explorations - nouveaux objets - croisements des sciences
Fiche Auteur

Claire Calogirou

Claire Calogirou est docteur en ethnologie urbaine. Elle est chercheur associée à l’Idemec (Institut d’Etudes Européennes et Méditerranéennes Comparatives)-CNRS/MMSH et MuCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée). Enseignante à l’Ecole du Louvre d’histoire et méthodologie de l’ethnologie générale et urbaine, elle dirige de nombreux travaux d’étudiants. Membre du conseil scientifique de l’Ecomusée de Fresnes et de l’École national supérieure d'architecture de Marseille. Recherches: Travaux ethnologique centrés sur -la production de la ville
- à partir des cultures urbaines, développant un ensemble de problématiques autour du rapport cultures populaires/cultures savantes, des transmissions des savoirs, des questions identitaires et esthétiques, de la culture matérielle/immatérielle. Recherche sur les populations des grands ensembles et la politique de la ville (1985-1993) Recherche et constitution d’une collection pour le MuCEM sur le skateboard (1992-2001) et le hip-hop et le graffiti (depuis 1999) Commissariat d’expositions: Skate story (itinérance 1996-2001) Hip hop, art de rue, art de scène (itinérance 2001-2009)  Faire le mur (2011, Nantes, LU)
articles de Claire Calogirou

Patrimonialiser les cultures urbaines

Les orientations du programme du Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée prises lors de sa transformation [1] ont renforcé un intérêt pour l’urbain et le contemporain. Le milieu urbain, support de rapports sociaux qui s’exercent dans la ville et opposent des usagers de la ville dont le regard et le point de vue sur leur environnement urbain divergent, exprime que ville peut se vivre différemment. Lieu multiculturel tant au point de vue des pratiques que des interrelations sociales et ethniques, il pose des questions d’urbanisation, de type d’habitats, d’écologie, mais aussi de partage et d’appropriation, de négociations et de conflits des espaces publics.
Les sujets sur lesquels j’ai consacré toutes mes activités scientifiques sont au cœur des questions de société qui concernent le musée : le skateboard et le graffiti.

Graffiti et skateboard : sujets de société…

Ces deux sujets représentent un rapport à l’espace urbain. Ils offrent des points de vue qui se télescopent entre esthétiques et dégradations… Les activistes du skateboard comme du graffiti continuent de se répandre dans les villes en dépit des interdictions réinventant les rues, instaurant une expression esthétique urbaine populaire.
Ils constituent également un ensemble d’objets quotidiens du point de vue du graffeur et skateur parce qu’au cœur de leur vie et de leurs sociabilités. Ainsi modes de vie et objets ont été privilégiés dans ces recherches et collectes :

  • La vie quotidienne : techniques, outils, vêtements…
  • Le rapport à l’interdit donc aussi le versant des institutions, dont les attitudes peuvent être tout aussi paradoxales que celles des graffeurs et skateurs, entre rejet et quête de légitimation.
  • L’engagement dans un mode de vie qui englobe pour beaucoup d’entre eux leur vie quotidienne, mettant en exergue les valeurs du mouvement et de l’importance de la transmission.
    Pour résumer les...

Jeunes, espace public, appropriation de l’espace public

De nouveaux usages ludiques et sportifs ont (re)introduit une conception nouvelle, ou plutôt oubliée, de l’espace public, bousculant les habitudes et interdits. Le Parkour, flashmob, danses de rue, skateboard, roller, bmx, basket de rue, musiciens de rue, graffiti/street art, base jumping urbain, golf urbain...ces pratiques représentent une remise en cause d’usages établis jusqu’à lors. Vécues comme gênantes, et génératrices d’insécurité, elles contrarient l’ordre établi dans l’espace public et alimentent des débats publics. Toutefois il faut signaler que le regard envers ces pratiques s’est progressivement modifié. Il s’avère utile de préciser la définition de l’espace public. Thierry Paquot établit une différence entre – espace public- et – espaces publics- . Pour lui, l’espace public au singulier évoque le lieu du débat public, de la « pratique publique, pratique démocratique » qu’il différencie des espaces publics, lieux de circulation des habitants (rues, places, jardins…) (Paquot, 2006). Pour ma part, espace ou espaces, il s’agit de communication. L’usage qui est fait des espaces publics peut être considéré comme politique dans la mesure où cet usage provoque des rencontres entre les différentes manières d’être dans la rue… Plusieurs articles évoquent ce point de vue. La visibilité et la sonorité provocatrices de ces pratiques correspondent à l’esprit d’une partie de la jeunesse [5] par leur caractère distinctif. En produisant dans la rue des spectacles de toutes sortes, elles transforment celle-ci en lieu de vie sensible. Ces pratiques mettent en scène le rapport des individus à leur environnement. Elles affirment, par leurs manières inhabituelles, minoritaires et jugées la plupart du temps dérangeantes, une manière de vivre l’espace public différemment. En s’appropriant des lieux pour s’entraîner, pour s’amuser, se retrouver entre soi, défier soi-même et les autres,...

« Jeunes, espace public, appropriation de l’espace public »

Argumentaire

De nouveaux usages ludiques et sportifs (re)introduisent une conception nouvelle, ou plutôt oubliée, de l’espace public, bousculant les interdits.
Ces pratiques représentent une remise en cause des normes d’usages des espaces de circulation et de stationnement et une transgression des réglementations. Vécues comme sonores, dégradantes, gênantes, génératrices d’insécurité, elles contrarient l’ordre établi dans l’espace public et alimentent les débats publics et législatifs, même si depuis peu le regard envers ces pratiques s’est progressivement modifié.
Leur visibilité et leur sonorité provocatrices correspondent à l’esprit d’une partie de la jeunesse par leur caractère distinctif. Correspondant également à un mode de vie, elles contribuent à construire un style de jeunesse. En produisant dans la rue des spectacles de toutes sortes, elles transforment celle-ci en lieu de vie sensible et d’esthétisation. Ces pratiques mettent en scène le rapport des individus à leur environnement. Elles affirment, par leurs manières inhabituelles, minoritaires et jugées la plupart du temps dérangeantes, une manière de vivre l’espace public différemment. En s’appropriant des lieux pour s’entraîner, pour s’amuser, se retrouver entre soi, défier soi-même et les autres, les pratiquants introduisent des sensations nouvelles dans la vie quotidienne, du désordre dans le banal et l’extrêmement petit. Ils vivent l’aventure du coin de la rue (Bruckner, Finkielkraut, 1982), l’aventure près de chez soi. Ils réintroduisent le facteur ludique, du fun, (entre autres dans le sport), dimension atrophiée au profit du sérieux (Elias, 1994).
Absence de contraintes, centration sur l’individu libre, expérimentation (Bromberger, Duret, 2004) ces nouveaux usages ludiques et sportifs concourent à l’objectif de l’épanouissement de soi, mais dans le partage. Néanmoins ils incorporent un acharnement à s’entrainer pour...