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« Jeunes, espace public, appropriation de l’espace public »

Argumentaire

De nouveaux usages ludiques et sportifs (re)introduisent une conception nouvelle, ou plutôt oubliée, de l’espace public, bousculant les interdits.
Ces pratiques représentent une remise en cause des normes d’usages des espaces de circulation et de stationnement et une transgression des réglementations. Vécues comme sonores, dégradantes, gênantes, génératrices d’insécurité, elles contrarient l’ordre établi dans l’espace public et alimentent les débats publics et législatifs, même si depuis peu le regard envers ces pratiques s’est progressivement modifié.
Leur visibilité et leur sonorité provocatrices correspondent à l’esprit d’une partie de la jeunesse par leur caractère distinctif. Correspondant également à un mode de vie, elles contribuent à construire un style de jeunesse. En produisant dans la rue des spectacles de toutes sortes, elles transforment celle-ci en lieu de vie sensible et d’esthétisation. Ces pratiques mettent en scène le rapport des individus à leur environnement. Elles affirment, par leurs manières inhabituelles, minoritaires et jugées la plupart du temps dérangeantes, une manière de vivre l’espace public différemment. En s’appropriant des lieux pour s’entraîner, pour s’amuser, se retrouver entre soi, défier soi-même et les autres, les pratiquants introduisent des sensations nouvelles dans la vie quotidienne, du désordre dans le banal et l’extrêmement petit. Ils vivent l’aventure du coin de la rue (Bruckner, Finkielkraut, 1982), l’aventure près de chez soi. Ils réintroduisent le facteur ludique, du fun, (entre autres dans le sport), dimension atrophiée au profit du sérieux (Elias, 1994).
Absence de contraintes, centration sur l’individu libre, expérimentation (Bromberger, Duret, 2004) ces nouveaux usages ludiques et sportifs concourent à l’objectif de l’épanouissement de soi, mais dans le partage. Néanmoins ils incorporent un acharnement à s’entrainer pour aboutir à la maitrise de la technique.

Que ces manifestations soient artistiques ou sportives, elles s’expriment à l’intérieur d’un mouvement culturel dont les acteurs partagent un mode de vie, mouvement qui s’est construit dans et par la rue, qui se revendique comme tel et qui dans ses développements connaît des évolutions multiples. L’étude de ces pratiques prête à comprendre la capacité des acteurs à maintenir, à transmettre et à aménager, voire à réinventer des éléments de leur culture et de composer entre les différents rôles sociaux (Hannerz, 1985).
L’enjeu qui s’engage est celui d’une redéfinition plurielle de l’espace public et de sa revendication, de son imagination dont Pierre Sansot (1973) disait que c’était la manière la plus forte de s’en emparer.

Ces productions participent des cultures populaires qui apportent tant au plan symbolique que matérielle une diversité et une richesse des regards et des manières d’être, autant de production d’identités multipliées voire recomposées.
Loin de désigner ces groupes de pratiquants comme des « peuplades exotiques » en marge de la vie urbaine, il s’agit au contraire une mise en évidence de la forte intégration de ces usagers particuliers de la ville dans leur environnement.

Les articles seront fondés sur des travaux de recherche articulés autour des questions de jeunesse et d’espace public mises en lien avec le contexte sociétal de ces dernières décennies. Ils seront appuyés sur des enquêtes de terrain en ethnologie, sociologie, économie, histoire de l’art…

Axes thématiques

La rue, revendication/appropriation

Détournements du mobilier urbain, occupation de places, de halls de gares, de centres commerciaux, ces pratiques représentent une remise en cause des normes d’usages de l’espace urbain. Elles contribuent à s’approprier de façon ostentatoire des espaces physiques laissés vides, inscrivant en quelque sorte l’espace social dans un rapport de force.

Un rapport sensible aux éléments environnants

L’une des particularités de ces pratiques est le regard sans cesse en éveil porté aux formes et symbolismes urbains. La ville, ses quartiers, ses rues, tout lieu peut faire partie du plaisir et de sa quête. Elles induisent un regard différent sur la ville, un regard pratique sur l‘architecture.

Des pratiques constructrices d’une image de jeunesse

Ces formes culturelles et sportives sont supports d’affirmation des identités et structurant de groupes sociaux (Pasquier, 2005).
Quelles sont les composantes constitutives et les spécificités de l’univers autonome des groupes de jeunes ? Qu’en est-il de la présence des filles dans ces pratiques où elles ont au fil des années conquis une place ? Qu’en est-il avec l’avancée en âge dans ces pratiques ?

Un mode de vie fondé sur l’engagement passionnel

Échappant à l’encadrement, ces pratiques autonomes se définissent sur un mode passionnel. Elles ne participent pas d’un loisir au sens où de nos jours temps de travail/temps libre s’est inversé, elles sont centrales dans la vie de l’individu et elles l’organisent totalement. « Les tâtonnements multiformes » (Bromberger, 1998) qui les caractérisent contribuent à valoriser de l’accomplissement de soi.

Un corps qui correspond au contexte sociétal

Le tournant des années 60 a produit une remise en cause des valeurs avec « un nouvel imaginaire du corps » (Le Breton, 2003).
Ces pratiques de transgression ancrée dans leur époque mettent en scène le corps dans ses capacités physiques, défis vertigineux où risque et plaisir se confondent (Vigarello, 2011).
Le corps, « objet transitionnel par excellence » (Le Breton, 2003) est au cœur de ces pratiques ; n’appartenant qu’à soi, frontière entre soi et les autres.

Les paradoxes, entre esthétiques et dégradations…

Si ces pratiques engendrent des réactions sociales négatives, elles n’en fascinent pas moins une frange de plus en plus large d’amateurs et de milieux professionnels : publicitaires, communication, journalisme, du marketing, mode.

La rue, espace problématique

La prise de pouvoir de la rue de la part des pratiquants n’excluent nullement les revendications en termes de reconnaissance et de lieux de pratiques (terrain, murs, mobiliers et équipements spécialisés). Lesquels ne canaliseront ni ne feront disparaître ces pratiques de l’espace public, mais constitueront un autre versant de la pratique, voire à développer des secteurs économiques.

Activités pressenties

Le Parkour ; flashmob ; danses de rue ; skate ; roller ; bmx ; basket de rue ; batucada ; musiciens de rue ; graffiti/street art ; base jumping urbain ; golf urbain...

Modalités d’envoi des soumissions

Un résumé de la proposition de l’article est attendu pour le 10 mai. Les articles sélectionnés par le comité de lecture seront demandés pour le 10 septembre dernier délai. Ils seront définitivement acceptés après avis du comité de lecture. Les normes de publication seront alors transmises aux auteurs.

Claire Calogirou.

Pour participer contactez-nous.


Bibliographie

Althabe Gérard, Marcadet Christian, de la Pradelle Michèle, Sélim Monique, 1993. Urbanisation et enjeux quotidiens, Paris, L’Harmattan.

Bazin Hugues, 1995. La culture hip hop, Paris, Desclée de Brouwer.

Béthune Christian, 1999. Le rap, Paris, Autrement.

Bromberger Christian (dir), 1998. Passions ordinaires, Paris, Bayard Ed.

Bromberger Christian, Duret Pascal (et alii), 2004. Un corps pour soi, Paris, PUF.

Bruckner Pascal, Finkielkraut Alain,1982. Au coin de la rue, l’aventure, Paris, éd. Le Seuil.

Calogirou Claire, 1990. Sauver son honneur, rapports sociaux en milieu urbain défavorisé, Paris, L’Harmattan ; 1997. « Les skateurs et la rue, les processus de conquête des espaces publics », Glisser dans la ville, les politiques sportives à l’épreuve des sports de rue, Neuchâtel, Centre international d’étude du sport ; 2002. Hip Hop, art de rue, art de scène, Annecy, Musées-Château d’Annecy et musée national des Arts et Traditions populaires ; 2003. « La danse hip hop dans les spirales du succès », Ville-Ecole-Intégration/Diversités, n°13 ; 2004. « Musée de société : art du graff et patrimonialisation », Patrimoine, tags et graffs dans la ville, Bordeaux, CRDP Aquitaine ; 2003. « La danse hip hop dans les spirales du succès », VIE, n°133 ; 2005. Hip Hop, art de rue, art de scène. Recherches ethnologiques. Collection ethnologique multimédia, mucem.org ; 2005. « Réflexions autour des cultures urbaines », Le Journal des Anthropologues, 102-103 ; 2006. « Art, art populaire, cultures urbaines », Diversités, n°148 ; 2012. Graffeurs d’Europe, une esthétique urbaine, Paris, Les Editions d’Horus.

Calogirou Claire, Touché Marc, 1999, Le skate, le plaisir de ma vie, Poitiers, Le Confort Moderne-MNATP

Corbin Alain, Courtine Jean-Jacques, Vigarello Georges, 2011. Histoire du corps, tome 3, XXe siècle. Les mutations du regard, Paris, Éditions du Seuil Elias Norbert, 1994. Sport et civilisation, Paris, Fayard.

Galland Olivier, 2001. Sociologie de la jeunesse, Paris, Armand Colin.

Hannerz Ulf, 1985. Explorer la ville, Paris, Editions de Minuit.

Le Breton David, 2003. Anthropologie du corps et modernité, PUF.

Lefèbvre Henri, 1968. Le droit à la ville, Paris, Paris, Anthropos.

Loret Alain, 1995. Génération glisse, Paris, Autrement, n°155-156.

Mauger Gérard, 2006. Les bandes, le milieu et la bohème populaire, Paris, Belin.

Métral Jean (dir.), 2000. Cultures en ville ou de l’art et du citadin, La Tour d’Aigues, Editions de l’aube.

Monod Jean, 1968. Les barjots, Paris, Juillard.

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Pasquier Dominique, 2005. Cultures lycéennes, Paris, Editions Autrement, n°235.

Pedrazzini Yves, 2001. Rollers et skaters, sociologie du hors piste urbain, Paris, L’Harmattan. 

Vigarello Georges, 1999. Passion sport : Histoire d’une culture, Paris, Éditions Textuel.

Ethnologie française, 2006. Sports à risque ? Risque du sport, 2006/4-Octobre, PUF.

Espaces et Sociétés, 1997. Les langages de la rue, n°90/91, Paris, L’Harmattan.

L’Espace du public, 1991. Les compétences du citadin, Colloque d’Arc et Sénan, novembre1990, Paris, Le Plan Urbain.