explorations - nouveaux objets - croisements des sciences

L'auteur

Giuseppe Longo

Mathmatiques et Philosophie, DR, CNRS
Ecole Normale Suprieure

Page auteur

longo [chez] ens.fr

Référence

Giuseppe Longo, « L’informatique aux interfaces des savoirs », Influxus, [En ligne], mis en ligne le 30 août 2012. URL : http://www.influxus.eu/article444.html - Consulté le 13 novembre 2018.

L’informatique aux interfaces des savoirs

par Giuseppe Longo

Résumé

La distinction implicite de Turing entre imitation et modle est thmatise dans cet article. Elle ouvre la voie une analyse serre de l'expressivit et des limites des machines tats discrets programmables. Dans ce cadre, le hasard est analys, la fois pour les priphriques informatiques et les processus physiques. On observe qu'il n'y a pas de hasard dans les dispositifs d'tats discrets programmables. Bien sr, le hasard peut tre introduit par des fonctionnaliss artificielles supplmentaires, mais la structure de dtermination des machines numriques diffre radicalement de celles qui prvalaient dans les thories physiques. ?La nature de lunivers symbolique nouvellement form est mentionne ainsi que la nature linguistique des machines numriques actuelles. Une connexion est tablie avec le rle du langage dans ses praxis scientifiques constructives. En particulier, une distinction est propose entre rfrentiel et rfrenc au cur de la construction des connaissances scientifiques. Il est fait allusion au changement de paradigmes scientifiques et de paradigmes de connaissances, ainsi quau double rle de l'informatique dans l'organisation du monde pour nous. La simulation par ordinateur en biologie, par exemple, permet de nouvelles perspectives pour l'intelligibilit de la dynamique biologique. La simulation informatique dans les sciences sociales est une question plus difficile et stimulante encore. L'impact socital de ces simulations est donc discut, la fois en raison du vaste rle des rseaux informatiques et de leur utilisation spcifique en tant quoutil non neutre ddi toutes sortes dinteractions mondiales, sur les marchs financiers, par exemple. Cet article laisse donc entendre la ncessit d'un engagement thique comme base pour une utilisation efficace et rationnelle des machines calculer dans nos vies quotidiennes et scientifiques.

Abstract

Turing's implicit distinction between imitation and model is thematized here. It opens the way to a close analysis of the expressiveness and limitations of discrete state programmable machines. In this frame, randomness is analyzed, both for computing devices and physical processes. It is observed that there is no randomness in discrete state programmable devices. Of course, randomness may be introduced by artificial extra features, yet the structure of determination of the digital machines radically differs from prevailing ones in physical theories. The nature of the newly formed symbolic universe is mentioned as well as the linguistic nature of current digital machinery. A connection is made with the role of language in its scientific constructive praxes. In particular, a distinction is proposed between referential and referenced, at the core of the construction of scientific knowledge. The change of scientific and knowledge paradigms is hinted as well as the twofold role of computing in organizing the world for us. Computer simulation in biology, for example, allows new perspectives for the intelligibility of biological dynamics. An even more challenging issue is related to computer simulation in social sciences. The societal impact is thus discussed, both in view of the broad role of computer networks and of their specific use as a non-neutral tool on various sorts of world-wide interactions, on financial markets, for example. It is thus hinted to the need of an ethical commitment as a basis for an effective and sound use of computing machines in our everyday and scientific lifes.