explorations - nouveaux objets - croisements des sciences

L'auteur

Antonio Mosca

Universit Paris VII Denis Diderot
Universit Roma 3, quipe LGC
Universit Paris 3, Sorbonne Nouvelle

moscantonio [chez] gmail.com

Référence

Antonio Mosca, « Le problme de l’identit entre logique et langue », Influxus, [En ligne], mis en ligne le 11 septembre 2012. URL : http://www.influxus.eu/article504.html - Consulté le 14 décembre 2018.

Le problme de l’identit entre logique et langue

par Antonio Mosca

Résumé

En partant dun constat, celui de la distance sparant aujourd'hui la logique des mathmaticiens de la logique des littraires , un rapide bilan historique et pistmologique est fait de certains rsultats importants mais peu connus ou peu remarqus, obtenus en logique mathmatique pendant les quarante dernires annes. Lattention est porte surtout sur la notion, crucial, de compltude logique dun systme formel, dont lomission te toute pertinence et tout intrt lusage dun formalisme logique. On souligne comment les recherches logiques internalisent enfin la compltude et surmontent ainsi lancienne opposition entre une syntaxe de thories et une smantique de modles : cela au nom dune syntaxe qui devient dans un certain sens gomtrique et des interactions une syntaxe en somme tout fait smantique. La cl de lecture qui claire tous ces rsultats est lgalit preuves-programmes (isomorphisme de Curry-Howard), vritable coup de thtre pistmologique tonnamment mconnu malgr ses retombes pour la science informatique, qui claire rciproquement notions logiques et notions calculatoires et montre comment elles incarnent deux manires diffrentes de voir un mme phnomne. Une critique est donc faite, la lumire de ces rsultats dsormais classiques, de la distinction logique que lon fait traditionnellement en sciences du langage entre syntaxe, smantique et pragmatique ; il en rsulte que les formalisations des approches linguistiques logicistes ne satisfont mme pas les critres minimaux de logicit ; par ailleurs, les approches linguistiques qui semblent le plus suivre, dans la mthode, la direction trace par les logiciens des mathmatiques sont justement ces approches qui, dans le sillage dun Saussure non-structuraliste et de Benveniste, revendiquent un farouche anti-logicisme. Anti-logicisme, par exemple, au nom dune smantique nonciative non rfrentielle, polyphonique et argumentative (Ducrot et Carel), ou anti-logicisme dune smantique du rythme non smiotique, srielle et potique (Meschonnic). Enfin, en mettant en avant la situation denseignement-apprentissage comme cadre cognitif et nonciatif pistmologiquement paradigmatique, une place privilgie est rserve la situation didactique, et notamment aux problmes pistmologiques, tout fait analogues, que posent la didactique des sciences et la didactique des langues.

Abstract

In light of the distance that today separates the logic of mathematicians from the logic of literary critics, a concise inventory is made of certain results, epistemologically and historically important but little known or commented upon, that have been obtained in mathematical logic over the last forty years. Attention is paid above all to the crucial notion of logical completeness, whose failure or omission deprives the use of a logical formalization of any pertinence or interest. Further emphasis is put on how research in logic ends up internalizing completeness, thus overcoming the old opposition between a syntax of theories and a semantics of models, so that syntax becomes, in a sense, geometrical and interactional in sum, thoroughly semantic. The key that clarifies these results is the identification of proofs and programs (Curry-Howards isomorphism); this true epistemological coup de theatre surprisingly neglected in spite of its impact on computer science clarifies, in a reciprocal manner, logical and computational notions, showing how they constitute two different ways of looking at a single phenomenon. In the light of these by now classic results, a critique is made of the logical distinction between syntax, semantics and pragmatics that is traditionally made in linguistics. It turns out that the formalizations of linguistic logicist approaches do not even meet the minimal criteria of logicality. Whats more, those linguistic approaches which most seem to follow in their method the direction traced out by logicians of mathematics, are precisely those approaches which, in the footsteps of (a non-structuralist) Saussure and of Benveniste, claim a fierce anti-logicism: the anti-logicism, for instance, of a non-referential enunciative semantics (e.g., the polyphonic and argumentative anti-logicism of Ducrot and Carel) or of a non-semiotic semantics of rhythm (e.g., the serial and poetical anti-logicism of Meschonnic). Finally, emphasising the teaching-learning dynamic as epistemologically paradigmatic on a cognitive and enunciative level, a privileged place is reserved to didactics, and especially to the quite analogous epistemological problems posed by the didactics of sciences and by the didactics of languages.