pr&#233;sence de forts liens de solidarit&#233; aussi bien chez les membres d&#233;favoris&#233;s de la soci&#233;t&#233; iranienne (dans un syst&#232;me d'entraide) que chez les individus engag&#233;s de la soci&#233;t&#233; parisienne (dans leur d&#233;fense des sans-papiers et des sans-abris), bas&#233;s sur les convictions de nature diff&#233;rentes. Dans les deux quartiers, l'adh&#233;sion &#224; un syst&#232;me de valeurs permet aux habitants de constituer des liens sociaux, de s'approprier et de fa&#231;onner l'espace, de n&#233;gocier avec le pouvoir et la ville englobante (cf. Parsapajouh, 2011 et 2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le quartier de Saint Blaise, depuis les reconstructions issues des projets urbains des ann&#233;es 1960-70, reste toujours objet de nouveaux projets d'am&#233;nagement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Recherches &#233;prouv&#233;es : les sciences sociales mises &#224; l'&#233;preuve des &#233;motions ?</title>
		<link>https://influxus.eu/article1029.html</link>
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		<dc:date>2015-11-10T09:25:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Dassi&#233;, Virginie Valentin</dc:creator>


		<dc:subject>Creative Commons</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Emotion</dc:subject>
		<dc:subject>Affects</dc:subject>
		<dc:subject>Pragmatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Epist&#233;mologie</dc:subject>
		<dc:subject>Sciences sociales</dc:subject>
		<dc:subject>Feelings</dc:subject>
		<dc:subject>Social sciences</dc:subject>
		<dc:subject>Court-circuitage</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologue</dc:subject>
		<dc:subject>Introspection sensorielle</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvements psycho-affectif du chercheur</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;canique des relations affectives</dc:subject>
		<dc:subject>Ph&#233;nom&#232;ne naturel electrostatique</dc:subject>
		<dc:subject>Partage des &#233;motions</dc:subject>
		<dc:subject>Th&#233;orie interactionniste</dc:subject>
		<dc:subject>Affectuelle</dc:subject>
		<dc:subject>Anthropologie &#034;modale&#034;</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-ethnographie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1921, Marcel Mauss, dont on sait combien il a &#233;t&#233; un pr&#233;curseur dans de nombreux champs socio-anthropologiques, r&#233;digeait &#171; L'expression obligatoire des sentiments &#187;, premier article en science sociale faisant &#233;tat de la dimension sociale des &#233;motions et de la ritualisation des usages du corps qui y sont li&#233;es. L'anthropologue invitait &#224; voir les sentiments comme &#171; non pas des ph&#233;nom&#232;nes exclusivement psychologiques, ou physiologiques, mais des ph&#233;nom&#232;nes sociaux, marqu&#233;s &#233;minemment du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot1104.html" rel="tag"&gt;Creative Commons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5591.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5603.html" rel="tag"&gt;Emotion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5741.html" rel="tag"&gt;Affects&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5743.html" rel="tag"&gt;Pragmatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5745.html" rel="tag"&gt;Epist&#233;mologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5747.html" rel="tag"&gt;Sciences sociales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5749.html" rel="tag"&gt;Feelings&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5801.html" rel="tag"&gt;Court-circuitage&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5817.html" rel="tag"&gt;Partage des &#233;motions&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://influxus.eu/mot5823.html" rel="tag"&gt;Anthropologie &#034;modale&#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5825.html" rel="tag"&gt;Auto-ethnographie&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1921, Marcel Mauss, dont on sait combien il a &#233;t&#233; un pr&#233;curseur dans de nombreux champs socio-anthropologiques, r&#233;digeait &#171; L'expression obligatoire des sentiments &#187;, premier article en science sociale faisant &#233;tat de la dimension sociale des &#233;motions et de la ritualisation des usages du corps qui y sont li&#233;es. L'anthropologue invitait &#224; voir les sentiments comme &#171; non pas des ph&#233;nom&#232;nes exclusivement psychologiques, ou physiologiques, mais des ph&#233;nom&#232;nes sociaux, marqu&#233;s &#233;minemment du signe de la non-spontan&#233;it&#233;, et de l'obligation la plus parfaite &#187; (Mauss 1968, p. 81). Ce parti-pris allait alors &#224; l'encontre des perspectives freudiennes selon lesquelles &#171; les r&#233;sidus d'exp&#233;riences &#233;motives &#187; (Freud 1966, p. 15) constitueraient un ressort fondamental de la vie psychique et par cons&#233;quent une voie d'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension du comportement individuel. D&#232;s 1909, Freud avait en effet &#233;tabli un lien de causalit&#233; entre les d&#233;sordres psycho-physiologiques et les &#233;v&#233;nements qui marquent l'histoire personnelle d'une empreinte affective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La notion d'affect est pr&#233;sente d&#232;s 1895 dans &#171; l'Esquisse d'une psychologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les r&#233;flexions de Mauss n'ont toutefois eu que peu de prolongements durant cette premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle. Il fallut attendre les ann&#233;es 1950 pour que les &#233;motions refassent peu &#224; peu surface dans les questionnements des sciences sociales avant de conduire &#224; l'explosion &#233;ditoriale que l'on voit aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;motions sont pourtant au c&#339;ur de toute rencontre avec autrui et le principe d'enqu&#234;te de terrain propos&#233; par l'ethnologie y a d'embl&#233;e confront&#233;e les chercheurs en posture d'observation des autres. Dans son journal de bord, Malinowski a ainsi d&#232;s les ann&#233;es 1920 rendu compte de son empathie mais aussi du d&#233;go&#251;t et des angoisses ressentis lors de son s&#233;jour aupr&#232;s des Trobriandais. La publication posthume de ce t&#233;moignage (Malinowski, 1967) a n&#233;anmoins caus&#233; la stupeur de la communaut&#233; scientifique. Rendre publique les &#233;motions du chercheur ne va donc pas plus de soi que la prise en compte de celles des autres. L&#233;vi-Strauss raconte d'ailleurs avoir mis longtemps avant de pouvoir se r&#233;soudre &#224; cette forme d'introspection &#224; propos de la publication de Tristes Tropiques, livre hybride entre l'autobiographie et l'ethnographie : &#171; Quinze ans ont pass&#233; depuis que j'ai quitt&#233; pour la derni&#232;re fois le Br&#233;sil et, pendant toutes ces ann&#233;es, j'ai souvent projet&#233; d'entreprendre ce livre ; chaque fois, une sorte de honte et de d&#233;go&#251;t m'en ont emp&#234;ch&#233;. &#187; (L&#233;vi-Strauss, 1955, p. 9) La publication de ces t&#233;moignages intimes pose la question de la prise en compte de la subjectivit&#233; du chercheur et de l'impuret&#233; que les &#233;motions semblent faire subir &#224; la science, relan&#231;ant ainsi le d&#233;bat sur la conception m&#234;me de la discipline et de la d&#233;finition des &#171; Sciences humaines et sociales &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, il semble paradoxalement tout aussi difficile de mettre les &#233;motions compl&#232;tement &#224; l'&#233;cart des r&#233;flexions sur l'&#234;tre humain en soci&#233;t&#233;. Fran&#231;oise H&#233;ritier remarque ainsi &#224; propos de Claude L&#233;vi-Strauss que la question des affects n'&#233;tait pas totalement &#233;trang&#232;re &#224; son anthropologie structurale. L'anthropologue pensait en effet la structure du social de mani&#232;re globale, sans dichotomie entre le sensible et l'intelligible (H&#233;ritier, 2014, p. 353). D'autre part, le rite est un domaine privil&#233;gi&#233; de l'expression sociale des &#233;motions qui a pour but la capture des sentiments et leur canalisation : le sociologue Maurice Halbwachs en particulier a insist&#233; sur la dimension du rite comme mise en forme des &#233;motions (Halbwachs, 1972). Si cette dimension a largement &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e par les anthropologues, les autres aspects &#233;motionnels de la vie psycho-sociale n'avaient pourtant pas de place dans les travaux en sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La red&#233;couverte des &#233;motions par les sciences sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps cantonn&#233;es aux marges des analyses, les &#233;motions tendent n&#233;anmoins &#224; occuper d&#233;sormais le devant de la sc&#232;ne. Cette app&#233;tence nouvelle &#224; l'&#233;gard des &#233;motions et l'&#233;largissement disciplinaire qui l'accompagne ont &#233;galement de quoi surprendre. &#192; l'aube du XXIe si&#232;cle, c'est en effet l'inflation &#233;ditoriale des travaux men&#233;s en sciences sociales sur les &#233;motions que l'on constate. Depuis les ann&#233;es 1980 cette r&#233;flexion d&#233;borde qui plus est largement le champ de la psychologie qui &#233;tait la seule discipline &#224; s'y int&#233;resser jusque-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'anthropologie aux sciences politiques, en passant par la sociologie, la g&#233;ographie, l'&#233;conomie ou l'histoire, l'ensemble des sciences sociales semble d&#233;couvrir les &#233;motions. Avec elles, les sentiments, les sensibilit&#233;s, les passions mais aussi les attachements et l'affection s'invitent dans les r&#233;flexions sur l'homme en soci&#233;t&#233;, tendant &#224; sugg&#233;rer des modes sp&#233;cifiques d'entrer en relation avec le monde ext&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'emploi de ces termes souffre cependant de l'&#233;vidence de leurs usages communs et conduit &#224; des quiproquos qui am&#232;nent bien souvent &#224; une relative confusion des d&#233;bats. Pour ne prendre que l'exemple de l'anthropologie, la notion de passion sous les plumes de David Le Breton et de Christian Bromberger oriente le lecteur vers des perspectives tr&#232;s diff&#233;rentes : pour le premier, le terme de passion recouvre ainsi l'ensemble des &#233;tats ou ph&#233;nom&#232;nes affectifs individuels, - &#233;motions, sentiments, perceptions sensorielles -, appr&#233;hend&#233;s comme &#171; la cons&#233;quence intime, &#224; la premi&#232;re personne, d'un apprentissage social et d'une identification aux autres qui nourrissent sa sociabilit&#233; &#187; (Le Breton, 1998 , p. 136) alors que pour le second, la passion traduit une forme de relation excessive &#224; une pratique, des engouements qui &#171; s'exercent dans la solitude [&#8230;] ou dans l'effervescence collective &#187; (Bromberger, 1998, p. 31) &#224; l'instar de celui des bricoleurs, des amoureux de l'orthographe ou encore des supporters de football. &lt;br class='autobr' /&gt;
La focale d'analyse peut &#233;galement partir de manifestations tr&#232;s diverses puisqu'il peut aussi bien &#234;tre question de grands bouleversements collectifs (Morin, 1969) que de pratiques du quotidien (Bromberger, 1998). Dans le premier cas, la rumeur nourrit l'&#233;motion sur la sc&#232;ne publique et appara&#238;t &#234;tre l'indice d'une situation de crise profonde qui agite l'ensemble du corps social. Dans le second, c'est la passion individuelle qui apporte un &#233;clairage sur les ressorts d'engouements partag&#233;s, r&#233;v&#233;lateurs de nouvelles formes de liens sociaux. Outre leur voyage &#224; travers des ontologies multiples (le social, le physiologique, le g&#233;n&#233;tique, le philosophique), tous ces termes sont donc traduits de mani&#232;res diff&#233;rentes et parfois concurrentes pour rendre compte de r&#233;alit&#233;s sociales tr&#232;s diverses, cela au profit d'un flou qui permet il est vrai au chercheur de s'adapter &#224; la langue de ses interlocuteurs et, peut-&#234;tre, d'&#233;largir son audience &#224; peu de frais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, le d&#233;placement de l'h&#233;ritage psychanalytique vers l'ensemble des sciences humaines pour saisir la gen&#232;se de l'&#234;tre culturel, que ce soit dans une perspective culturaliste (Mead, 1961) ou constructiviste (Rosaldo, 1980), a invit&#233; &#224; repenser l'articulation individu-collectif devenue un enjeu crucial des soci&#233;t&#233;s contemporaines. Il n'est donc pas anodin que les &#233;motions qui se manifestent dans la vie sociale soient devenues une des entr&#233;es privil&#233;gi&#233;es pour rendre compte des modes d'engagement actuels. Mais si les &#233;motions se d&#233;ploient de mani&#232;re visible dans la r&#233;alit&#233; que tentent d'appr&#233;hender les chercheurs, elles ont aussi des effets sur la perception m&#234;me de cette r&#233;alit&#233; et la mani&#232;re d'en rendre compte. C'est d'ailleurs en raison de leur aptitude &#224; d&#233;former le r&#233;el qu'elles ont &#233;t&#233; longtemps laiss&#233;es de c&#244;t&#233;, mises &#224; l'&#233;cart voire ni&#233;es par les scientifiques au nom des principes de neutralit&#233; et d'objectivit&#233;. De Platon &#224; Durkheim, une m&#234;me invitation &#224; la m&#233;fiance &#224; leur &#233;gard s'est ainsi propag&#233;e au fil des si&#232;cles, les &#233;motions &#233;tant suspectes de contrecarrer la raison. De la passion, &#171; emprisonnement &#187; de l'&#226;me (Platon, 1965, p. 137), aux &#171; illusions des sens &#187; qui s'interposent entre la r&#233;alit&#233; et son observateur (Durkheim,1988, p. 109), s'est &#233;tabli un principe de mise &#224; distance n&#233;cessaire des &#233;motions pour pouvoir pr&#233;tendre acc&#233;der &#224; la v&#233;rit&#233; du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;motion comme principe heuristique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fiance vis-&#224;-vis des &#233;motions a toutefois peut-&#234;tre contribu&#233; &#224; &#233;tablir une sorte de foss&#233; entre des approches qui prennent en compte les &#233;motions comme une des donn&#233;es de la r&#233;alit&#233; offerte au regard de l'observateur, et une tendance qui pr&#244;ne la prise en compte des affects du chercheur. Il s'en d&#233;gage trois types d'approches diff&#233;rentes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re tendance est celle qui rencontre aujourd'hui la plus large audience dans la sph&#232;re scientifique, Citton et Lordon s'interrogeant m&#234;me sur &#171; un devenir spinoziste des sciences sociales &#187; (Citton et Lordon, 2008, p. 1). Dans son &lt;i&gt;Ethique&lt;/i&gt;, le philosophe a en effet envisag&#233; les &#171; affections &lt;i&gt;(affectiones)&lt;/i&gt; du corps qui augmentent ou diminuent, aident &lt;i&gt;(augetur)&lt;/i&gt; ou contrarient &lt;i&gt;(c&#339;rcitur)&lt;/i&gt; la puissance d'agir de ce corps &#187; (Spinoza, 1988). Cette d&#233;finition a ouvert la porte &#224; une lecture de l'agir comme r&#233;action orchestr&#233;e par les affects. Les concepts d'&lt;i&gt;affectus&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; propos&#233;s par Spinoza connaissent ainsi depuis une dizaine d'ann&#233;es un int&#233;r&#234;t croissant dans les sciences sociales. L'ouvrage collectif &lt;i&gt;Spinoza et les sciences sociales. De la puissance de la multitude &#224; l'&#233;conomie des affects&lt;/i&gt; (2008) qui r&#233;unit notamment les articles de Christian Lazerri discutant les liens entre les th&#233;ories Spinoziste et bourdieusienne, de Philippe Zafarian sur le pouvoir d'agir et la philosophie spinoziste ou encore Antonio N&#233;gri qui propose une sociologie des affects, t&#233;moigne de ce dynamisme. La proposition d'une anthropologie &#171; modale &#187;, qui rendrait compte &#171; du caract&#232;re ductile et flexible de l'exp&#233;rience sensible &#187; (Laplantine, 2005, p. 187), s'inscrit par exemple dans cette voie. Les succ&#232;s &#233;ditoriaux du neurologue Antonio Damasio (2003), ont largement contribu&#233; &#224; faire entendre l'id&#233;e selon laquelle l'ensemble des conduites humaines pourrait &#234;tre appr&#233;hend&#233; en tant que r&#233;ponse &#233;motionnelle. Cette proposition s'inscrit n&#233;anmoins en rupture avec l'id&#233;e w&#233;b&#233;rienne d'action &#171; affectuelle &#187; (Weber, 1995, pp. 55-57) qui concerne des r&#233;actions incontr&#244;l&#233;es pour ainsi dire instinctives et que le sociologue oppose aux activit&#233;s rationnelles mises en &#339;uvre pour atteindre un objectif. Quelques soient leur divergences, ces orientations invitent &#224; faire de l'individu, de son corps voire de son cerveau, le point de d&#233;part de l'action humaine. Dans cette perspective, la question de l'&#233;motion esth&#233;tique &#233;tudi&#233;e par le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux (2008) est un domaine f&#233;cond et d&#233;j&#224; relativement balis&#233; de la socio-anthropologie (Leroi-Gourhan, 1964 ; Nahoume-Grappe &amp; Vincent, 2004 ; Fleury, 2007 Leveratto, 2006). &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'&#233;motion peut aussi &#234;tre appr&#233;hend&#233;e ind&#233;pendamment des individus. L'&#233;tude des mouvements collectifs a conduit certains &#224; envisager des groupes comme des entit&#233;s dot&#233;es d'une aptitude &#224; l'&#233;motion ind&#233;pendante des sensibilit&#233;s individuelles. Si la th&#233;orie des foules propos&#233;e &#224; la fin du XIXe si&#232;cle par Gustave Le Bon est rarement mentionn&#233;e du fait du manque de rigueur scientifique et de l'id&#233;ologie antid&#233;mocratique reproch&#233;s &#224; ses travaux, la proposition selon laquelle &#171; des milliers d'individus s&#233;par&#233;s peuvent &#224; certains moments, sous l'influence de certaines &#233;motions violentes, un grand &#233;v&#233;nement national par exemple, acqu&#233;rir les caract&#232;res d'une foule psychologique &#187; (Le Bon, 1895, p. 12) est implicite dans bon nombre de travaux r&#233;cents men&#233;s sur les mobilisations collectives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une troisi&#232;me tendance tend &#224; analyser les liens entre individu et fait social et met en &#233;vidence la place qu'occupent les &#233;motions pr&#233;cis&#233;ment dans ce lien. Dans son article &#171; Psychologie des masses et analyse du moi &#187; (Freud, 1991) qu'il consid&#233;rait comme une incursion dans la psychologie sociale et o&#249; il s'appuyait en partie sur les th&#232;ses de Le Bon, Freud rappelait la dimension libidinale et affective de la liaison entre les individus au sein des groupes et faisait l'hypoth&#232;se d'un lien par le sentiment amoureux. Il souligne que ce sentiment d'amour limite l'amour narcissique et qu'en cela, il est facteur de culture. Dans une perspective peu &#233;loign&#233;e, Norbert Elias qui a fond&#233; sa th&#233;orie du processus de civilisation sur le principe de mont&#233;e en puissance du contr&#244;le des &#233;motions, s'int&#233;resse dans &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des individus&lt;/i&gt; (1991) &#224; la question de l'&#233;quilibre entre l'individu et la soci&#233;t&#233;. Il insiste sur le fait que le lien affectif relie l'individu aux groupes sociaux participant ainsi aux diff&#233;rents aspects de son &#171; habitus social &#187; (1991, pp. 276-278) et d&#233;plore que, paradoxalement, l'individualisme impose &#171; de lourds renoncements &#224; l'individu &#187;. On voit donc &#224; travers les perspectives ouvertes par ces penseurs que les &#233;motions ne sauraient &#234;tre &#233;vacu&#233;es d'une r&#233;flexion d'ampleur sur le fait social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;conciliation pragmatiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la crois&#233;e de ces multiples perspectives, le courant pragmatiste a en quelque sorte encourag&#233; la r&#233;conciliation des &#233;motions avec la raison. Dans le sillage des r&#233;flexions de John Dewey sur la mise &#224; profit de l'exp&#233;rience dans l'apprentissage &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, l'invitation au pragmatisme propose en effet aujourd'hui de r&#233;pondre aux &#171; dilemmes de l'action collective &#187; (Cefa&#239;, 2009, p. 146), &#224; savoir de saisir la complexit&#233; des circonstances qui interviennent en pr&#233;lude &#224; l'action. D&#232;s lors, l'&#233;motion peut &#234;tre prise en compte comme une &#171; donn&#233;e empirique des plus tangibles &#187; (Tra&#239;ni, 2011, p. 70) qui ne se manifeste pas au d&#233;triment d'une m&#233;canique rationnelle de l'action collective mais y est au contraire intimement associ&#233;e, constituant une ressource parmi d'autres dans les dispositifs de sensibilisation. L'&#233;motion retrouve ainsi une place essentielle dans l'explication des mouvements sociaux. Cette convergence n'est toutefois pas le seul fait des lectures propos&#233;es par les sciences sociales. Elle est aussi profond&#233;ment inscrite dans la s&#233;mantique du mouvement et de l'&#233;motion. Comme le rappelle Fabre, l'&#233;motion et le mouvement partagent en effet une &#233;tymologie commune qui justifie un tel rapprochement : dans son acception classique, l'&#233;motion est li&#233;e &#171; &#224; la mise en mouvement collective, &#224; la mobilisation voire &#224; l'&#233;meute &#187; (2013, p. 86). La &#171; manifestation d'effervescence collective &#187; (Clavairolle, 2013, p. 314) devient ainsi preuve de l'&#233;motion elle-m&#234;me. C'est donc l&#224; qu'est pos&#233;e la question de la perception de l'&#233;motion par le chercheur. Sa propre sensibilit&#233; se trouve en effet largement mise &#224; l'&#233;preuve quand il rend compte de tels ph&#233;nom&#232;nes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les approches &#233;pist&#233;mologiques ont favoris&#233; &#224; une introspection de ce type, au profit d'un d&#233;cryptage de la m&#233;canique de recherche. &#192; la charni&#232;re entre psychanalyse et anthropologie, les travaux de Georges Devereux (1980) ont ouvert la voie d'une r&#233;flexion sur la place des &#233;motions dans le processus de recherche et d'&#233;criture. Dans ses travaux, l'angoisse intervient comme instrument de connaissance dans la mesure o&#249; la pr&#233;sence de l'observateur introduit une perturbation qui d&#233;forme la r&#233;alit&#233; dont il souhaite rendre compte. Appliqu&#233; aux sciences sociales, ce principe d'incertitude &#233;nonc&#233; par Heisenberg en 1927 &#224; propos de la physique quantique, est source d'angoisse pour le chercheur. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; pour s'en abstraire, de r&#233;int&#233;grer l'observateur dans le champ de l'observation et de saisir non seulement ses incidences sur le terrain mais aussi la mani&#232;re dont lui-m&#234;me est utilis&#233; par ses informateurs. Dans le cadre de r&#233;flexions &#233;pist&#233;mologiques, certains chercheurs ont ainsi accord&#233; une plus large attention aux &#233;motions dans leur d&#233;marche, pouvant mener &#224; des introspections et r&#233;flexions tr&#232;s personnelles sur le statut de chercheur et de son/ses interlocuteur(s). Le compte rendu de Crapanzano (1980) et de son interlocuteur Tuhami n'est qu'un exemple de l'id&#233;e d'une co-construction des savoirs qui en d&#233;coule. Dans les ann&#233;es 1990, les questionnements d'ordre m&#233;thodologique et &#233;pist&#233;mologique, ont d'ailleurs conduit certains chercheurs &#224; remettre en question la pertinence m&#233;thodologique d'une anthropologie des &#233;motions (Crapanzano, 1994) ou &#224; &#233;voquer au contraire une rupture &#233;pist&#233;mologique &#224; travers l'id&#233;e de &#171; tournant affectif &#187; (Clough, 2008). Cefa&#239; fait quant &#224; lui le v&#339;ux d'une &#171; r&#233;habilitation de l'exp&#233;rience incarn&#233;e de l'enqu&#234;teur &#187; (Cefa&#239;, 2010, p. 7). Si l'ethnographe ne pose pas l'&#233;motion comme condition de l'engagement ethnographique, il souligne l'importance des &#233;preuves et des prises de position dans l'enqu&#234;te, exp&#233;riences peu compatibles avec l'indiff&#233;rence. Saisir l'&#233;motion ne va pour autant pas de soi, et c'est donc au prix d'un travail r&#233;flexif qui appelle paradoxalement leur d&#233;sincarnation, comme le souligne Bernard (2007, p. 110) qu'elle peut acqu&#233;rir une port&#233;e &#233;pist&#233;mologique. La situation d'enqu&#234;te elle-m&#234;me peut ainsi &#234;tre prise comme une &#171; caisse de r&#233;sonnances affectives &#187; (Dassi&#233;, 2010, p. 53) que l'ethnographe va s'attacher &#224; d&#233;crypter &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;. Entre le parti-pris de prendre en compte les &#233;motions qui se manifestent dans une r&#233;alit&#233; sociale sous diverses formes et les questions d'ordre &#233;pist&#233;mologique, c'est donc toute la question des &#233;motions du chercheur qui se trouve prise en &#233;tau. Alors qu'il est confront&#233; &#224; bon nombre de r&#233;actions dont la port&#233;e &#233;motionnelle est ind&#233;niable, &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; de son propre ressenti et de sa subjectivit&#233; dans l'analyse ? &lt;br class='autobr' /&gt;
De ce point de vue, les approches pragmatiques offrent &#224; l'anthropologie de nouvelles perspectives dans la prise en compte des &#233;motions. En se saisissant de l'exp&#233;rience, elles ont en effet pour projet d'atteindre au plus pr&#232;s le v&#233;cu des individus dans de nombreux domaines, l'ethnologue se trouvant impliqu&#233; dans les situations dont il rend compte. Tornatore (2007) et Heinich (2012) s'int&#233;ressent par exemple aux &#233;motions et aux valeurs auxquelles les acteurs se r&#233;f&#232;rent au cours des actions relatives au patrimoine. Hennion (2004), quant &#224; lui, scrute ainsi les pratiques et attachements des amateurs et passionn&#233;s de la musique. Th&#233;venot (1996) compare les conditions d'attachement et d'engagement vis &#224; vis de l'environnement ; Milton (2002) &#233;tudie l'importance et les modes de convocation des &#233;motions chez les &#233;cologistes et les protecteurs de la nature et Dassi&#233; (2010) leurs d&#233;clinaisons dans le registre de l'intime, telles qu'elles se d&#233;ploient dans la vie sociale et &#224; travers la situation d'enqu&#234;te. Navaro-Yashin (2009) quant &#224; elle capte le ressenti des Chypriotes Turcs qui vivent avec les objets abandonn&#233;s par les Chypriotes grecs apr&#232;s la guerre de 1974. Pour autant, l'explicitation de la part &#233;motionnelle du travail de recherche reste balbutiante, coinc&#233;e pour ainsi dire entre un d&#233;voilement du ressenti personnel, suspect d'exhibitionnisme, et le r&#233;cit d'anecdotes jug&#233;es hors propos et qui entachent la cr&#233;dibilit&#233; scientifique. Car si les &#233;motions ont peu &#233;t&#233; prises en compte dans le cadre de la pratique ethnographique c'est donc aussi parce qu'elles se situent &#224; la limite de la scientificit&#233; demandant parfois au chercheur de modifier le cadre de son enqu&#234;te. C'est justement en tant qu'invitation &#224; repenser le cadre de l'enqu&#234;te et de mise &#224; l'&#233;preuve qu'est n&#233;e l'id&#233;e de ce dossier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce num&#233;ro d'&lt;i&gt;Influxus&lt;/i&gt; propose en effet de revenir sur la port&#233;e heuristique des &#233;motions au regard d'une analyse des situations o&#249; elles se r&#233;v&#232;lent. Cette id&#233;e fait suite &#224; l'organisation d'un atelier lors du congr&#232;s de l'association Europ&#233;enne des Anthropologues sociaux qui s'est tenu en juillet 2012 &#224; l'universit&#233; de Paris Ouest Nanterre La D&#233;fense. Les r&#233;ponses &#224; l'appel lanc&#233; par V&#233;ronique Dassi&#233; et Manon Istasse intitul&#233; &#171; Quelles perspectives pour une anthropologie des &#233;motions ? &#187; avait alors mis en &#233;vidence trois enjeux li&#233;s &#224; leur prise en compte : le foisonnement des approches auxquelles elles donnent lieu, la difficult&#233; &#224; en rendre compte dans la production scientifique et enfin l'entre-deux disciplinaire qu'elles interrogent. D'o&#249; le choix d'ouvrir le questionnement au-del&#224; de la seule anthropologie pour ce num&#233;ro. Par cette mise &#224; l'&#233;preuve des fronti&#232;res disciplinaires, il s'agit d'&#339;uvrer dans le sens d'une mise en perspective les fondements des th&#233;ories, et de questionner les croisements scientifiques, projet cher &#224; la revue &lt;i&gt;Influxus&lt;/i&gt;. Que font les &#233;motions au travail de recherche ? En tant que composantes de la recherche, comment le chercheur les prend-il en compte, qu'en fait-il et de quelles mani&#232;res en rend-il compte ? Comment lui sont-elles adress&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des preuves &#224; l'&#233;preuve des &#233;motions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses propos&#233;es par les auteurs, anthropologues, psychologues ou historiens n'ont bien s&#251;r pas pr&#233;tention &#224; l'exhaustivit&#233;. Elles permettent n&#233;anmoins d'ouvrir la porte de ce qui appara&#238;t, soulignons-le, comme le &#171; refoul&#233; &#187; des sciences sociales en rendant compte de la diversit&#233; des exp&#233;riences de recherche. &#192; travers ces rendus d'exp&#233;riences contrast&#233;es, il s'agit de repenser le cadre d'analyse du chercheur en sciences sociales. Dans cette optique, ce num&#233;ro rassemble des articles qui d&#233;crivent l'&#233;motion dans le cadre de l'intime, tant du point de vue du chercheur que des interlocuteurs qu'il rencontre sur le terrain. Les &#233;motions y sont donc consid&#233;r&#233;es non comme le terme explicatif d'un dispositif social ou culturel mais comme les donn&#233;es offertes au regard du chercheur qui analyse les conditions de leur mise en &#339;uvre sur le terrain.&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233;ritiers des traditions succinctement retrac&#233;es pr&#233;c&#233;demment, force est de constater la tendance forte &#224; une partition entre deux types de r&#233;ponses : soit il est question des &#233;motions capt&#233;es par le chercheur sur son terrain, soit ce sont celles ressenties par le chercheur lui-m&#234;me qui posent question. Il semble difficile, voire impossible de rendre compte de l'interaction &#233;motionnelle entre &#233;motions capt&#233;s chez l'autre et &#233;motions ressenties par soi, confrontation qui reste donc le plus souvent de l'ordre de l'implicite, ce qui pose la question de leur articulation. Ce partage op&#232;re g&#233;n&#233;ralement au profit d'une restitution des enjeux li&#233;s &#224; une pratique quand l'analyse porte sur des &#233;motions per&#231;ues et d'une approche &#233;pist&#233;mologique quand il est question des &#233;motions &#233;prouv&#233;es par le chercheur. De ce point de vue, l'article de Patrick Laviolette fait exception dans ce num&#233;ro puisque l'auteur appr&#233;hende la pratique des sports &#224; risque &#224; travers son propre ressenti.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re partie de ce dossier porte donc sur la question des &#233;motions ressenties par le chercheur lorsqu'il m&#232;ne ses enqu&#234;tes de terrain. C'est donc dans la voie de l'auto-ethnographie que se glissent les auteurs. Ouverte dans le sillage de la pratique de l'observation participante ch&#232;re aux ethnologues et des approches r&#233;flexives (Geertz, 1973), cette voie a pris son essor dans les ann&#233;es 1980 autour d'approches telles que celles de Favret-Saada (1977 ; 1990), Marcus et Fischer (1986) ou Denzin (1989). Ellis, Adams et Bochner (2010) ont montr&#233; que ce type d'approche peut aujourd'hui prendre des formes tr&#232;s diverses. Si des &#233;motions s'immiscent et affleurent dans ces exp&#233;riences, elles restent n&#233;anmoins rarement analys&#233;es en tant que telles et en tant qu'&#233;l&#233;ment &#224; part enti&#232;re du dispositif r&#233;flexif. Les travaux qui suivent pr&#233;sentent l'int&#233;r&#234;t d'en faire l'objet central de la r&#233;flexion. &lt;br class='autobr' /&gt;
En passant d'un terrain &#224; l'autre, et, ce faisant, d'une posture d'observation participante &#224; une participation observante, S&#233;pideh Parsapajouh propose une r&#233;flexion sur l'ethnographie du proche, du semblable et sur les difficult&#233;s du chercheur devant cette familiarit&#233; qui appara&#238;t parfois comme un court-circuitage de l'acc&#232;s &#224; l'autre. Cet impossible acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233; de l'autre, que ne saurait voir et encore moins avouer l'ethnographe d&#233;couvrant un monde totalement &#233;tranger, devient visible &#224; travers la comparaison des affects et des malaises. C'est donc au prix d'un d&#233;centrement vis-&#224;-vis de son propre v&#233;cu que l'ethnologue reprend finalement pied dans &#171; un terrain &#187; sur lequel il pourra appuyer son propos scientifique. Le proc&#233;d&#233; consiste donc &#224; s'extraire du v&#233;cu quotidien et des postures qu'implique la pratique ordinaire de la relation &#224; autrui pour assumer une posture d'observatrice autant de soi que des autres. Mais quand le terrain est le lieu dans lequel a toujours v&#233;cu le chercheur, quand son identit&#233; intime s'y est construite au fil des ans et des relations interpersonnelles, familiales, amicales et sociales, la mise en &#339;uvre d'un tel d&#233;centrement est loin d'aller de soi. Nasser Tafferant d&#233;crit la confusion dans laquelle l'entra&#238;ne l'indiscr&#233;tion du regard port&#233; sur un terrain par trop familier. Il met en &#233;vidence de quelle mani&#232;re il se trouve finalement convi&#233; &#224; occuper des places qu'il n'a pas choisies et qui sans doute ne lui conviennent pas tout &#224; fait ou du moins questionnent et remettent peut-&#234;tre en cause l'identit&#233; m&#234;me du chercheur, voire sa l&#233;gitimit&#233;. Alors m&#234;me que ce dernier n'a pas eu &#224; n&#233;gocier son entr&#233;e sur le terrain, puisqu'il en faisait d&#233;j&#224; parti, c'est peut-&#234;tre finalement son &#233;viction affective que suppose l'entr&#233;e dans un monde universitaire &#233;loign&#233; qui pose probl&#232;me et complique la relation d'enqu&#234;te. Les enjeux relationnels sont cruciaux dans la mise en &#339;uvre du terrain. L'auto-analyse peut toutefois s'en abstraire, comme le montre la proposition de Patrick Laviolette. Son approche &#233;vacue en effet la question de la relation avec ses interlocuteurs au prix d'un d&#233;placement introspectif du regard. L'autre dispara&#238;t ainsi en quelque sorte derri&#232;re l'exp&#233;rience du &#171; je &#187; de l'ethnologue. Ce recours &#224; l'introspection sensorielle, inspir&#233; de la ph&#233;nom&#233;nologie, s'inscrit dans les d&#233;veloppements r&#233;cents de l'anthropologie anglo-saxonne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Travaux que Sarah Pink regroupe &#224; travers l'expression de Sensory (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En rupture avec le cognitivisme, Ingold propose ainsi de porter attention aux exp&#233;riences qui r&#233;v&#232;lent l'individu &#224; lui-m&#234;me (Ingold, 2014, p. 157). &#201;prouver des sensations permet &#224; Laviolette de capter les ressorts d'une pratique &#224; travers son exp&#233;rimentation personnelle. Ses propres peurs lui permettent de d&#233;construire la notion de risque en &#233;vacuant l'id&#233;e d'excentricit&#233; associ&#233;e &#224; cette pratique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'&#233;motion &#233;prouv&#233;e est celle qui appara&#238;t la plus directement perceptible, il n'est pour autant pas ais&#233; d'en rendre compte. Les chercheurs ont d'ailleurs &#233;t&#233; largement moins nombreux &#224; r&#233;pondre en ce sens. On le voit, prendre ce parti c'est aussi affronter ses peurs, ses malaises, et surtout prendre le risque peut-&#234;tre de sa propre disparition scientifique. Rappelons cependant l'importance des th&#233;ories interactionnistes sous l'influence d'Erwing Goffmann et de la Th&#233;orie critique dans la pens&#233;e du fait ethnographique : puisqu'on doit faire avec l'intrusion de l'ethnologue, toute r&#233;alit&#233; ne se saisit que dans l'interaction du chercheur avec son terrain d'&#233;tude. Cette id&#233;e a fait son chemin. Elle a donn&#233; lieu au concept de &#171; co-construction du monde &#187;. L'anthropologue y joue le r&#244;le de traducteur (Kilani, 1994 et De l'Estoile, 2007), ce qui pose de nouvelles questions telles que celle de l'&#233;thique professionnelle et du cadre d'interaction que le chercheur se donne. Certains anthropologues ont tranch&#233; en proposant une sorte de charte de l'ethnologue (C&#233;fa&#239;, 2010) et d'autres se tournent vers une anthropologie plus clinique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'&#233;tait en partie l'objet de l'atelier &#171; Des cadres pour transmettre : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui tiendrait compte de l'aspect relationnel, voire transf&#233;rentiel de l'ethnographie, tel que Devereux l'avait point&#233;. Ainsi diff&#233;rentes r&#233;ponses existent pour endiguer, en quelque sorte, le probl&#232;me des mouvements psycho-affectifs du chercheur et de &#171; l'impuret&#233; &#187; inh&#233;rente &#224; toute recherche en sciences humaines et sociales. Est-il pour autant plus ais&#233; de traduire les &#233;motions des autres ? S'ils sont plus nombreux &#224; s'engager dans cette voie, les r&#233;ponses des auteurs de ce num&#233;ro invitent n&#233;anmoins &#224; nuancer cette id&#233;e. Dans la seconde partie de ce dossier, ils rendent compte non de leur propre exp&#233;rience, mais de celle de ceux qu'ils croisent sur le terrain. C'est donc la dimension affect&#233;e des pratiques observ&#233;es qui est cette fois prise en compte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une perspective clinique, Thierry Berqui&#232;re s'int&#233;resse &#224; l'&#233;paisseur affective des v&#234;tements. Il met, en effet, en &#233;vidence le fort investissement dont ils font l'objet et leur port&#233;e d'objets transitionnels (Winnicott, Jeu et r&#233;alit&#233;, 1975). L'enjeu affectif est donc saisi cette fois non &#224; travers le v&#233;cu de l'observateur, ni m&#234;me &#224; travers les &#233;motions manifest&#233;es par l'observ&#233; mais par l'interm&#233;diaire de l'objet qui devient sujet de conflits. Le v&#234;tement &#171; fait des histoires &#187;, indice d'une charge &#233;motionnelle importante que l'auteur explique comme la traduction des relations parfois difficile entre parents et adolescents. L'&#233;motion s'y dessine ainsi en creux, derri&#232;re de l'agressivit&#233;, du laisser-aller et autres sympt&#244;mes de souffrances non dites. Comme dans l'article pr&#233;c&#233;dent, les &#233;motions analys&#233;es par Virginie Valentin ne peuvent &#234;tre per&#231;ues directement. C'est &#224; travers leur traduction en gestes et en rythmes que l'auteur s'en saisit : la brutalit&#233; d'un mouvement, les silences ou la douceur d'une musique les offrant aux sens de l'ethnographe. Mais leur port&#233;e ne prend sens que gr&#226;ce aux entretiens. La confrontation de leur mise en spectacle et de la mise en r&#233;cit d'une histoire personnelle permet &#224; l'auteur de saisir le processus de subjectivation &#224; l'&#339;uvre chez ces artistes : la sublimation des &#233;motions intervient comme condition de la d&#233;couverte d'un style propre, nourri d'une qu&#234;te identitaire plus intime. L'&#233;motion dont C&#233;line Verguet suit les traces se d&#233;ploie quant &#224; elle en simultan&#233; sur un double niveau : il y a celle traduite dans les mots des t&#233;moins, &#233;motion personnelle et singuli&#232;re, et celle visible &#224; travers les manifestations publiques de l'action collective, autrement dit la mobilisation contre la destruction de la gare de Nice. L'int&#233;r&#234;t du tricotage entre ces deux niveaux est qu'il permet d'envisager les usages qu'un groupe fait de ses propres &#233;motions. Elles sont partie prenante d'un processus social qui vise une recomposition profonde des liens sociaux et de l'exercice politique &#224; travers la qualification du monument en patrimoine. Enfin, Dolor&#232;s Martin-Moruno pose, quant &#224; elle, la question de l'acc&#232;s &#224; l'&#233;motion qui ne peut &#234;tre ni observ&#233;e ni traduite directement. En se plongeant dans l'histoire d'une &#233;motion tr&#232;s particuli&#232;re, celle que l'on appelle commun&#233;ment &#171; le coup de foudre &#187;, l'auteur nous invite &#224; repenser le vocabulaire de l'&#233;motion lui-m&#234;me pour acc&#233;der &#224; la compr&#233;hension de la m&#233;canique des relations affectives. R&#233;unissant des textes issus de disciplines diff&#233;rentes, elle se penche sur l'analogie &#233;tablie entre ce moment particulier o&#249; se noue la relation amoureuse et le ph&#233;nom&#232;ne naturel &#233;lectrostatique. L'auteur propose ce faisant de mieux saisir le basculement qui s'est op&#233;r&#233; &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle dans la relation &#224; l'intime, concomitant du recul de la tradition du mariage de raison et de l'&#233;mergence du mariage par inclination. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse des diff&#233;rents registres &#233;motionnels &#224; l'&#339;uvre et des r&#233;actions des chercheurs sur leurs terrains permettent d'envisager ainsi des aspects &#233;pist&#233;mologiques et heuristiques li&#233;s &#224; l'exp&#233;rience d'enqu&#234;te. Aborder la place de l'affectivit&#233; dans la recherche ne peut se faire sans mettre l'accent sur les conditions de leur mise en &#339;uvre et de leur captation. Qu'elles s'inscrivent dans le registre de l'intime, comme dans le cas d'&#233;motions li&#233;es au corps et ses techniques, ou qu'elles soient publiques, comme dans le cas des espaces urbains ou des pratiques culturelles, les &#233;motions s'inscrivent dans un contexte qui ne peut &#234;tre n&#233;glig&#233;. La crois&#233;e des registres de l'intime et du social est par cons&#233;quent questionn&#233;e ici &#224; la lumi&#232;re des enjeux du partage des &#233;motions avec autrui dans diff&#233;rents contextes. Le lecteur l'aura compris, en proposant ce recueil d'articles, l'objectif de ce num&#233;ro sp&#233;cial d'&#171; Influxus &#187; n'est pas d'enfermer les &#233;motions dans une case ou une cat&#233;gorie qui en font des objets d'&#233;tude ou des outils m&#233;thodologiques en soi. Cette r&#233;flexion sur les dispositifs &#233;motionnels se propose au contraire de saisir les diverses composantes de l'exp&#233;rience de recherche en sciences sociales en laissant libre cours &#224; leurs formes d'expressions et en montrant la difficult&#233; et l'int&#233;r&#234;t d'en faire &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;ronique Dassi&#233;, CNRS-IDEMEC &amp; Virginie Valentin, CERLIS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Cefa&#239; Daniel, &lt;i&gt;L'engagement ethnographique&lt;/i&gt;, Paris, Editions de l'EHESS, 2010.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Tuhami, &lt;i&gt;Portrait of a Moroccan&lt;/i&gt;, Chicago, Chicago University Press, 1980.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Dassi&#233; V&#233;ronique, &lt;i&gt;Objets d'affection. Une ethnologie de l'intime&lt;/i&gt;, Paris, CTHS, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De L'Estoile Benoit, &lt;i&gt;Le go&#251;t des autres : de l'exposition coloniale aux arts premiers&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denzin Norman K. , &lt;i&gt;Interpretive biography&lt;/i&gt;, Newbury Park, CA : Sage, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devereux Georges, &lt;i&gt;De l'angoisse &#224; la m&#233;thode dans les sciences du comportement&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, [1967] 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durkheim Emile, &lt;i&gt;Les r&#232;gles de la m&#233;thode sociologique&lt;/i&gt;, Paris, Champs-Flammarion, [1894] 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elias Norbert, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des individus&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ellis Carolyn, Adams Tony E. &amp; Bochner Arthur P., &#171; Autoethnography : An Overview &#187;, &lt;i&gt;Forum Qualitative Sozialforschung / Forum : Qualitative Social Research&lt;/i&gt;, 12(1), 2010. &lt;a href=&#034;http://nbn-resolving.de/urn:nbn:de:0114-fqs1101108.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://nbn-resolving.de/urn:nbn:de:0114-fqs1101108.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabre Daniel, &#171; Le patrimoine port&#233; par l'&#233;motion &#187;, in &lt;i&gt;&#201;motions patrimoniales&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de la Maison des sciences de l'homme, coll. &#171; Ethnologie de la France &#187;, cahier n&#176; 27, 2014, pp. 13-98.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Favret Saada Jeanne, &lt;i&gt;Les Mots, la mort, les sorts : la sorcellerie dans le bocage&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Favret Saada Jeanne, &#171; &#202;tre affect&#233; &#187;, &lt;i&gt;Gradhiva&lt;/i&gt;, n&#176; 8, 1990, pp. 3-10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleury L., &#171; L'art, l'&#233;motion, les valeurs &#187;, in &lt;i&gt;20 ans de sociologie de l'art. Bilan et perspectives&lt;/i&gt;, T 1., Paris, L'Harmattan, Logiques sociales, 2007, pp. 149-161.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud Sigmund, &lt;i&gt;Naissance de la psychanalyse&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1956.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud Sigmund, &lt;i&gt;Cinq le&#231;ons sur la psychanalyse&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud Sigmund, &#171; Psychologie des masses et analyse du moi &#187;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Psychanalyse, XVI, 1921-1923, 1991, pp. 5-83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Geertz Clifford, &lt;i&gt;The interpretation of cultures : selected essays&lt;/i&gt;, New York, Fontana Press, [1973] 1993, pp. 87-125.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halbwachs Maurice, &#171; L'expression des &#233;motions et la soci&#233;t&#233; &#187;, &lt;i&gt;Classes sociales et morphologie&lt;/i&gt;, Paris, les &#233;ditions de Minuit, [1947] 1972, pp. 164-171.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinich Nathalie, &#171; Les &#233;motions patrimoniales : de l'affect a l'axiologie &#187;, &lt;i&gt;Social Anthropology&lt;/i&gt;, 20, n&#176;1, 2012, pp. 19-33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hennion Antoine, &#171; Une sociologie des attachements. D'une sociologie de la culture &#224; une pragmatique de l'amateur &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, n&#176; 85, 2004, pp. 9-24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;ritier Fran&#231;oise, &#171; Un avenir pour le structuralisme &#187;, in &lt;i&gt;Les cahiers de l'Herne. Claude L&#233;vi-Strauss&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ingold Tim, &#171; Religious perception and the education of attention &#187;, &lt;i&gt;Religion, Brain and Behavior&lt;/i&gt;, vol 4, n&#176; 2, 2014, pp. 156-158.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kilani Mondher, &lt;i&gt;L'invention de l'autre : essais sur le discours anthropologique&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laplantine Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Le social et le sensible. Introduction &#224; une anthropologie modale&lt;/i&gt;, Paris, T&#233;ra&#232;dre, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Bon Gustave, &lt;i&gt;Psychologie des foules&lt;/i&gt;, Paris, Alcan, 1895.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Breton David, &lt;i&gt;Les passions ordinaires. Anthropologie des &#233;motions&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leroi-Gourhan A., &lt;i&gt;Le geste et la parole&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leveratto J.-M., &lt;i&gt;Introduction &#224; l'anthropologie du spectacle&lt;/i&gt;, Paris, La Dispute, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;vi-Strauss Claude, &lt;i&gt;Tristes tropiques&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 1955.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malinowski Bronislaw, &lt;i&gt;Journal d'ethnographe&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, [1967] 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mead Margaret, &lt;i&gt;Coming age in Samoa. A psychological study of primitive youth for western civilization&lt;/i&gt;, New York, Morrow, 1961.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcus George. E., et Fischer Michael M. J., &lt;i&gt;Anthropology as cultural critique : An experimental moment in the human sciences&lt;/i&gt;, Chicago, University of Chicago Press, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauss Marcel, &#171; L'expression obligatoire des sentiments &#187;, &lt;i&gt;Essais de sociologie&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, [1921] 1968, pp. 81-88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milton Kay, &lt;i&gt;Loving Nature : Towards an Ecology of Emotion ?&lt;/i&gt;, London, Routledge, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morin Edgar, &lt;i&gt;La rumeur d'Orl&#233;ans&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, coll. &#171; L'histoire imm&#233;diate &#187;, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nahoum-Grappe V. et Vincent O. (dir.), &lt;i&gt;Le go&#251;t des belles choses, ethnologie de la relation esth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, &#233;ditions de la Maison des Sciences de l'Homme, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Navaro-Yashin Yael, &#171; Affective spaces, melancholic objects : ruination and the production of anthropological knowledge &#187;, &lt;i&gt;Journal of the Royal Anthropological Institute&lt;/i&gt;, 15, n&#176;1, 2009, pp. 1-18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pink Sarah, &#171; The future of sensory anthropology/the anthropology of the senses &#187;, &lt;i&gt;Social Anthropology&lt;/i&gt;, vol.18, n&#176; 3, 2010, pp. 331-333.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon, &lt;i&gt;Ph&#233;don&lt;/i&gt;, trad. &#201;mile Chambry, Paris, Garnier-Flammarion, 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosaldo Michelle Z., &lt;i&gt;Knowledge and Passion : Ilongot Notions of Self and Social Life&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique III&lt;/i&gt;, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;venot, Laurent, &#171; Mettre en valeur la nature ; disputes autour d'am&#233;nagements de la nature en France et aux Etats-Unis &#187;, &lt;i&gt;Autres Temps. Cahiers d'&#233;thique sociale et politique&lt;/i&gt;, n&#176; 49, 1996, pp. 27-50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tornatore Jean-Louis, &#171; Qu'est-ce qu'un ethnologue politis&#233; ? Expertise et engagement en socio-anthropologie de l'activit&#233; patrimoniale &#187;, &lt;i&gt;ethnographiques.org&lt;/i&gt;, 12, 2007, f&#233;vrier [en ligne] : &lt;a href=&#034;http://www.ethnographiques.org/2007/Tornatore.html.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.ethnographiques.org/2007/Tornatore.html.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tra&#239;ni Christophe, &#171; Les &#233;motions de la cause animale. Histoires affectives et travail militant &#187;, &lt;i&gt;Politix&lt;/i&gt;, 93, 2011, pp. 69-92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin, &#171; R&#244;le de m&#233;diation et d'&#233;veil &#224; partir d'une position d'&#233;valuateur d'un projet culturel &#187;, &lt;i&gt;Cliopsy&lt;/i&gt; n&#176; 12, 2014, pp. 141-155.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Weber Max, &lt;i&gt;Economie et soci&#233;t&#233; 1. Les cat&#233;gories de la sociologie&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 1995.14&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La notion d'affect est pr&#233;sente d&#232;s 1895 dans &#171; l'Esquisse d'une psychologie scientifique &#187; (Freud 1956 : 339).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Travaux que Sarah Pink regroupe &#224; travers l'expression de &lt;i&gt;Sensory anthropology&lt;/i&gt;(2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'&#233;tait en partie l'objet de l'atelier &#171; Des cadres pour transmettre : &#233;ducations, institutions et rituels. Regard crois&#233; anthropologie/psychanalyse &#187; du congr&#232;s de l'Association Fran&#231;aise d'Ethnologie et d'Anthropologie, 2011. Voir Valentin, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le chercheur face aux &#233;motions, terrains et th&#233;ories</title>
		<link>https://influxus.eu/article835.html</link>
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		<dc:date>2015-11-13T09:27:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manon Istasse, V&#233;ronique Dassi&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Couverture</dc:subject>
		<dc:subject>Emotions</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps cantonn&#233;es dans les domaines de la psychologie ou des neurosciences, les notions d'attachements, d'&#233;motions, d'intimit&#233;, d'affects, de passions ou de sentiments sont d&#233;sormais largement mobilis&#233;es par les chercheurs en sciences sociales. Elles forment une n&#233;buleuse de termes qui ne sont pas toujours clairement d&#233;finis et dont les usages varient. La profusion de d&#233;bats et recherches fait ainsi &#233;merger une relative confusion entre des notions qui, en plus de voyager (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://influxus.eu/rubrique129.html" rel="directory"&gt;Le chercheur face aux &#233;motions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://influxus.eu/mot1.html" rel="tag"&gt;Couverture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://influxus.eu/mot5679.html" rel="tag"&gt;Emotions&lt;/a&gt;

		</description>


		<content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps cantonn&#233;es dans les domaines de la psychologie ou des neurosciences, les notions d'attachements, d'&#233;motions, d'intimit&#233;, d'affects, de passions ou de sentiments sont d&#233;sormais largement mobilis&#233;es par les chercheurs en sciences sociales. Elles forment une n&#233;buleuse de termes qui ne sont pas toujours clairement d&#233;finis et dont les usages varient. La profusion de d&#233;bats et recherches fait ainsi &#233;merger une relative confusion entre des notions qui, en plus de voyager entre ontologies (le social, le physiologique, le g&#233;n&#233;tique, le philosophique), circulent et sont traduites en fonction de la langue du chercheur et de ses interlocuteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le transfert de ces notions d'un champ disciplinaire &#224; l'autre n'y est pas &#233;tranger. L'h&#233;ritage psychanalytique a en effet conduit &#224; consid&#233;rer dans un premier temps leur r&#244;le dans la gen&#232;se de l'&#234;tre culturel, que ce soit dans une perspective culturaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Margaret Mead. 1961. Coming age in Samoa. A psychological study of primitive (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou constructiviste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rosaldo, 1980, Knowledge and Passion : Ilongot Notions of Self and Social (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus r&#233;cemment, les &#233;motions ont &#233;t&#233; capt&#233;es sur le terrain pour renvoyer &#224; des modes d'engagement dans la vie sociale, contribuant en quelque sorte &#224; les d&#233;finir. Elles peuvent ainsi contribuer &#224; d&#233;crire aussi bien les routines du quotidien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Bromberger (&#233;d.). 1998. Passions ordinaires. Du match de football (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que des bouleversements collectifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edgar Morin. 1969. La rumeur d'Orl&#233;ans, Paris : Seuil.&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la charni&#232;re entre psychanalyse et anthropologie, les travaux de Georges Devereux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De l'angoisse &#224; la m&#233;thode dans les sciences du comportement, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ont toutefois ouvert la voie d'une r&#233;flexion sur la place des &#233;motions dans le processus de recherche et d'&#233;criture. Dans le cadre de r&#233;flexions &#233;pist&#233;mologiques, certains chercheurs ont ainsi accord&#233; une plus large attention aux &#233;motions dans leur d&#233;marche, pouvant mener &#224; des introspections et r&#233;flexions tr&#232;s personnelles sur le statut de chercheur et de son ou ses interlocuteurs. Le compte rendu de Crapanzano et de son interlocuteur Tuhami n'est qu'un exemple de l'id&#233;e d'une co-construction des savoirs qui en d&#233;coule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1980. Tuhami. Portrait of a Moroccan, Chicago : Chicago University Press.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les ann&#233;es 1990, les questionnements d'ordre m&#233;thodologique et &#233;pist&#233;mologique, ont d'ailleurs conduit certains chercheurs &#224; remettre en question la pertinence m&#233;thodologique d'une anthropologie des &#233;motions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Crapanzano. 1994. &#171; R&#233;flexions sur une anthropologie des &#233;motions &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou &#224; &#233;voquer au contraire une rupture &#233;pist&#233;mologique &#224; travers l'id&#233;e de &#034;tournant affectif&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patricia T. Clough. 2008. &#171; The Affective Turn : Political Economy, Biomedia (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, les approches pragmatiques offrent de nouvelles perspectives dans la prise en compte des &#233;motions. En se saisissant de l'exp&#233;rience, elles ont en effet pour projet d'atteindre au plus pr&#232;s le v&#233;cu des individus dans de nombreux domaines. Tornatore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2007. &#171; Qu'est-ce qu'un ethnologue politis&#233; ? Expertise et engagement en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Heinich&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Heinich. 2012. &#171; Les &#233;motions patrimoniales : de l'affect a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'int&#233;ressent par exemple aux &#233;motions et aux valeurs auxquelles les acteurs se r&#233;f&#232;rent au cours des actions relatives au patrimoine. Hennion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2004. &#171; Une sociologie des attachements. D'une sociologie de la culture &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; quant &#224; lui scrute les pratiques et attachements des amateurs et passionn&#233;s de la musique. Milton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kay Milton. 2002. Loving Nature : Towards an Ecology of Emotion ?, London : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;tudie l'importance et les modes de convocation des &#233;motions chez les &#233;cologistes et les protecteurs de la nature et Dassi&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ronique Dassi&#233;. 2010. Objets d'affection. Une ethnologie de l'intime, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; leurs d&#233;clinaisons dans le registre de l'intime, tel qu'elles se d&#233;ploient dans la vie sociale. Navaro-Yashin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Navaro-Yashin Yael. 2009. &#034;Affective spaces, melancholic objects : ruination (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; quant &#224; elle souligne les affects induits par et &#233;prouv&#233;s dans l'espace en prenant comme cas d'&#233;tude la relation m&#233;lancolique des Turcs occupant des territoires grecs &#224; Chypre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce num&#233;ro d'Influxus propose de revenir sur la port&#233;e heuristique des &#233;motions et de l'intime au regard d'une analyse des situations o&#249; elles se r&#233;v&#232;lent, en articulant la r&#233;flexion avec les dispositifs th&#233;oriques auxquelles elles conduisent. Dans cette optique, ce num&#233;ro rassemblera des articles sur les relations entre &#233;motions et sciences sociales quand elles questionnent la mise en &#339;uvre de l'intime, tant du point de vue du chercheur que des interlocuteurs qu'il rencontre sur le terrain. Les articles rassembl&#233;s dans ce num&#233;ro auront donc en commun d'articuler une r&#233;flexion sur l'&#233;motion telle que le chercheur la per&#231;oit et la re&#231;oit. Il s'agit non pas d'envisager l'&#233;motion comme le terme explicatif d'un dispositif social ou culturel mais de mettre en objet des &#233;motions en analysant les conditions de leur mise en &#339;uvre l&#224; o&#249; elles se d&#233;ploient. En tant que composantes de la recherche, comment le chercheur les prend-il en compte, qu'en fait-il et de quelles mani&#232;res en rend-il compte ? Comment lui sont-elles adress&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux aspects seront donc concili&#233;s et privil&#233;gi&#233;s dans les articles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, il s'agit de faire la part belle aux postures adopt&#233;es par les chercheurs en sciences sociales dans des espaces o&#249; ils rencontrent des &#233;motions. Les articles analyseront ainsi la place qu'elles occupent sur leur terrain, et plus particuli&#232;rement les situations o&#249; elles sont une condition de la pratique &#233;tudi&#233;e ainsi que la mani&#232;re dont le chercheur les appr&#233;hendent et les th&#233;orisent : o&#249; et comment des &#233;motions se d&#233;ploient-elles ? Entre qui et pour quelles raisons ? Le lieu dans lequel des &#233;motions se manifestent, en tant que cadre propice &#224; l'expression d'affects et par cons&#233;quent &#224; la mise en sc&#232;ne d'une forme d'intimit&#233; sera &#233;galement pris en compte. Comment le partage d'une forme d'intimit&#233; est-il rendu possible ? Dans la mesure o&#249; les sentiments sont produits par ceux qui les ressentent et les donnent &#224; partager, quel est le cadre spatial de l'&#233;motion rendue publique ? Les &#233;motions &#233;mergent et se manifestent en effet dans des contextes sp&#233;cifiques dont il s'agit de tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, les &#233;motions interpellent &#233;galement le chercheur en tant qu'&#234;tre qui peut &#234;tre touch&#233; ou concern&#233; par le propos de son (ses) interlocuteur(s). Comment le chercheur re&#231;oit-il les &#233;motions et qu'en fait-il ? De quelles mani&#232;res prend-il en compte ses propres affects et &#224; quelles conditions les laissent-ils se d&#233;ployer ? Il s'agit non seulement de rendre compte du fait que l'&#233;motion touche le chercheur au moment o&#249; elle se d&#233;ploie dans sa conscience et agit sur sa r&#233;flexion, mais aussi de leur mise en &#339;uvre dans le dispositif d'engagement ethnographique &#224; trois niveau tel que l'envisage Daniel Cefa&#239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Cefa&#239;. 2010. L'engagement ethnographique. Paris : EHESS, p. 11.&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; la fois engagement dans l'enqu&#234;te, dans un site et dans la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse des diff&#233;rents registres &#233;motionnels &#224; l'&#339;uvre et des r&#233;actions du chercheur sur son terrain permettront d'envisager des aspects &#233;pist&#233;mologiques et heuristiques li&#233;s &#224; l'exp&#233;rience de terrain. Aborder la place des &#233;motions dans la recherche ne peut se faire sans mettre l'accent sur leurs ancrages, autrement dit, les lieux o&#249; elles se d&#233;ploient, que ce cadre soit intime comme dans le cas d'&#233;motions li&#233;es au corps et ses techniques, ou qu'il soit public comme dans le cas des espaces urbains ou des pratiques culturelles. La crois&#233;e des registres de l'intime et du social sera par cons&#233;quent questionn&#233;e &#224; la lumi&#232;re des enjeux du partage des &#233;motions avec autrui dans diff&#233;rents contextes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En proposant ce recueil d'articles, l'objectif de ce num&#233;ro sp&#233;cial d'Influxus n'est pas d'enfermer les &#233;motions dans une case ou une cat&#233;gorie qui en font des objets d'&#233;tude ou des outils m&#233;thodologiques en soi. La r&#233;flexion sur les ancrages affectifs et les lieux qu'ils concernent et produisent permettra d'envisager leur port&#233;e heuristique. Le but est ainsi de r&#233;unir des articles portant sur les diverses composantes de l'exp&#233;rience (tant celle &#233;tudi&#233;e que l'exp&#233;rience du chercheur) en laissant libre cours &#224; leur mode &#233;motionnel et affectif, et en montrant la difficult&#233; et l'int&#233;r&#234;t en tant qu'interlocuteur ou chercheur, d'avoir &#224; en faire &#233;tat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Margaret Mead. 1961. &lt;i&gt;Coming age in Samoa. A psychological study of primitive youth for western civilization.&lt;/i&gt; New York : Morrow.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rosaldo, 1980, &lt;i&gt;Knowledge and Passion : Ilongot Notions of Self and Social Life.&lt;/i&gt; Cambridge : Cambridge University Press.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Bromberger (&#233;d.). 1998. &lt;i&gt;Passions ordinaires. Du match de football au concours de dict&#233;e&lt;/i&gt;, Paris : Bayard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edgar Morin. 1969. &lt;i&gt;La rumeur d'Orl&#233;ans&lt;/i&gt;, Paris : Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De l'angoisse &#224; la m&#233;thode dans les sciences du comportement&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1980 [1967 pour l'&#233;dition originale en anglais]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1980. &lt;i&gt;Tuhami. Portrait of a Moroccan&lt;/i&gt;, Chicago : Chicago University Press.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Crapanzano. 1994. &#171; R&#233;flexions sur une anthropologie des &#233;motions &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, 22, pp. 109-117&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patricia T. Clough. 2008. &#171; The Affective Turn : Political Economy, Biomedia and Bodies Theory &#187;, &lt;i&gt;Culture &amp; Society&lt;/i&gt;, 25, pp. 1-22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;2007. &#171; Qu'est-ce qu'un ethnologue politis&#233; ? Expertise et engagement en socio-anthropologie de l'activit&#233; patrimoniale &#187;, &lt;i&gt;ethnographiques.org&lt;/i&gt;, 12, f&#233;vrier [en ligne] : &lt;a href=&#034;http://www.ethnographiques.org/2007/Tornatore.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ethnographiques.org/2007/Tornatore.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Heinich. 2012. &#171; Les &#233;motions patrimoniales : de l'affect a l'axiologie &#187;, &lt;i&gt;Social Anthropology&lt;/i&gt;, 20, n&#176;1, pp. 19-33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;2004. &#171; Une sociologie des attachements. D'une sociologie de la culture &#224; une pragmatique de l'amateur &#187;, &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, n&#176; 85, pp. 9-24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kay Milton. 2002. &lt;i&gt;Loving Nature : Towards an Ecology of Emotion ?&lt;/i&gt;, London : Routledge.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;V&#233;ronique Dassi&#233;. 2010. &lt;i&gt;Objets d'affection. Une ethnologie de l'intime&lt;/i&gt;, Parsis : CTHS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Navaro-Yashin Yael. 2009. &#034;Affective spaces, melancholic objects : ruination and the production of anthropological knowledge&#034;, &lt;i&gt;Journal of the Royal Anthropological Institute&lt;/i&gt;, 15, n&#176;1, pp. 1-18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Cefa&#239;. 2010. &lt;i&gt;L'engagement ethnographique&lt;/i&gt;. Paris : EHESS, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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